USA – Comment construire un parti politique indépendant après les élections de mi–mandat ?

Les élections américaines de mi-mandat ont été le plus souvent présentées comme une formidable victoire de Trump ainsi qu’il en avait lui-même donné la consigne en déclarant en avance sur la fin des dépouillements : « It’s a tremendous victory ! »  De leur coté, dés le 7 novembre, les médias français se sont dépêchés de camoufler l’ampleur du désaveu en parlant de résultats équilibrés. La présentation en était simple : certes les Démocrates avaient la majorité à la chambre des représentants mais Trump confortait ses positions au Sénat où le nombre d’élus Républicains progressait. Nul bien sûr ne s’avisait de dire que le seul scrutin qui revêtait une dimension nationale dans ces élections de mid-terms était celui de la Chambre des représentants. Et nul ne disait que les élections partielles du Sénat renouvelé pour seulement 1/3 ne concernaient que des bastions républicains acquis à Trump dont les résultats étaient sans portée générale. Cette présentation a parfois cours dans la presse militante, ainsi la Tribune des Travailleurs du 21 novembre  titrait « Ni succès républicain ni vague démocrate » sans publier davantage de résultats.

Au 16 novembre, alors que la totalité des résultats n’était pas encore connue, les totalisations en voix sur les 429 circonscriptions font apparaître un total de 54,57 millions de voix pour le Parti Démocrate et de 48,99 millions pour le Parti Républicain, soit une avance de 5,58 millions de voix en faveur des démocrates et un gain de 36 sièges sur 429. Restait à proclamer les résultats dans 6 circonscriptions, dont 4 situées dans des états majoritairement démocrates, mais toutes détenues jusque-là par des Républicains.

Dans ce contexte de participation en forte hausse, les résultats du Parti Démocrate ont fortement progressé dans le Midwest et dans l’ouest. Trois états favorables à Trump : le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin se sont retournés en faveur des Démocrates. 

Et ces succès du Parti Démocrate sont de manière significative marqués par l’élection de candidat.e.s appartenant aux DSA (Democratic Socialists of America), regroupement des militants  « progressistes » et socialistes du Parti Démocrate, qui ont cherché, notamment à New York, dans les primaires de ce parti, à renforcer leur organisation et à affirmer leur indépendance.

Les médias ont beaucoup focalisé sur Alexandria Ocasio-Cortez, élue représentante de la 14e circonscription de New York à la Chambre des représentants  avec 78 % des suffrages exprimés et sur Julia Salazar, élue au Sénat de l’état de New York. Ils ont traité de leurs candidatures comme d’une attraction de la vie politique et après leur succès, se sont amusés d’une « résurrection du socialisme américain ».

Mais en Pennsylvanie, trois candidates appartenant aux DSA, Elizabeth Fiedler, Summer Lee, Sara Innamorato, ont été élues à la Chambre des représentants, dans le Maryland, Gabriel Acevero, Vaughn Stewart, Marc Elrich, trois candidats appartenant aux DSA ont été élus…Au total une quarantaine de militants des DSA ont été élus sur différents mandats (voir la déclaration des DSA donnant un recensement de leurs succès électoraux).

Dés la victoire de candidat.e.s des DSA aux primaires démocrates contre de vieux politiciens,  piliers de l’establishment de ce  parti, Dan La Botz*, syndicaliste et militant révolutionnaire, analysait dans une interview donnée à Solidarity du 19 septembre 2018 la réelle dimension de cet évènement :

 » Le véritable test de la stratégie des DSA ne passera pas par les élections, mais par le fait que les candidats occuperont effectivement des postes politiques et verront s’ils peuvent agir non pas en tant que politiciens mais en tant que direction d’un mouvement de gauche non fondamentalement électoral. Aux États-Unis, il n’existe pratiquement pas de modèles de ce genre de direction, et sa création sera difficile car le Parti Démocrate fera tout son possible pour l’écraser. Par exemple, le district de Salazar est composé à 50% de Latinos, alors que la plupart de ses agents de campagne sont de jeunes professionnels, majoritairement blancs et membres des DSA. Est-ce que les DSA peuvent construire un mouvement et une organisation dans ce quartier constitué en grande partie de la classe ouvrière Latino ? Est-ce que les DSA, à travers cette campagne électorale et d’autres campagnes électorales, peuvent se transformer en une organisation ouvrière plus diversifiée? 

Enfin, les succès électoraux des DSA interviennent à un moment où les mobilisations ouvrières et sociales restent atones. Nous avons espéré et continuons d’espérer que les grèves des enseignants de Virginie de l’Ouest, dans lesquels certains membres des DSA ont joué un rôle important et qui ont encouragé d’autres grèves de ce type en Oklahoma, Kentucky, Arizona, Colorado et Caroline du Nord, seraient le commencement d’un sursaut ouvrier. Et nous espérons qu’un tel soulèvement aura le caractère de la grève partie de la base, comme dans l’ouest de la Virginie. Mais en réalité, contrairement à certains articles récents du Jacobin, les luttes ouvrières restent rares ; il n’y a pas de vague de grèves. 

Les socialistes ont toujours compris que c’était la lutte de la classe ouvrière, les syndicats, les centres ouvriers, les organisations de gauche et les mouvements sociaux fondés sur des groupes opprimés qui entraînent le changement politique. À long terme, les victoires électorales des DSA ne prendront du sens que si nous assistons à une recrudescence de la mobilisation ouvrière aux États-Unis à l’échelle de celles des années 1930 ou 1960 et 1970. De nombreux membres des DSA dans les syndicats s’efforcent de construire une organisation socialiste capable de jouer un rôle dans ce mouvement quand il apparaîtra. Dans le même temps, ils reconnaissent qu’un mouvement de la base doit avoir un parti politique indépendant pour exprimer ses revendications. Un mouvement socialiste aux États-Unis dépend d’un tel soulèvement de la classe ouvrière pour finalement briser l’emprise du Parti démocrate sur la classe ouvrière et créer la possibilité pour les victoires électorales d’aujourd’hui de devenir le mouvement socialiste révolutionnaire de demain. » 

*Dan La Botz a publié en mai dernier Le Nouveau Populisme Américain -Résistances et alternatives à Trump– aux éditions Syllepse.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
Cet article a été publié dans USA. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.