K’yiv et Gaza.
Le 7 juillet dernier au soir, la mobilisation par en bas de la base sociale et électorale de la gauche en France a empêché le RN d’arriver au pouvoir.
Le lendemain, lundi 8 juillet, une pluie de missiles dévastait à nouveau l’Ukraine, visant écoles, jardins d’enfants, églises, hôpitaux, dont le principal Hôpital pour enfants du pays, à K’yiv, faisant 38 morts et des dégâts humains et moraux non chiffrables. On a pu se dire que telle était la revanche de Poutine pour son échec à installer ses agents dans le pouvoir exécutif français, mais l’opération était probablement planifiée à l’avance et avait plutôt été décalée au lendemain du scrutin, pour faire suite à l’arrivée (finalement manquée) du RN au pouvoir et à la fin de la tournée de Victor Orban, et coïncider aussi avec la constitution de son groupe au Parlement européen, de concert avec le RN français.
Le surlendemain, 9 juillet, les bombes israéliennes s’abattaient sur une école à Khan Younès, dans la bande de Gaza : 29 morts. Le 13 juillet, bombardement d’une « zone de sécurité » où les réfugiés étaient regroupés, à Al-Mawasi : 90 morts.
Les crimes de Poutine et les crimes de Netanyahou se ressemblent. Dans les deux cas, ce qu’il est convenu d’appeler « la communauté internationale » évite consciencieusement de stopper le massacre.
En Ukraine, le massacre pourrait être stoppé par l’armement suffisant du pays, à commencer par la fourniture effective de ce qui est promis. Citons le spécialiste militaire Michel Goya : « Avec une aide matérielle intermittente, graduelle et dosée, l’interdiction d’employer les armes fournies sur le sol de l’ennemi agresseur et la peur d’engager le moindre humain sur le sol de l’allié, le soutien occidental à l’Ukraine depuis 2022 est peut-être le plus prudent, sinon le plus pusillanime, de l’histoire des soutiens à des pays en guerre. Il faut sans doute revenir à l’attitude des démocraties face à la guerre civile en Espagne de 1936 à 1939 pour trouver pire. » (article du 22 mai 2024).
La voie de la paix passe ici par la défaite militaire russe en Ukraine.
A Gaza, ainsi qu’en Cisjordanie où la violence coloniale s’abat également, c’est inversement en coupant le robinet des armes et en général du soutien logistique, financier et politique à l’État israélien, que celui-ci serait rapidement contraint à un cessez-le-feu effectif permettant réellement de sauver les otages, comme le réclament les manifestants israéliens.
La voie de la paix passe ici par l’arrêt de la fuite en avant du pouvoir israélien. Combiné à la libération des prisonniers politiques palestiniens, ceci ouvrirait la crise de la domination du Hamas, en réalité rejeté par une population que les bombes israéliennes et la répression islamiste réduisent au silence, à Gaza, et à une recomposition politique nationale palestinienne.
Mais dans ces deux situations jumelles, les États-Unis et les puissances européennes, tout en sachant très bien ce qui est dit là, ne veulent pas dénouer la situation. Car elles craignent plus ce que rendrait possible la voie de la paix qu’elles ne craignent le prolongement des massacres. La crise du régime poutinien et la chute de son régime, d’une part. L’effondrement conjoint de Netanyahou et du Hamas et la remise en cause des « équilibres » reposant sur la négation du droit des peuples, d’autre part.
Les impérialismes « atlantiques » craignent toute défaite des impérialismes rivaux, « eurasiatiques », car elle ouvrirait les vannes urgentes du printemps des peuples et des aspirations nationales, démocratiques, sociales et écologiques.
Ils s’enferrent donc dans l’impasse, préparant en reculant devant l’échéance les conditions de la guerre mondiale dont la chute de Poutine et le printemps des peuples, autrement dit la révolution, démocratique, prolétarienne, écologique, peuvent seules garantir qu’elle n’aura pas lieu.
Trump.
La situation intérieure états-unienne constitue elle-même une impasse analogue. La classe dominante, ce que l’on appelle l’establishment, Wall Street, Washington, ne souhaitent pas la victoire de Trump cet automne mais refusent tout moyen efficace de l’empêcher. Ces moyens, ce serait d’abord d’armer l’Ukraine et de désarmer Israël, et, au plan intérieur, de s’appuyer sur la jeunesse, sur les femmes, sur la working class dont les grèves et le renouveau syndical ont marqué toute l’année écoulée. Mais probablement aussi de remplacer Biden, par une femme noire par exemple. Ils ont plus peur de tout cela que de Trump qui est pourtant affolant, de leur propre point de vue !
