Le 18 octobre, Macron a parlé. Pour certains, il n’a rien dit. Pourtant il a réaffirmé « une méthode claire », celle qu’il mène depuis plusieurs semaines pour mater la mobilisation de la jeunesse : la matraque et le dialogue social.
Pour Macron la matraque…
Côté répression, Macron a annoncé dans son allocution l’interdiction de manifester « quand il le faut » et en sommant les organisations de « condamner sans ambiguïté toutes les violences et à appeler au calme ». Aussitôt un premier couvre-feu pour les mineurs a été instauré dans certaines communes de Guadeloupe, puis le lundi, les couvre-feu et interdictions de manifester se sont multipliés en métropole, pour toute la population.
Ces interdictions d’exercer les droits démocratiques sont présentes depuis le début de la mobilisation lycéenne, mi-septembre. Par exemple, à Lyon, le 13 octobre, c’est en connaissance de cause que la police a chargé et arraché la banderole de tête tenue par les syndicats et matraqué les délégués syndicalistes, puis dissout la manifestation déclarée. A cela s’ajoutent les très nombreuses arrestations et mutilations. Avec son allocution, Macron annonçait ainsi le renforcement d’une telle répression.
…et le « dialogue social »
Côté dialogue social, Macron a annoncé une série de concertations pour « construire ensemble des solutions ». Mais comment croire une seule minute que Macron cherche à satisfaire des revendications qu’ils n’a eu cesse de dédaigner pendant 10 ans et alors qu’il n’a eu cesse de réprimer les manifestants qui les portaient ?
Même lui avoue en creux qu’il ne cherche qu’à gagner du temps : « tous ceux qui aujourd’hui vous expliquent que l’urgence est d’aller dans la rue, de manifester, de créer le désordre, n’ont qu’un but. Abîmer la République et voler le débat. Les choix d’avenir que vous aurez, que nous aurons à faire dans six mois, ils sont essentiels. » Rentrez chez vous et ne sortez que pour voter, là est le message.
… pour faire passer son budget 2027
Ce déferlement de violence, cette remise en cause des libertés démocratiques et cette volonté de gagner du temps via le dialogue social ont un objectif premier : arriver à faire passer le budget Lecornu de 2027. Ce budget est un budget au service de la bourgeoisie, avec 54 Mds d’économies prévues sur le dos des salariés, des retraités et de la jeunesse et poursuivant la dégradation des services publics et la destruction de la Sécurité sociale.
Ce budget Lecornu est incompatible avec la satisfaction des revendications des lycéens et des étudiants pour le droit aux études de leur choix et dans des conditions dignes.
Pour satisfaire les revendications :à bas le gouvernement et son budget
Ainsi la satisfaction des revendications des lycéens et des étudiants, et au-delà celle – minimale – d’augmentation générale des salaires passe par le rejet du budget Lecornu 2027. Mettre en échec ce budget d’austérité mettra en échec le gouvernement Lecornu.
Cette question budgétaire est pourtant très souvent laissée dans l’ombre par nombre d’organisations syndicales et politiques se réclamant de la gauche. Car ces dernières, tout en critiquant Macron, protègent le pouvoir et la bourgeoisie française, et savent pertinemment que la question du budget et du pouvoir de Macron sont liés.
L’impasse du capitalisme et de la Ve République
En arrière fond, c’est la question de l’impasse du système économique capitaliste qui est posée. Certains manifestants aspirent à le réformer, et ont l’illusion qu’une plus juste répartition des richesses suffirait à répondre à leurs revendications.
La volonté de la bourgeoisie française de garder sa place d’impérialisme à l’échelle mondiale l’a amenée à des choix mortifères, comme celui de privilégier le train de vie d’une Armée impérialiste face aux besoins de l’Hôpital et de l’École. Et le poids de la dette de l’État français rend son économie fragile. Les travailleurs ne peuvent qu’à juste titre de refuser de payer cette dette, ce qui implique de remettre en cause la propriété privée des moyens de production, à commencer par les grandes entreprises.
Macron a la volonté de servir la bourgeoisie française jusqu’au bout de son mandat et défendra le capitalisme, la propriété des moyens de production, avec tous les outils du régime de la Ve République dont il dispose. En arrière fond de la mobilisation actuelle, se trouve aussi la dénonciation d’un régime autoritaire, formulée de façon claire par la jeunesse et les travailleurs depuis des années.
S’organiser pour répondre à la question du pouvoir
L’appel des étudiants parisiens à manifester vers Matignon le 13 octobre montre une claire conscience de l’enjeu que représente la question du pouvoir. Et le refus, par le préfet, d’accorder de nouveau un tel objectif à la manifestation du 17 octobre montre le danger que représente pour la bourgeoisie que soit poser ouvertement cette question du pouvoir.
Mais mettre fin au gouvernement en place et à sa politique ne pourra aboutir si la mobilisation se focalise sur des symboles : mettre fin à ce gouvernement nécessite de l’isoler totalement de toute béquille issue du mouvement ouvrier, cela nécessite d’imposer à toutes les organisations se réclamant de la gauche qu’elles refusent tout « dialogue social ». Rejeter ce dialogue, c’est rejeter des discussions sans fin qui usent la mobilisation, permettent au gouvernement de gagner du temps, de tenter de diviser et tenter de trouver une once de légitimation pour rester en place.
D’autres conditions indispensables se dégagent aussi comme la nécessité de l’unité, le refus de la division : c’est à juste titre que les étudiants ont rejoint les lycéens, et c’est poussés par leur propre base que les dirigeants des syndicats ouvriers soutiennent la lutte des lycéens et étudiants.
Nécessité de l’organisation démocratique des lycéens, des étudiants, des travailleurs
Face à ce pouvoir centralisé et répressif, les lycéens et étudiants (et au-delà les travailleurs) n’ont pas d’autres solutions – une fois encore – que de s’organiser démocratiquement : assemblées d’établissements et de villes désignant leurs délégués, assemblées de délégués jusqu’au niveau national. Reprenant ainsi le chemin tracé par la Commune de 1871 et, dans un passé plus récent, par des coordinations nationales d’étudiants.
Ces assemblées doivent intégrer les syndicats (en les contrôlant afin que les directions syndicales nationales actuelles n’aillent pas « négocier » avec le gouvernement, voire diviser le mouvement), doivent définir les revendications, désigner ses délégués, révocables à tout moment, et décider de l’action à mener.
Centraliser ce combat pour imposer le retrait du projet de budget Lecornu 2027 permettra la chute de ce gouvernement et ouvrira la voie à la satisfaction des revendications. Un tel combat implique en parallèle de lutter pour les libertés démocratiques et le retrait de toutes les mesures d’exception, dont celles utilisées dans la répression des mineurs.
L’Insurgé, 21/10/2026.