La victoire aurait déjà été possible …

Saute-mouton jusqu’à … ?

Après un mois entier où, ayant réalisé les grèves et manifestations du 9 mars, des milliers de travailleurs, de jeunes, de syndicalistes, ont commencé à modifier tous les rapports de force en amorçant la construction du Tous ensemble pour le retrait de la loi « travail » et donc pour en découdre avec Valls, Hollande et le régime de la V° République, après les largement plus d’un million de manifestants du 31 mars, et alors que ce sont encore des centaines de milliers qui ont manifesté un samedi même si manifestement ceci ne correspondait pas à leur attente, les directions nationales de la CGT, de FO, de la FSU, de Solidaires et de l’UNEF appellent maintenant à une nouvelle journée de « grève interprofessionnelle » le jeudi 28 avril.

Le débat parlementaire, en commission, sur la loi El Khomri, a commencé et le débat en séance publique doit démarrer le 3 mai. Les nombreux amendements n’ont parfois rien de rassurant, comme celui, adopté en commission, qui facilite encore les licenciements dans les petites entreprises.

Partout, dans les manifestations, dans les réunions et assemblées générales du 31 mars, la volonté s’est affirmée de ne pas se laisser prendre à ce que travailleurs, jeunes et syndicalistes, ayant assimilé l’expérience de la défaite organisée de 2010, savent être un piège : des « journées saute-mouton » jusqu’à épuisement. Les discussions, partout, portent sur les moyens pour imposer la grève totale effective, arrêtant la production, et les actions de type blocages ne prennent sens que dans cette perspective là.

Si le congrès confédéral de la CGT, prévu à Marseille du 18 au 22 avril prochains, est représentatif des travailleurs, et représentatif de la CGT, alors évidemment il aura à discuter, et pourquoi pas à décider : c’est son droit, et peut-être son devoir.

Annoncer une journée le 28 avril, à la veille des grandes manifestations appelées le samedi 9 avril, c’est un saut de mouton un peu long. Pourtant le bouillonnement dans tout le pays le montre : un appel des directions nationales confédérales à la grève effective pour imposer le retrait aurait été largement suivi et il aurait été victorieux.

Le mouvement est certes inégal, le mécontentement des personnels de l’enseignement envers les réformes de ces dernières années (lycée, « rythmes scolaires ») ou que le gouvernement veut imposer à la rentrée prochaine (collège) ne s’y est pas encore pleinement relié, de même que les nombreuses grèves dans les petites et moyennes entreprises pour les salaires ou pour l’emploi qui cherchent activement à s’y relier, et que les luttes dans la fonction publique territoriale, où menace le pire de tous les « plans sociaux ». Un appel central permettrait rapidement que se consolide cette unité.

La nature de l’obstacle

L’obstacle à la victoire s’avère donc être dans ces directions. Un obstacle politique : ils ont peur de vaincre le gouvernement et d’ouvrir la crise du régime, alors que pour les millions de jeunes et de salariés, actifs, chômeurs ou retraités, rien ne pourrait arriver de mieux !

On connaît le refrain : « La grève générale ne se décrète pas ». Il est vrai qu’en mai-juin 1968 elle s’est imposée malgré et contre les directions nationales, qui expliquent depuis que ça peut se faire sans eux. C’est faux : la lutte générale avec patronat et gouvernement exige une unité et une organisation nationales. Les syndicats ont été construits pour cela. Si leurs directions les empêchent de jouer ce rôle, alors les comités de grève élus, centralisés et reliés, intégrant les organisations syndicales à tous les niveaux, devront le jouer.

C’est ainsi que, d’ores et déjà, de nombreuses intersyndicales locales, départementales, se saisissant de l’appel au 28 avril, précisent que des assemblées dans les entreprises, administrations, établissements, devront se réunir ce jour là ou auparavant, pour préparer la reconduction de la grève.

