Remarques sur la situation internationale.

 

Monde menaçant.

Demandez à un jeune aujourd’hui si l’avenir lui apparaît meilleur qu’au temps de ses parents, nul doute qu’il vous répondra non. Les raisons de craindre tant le contenu que la possibilité même d’un avenir s’accumulent sous un dénominateur commun : le capitalisme. Vous voulez des mauvaises nouvelles pour le souligner ? En voici trois.

Et d’une, les évènements climatiques alarmants des dernières années, et des derniers mois, qu’on ne compte plus.

Et de deux : la stratégie de défense nationale des Etats-Unis officialisée le 19 janvier dernier se rallie à la doctrine de la « guerre nucléaire limitée », sortant de la « dissuasion » pour envisager l’emploi banalisé des armes nucléaires et donner un signal de course aux armements partout.

Et de trois : la chute boursière depuis début février est de loin la plus grave depuis l’éclatement de la crise financière globale de 2008.

La question Trump relève de la lutte des classes.

Cette chute était attendue en raison de l’énormité des bulles spéculatives existantes, mais elle n’est pas sous contrôle. Elle se serait produite avec ou sans reprise conjoncturelle, et les craintes liées à cette reprise, telle que des hausses de salaires « inflationnistes », y participent. Elle souligne donc la situation d’impasse globale qui est celle du capital financier au plan mondial. Sa cause immédiate réside dans les énormes baisses d’impôts des riches sous Trump (qu’imite Macron) qui, en entraînant des emprunts d’Etat massifs et leur anticipation, produisent une remontée des taux obligataires.

L’adoption de sa réforme fiscale a été le premier succés politique intérieur notable de Trump. Depuis, la fraction républicaine du Congrès, en publiant une note contre le FBI, lui a permis de se prétendre victime d’une « chasse aux sorcières », engageant une course de vitesse avec les secteurs de l’appareil d’Etat US qui pourraient le mettre sur le grill, autour du procureur Mueller, ancien chef du FBI.

Résumons : la crise au sommet et à tous les niveaux de l’Etat US bat son plein mais le capitalisme nord-américain n’a aucune alternative à Trump, lequel incarne son instabilité et l’attise au niveau international (gesticulations sur la Corée, l’Iran, Jérusalem, le Mexique, etc.). La seule issue possible de cette crise terrible au sommet de la première puissance mondiale ne peut que venir des forces sociales qui, par leur résistance et leur mobilisation, en sont l’une des principales causes : celle des travailleurs et des opprimés de ce pays, alliés à ceux du monde entier.

Depuis 2001-2003 l’impérialisme nord-américain a tenté de se réaffirmer au niveau mondial, et a échoué sans que n’advienne aucune solution de remplacement pour l' »ordre mondial ». Depuis la crise de 2008 cet échec est patent. Les grèves du Wisconsin en 2011, Occupy Wall Street, Black lives matter et la vague Sanders subvertissant les primaires démocrates, d’une part, le Tea party puis la vague Trump subvertissant les primaires républicaines, en ont résulté. De quoi parlons-nous ? Pas de « géopolitique », mais de lutte des classes, à la fois dans chaque pays et mondialement. Les relations internationales n’existent pas autrement que sur ce fondement.

Trump a essuyé deux camouflets internationaux ces deux derniers mois.

Alors qu’il veut casser l’accord sur le nucléaire iranien et attise la fuite en avant du prince héritier saoudien, « MBM » (Mohamed Bel Salmane), comme celle de Netanyahou, une énorme vague de manifestations de pauvres, de jeunes, de retraités, combinée à une vague de grèves et à des actions de femmes jetant leurs voiles, a parcouru l’Iran, magistral coup de semonce menaçant son ennemi officiel favori.

Et, alors qu’il a passé un an à jouer à la provocation nucléaire avec Kim-Jong-Un, d’abord l’état-major US a fait savoir à mots couverts que tout ordre présidentiel à ce sujet ne serait pas forcément obéi, ensuite le tyran nord-coréen, plus habile que le grossier milliardaire, a tendu la main à la Corée du Sud, ce qui n’aurait pas été possible sans la défaite électorale de la droite oligarchique de ce pays, voici un an. Le peuple coréen, au Nord comme au Sud, ne veut aucune guerre et aspire à une réunification qui menace aussi bien Kim que Trump.

Ce dont nous avons besoin et le contre-exemple de la non-solidarité avec le peuple syrien.

