Notes du 30 mai 2018, actualisées le 1° juin, sur les dernières nouvelles italiennes

AJOUT 1° JUIN.

Finalement la combinazione s’est poursuivie en direct. Ceux qui criaient au miracle européen, pour les uns, ou au coup d’Etat européen, pour les autres, en auront été pour leurs frais : Matarella a continué les négociations avec le M5S et  la Lega et, miracle, revoilà un gouvernement de ces deux ligues antipartis :

  • le premier ministre est celui initialement prévu, M. Conte, dont il est bon de savoir qu’il est réputé très proche du Vatican.
  • le ministère des Finances, objet du litige, Giuseppe Tria, est un « partisan de l’euro et de la baisse des impôts » : tout va bien !
  • le litigieux Paolo Savona, autre ultralibéral qui qualifie lui l’euro de prison allemande, refusé par Materella aux Finances, est nommé … aux Affaires européennes : tout va bien (bis) !
  • les chefs de la Lega et du M5S sont au gouvernement, celui du M5S, Di Maio, au « développement économique », et celui de la Lega, Salvini, aux choses sérieuses, le ministère de l’Intérieur (et de la chasse aux migrants).

Ainsi, pressé par « les marchés » d’éviter des élections, le président Matarella a avalisé par avance leur résultat souhaité en renforçant considérablement les cousins italiens du Front national dans le cadre d’un gouvernement libéral-populiste de combat.

Pour tirer pleinement le leçons politiques de cette séquence, il convient de citer la conclusion d’un article de J.L. Mélenchon sur son blog, écrit alors que l’on s’attendait à de nouvelles élections :

« Pour l’heure, les vainqueurs de l’élection n’ont pas encore fait leur capitulation à la Tsípras. Je forme le vœu que l’alternative populaire en Italie soit tranchante et n’apparaisse d’aucune façon comme un renfort des « eurobéats » ni comme des hésitants ou des supplétifs de la bonne société italienne horrifiée par l’audace populaire en quête de souveraineté. »

En clair n’était-ce pas là un appel à soutenir à fond « les vainqueurs de l’élection » désignés comme étant le M5S et la Lega (alors que leur tambouille post-élections n’a pas été annoncée aux électeurs ! ) ? En clair le chef de la FI ne préparait-il pas là, en accord avec les vues éclairées du penseur Denis Collin, un soutien à la Lega en cas de nouvelles élections ?

En fait le dénouement temporaire de la crise italienne confirme un seul point de vue, le point de vue de classe :

DEFENSE DES MIGRANTS ET A BAS LE GOUVERNEMENT ET LE SYSTEME ANTI-OUVRIERS ET ANTI-DEMOCRATIQUES DE M.M. MATARELLA, CONTE, DI MAIO ET SALVELLI !

Notre article du 30 mai :

L’Union Européenne, ou la prétendue union dite européenne, va de plus en plus mal malgré la rhétorique officielle sur les remèdes jupitéro-napoléniens du jeune docteur Macron, son héros de la dernière heure.

La crise politique italienne en est l’illustration la plus récente mais pas la seule loin de là. Elle combine le processus de décomposition politique propre, dans ses formes avancées, à l’Italie (liquidation des partis issus du mouvement ouvrier depuis maintenant deux décennies et tentatives récurrentes et inabouties de réformer le régime parlementaire tempéré par la corruption) et la crise des relations entre puissances impérialistes dans le monde et en Europe, aggravée depuis la crise financière de 2008, et non surmontée par la reprise économique conjoncturelle mondiale.

Sur le premier aspect, les développements de la crise de la représentation politique en Italie, nous renvoyons à notre précédent article (La situation italienne et nous, mars 2018).

Les derniers développements : accord entre le mouvement « populiste » M5S – forme achevée et réussie de ce que Podemos et la FI ont dessiné en Espagne et en France, malgré ou à cause de sa rupture beaucoup plus avérée avec la « gauche » et le mouvement ouvrier – et la Lega -ancienne Ligue du Nord devenue électoralement dominante dans la moitié du pays sur un programme explicitement similaire à celui du FN français- pour former un gouvernement, puis blocage de l’accord par le président Mattarella et appel à un gouvernement soi-disant « technique » pour naviguer à vue d’ici de nouvelles élections, donnent lieu à deux genres d’interprétations parfaitement symétriques et également erronées.

Selon les uns, Mattarella s’efforcerait de sauver « l’Europe », « la démocratie » et aussi « les marchés », toutes choses censées marcher ensemble, en tentant de barrer la route à une poussée xénophobe, populiste, fascisante si ce n’est fasciste. Comme nous l’avons déjà expliqué, il n’y a pas de vague fasciste en Italie, mais une décomposition avancée des anciens partis et de leurs héritiers, les ligues plébiscitaires et les PME de la politique.