Que Joe Biden soit un « pauvre » vieux entêté que n’importe quel médecin ayant le sens de l’humain mettrait au repos, n’est-ce pas là au fond la manifestation de cette inertie sociale fondamentale par laquelle les préposés à l’accumulation du capital vont dans le mur ?
La crise des Démocrates voyant, comme tout le monde, que Joe Biden est à bout de souffle, au sens propre, n’empêche pas le Comité national démocrate de foncer droit dans le mur en klaxonnant (avec l’appui de cet autre vieillard qu’est maintenant Bernie Sanders …).
Mais Trump, lui, a d’abord reçu le soutien de la Cour suprême, c’est-à-dire des juges qu’il y a nommés, qui, par 6 voix contre 3, lui a conféré l’immunité pour tout acte commis en étant président : les principes fondamentaux du droit, ceux-là même qui avaient été invoqués par les premiers « républicains » américains en 1789 (Thomas Jefferson) contre l’institution de la présidence qu’ils ne voulaient pas voir redevenir une monarchie, sont atteints – il s’agit bien d’une inflexion autoritaire majeure, déjà, de la Constitution instituant la nation américaine.
Et puis, comme on le sait, l’autre jour, Trump a échappé à une tentative d’assassinat, dont les images alimentèrent immédiatement la machine médiatique faisant de sa personne un mythe (oubliant au passage la mort d’un de ses partisans dans le public).
Le voila donc sur un petit nuage. Trump est toujours Trump : pendant que Biden s’excuse pratiquement, et appelle à l’unité, lui a choisi son vice-président, Vance, un de ses anciens adversaires dans le Parti républicain, catholique, adepte des « lumières sombres », un courant néo-religieux ultra-réactionnaire (NRx, ou « pensée néo-réactionnaire », une version intello des délires de QAnon : ultra-libéralisme à la Millei combiné à la dictature politique ouverte, et au choix de l’exploitation des ressources énergétiques sans restrictions : la barbarie moderne incendiaire).
Vance s’est notamment distingué par ses appels à se foutre de l’Ukraine qui ferait mieux de crever : avec lui, c’est l’aile des Républicains qui a résisté au vote des crédits militaires vers l’Ukraine voici quelques mois qui est promue.
Trump vient également de téléphoner au « candidat indépendant » Robert Kennedy Junior, et l’appel ayant été filmé l’on sait qu’il a entrepris de le charmer en lui expliquant qu’il allait mener la lutte contre … les vaccins.
Son élection introduirait un facteur déstabilisant dans la situation internationale, accélérant la marche à la guerre en commençant par faire le jeu de Poutine et de Netanyahou.
Notons toutefois, pas pour se rassurer mais pour mesurer les éléments de la situation, une ressemblance avec la France d’avant le 7 juillet, quand le choix de Macron de faire du NFP l’ennemi principal et la sympathie du patronat dessinaient clairement la probabilité du RN au pouvoir : or, il n’en a pas été ainsi. Il n’en a pas été ainsi grâce aux forces sociales qui, aux États-Unis aussi, se heurteraient rapidement à Trump s’il est élu, mais qui ont besoin de plus d’organisation et de plus de clarté, de façon pressante.
La Chine.
La seconde puissance impérialiste mondiale, la Chine, est devant des enjeux existentiels. L’accumulation capitaliste en Chine est devenue largement excédentaire, depuis des années déjà. Le « 3° plenum du XX° comité central » du PCC, qui se tient en ce moment, s’est ouvert sur un rapport disant : « Les bases d’une reprise et d’une croissance économique saine doivent être consolidées. » Langue de bois facile à traduire : « les conditions de la reprise et d’une croissance saine ont été perdues ».