La résistance sociale, les aspirations émancipatrices et démocratiques, sont les seules forces réellement capables de vaincre un Trump, un Poutine, un Xi Xinping, un Narendra Modi. Mais ceci requiert leur organisation, au niveau international. Souhaitons que le débat s’engage et suggérons une direction pour celui-ci : la difficulté, dans notre monde connecté, n’est pas tant d’établir liaisons et contacts, qui ne manquent pas et c’est tant mieux, que de dégager des perspectives apportant des réponses aux problèmes mondiaux susceptibles d’aider à rassembler et à peser. Or, l’internationalisme du XXI° siècle reste pour l’essentiel à construire alors que ce siècle est bien engagé, lui, et alors que les mouvements spontanés (et connectés ! ) sont déjà en avance sur lui.

Cette carence est illustrée pas loin de nous par un terrible contre-exemple dont les leçons doivent être tirées. En 2011, à l’unisson des manifestants de Tunis et du Caire, le peuple syrien se soulevait pour la démocratie, contre la hogra, et se heurtait à la répression par les armes, la torture et les viols. La solidarité internationale ne s’est pas imposée. N’ayant pu, faute d’armes, renverser le régime, l’insurrection a évolué en guerre civile ayant libéré plusieurs parties du pays. Celles-ci subirent alors le siège, les bombardements, et les infiltrations islamistes. Rojava et Afrin abandonnés par le régime furent concédés au PYD kurde. A partir de l’échec des velléités d’intervention US à l’été 2013 se sont développées les deux interventions qui vont sauver le régime : celle de Daesh, réactionnaire sur toute la ligne et servant de prétexte aux immixtions de toutes les puissances grandes et moyennes, et celle de la Russie s’affirmant comme puissance impérialiste de substitution, flanquée de l’Iran. Depuis la prise d’Alep la révolution syrienne est sans doute battue mais rien ne pourra être comme avant avec des centaines de milliers de morts et des millions de réfugiés.

Une terrible leçon vient d’être administrée aux « internationalistes » sélectifs qui refusaient tout soutien aux insurgés syriens – l’entendront-ils ? – : l’attaque d’Afrin par l’armée d’Erdogan est la suite directe du massacre par la famine et les bombes, y compris chimiques, de la Ghouta de Damas et d’Idlib, elle est permise par le rapport de force dégradé résultant du sauvetage de Bachar. Ne défendre qu’Afrin contre Erdogan condamne et les Kurdes et les Syriens : il faut défendre ensemble Afrin, la Ghouta et Idlib, de même qu’il fallait, à plus grande échelle, défendre ensemble Gaza, Alep et Sanaa. Il faut donc une force politique pour dire cela. Son absence à grande échelle n’a pas été un facteur parmi d’autres du massacre du peuple syrien depuis 7 ans, mais le facteur clef qui l’a permis.

Pour autant, aucune stabilisation n’est de mise : l’intervention turque et les opérations israéliennes contre l’Iran et les milices shi’îtes en Syrie le confirment …

Et l’Europe ?

Des perspectives politiques pour l’organisation du monde et de chaque continent, de l’imagination programmatique, voila qui urge !

Regardons, pour conclure, l’Europe. L’Union Européenne est dans le pire état qu’elle ait connu, mais le Brexit britannique n’a apporté aucune alternative. Ces derniers mois, la crise des Etats, crise des formes politiques de domination du capital en Europe, s’est notoirement aggravée avec la question catalane, qui met en cause l’existence de la monarchie post-franquiste espagnole, et la crise politique allemande, non résolue à ce jour même si les médias nous annoncent sa fin une fois par semaine depuis cinq mois !

Alors qu’IG-Metal a obtenu par une puissante mobilisation un accord partiel sur une nouvelle étape de réduction du temps de travail, faisant peur aux bourses, c’est bien l’aspiration démocratique et la résistance de la base du SPD, de ses Jeunesses, à un accord suicidaire pour sauver Merkel et les politiques austéritaires, qui est à l’origine de cette crise générale. Mais qui se présente comme à même d’y répondre ?

Les politiciens ultra-réactionnaires au pouvoir en Pologne, en Hongrie, et maintenant en Autriche, voire bientôt en Italie ?

Macron ?

Ni les uns ni les autres ne résoudront la crise du capitalisme et de ses systèmes de relations internationales. Macron veut aller vite pour augmenter drastiquement le taux d’exploitation du salariat en France. Voila qui situe nos propres responsabilités : préparer l’unité pour l’affrontement avec Macron, tout en engageant la discussion la plus ouverte sur des perspectives politiques européennes et mondiales, prenant en compte les questions nationales et démocratiques, à la hauteur des enjeux vitaux d’aujourd’hui.

VP, le 10/02/18.

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