Face à la guerre imposée à l’Ukraine ainsi qu’à la violence extrême, répressive et coloniale, déployée par l’État russe sur de nombreux autres terrains, la mobilisation à gauche et dans les milieux militants est très loin d’être à la hauteur. C’est pourquoi nous créons la Plateforme antifasciste contre l’impérialisme russe (PACIR), et appelons à un sursaut collectif.

Vladimir Poutine et ses idéologues le répètent, comme autant de signaux d’alerte envoyés à la face du monde : « La Russie n’a pas de frontières. » Incarné par la lettre « Z », symbole de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine après les guerres d’anéantissement déjà menées de la Tchétchénie à la Syrie, l’impérialisme russe doit être considéré à la hauteur du danger qu’il représente pour les peuples comme pour toute lutte d’émancipation.

Prenant cette réalité au sérieux, nous nous sommes réuni·es durant l’été 2026 à Marseille, entre personnes issu·es ou proches du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (RESU), des milieux féministes et anti-guerre de Russie, du groupe Mer noire (réseau Les peuples veulent), d’Afrique Europe Interact Sahel, de l’Union communiste libertaire (UCL), de Solidarity Collectives (gauche anti-autoritaire en Ukraine), d’Arguments pour la lutte sociale (ApLutSoc) ou de l’Assemblée européenne des Citoyen·nes (AEC), de même que de personnes de la région mobilisées en soutien à l’Ukraine résistante.

Un même constat nous rassemble : face à la guerre imposée à l’Ukraine ainsi qu’à la violence extrême, répressive et coloniale, déployée par le Kremlin sur de nombreux autres théâtres dont la Russie elle-même, la mobilisation à gauche et dans les milieux militants est très loin d’être à la hauteur. L’indifférence, bien souvent, le dispute à une incompréhension que le narratif de l’État russe et de ses soutiens contribue à entretenir, quand certains ne se font pas directement les relais zélés de ce régime de mort.

La « géopolitique » campiste, abstraite et surplombante, se normalise et empoisonne la discussion. Dans sa logique mortifère, la Russie est considérée comme un moindre mal, voire comme une alliée contre l’impérialisme occidental. Au lieu d’une force tout aussi impérialiste et belliqueuse cherchant à soumettre et dominer, elle se donne à voir en victime contrainte de se défendre.

Cette rhétorique d’inversion ignore la parole des peuples concernés, ceux d’Europe centrale et orientale, du Caucase, d’Asie Centrale, de la région Moyen-Orient/Swana, du Sahel, de la République centrafricaine, du Soudan ou du Myanmar, qui n’y ont pas voix au chapitre. Pas plus que les dissident·es et minorités ethniques et religieuses issues de la Fédération de Russie.

Face à cette tendance à relativiser la dangerosité du pouvoir russe ainsi qu’à effacer ses victimes, il est urgent de réagir. Il faut regarder en face la nature profondément impérialiste, réactionnaire et contre-révolutionnaire du projet poutinien, qui s’inscrit dans la continuité de l’histoire impériale de la Russie. Et soutenir les résistances qu’il suscite : autant de fronts de lutte contre le fascisme « grand russe » et ses alliés internationaux.

C’est pourquoi nous constituons la « Plateforme antifasciste contre l’impérialisme russe » (PACIR), un cadre de convergence visant à nous doter de moyens communs au service des orientations suivantes :

  • Rendre visibles et compréhensibles les luttes populaires et les mouvements de décolonisation confrontés à la dictature et à l’impérialisme russes, dans les différents contextes où ces mobilisations se déploient ; rendre visibles la violence et les formes d’oppression exercées ou soutenues par l’État russe ;
  • Affirmer notre solidarité et notre entraide avec les sociétés qui y sont confrontées, y compris lorsque celles-ci n’ont d’autre choix que de répondre par la résistance armée comme en Ukraine, ou au Myanmar face à la junte militaire soutenue par Moscou ; construire des passerelles avec ces sociétés, rendre audibles leurs paroles ;
  • Soutenir les personnes de Russie qui s’opposent au régime, à l’impérialisme russe et à son modèle autoritaire, à la militarisation de la société et aux guerres conduites par Moscou ;
  • Replacer la résistance au régime russe au cœur de l’antifascisme actuel, ainsi que de la lutte contre l’internationale réactionnaire au sein de laquelle il occupe, au même titre que le trumpisme, une position cardinale ;
  • Alerter sur le fait que les luttes féministes et LGBTQ+ en particulier, sont explicitement désignées comme des cibles dans la croisade politique et militaire engagée par la Russie au nom des « valeurs traditionnelles » ;
  • Soutenir que cette double perspective, antifasciste et anti-impérialiste, implique la défaite et le retrait total des troupes russes en Ukraine. Pour le peuple ukrainien qui subit invasion et occupation, et pour mettre un coup d’arrêt au projet hégémonique de « grande Russie » et affaiblir ses alliés d’extrême droite partout ailleurs. L’enjeu ici, est en outre de préserver des espaces dans lesquels des luttes émancipatrices restent possibles ;
  • Combattre l’influence du régime russe sur les scènes politiques française et occidentales, la diffusion de sa rhétorique au sein de la gauche et des milieux militants, ainsi que les complaisances, les relais et, parfois, les velléités d’alliance qui s’y manifestent à son égard ;
  • S’opposer aux positions campistes dans les mouvements anti-guerre, qui se revendiquent parfois décoloniaux et de solidarité internationale tout en invisibilisant ou présentant comme négligeable, dans les faits, la dimension « multipolaire » des dynamiques d’expansion, de néo-colonisation et de répression, dont celles impulsées ou soutenues par la Russie ;   
  • S’inscrire à l’inverse dans la construction et le développement d’un internationalisme par le bas, anti-autoritaire, contre toutes les formes d’impérialisme et de colonialisme d’où qu’elles viennent.

    Dans cette optique, PACIR travaillera à différentes initiatives et notamment au développement d’un média commun (site internet et réseaux sociaux) nommé « Ctrl+Z », en référence au détournement du symbole nationaliste russe « Z » par la résistance ukrainienne.
    La plateforme PACIR s’attachera aussi à co-organiser des événements et rencontres ou à en faire la promotion, de même que des actions et mobilisations contre le fascisme et l’impérialisme du régime russe, en soutien à celles et ceux qui s’y opposent.

Nous suivre sur Instagram : @Pacir_CtrlZ

Aplutsoc soutient et est partie prenante de cet appel.