Éditorial du numéro 63 du 24 décembre 2016

La fin de l’année 2016 arrive. A présent, la conscience d’une situation globale catastrophique est devenue chose banale. Dégazage du méthane, crise économique non réglée, bruits de guerre insistants. L’écrasement d’Alep Est, dernier acte d’un long siège et de bombardements systématiques visant les civils, matérialise la sainte alliance contre-révolutionnaire Trump-Poutine, alors que bien des courants politiques et des militants continuent à fonctionner sur les leçons apprises dans les années 1990-2003 voire bien avant encore.

Telle est la première leçon politique de cette fin d’année, élément important des toutes prochaines batailles et des toutes prochaines lignes de clivage et de recomposition : la lutte des classes est mondiale ; les clivages sur les questions internationales sont déterminants. L’engagement actif d’un J.L. Mélenchon contre le peuple syrien, en solidarité avec Poutine (il ne dit pas Poutine, il dit « les Russes » …), dresse une ligne de clivage politique et social, car c’est un engagement actif au compte du capital et de son État, ici et maintenant, en France.

L’assassinat de l’ambassadeur russe en Turquie n’est pas le fait du peuple expulsé et bombardé d’Alep Est mais l’expression des convulsions internes à la police et à l’État turcs. Erdogan a réagi en renforçant sa coopération avec l’impérialisme russe, pour adopter le lendemain, dans une conférence tenue à Moscou, une déclaration sommant les zones libérées d’accepter un « cessez-le-feu » comme à Alep donnant les bases d’une négociation maintenant en place Bachar el Assad et son État.

Au même moment, dans ces zones insurgées, où des dizaines de milliers d’habitants se sont réfugiés depuis l’écrasement d’Alep Est, aucun ne voulant aller dans les zones tenues par Bachar ou par les milices liées à l’Iran, se sont multipliées les manifestations, qui ne disent pas seulement leur solidarité avec Alep, mais qui exigent l’union des groupes opposants en une « nouvelle armée » : c’est de poudre et de balles dont a besoin le peuple syrien, depuis le début.

L’assassinat, non par un « camion fou » (expression déjà entendue en France en juillet dernier …), mais par Daesh, de 12 personnes sur un marché de Noël à Berlin n’est pas le fait des « réfugiés » ni du peuple syrien, mais de l’autre ennemi mortel de celui-ci avec Bachar : Daesh.

L’attaque d’une mosquée à Zurich le même jour n’est pas le fait des populations « islamophobes » d’Europe occidentale, mais d’un groupe raciste organisé.

Tous cherchent la guerre entre les peuples. La voie de la paix ne sera pas pacifique, elle sera la guerre des peuples, contre eux tous.

Et pendant ce temps, Mme Lagarde jugée coupable n’est pas condamnée par la soi-disant « Haute cour » pendant que les pauvres sont traités comme au XIX° siècle : prison ferme pour un jeune homme affamé ayant volé un fromage ! Cette réalité sociale annonce le monde que patronat et État veulent pour nous, pour presque toutes et presque tous.

La fermeture progressive des perspectives politiques dans le cadre de la présidentielle en France – orientation pro-impérialiste affirmée de J.L. Mélenchon, mesure de fermeture évitant que le cadre des « primaires » du PS n’échappe au contrôle de leurs organisateurs, que symbolise l’éviction de G. Filoche – va avoir un effet : l’irruption de la lutte des classes, avant et pendant les présidentielles.

Il faudra donc plus que jamais, en 2017, mettre l’accent sur un objectif : l’organisation, celle des exploités et des opprimés par eux-mêmes, pour la lutte, avec comme arme la conscience. Le message du congrès du syndicat sud-africain de la métallurgie NUMSA, tenu les 10-12 décembre en présence de plus de 1000 délégués représentant 380.000 syndiqués en forte augmentation, vaut pour le monde entier : rupture avec les forces attachées au maintien de l’ordre social et néocolonial – en l’occurrence l’ANC au pouvoir – et appel à « construire une nouvelle confédération des travailleurs, indépendante et démocratique, et pour cela à développer une politique de front unique ainsi que la construction d’un parti socialiste révolutionnaire.»

A ce premier message optimiste pour conclure l’année 2016, nous joignons un hommage à un Working classe heroe : Larry Colburn, décédé cette semaine, avait, jeune soldat US de 18 ans plongé dans la guerre du Vietnam en 1968, arrêté le massacre de My Lai au Vietnam – déjà des centaines de victimes – en braquant sa propre mitrailleuse contre l’infâme crapule, dénommée Lieutenant W. Calley, qui dirigeait une bande de soudards violeurs et meurtriers.

Aux Larry Colburn, aux jeunes qui se battent ces dernières nuits dans les rues de Kinshasa pour la démocratie, nous dédions ces lignes : le seul avenir possible vous appartient.

24-12-2016

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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