Débats pour une issue politique : bilan d’étape (18-02-2018)

Sous le titre Préparer politiquement l’affrontement pour en découdre avec Macron le site APLS relançait une discussion commencée lors de la première rencontre nationale que nous avions eu avec d’autres camarades cet automne. Nous notions l’évolution du climat social (gardiens de prison, EHPAD, mobilisations sur le Bac et sur les fermetures de classe) et estimions que nous ne sommes ni en 1959, ni en 1968, que rien n’est joué et que la question est politique, mais qu’il y a danger car Macron veut, et doit car il n’a guère le choix, passer à la guerre de mouvement. Ceci nous conduisait à soutenir à la fois deux initiatives indépendantes l’une de l’autre, celle de l’appel « reconstruire la gauche » adopté à la réunion tenue fin janvier autour de la Gauche Démocratique et Sociale, et l’appel à une manifestation nationale le 13 mai prochain lancé par le « Mouvement pour la rupture » impulsé principalement par le POID.

Rappelons notre conclusion :

Nous proposons donc une nouvelle réunion nationale de discussion, non pour créer une structure supplémentaire, mais pour inviter les uns et les autres à une discussion politique approfondie sur la question suivante : Comment aller le plus vite possible vers une fédération large affirmant qu’il faut en découdre, sur le terrain social, avec Macron et posant les jalons d’une alternative politique ?

Notons que, sur les réseaux sociaux, notre soutien à l’initiative du 13 mai a suscité deux types de critiques de la part de militants qui se posent eux-mêmes les mêmes questions que nous tous.

L’une de ces critiques consiste à déplorer le fait que ce soit une initiative semblant se situer dans une certaine tradition, celle de « mouvements écrans » en poupées russes, le « Mouvement pour la rupture » émanant surtout du POID lequel est lui-même composé principalement d’un courant qui se réclame du trotskysme. Pour nous il n’y a là rien à déplorer ni à approuver en soi : l’important nous semble être l’existence d’une telle initiative dans la situation présente, appelant à manifester Pour l’unité pour chasser le gouvernement Macron-Philippe.

Une autre critique porte sur le mot d’ordre de « rupture avec l’Union Européenne » susceptible de diviser, voire d’ouvrir la porte à des convergences avec des courants bourgeois « souverainistes ». Outre que, de la part du POID, ceci ne semble pas être le cas (comme cela l’a été de la part du POI avant leur scission en 2015), il nous semble aussi, et c’est ainsi que nous le souhaitons, que le thème principal de cette manifestation est bien « l’unité pour chasser Macron-Philippe ». L’ennemi principal est dans notre propre pays ; le Brexit a clairement montré que ni la défense des « institutions européennes », ni la sortir de l’État capitaliste existant de ces institutions, n’apporte de solution et ne stoppe la casse sociale.

En fait, nous avons là une question en partie similaire à celle de la très abstraite, ou susceptible de recouvrir tout ce que l’on veut, « VI° République », critiquée par Robert Duguet dans l’appel de la Gauche Démocratique et Sociale : il faut un contenu, démocratique et mobilisateur, à la rupture, qui en soit n’a pas de contenu.

Nous avons à ce sujet apporté une contribution sous la forme du texte sur la question européenne soumis à la conférence internationale du Workers International Network début janvier.

Ce contenu ne doit-il pas d’ailleurs commencer par une véritable constituante et l’organisation des comités de grève élus, intégrant les syndicats, des comités de défense des services publics et de lutte contre les fermetures de classes, d’écoles, d’établissement de santé et de gares, dans tout le pays ?

Robert Duguet, dont le blog rend compte de nombreuses initiatives et débats unitaires notamment dans le Val d’Yerres, a contribué à la discussion ainsi appelée par un texte signalant à juste titre le recul de Macron sur Notre-Dame-des-Landes et la situation en Allemagne parmi les ingrédients d’un tournant possible, partageant notre inquiétude sur le blitzkrieg que veut engager Macron, soulignant l’accentuation de la ligne « populiste » de division de la « France insoumise » précisément dans cette situation, partageant notre soutien aux deux initiatives de la GDS et du 13 mai.

