Netanyahou à Paris : quelques considérations politiques

Ce mardi 5 juin Benjamin Netanyahou rend visite à Emmanuel Macron à Paris. Officiellement, c’est une visite « culturelle » mais Netanyahou ne se prive pas de dire qu’il a, lui, deux sujets en tête, « l’Iran et l’Iran ».

Ainsi donc, Macron est allé voir Trump et a convenu d’agir pour un « nouvel accord » sur le nucléaire iranien, moyennant quoi Trump a dénoncé l’accord existant sans aucune intention de le remplacer par un autre, et les entreprises comme Total obtempèrent aux ordres nord-américains de décamper d’Iran fissa fissa. Puis Macron est allé voir Poutine et a avalisé sa politique syrienne, et pratiquement aussi sa politique ukrainienne, tout en apportant son soutien à une coupe du monde de football très politique. Et maintenant il invite Netanyahou qui vient l’enjoindre d’obéir à Trump. Considéré concrètement, le mythe de la politique internationale française lumineuse et illuminée d’Emmanuel Macron se ramène à des gesticulations pathétiques entre les puissances grandes et mêmes petites, dans la continuité de Sarkozy et de Hollande.

La venue de B. Netanyahou donne naturellement lieu à des protestations ayant pour thème central la défense des droits nationaux des Palestiniens, récemment confrontés, dans leurs manifestations pour le droit au retour, à une répression militaire et meurtrière de masse. Mais, de même qu’il aurait fallu, pour être efficace, ne pas limiter toute action sur le Proche-Orient à « Israël » de plus en plus tenu pour une sorte de fétiche, en ignorant toute solidarité avec le peuple syrien au moment même où le plus grand massacre de Palestiniens de l’année 2018, à ce jour, a été commis par l’armée syrienne à Yarmouk au prétexte de la « lutte contre Daesh », de même qu’il eût été judicieux de noter que le déchaînement délibéré de Tsahal à la limite de Gaza relève d’un type de massacres dont le modèle est donné en Syrie à bien plus grande échelle encore, de même conviendrait-il, à présent, de saisir quelle est la politique de Netanyahou dans le moment présent très précis.

Car, quelques semaines avant de répondre à l’invitation « culturelle » d’E. Macron, B. Netanyahou s’était rendu à Moscou voir Poutine, juste après la rupture nord-américaine de l’accord sur le nucléaire iranien (il a défilé aux côtés de Poutine pour célébrer la victoire soviétique dans la seconde guerre mondiale, confisquée par la Russie, avec le visiteur français J.L. Mélenchon relégué quelques centaines de mètres derrière). Et la réalité d’un accord Poutine-Netanyahou dans le cadre de cette rupture initiée par les États-Unis a clairement filtré (si l’on peut s’exprimer ainsi) depuis : la Russie a sommé l’Iran et ses auxiliaires du Hezbollah de ne pas s’avancer près de la frontière israélienne et de laisser l’armée syrienne s’occuper seule de la reconquête de la zone libérée de Deraa, au sud de la Syrie et non loin du Golan.

La révolution syrienne avait commencé suite à l’arrestation et à l’assassinat sous la torture d’un groupe de jeunes adolescents de Deraa, en 2011. L’accord Netanyahou-Poutine est le suivant : Deraa doit revenir à Bachar el Assad sans ingérence iranienne. C’est un accord contre-révolutionnaire visant à torturer, violer et massacrer en masse à la frontière israélienne avec la bénédiction de Netanyahou.

On ne peut défendre, au moment présent, les droits nationaux des Palestiniens si l’on ne dénonce pas cet accord contre-révolutionnaire visant à planifier massacre, exil, torture et viols de toute la population de l’enclave de Deraa. Cette population est arabe comme les Palestiniens et, comme eux, elle se bât pour ses droits nationaux et démocratiques. Comme la Ghouta, comme Yarmouk, son écrasement affaiblirait la cause palestinienne, cause nationale et démocratique qui ne peut pas aboutir dans une région où règnent les dictateurs sanglants et sévissent les interventions impérialistes.

Nous touchons bien entendu ici à la principale faiblesse politique, portant atteinte à leur efficacité, des pro-palestiniens officiels et patentés. Certains accusent même les Syriens d’être des islamistes alors que le poids du Hamas à Gaza ne les gène pas. Mais l’émancipation d’un peuple ne peut se faire et jamais ne se fera sans l’émancipation des autres peuples.

Au delà de cette situation présente, il est ceci dit douteux que l’accord contre-révolutionnaire Poutine-Netanyahou dans le cadre voulu par Trump et en faveur de Bachar, s’applique avec facilité. Le régime syrien couine à l’idée de ne pas être épaulé par les Iraniens et le Hezbollah et de se retrouver au sol avec sa seule armée de nervis et de pillards largement décomposée et démoralisée face au peuple insurgé de Deraa. Ni à Gaza, ni à Téhéran, ni même en Syrie, les peuples n’ont dit leur dernier mot.

05-06-2018, VP.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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