A propos des entretiens UNEF-FAGE-gouvernement

Dans le même temps la volonté s’affirme de ne pas dévier de l’objectif central, qui n’est pas une limitation mais un socle : le retrait de la loi El Khomri. Il ne s’agit pas de l’amender, il ne s’agit pas de réécrire le code du travail, mais d’imposer le retrait pur et simple, par la grève. C’est pourquoi les interrogations sont grandes à propos des « discussions » ouvertes entre le gouvernement et l’UNEF, de concert avec l’organisation corporatiste soutenue par la CFDT qu’est la FAGE : si la loi El Khomri n’est pas retirée, à quoi peuvent rimer des promesses de facilitation de l’ « insertion des jeunes » ? Si une augmentation du nombre et du taux des bourses, voire de leur durée jusqu’au premier emploi, est arrachée – mais c’est loin d’être fait ! – ce sera un effet collatéral de la bataille pour le retrait, sous la menace de la grève générale.

Le communiqué intersyndical national appelant au 28 avril comporte un passage annonçant que « les organisations syndicales seront vigilantes aux annonces qui seront faites par le premier ministre la semaine prochaine », suite à ces rencontres gouvernement-UNEF-FAGE. Si la loi El Khomri n’est pas intégralement retirée, aucune annonce ne saurait comporter de reculs allant dans le sens des intérêts de la jeunesse et du monde du travail.

A propos de Nuit Debout

Le sentiment profond qu’une bataille centrale arrive et que le 31 mars devait la lancer s’est rencontré dans plusieurs villes avec la projection du film de François Ruffin, Merci Patron, aboutissant à partir de la nuit du 31 mars au 1° avril au mouvement « Nuit Debout », qui ne s’est pas installé, au fond, par hasard place de la République à Paris – parce qu’il s’agit de la République et parce que depuis le 13 novembre, en passant par les provocations et brutalités policières de l’état d’urgence, la symbolique de cette place a été renouvelée.

Ces milliers de participants expriment clairement une volonté bien plus large encore de vraie démocratie et la recherche d’une issue politique qui serait construite à partir du mouvement social lui-même, puisque les élections présidentielles non seulement n’offrent aucune perspective, mais sont de fait opposées au développement d’un mouvement général mettant en cause le régime s’il bat le gouvernement.

François Ruffin lui-même, dans les Inrocks, se demande si ce mouvement peut sortir de « l’entre-soi », au delà de l’expérience sympathique, humaine et politique de la discussion libre et ouverte entre générations et des nombreux débats. Les « Nuits debout » sont un sous-produit du mouvement social d’ensemble et de la recherche d’une issue politique. Comment sortir de ce qui, au bout de quelques jours (ou plutôt nuits) riches et denses, apparaît déjà comme un « entre soi » à ses principaux initiateurs ?

C’est assez simple : la masse des salariés et des jeunes travaille le jour et ne peut pas passer ses nuits à singer des assemblées générales qui doivent avoir lieu sur les lieux de travail par le moyen de la grève. La convergence des luttes c’est la grève jusqu’au retrait, unie et centralisée. La question politique de l’heure, celle qui appelle le plus organisation et discussion politiques, est bien celle de la grève générale.

Pas pendant des jours et des nuits : quelques jours, pour en découdre.

Pas de sujet plus politique que la grève générale

L’enjeu de ce mois d’avril : ne nous laissons pas disperser. Une « discussion avec le gouvernement » par ci, des amendements à la loi El Khomri par là, de nombreuses et sympathiques « Nuits debout », et beaucoup, beaucoup de répression policière et de provocations inadmissibles que ce gouvernement, ce président, ce régime devront payer, par dessus le tout, ne sauraient résumer la réalité. La réalité, entraînant avec elle, bien sûr, les « Nuits debout » et les actions locales de tous types, c’est la volonté d’unifier et de centraliser pour construire la grève générale afin de gagner.

Éditorial du bulletin N°40 du 10 avril 2016

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
Cet article a été publié dans Editorial, France, Grève générale. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.