Il propose pour conclure de commencer à combler la carence politique que nous ressentons dans une situation de plus en plus pressante par des collectifs démocratiques de citoyens qui posent la question de leur représentation, et donc d’institutions dont ils définiront eux-mêmes la forme et le contenu soit donc des collectifs pour une constituante souveraine afin que ceux-ci apportent une réponse en termes d’alternative politique au mouvement de l’entrée en lutte des salariés dont Robert, comme nous, semble penser, selon une vieille formule, que « un peu plus tôt, un peu plus tard », il se produira (non pas que les luttes ne soient pas déjà engagées, mais l’expression « entrée en lutte » exprime l’idée de l’entrée ouverte dans un mouvement d’ensemble affrontant l’exécutif).

Cette proposition de collectifs pour une constituante souveraine nous semble aller dans le sens de ce que nécessite la situation. Il est d’ailleurs important de reprendre ce thème qui fut galvaudé lors de la présidentielle. Il ne s’agit pas, Robert en est certainement d’accord, d’imprimer une forme unique aux nombreux collectifs existants, et plus encore aux comités de grève et comités populaires de défense des services publics lorsqu’ils vont se multiplier, mais d’imprimer une direction, une perspective, un débouché, pour que le mouvement social aille de l’avant en s’emparant des questions politiques. Ce ne sont pas Européennes de 2019 que nous préparons, c’est l’affrontement social, dans pas longtemps. Et c’est bien plus politique.

André Bellon, ancien député socialiste des Alpes-de-Haute-Provence et animateur de l’Association pour une constituante, https://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?auteur1 a réagi positivement à cet article et la discussion doit s’engager.

Nous avons, en outre, considéré que nous devions publier la tribune de Jacques Chastaing, observateur avisé des luttes, grèves et conflits, et l’un des animateurs du Front social, intitulé Le régime de Macron est en train de craquer aux coutures. De manière un tantinet normande, nous partageons et ne partageons pas ce titre.

Nous le partageons, s’il signifie que rien n’est fait quant à l’entrée dans la chair et le sang de la vie quotidienne des ordonnances contre le code du travail et que c’est maintenant que les poussées opposées se confrontent de plus en plus, suscitant craintes et craquements dans l’exécutif. Le retour de drôles d’ « affaires », abus de faiblesse et de pouvoir autour du ministre sarkozyste de la destruction du statut des fonctionnaires, le sieur Darmanin, comme en direction de la potiche écolo de service Hulot, en est d’ailleurs un signe qui ne trompe pas.

Mais nous ne le partageons pas si cela veut dire que tout va nécessairement basculer. Oui, des affrontements globaux vont se nouer en mars. Mais il leur faut des perspectives. Jacques note que le signe le plus important est ce halo autour des grèves apparu notamment avec les EHPAD. Oui, mais c’est un signe politique : ce qui se cherche n’est pas en soi la « convergence des luttes », ce qui se cherche est LA grève, comme affrontement politique central des exploités contre les exploiteurs et leur État. Ce n’est pas en train d’éclater, c’est ce qui se cherche. Cette recherche n’a pas tant besoin de stimuli que de discussion politique démocratique allant s’élargissant.

Nous apprenons par ailleurs que les camarades de La Riposte viennent de tenir leur congrès. Ces camarades se sont maintenus sur le terrain du mouvement ouvrier, politique et syndical, au moment où d’autres cédaient aux sirènes « populistes » qui nous ont conduit où nous en sommes aujourd’hui. C’est avec intérêt que nous prendrons connaissance de leurs analyses.

Il faut donc que toutes ces discussions se poursuivent, parfois qu’elles éclosent, et se développent, rapidement et clairement.

C’est pourquoi nous proposons de fixer une date pour une rencontre nationale au plus tard début mai.

La rédaction, le 18-02-2018.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
Cet article a été publié dans Discussion, Editorial, France. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.