A propos des primaires du PS

Dans les jours qui ont suivi la renonciation de candidature du président Hollande, les grandes manœuvres ont commencé pour cadrer et cadenasser cette « primaire de la BAP » qui, par son existence même, peut devenir un terrain pour battre ce gouvernement et ce président, voie utile pour affronter et battre patronat, droite et extrême-droite.

On a donc vu le lancement à grand spectacle médiatique de la candidature Valls présentée de façon ridicule et inaudible comme une candidature « de rassemblement », associé à des manœuvres et propos de chef de bande de J.C. Cambadélis pour qui la primaire n’est pas un « open bar ».

Rien de plus opaque que les règles de cette primaire, codifiées par un mystérieux comité d’organisation managé par le dit Cambadélis, censé représenter la fictive « Belle Alliance Populaire ». Si vous êtes présenté par un groupuscule agréé par la dite BAP, vous n’avez aucune carte blanche à présenter. Si vous êtes membre du PS, il vous faut des dizaines de signatures d’élus, maires exclus, et les signatures d’adhérents socialistes, à plus forte raison de militants syndicaux et sociaux, ne comptent pour rien.

Cela ne doit donc pas être « open bar ». Pourquoi ? Parce qu’il y a un risque – un risque pour le capital, un risque pour Valls, un risque pour le gouvernement : que des secteurs du monde du travail et de la jeunesse viennent pour battre Valls. Ce risque est accru par le fait que l’existence même de ces « primaires » a verrouillé la candidature de Hollande qui, s’il s’était présenté, ne pouvait que les contourner – et se crasher en beauté.

Ce risque n’en est pas un pour le monde du travail, au contraire : il a tout intérêt à intervenir, ce n’est pas faire le jeu de Valls bien au contraire, ni le jeu du gouvernement mais c’est continuer à le combattre comme dans les manifestations contre la loi El Khomri.

Parallèlement à l’opération visant à verrouiller et rendre imbuvables ou inaccessibles les dites primaires qui sont subitement devenues dangereuses pour le pouvoir, se déroule l’opération Macron : si la candidature Valls échoue aux primaires, un candidat est lancé représentant la même politique (sauf une nuance sur la laïcité : Valls est plutôt bonapartiste-concordataire, Macron plutôt bonapartiste-démocrate-chrétien). Macron a donné l’axe de sa politique : une soi-disant hausse des salaires qui serait en vérité une baisse des salaires, par la liquidation des cotisations sociales et donc de la Sécurité sociale. Sous l’enrobé du sourire dynamique, c’est une violence sociale à la Fillon.

Pour la forme, Cambadélis lui demande de venir dans les primaires, alors qu’il cherche à exclure Filoche et les candidats de petits partis jusque là non membre de la « BAP », et alors même que des dizaines de barons régionaux PS marchent avec Macron, en tête M. Collomb, qui se rendait récemment au Vatican avec son ami L. Wauquiez. D’un côté, Cambadélis refuse de fait de recevoir G. Filoche et de lui communiquer le listing des « parrains », de l’autre, il laisse M. Collomb grenouiller avec Macron, Wauquiez … et le pape !

Il s’est aussi adressé à J.L. Mélenchon, sûr que le jeu de rôle serait respecté et que celui-ci repousserait la proposition.

Réfléchissons pourtant un instant : si J.L. Mélenchon appelait tous ses partisans, et au delà tous les travailleurs mécontents de la politique de Hollande et de Valls, à prendre d’assaut ces primaires pour le mettre, lui, en tête, afin de rendre possible une victoire jusque là inespérée contre la droite et l’extrême-droite aux présidentielles ? Dans l’intérêt électoral non pas politicien, mais pour gagner, et sous l’angle de la popularité, ne serait-ce pas une excellente « carte à jouer » ?

On peut au passage balayer d’un revers de main l’argument, pourtant avancé aujourd’hui par J.L. Mélenchon, selon lequel qui va à ces primaires s’engage à soutenir leur vainqueur. Aucune loi n’y contraint. Et il serait vainqueur s’il faisait cela – ou alors, J.C. Cambadélis ne voudrait soudain plus l’inviter, et il serait quand même, du coup, politiquement vainqueur.

Alors pourquoi ne le fait-il pas ?
Que des militants à l’esprit simplificateur disent « c’est le PS et il est désormais interdit de faire quoi que ce soit avec le PS pour les siècles des siècles », c’est une chose, mais si J.L. Mélenchon a pour but, comme il le dit, de prendre le pouvoir pour le rendre au peuple, pourquoi ne fait-il pas cela ? Et pourquoi, en lieu et place, participe-t-il au verrouillage qui vise à empêcher travailleurs et jeunes d’ouvrir une brèche ?

Alors, certes, ces primaires ne sont pas affriolantes, parce que leurs organisateurs ont intérêt à ce qu’elles ne le soient pas.

Dans cette situation, la question du droit à la candidature de Gérard Filoche est un marqueur politique, un signe décisif. Les militants trop confinés dans leurs microcosmes doivent réaliser qu’à l’échelle de centaines de milliers de travailleurs et de syndicalistes, G. Filoche est «LE socialiste qui est contre les patrons » et contre les lois du gouvernement en faveur des patrons, El Khomri en tête, quelles que soient les critiques qu’on peut lui faire.

Sa candidature dans ces primaires est totalement légitime et l’est plus que plusieurs des candidatures existantes- il a d’ailleurs des milliers de signatures d’adhérents du PS et plus de 10.000 de militants syndicalistes et autres. S’il y est, ce ne sera pas une faveur de la direction du PS mais une victoire contre la politique pro-patronale, une victoire qui en appellerait d’autres, car il s’agit de lutte de classe.

VP, le 11-12-2016

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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