D’une part, selon l’expert français Patrick Arthus, de la part de cette oligarchie censée être dotée d’un sens unique de la prévision, une erreur de prévision magistrale a été faite qui plombe le reste à présent : la décroissance démographique est en marche, la Chine devrait passer sous les 600 millions d’habitants en 2100 et la population active baisse de 1,5% par an. « Cet incompréhensible manque d’analyse et d’anticipation a provoqué une situation de surcapacité dans de nombreuses industries : voitures, batteries, équipements d’énergies renouvelables, acier, matériaux de construction… En conséquence, les prix industriels baissent, et Pékin se retrouve à la fois confronté à des pressions déflationnistes et contraint de trouver des débouchés extérieurs. »
D’autre part, et surtout, c’est la structure des échanges internationaux qui, dans le processus de fragmentation mondialisée en cours, a changé depuis deux ans. Je remets ici un schéma déjà utilisé dans un article sur Aplutsoc en février, indiquant non pas la baisse, mais bien l’effondrement, des investissements de capitaux américains, européens, japonais et sud-coréen en Chine depuis 2022 (seule exception, l’Allemagne), que complétera un second schéma, d’origine chinoise, concernant l’explosion des exportations chinoises en Russie :


Malgré la volonté des dirigeants chinois, la logique de la fragmentation mondialisée du marché mondial et de la division internationale du travail est en train d’intégrer la Russie à la sphère chinoise et de forcer les conditions d’un affrontement inter-impérialiste, de nature in fine militaire, entre blocs. Les incertitudes restent nombreuses sur les alignements et les alliances, mais les principales portent sur les États jouant sur plusieurs tableaux : Inde, Turquie. L’Afrique subsaharienne est d’ores et déjà un champ mouvant d’influences rivales, sur lequel on reviendra plus précisément dans un autre article.
Pour autant, il n’y a pas de lune de miel entre Beijing et Moscou. L’oligarchie du PCC sait d’ailleurs que, derrière Trump mais ne se limitant pas à lui, les tenants de la réconciliation américano-russe sont puissants, et que, si le premier sacrifié serait l’Ukraine, c’est contre la Chine qu’elle se ferait – à supposer que les positions prises en Russie, notamment en Sibérie, ne soient pas déjà irréversibles. La Corée du Nord est, de son côté, un facteur autonome que Moscou joue en partie pour coincer la Chine.
Autour du sommet de l’OTAN.
C’est donc dans cette situation globale instable et incertaine que s’est tenu le sommet de l’OTAN les 9-11 juillet, à Washington. Le communiqué adopté cible la Chine plus précisément que jamais : elle « joue désormais un rôle déterminant dans la guerre de la Russie contre l’Ukraine », elle est pratiquement accusée de « rendre possible la poursuite de la plus grande guerre que l’Europe ait connu dans son histoire récente » – alors que c’est la politique de l’aide militaire restreinte à l’Ukraine par les membres de l’OTAN, Washington en tête, qui l’a rendue possible ! – , et elle « continue de faire peser des défis systémiques sur la sécurité euro-atlantique ».
En marge du sommet, les États-Unis et l’Allemagne ont annoncé la décision de faire stationner, en 2026, des missiles américains de longue portée (SM-6, Tomahawk, armes hypersoniques en préparation) en Allemagne, en principe à titre « temporaire », l’Allemagne disant vouloir les produire elle-même à terme. Il s’agit de missiles stratégiquement comparables à ceux que la Russie stocke dans le territoire de Kaliningrad, probablement depuis 2007. Ce sont en principe des missiles « conventionnels » mais une fois leur installation faite, le passage à des missiles nucléaires ne rencontre pas d’obstacles techniques. C’est une première depuis 1987.
De leur côté, la Chine et la Russie ont procédé à des actes militaires symboliques voulant matérialiser leur rapprochement, pendant le sommet de l’OTAN : entraînement militaire de forces chinoises en Bélarus à proximité de la frontière polonaise, d’une part, et manœuvres navales sino-russes en mer de Chine méridionale, après un passage de navires militaires russes dans le détroit de Tsushima (entre Japon et Corée) et avec l’annonce de prochaines manœuvres dans le Pacifique ouest (voir à ce sujet les articles d’Andrea Ferrario). Double message donc : les troupes chinoises peuvent aller en Europe et les troupes russes en Asie-Pacifique.
Rien n’est joué.
Il est aujourd’hui assez facile de voir se dessiner les éléments d’une guerre inter-impérialiste mondiale entre un bloc euro-atlantique et un bloc eurasiatique. Cette visibilité, qui est assurément plus forte que jamais et constitue donc un aspect inquiétant de la situation, est cependant trompeuse.
Les trois puissances impérialistes dont il a été principalement question ici, États-Unis, Chine et Russie, sont toutes trois dans une grande instabilité potentielle. C’est évident dans le cas des États-Unis avec les présidentielles et Trump. Mais cela est vrai aussi du régime poutinien, que tout recul en Ukraine ne peut qu’ébranler dans ses fondements, et du régime du PCC, qui sous sa façade est rongé par l’impasse économique, la pression du mécontentement populaire et des luttes de factions qui ont notamment causé le retard, de plusieurs mois, de l’actuel « 3° plenum ».
