État coupable, justice complice !

Ce 23 novembre l’appel des associations féministes et du collectif #Nous Toutes a été largement suivi à Paris par 100.000 manifestantes et manifestants qui refusent les violences faites aux femmes. Dans plus de 40 villes de France, 70 organisations, partis politiques, syndicats et groupes ont appelé à se joindre aux manifestations.

On se rappelle que le 25 novembre 2017, Macron annonçait que l’Égalité entre les femmes et les hommes était promue « grande cause nationale du quinquennat ». Dans son discours à l’Élysée, il énonçait les premières mesures gouvernementales qui devaient porter sur la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Deux ans plus tard, le Collectif Féminicides par compagnon ou ex compte 137 féminicides (121 selon Castaner) soit davantage qu’en 2017 et 2018.

Pendant que les grandes causes nationales accouchent nationalement et localement de « Grenelles des violences conjugales », les violences se poursuivent. Ce ne sont pas les rapports qui manquent. Ils pointent les responsabilités des commissariats, des gendarmeries, des tribunaux. Tous les constats accusent le manque de moyens dont souffre « la grande cause nationale » et dont 213.000 femmes sont victimes chaque année, à travers les violences physiques et sexuelles qu’exercent leur conjoint ou ex conjoint. Qu’à cela ne tienne, Marlène Schiappa et les députés LREM présentent ce lundi une nouvelle loi. La dixième sur la question en quinze ans.

Mais en ce qui concerne le budget, ce n’est pas la même abondance. Tous dispositifs confondus, le Haut Conseil à l’égalité estime à 79 millions le budget 2019 consacré aux violences faites aux femmes. Selon la ministre Schiappa qui « rajoute sans cesse de l’argent » (sic), ce serait 360 millions. Mais #Nous Toutes estime à 1 milliard d’euros le budget nécessaire pour que les lois et les Grenelles soient autre chose que de la com’.

Des moyens financiers pour former le personnel d’accueil, pour ouvrir des lieux d’écoute et d’hébergement, des dispositifs spécifiques de santé et d’aide judiciaire, des dispositifs de protection des enfants, voilà ce que revendiquent celles et ceux que révolte la mort d’une femme tous les deux jours.

Elles et ils revendiquent parce que, ce 23 novembre, elles et ils n’ont confiance que dans la force de leur mobilisation pour stopper les violences sexuelles et sexistes faites aux femmes.

Et le 5 décembre, par la grève générale, toutes et tous revendiqueront le retrait d’une réforme des retraites qui, en supprimant les majorations pour enfant et les pensions de réversion, ajoute aux violences faites aux femmes.

LN, le 23-11-2019.