Leçon d’Idlib

3 millions de syriens sont réfugiés dans l’enclave d’Idlib. Toute la presse internationale avait par avance et hypocritement rédigé leur épitaphe, en souhaitant qu’ils ne « déferlent » pas sur l’Europe – ce qui, de facto, revient à choisir entre la mort ou les camps frontaliers.

La révolution syrienne était invitée à cesser d’empêcher de boursicoter, de tuer et de polluer tranquillement, à accepter enfin sa mise au tombeau, avec une jolie épitaphe tressée par ses fossoyeurs. Trump et Macron étaient d’accord pour dire que la « ligne rouge » d’une attaque chimique ne devait pas être franchie, donnant ainsi le feu vert à toute attaque non chimique, cependant que les porte-voix de Poutine diffusaient par avance l’annonce d’ « attaques chimiques attribuées faussement à Bachar » pour en créer la possibilité …

Les plus informés, ou les relativement moins mal informés, parmi les divers fossoyeurs et autres « anti-impérialistes », dénonçaient la présence de la Turquie à Idlib alors qu’ils n’avaient rien dit ou avaient approuvé celle de la Russie, de l’Iran, du Hezbollah, et y compris celle de la CIA lorsqu’il s’agissait de la « commune du Rojava » (sic) – au fait, celle-ci (le PYD) s’apprêtait à participer à la curée, en purs mercenaires, pour essayer de compter parmi les « vainqueurs » afin de tenter de préserver son très précaire avenir : mieux vaut tirer sur les Syriens avec Bachar, n’est-ce pas ?

Et puis … et puis, pendant trois jours, ce sont plus d’un million de Syriens de l’enclave d’Idlib qui ont manifesté, manifesté, manifesté.

Scandant la phrase des révolutions : Ach-chaab yourid isqât al-nizâm, Le peuple veut la chute du régimeIls sont signifié au monde : « nous sommes toujours là ».

Ils sont également scandé contre la charia et tenu à l’écart les djihadistes du Hayat Tahir al-Cham (ex al-Nosra).

Ils ont au passage dénoncé la publication par l’ONU de l’emplacement des hôpitaux qui est donc connu par les bombardiers russes et baathistes …

La révolution syrienne, les révolutions arabes, se sont rappelées. Quelle leçon pour tous, notamment pour le mouvement ouvrier qui doit d’urgence réapprendre et refonder l’internationalisme.

L’internationalisme c’est : Bas les pattes devant Idlib !

La lutte pour la paix c’est : Bas les pattes devant Idlib sinon c’est la lutte pour la paix des cimetières et des chambres de tortures, c’est-à-dire la guerre au nom de la paix!

A Astana quelques jours auparavant, la Russie avait arbitré en faveur de l’Iran contre la Turquie, apparaissant impuissante à « faire le tri » entre « bons » et « mauvais » combattants syriens.

A Sotchi au lendemain de la levée en masse du peuple syrien à Idlib, levée en masse qui exprime la volonté de tout le peuple de Syrie, Poutine a cette fois-ci plutôt arbitré en faveur de la Turquie contre l’Iran et contre Bachar, dont un régiment venait de se mutiner de peur de pénétrer à Idlib.

Erdogan, qui avait positionné des chars turcs dans l’enclave, qui tient Afrin à côté de celle-ci, et qui s’était mis à se rappeler de l’appartenance de la Turquie à l’OTAN, a fait ses promesses répressives à Poutine et au monde entier :

a) retrait des armes lourdes sur une bande de 15 à 20 km ce qui revient à déshabiller la ligne de front pour faire des combattants et de la population d’Idlib des otages de la Turquie sous surveillance.

b) missionner le Jabhat Al-Wataniya Lil-Tahrir (« front de libération nationale », principale force armée syrienne libre, issue de l’Armée syrienne libre mais largement contrôlé par les services turcs) pour épurer les « djihadistes ».

Très clairement, Erdogan est tout autant un ennemi mortel de la révolution syrienne que Bachar, Poutine et Rohani. Mais c’est bien la présence d’un acteur clef que les géopoliticiens et stratèges de tout poil veulent ignorer et tuer, qui a sauvé le peuple d’Idlib : la population insurgée.

La seule voix de la paix est la voix de leur combat !

VP, 18-09-2018

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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