Il y a plus encore : l’intervention du facteur des prévisions démographiques comme élément direct de crise politique en Chine confirme que les faits biogéographiques globaux sont désormais des opérateurs directs non seulement dans la crise globale en général, mais dans les affrontements sociaux et les crises politiques. A ce sujet, il faut préciser un paradoxe français tout à fait momentané : les variations de la pression atmosphérique sont tout à fait anormales et confirment non seulement le réchauffement, mais l’effondrement climatique depuis 2023, mais, en France, ceci s’est traduit par des températures « normales » (qui passent donc pour froides !) et des précipitations continues ces derniers mois. La France, sauf la frange méditerranéenne et catalane, ayant été pour l’instant épargnée par les canicules effroyables cette année, la crise climatique a été, bien à tort, moins présente dans les esprits durant la séquence ouverte par la dissolution.

L’instabilité sociale, politique et climatique rend l’alignement des camps de la prochaine guerre incertain et comporte surtout la capacité pour l’humanité, pour les larges masses qui n’ont aucun intérêt à la guerre, de l’empêcher, non par du « pacifisme », mais par l’intervention active dans les crises politiques, pour les dénouer démocratiquement. Cette intervention active prendra des formes militaires, ne nous le cachons pas : l’Ukraine annonce le théâtre du siècle, sa victoire conduisant seule à la paix.
Cette intervention active appelle conscience et organisation, et saisie des questions militaires elles-mêmes. La revue Adresses. Internationalisme et Démocratie, a ici un rôle à jouer en combinaison avec l’analyse de l’impérialisme et des impérialismes contemporains (voir, entre autres, l’article d’Ashley Smith dans le n° de juin).
La résistance ukrainienne à l’Est de l’Europe, et, à l’Ouest, la « pression populaire », pour reprendre cette expression clef lancée par Sophie Binet en France, mais aussi en Grande-Bretagne, ont dans ce cadre un rôle central à jouer, ensemble.
C’est cette intervention, celle des larges masses, celle du prolétariat, celle de la démocratie, qui peut garantir que le pire sera évité et que l’humanité pourra s’occuper d’elle-même et du monde vivant.
VP, le 17/07/2024.
Merci Vp pour ce point d’été.
Merci aussi à l’ensemble d’APLUSOC, notamment pour la synthèse sur la situation en Grande Bretagne et pour la reproduction de l’article sur la Kanaky.
Concernant la situation française, toujours la même rengaine : si les honnêtes humanistes s’étaient opposés clairement et de toutes leurs forces à Mélenchon et LFI quand ils ont soutenu Assad, on en serait pas là. Voilà bientôt 10 ans qu’on fait mine de se scandaliser qu’LFI n’aide pas l’émancipation. Sans blague, à Alep ils avaient capté avant Montreuil…
L’indigénisme, le complotisme antivax, le campisme ou l’antisémitisme sont que des crans populistes de plus dans une même et régulière descente aux enfers d’une certaine gauche. Le plus vite sera le mieux.
La situation mondiale est plus importante que le sketch de cette 5e République au bout du rouleau, en roue libre.
Venons en donc à notre sujet de frottement depuis maintenant 2 ans et mes commentaires réguliers sur ce thème : la guerre mondiale.
D’abord, pourquoi « la guerre mondiale » et pas « la troisième guerre mondiale », comme on l’entend souvent ?
Troisième permettrait de l’inscrire dans la continuité, la plus importante des continuité étant l’issue : à la fin, c’est toujours l’Amérique qui gagne. C’est donc qu’elle avait déjà gagné avant.
Si on entend par guerre, grand massacre inutile auquel aboutissent les temporalités du capital et des nationalismes, mais qui ne change rien aux directions historiques décisives, alors je suis d’accord sur l’emploi de ce terme, et avec l’idée du profilage d’un 3 troisième bain de sang absurde où les ennemis des USA se feront encore une fois écraser car ils le sont déjà.
Par contre, si par « guerre mondiale », on agite la menace de l’incertitude historique, celle d’une situation où on ne sait pas qui pourrait l’emporter, où tout peut basculer, ou la sillicon valley pourrait être détruite ou inféodée pour des décennies, alors là je rigole ou je crie au scandale de l’excitation des peurs irrationnelles, peurs qui ne feront qu’ajouter au problème – il y a assez de peur comme ça dans la situation pour ne pas ajouter inutilement au stress collectif.