Selon les autres, Mattarella, agent du « système » et de « l’oligarchie », aurait fait un « coup d’État » contre la démocratie et la souveraineté populaire, de peur que le gouvernement M5S/Lega ne prenne des mesures … anticapitalistes, ou en tout cas « antilibérales » en faveur des retraites, d’un revenu minima universel, menaçant l’euro et « les marchés », voire le remboursement de la sacro-sainte « dette publique ».

Et de même que Paris vaut bien une messe, les thuriféraires du soi-disant souverainisme démocratique italien estiment que si les migrants étaient les sacrifiés de cette grande rupture que populistes, régionalistes et post-fascistes italiens pourraient faire là où un Tsipras a tout renié en rase campagne, hé bien tant pis pour eux : fait-on des omelettes sans casser des œufs (1) ?

Sauf qu’avec ce genre de propos, nous sommes autant ou plus dans le registre des hallucinations et des fantasmes de ceux qui dénient la réalité constitué par la lutte des classes, que du côté de ceux qui imaginent une poussée fasciste que seul le vieil « européen » Mattarella, tel le mage Gandalf devant le monstre souterrain, retiendrait encore de tout renverser devant elle !

Pour revenir au réel de la lutte des classes, nous conseillons de lire l’étude suivante : https://www.mediapart.fr/journal/international/280518/le-duel-cottarelli-savona-signe-de-la-division-des-elites-economiques.

On y apprend, en résumé, que le ministre des Finances récusé par Mattarella, Paolo Savona, est somme toute un vieux pote du premier ministre nommé à la tête du gouvernement « technique », Cotarelli allias les ciseaux. Savona est un bon disciple de Hayek et Friedmann pour qui l’euro ne pouvait pas marcher. Il a été dans la direction de l’équivalent italien du MEDEF et a déjà collaboré à plusieurs gouvernement. Vouloir faire passer cet individu pour une sorte de Keynes ou de Varoufakis prêt à toutes les audaces relève du comique. Derrière ces palinodies le fond de la question est le suivant : la bourgeoisie italienne hésite, ne sait plus où elle en est, quant à continuer à évoluer dans le carcan « européen », c’est-à-dire allemand, ou à prendre le risque d’en sortir.

Le problème pour les Italiens n’est pas de soutenir la ligne Mattarella-Cotareli ou la ligne M5S/Lega. L’une et l’autre sont antisociales et cela avec violence. La pierre de touche de cette violence est d’ailleurs bien la question des migrants. La rupture hypothétique avec l’euro ne serait pas la rupture avec la violence sociale du capital. L’urgence politique en Italie est la reconstruction d’une représentation politique démocratique du monde du travail. La démocratie, ce n’est ni la dénonciation d’un coup d’État européiste, ni la dénonciation d’une menace souverainiste. La démocratie, ce n’est pas Mattarella et ce ne sont pas les tambouilles et carabistouilles, combinazione en italien, du M5S et compagnie. La démocratie c’est un gouvernement qui affronte les banquiers de Francfort aussi bien que leurs petits clients en goguette que sont les patrons petits et moyens de Lombardie et du Piémont, cette classe de prétendus « productifs » en fait parasitaires, qui vit des bas salaires, du travail au noir et des migrants qu’ils dénoncent.

Les développements les plus récents ont en outre montré l’impasse des gesticulations de l’avatar magistral et italien du populisme, le M5S. En choisissant l’alliance avec la Lega, puis en offrant à Mattarella l’opportunité de son petit « putsch » pseudo-présidentiel, le M5S a créé les conditions d’une forte progression électorale de la seule Lega, alors que le premier a fait 33% et la seconde 14% aux dernières élections. Un scrutin dominé par le sentiment soi-disant « populiste », aspirations démocratiques dévoyées, qui conduirait à une toute puissance de la Lega, donnerait au capital italien la possibilité du gouvernement de tous les possibles : rester ou non dans l’euro, et négocier avec l’Allemagne une meilleure place dans la concurrence européenne, sur la base de l’écrasement du salariat, en commençant par les migrants.

Pour barrer la route à la Lega, il ne faut lui donner aucun satisfecit démocratique. Certes Mattarella n’a aucune légitimité pour accepter ou refuser un gouvernement et la question constitutionnelle est donc ouverte. Mais depuis quand le vote du peuple italien aurait signifié qu’il fallait une combinazione M5S/Lega dont la première annonce politique consistante et significative n’était certes pas la sortie de l’euro … mais un gouvernement sans « franc-maçons » ! ?

Qu’on ne se moque pas du monde. Le peuple italien mérite une vraie démocratie, mais celle-ci requiert une représentation politique du monde du travail, affrontant le capital, rhénan comme lombard !

30-05-2018.

(1) On pense ici au candidat au poste de coach de J.L. Mélenchon sur la ligne « plus populiste que moi tu meurs », Denis Collin, qui dans son dernier billet avance la ligne suivante : en avant vers l’application frontale du programme M5S/Lega, « programme » tout entier dirigé contre la classe ouvrière et la démocratie et faisant semblant d’attaquer « l’oligarchie ». De l’apologie de « l’Avenir en commun » à l’apologie de la Lega, pas si étonnant.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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