Entendons-nous bien, je ne crois pas que « tout va bien se passer » dans le siècle qui vient, en tous cas pas pour tout le monde. L’Occident est très fragile (comme la France en 1940). Nous sommes totalement ramollis dans notre gras de confort matérialiste comme le dit lucidement Poutine, et nous aurons énormément de mal à supporter le choc existentiel de la guerre dure, en tous cas beaucoup plus que les Russes ou les Chinois qui sont déjà dans le dur. D’autre part, notre suprématie technologique est faite de faiblesses, à la fois dans l’espace et dans l’océan : des attaques brisant nos communications nous rendraient aveugles, sourds, assoiffés et affamés en quelques heures. C’est certain et même probable.
D’autre part, une dictature acculée, pour se maintenir en place, a tendance à provoquer une guerre pour bénéficier de ce qu’il reste d’union nationale (Poutine ridiculisé après le Covid, le PCC aux abois pour qui il ne restera plus que l’agression de Taïwan comme capital sympathie, idem pour l’Iran). Même Netanyahu bénéficie de la magie « prime de guerre », spectacle qui donne aux autres le goût du sang.
DU côté du capital enfin, il y a trop de monde, trop de corps inutiles à gérer, malades, fous, vieux, que le fentanyl et tik tok ne suffisent pas à réguler. Un bon bain de sang et la structure sera renforcée : chacun aura bien vu ce qui tient dans le monde et ce qui tient le monde, ce que ça donne la vie sans électricité, sans internet, bref sans l’Occident.
Cela fera donc de gros dégâts oui, mais chez les pauvres (et dans les pays pauvres, Afrique d’abord qui paiera son actuelle trahison), et comme des pauvres (et des noirs) il y en a trop, ce que confirme l’IA, on peut bien en perdre quelques millions dans un sain rappel du cadre, des limites du réel. Voilà le point de vue du capital. D’une guerre, d’une inondation/sécheresse ou d’une pandémie, ces cons de pauvres pro-russes, antivax et antisémites vont bel et bien crever, ici comme ailleurs.
Donc vous avez raison, tout est réuni pour une catastrophe.
Les dynamiques opposées à cette pente tragique seraient celles de la civilisation : que les peuples refusent l’appel au meurtre. S’il est à craindre que les retards pris dans l’éducation mondiale permettent encore la barbarie, on peut tout de même espérer (un peu) que l’interconnexion via le smartphone ait quelque peu ramolli les corps et les ardeurs (à défaut des haines). Mais bon, il y aura bien quelques millions de cinglés prêts à mourir. Comme pour Hiroshima, les Américains pourront dire à juste titre qu’ils leur ont proposé de se rendre, que c’est les autres qui ont refusé et en sont morts, bêtement.
Et après ? Bah après on refait l’ONU, comme d’hab (SDN après GM1), on avance dans la gouvernance mondiale pour faire face au grand défi qu’est le climat, ce qui veut dire que les USA (et leurs alliés) imposent une dictature technologique verte, l’IA étant une des rares pistes pour refroidir le four qu’est devenue la Terre.
Vous allez me dire « et le prolétariat dans tout ça ? ». Désolé mais étant donnée sa si faiblesse conscience, il n’apparaît pas comme un facteur impactant. Le plus souvent il ne bouge pas, et quand il advient, dans un spasme momentané, il n’a aucune prise, aucune force pour infléchir le cours des événements. Quand internet et l’électricité seront coupés, que voulez-vous qu’il fasse, le prolétariat ? Quelle pression va exercer votre base, la masse ? Au mieux, on peut faire des potagers collectifs pour survivre quelques heures, apprendre à se soigner et à ne pas être les premiers nigauds sacrifiés dans le carnage, pour préserver de l’intelligence collective. Voilà finalement notre combat, notre mission.
Seuls les réseaux de communication militaires déjà en place permettront de faire l’histoire, certainement pas des pillages d’armureries, occupations de médias ou autres délires nostalgiques romantiques qui témoignent plus d’un désir de toute puissance infantile que de l’analyse et la stratégie révolutionnaire.
Faire tenir des points d’eau et de santé autonomes, voilà notre seule stratégie révolutionnaire en 2024, pour transmettre aux générations futures une histoire et une intelligence qui manquent dangereusement à la Sillicon Valley. Une forme de survivalisme au pluriel, en commun, pour sauver de l’immatériel : la culture. Voilà le plan révolutionnaire. Mais « prendre le pouvoir », c’est ridicule.
Dans cette guerre mondiale, le capitalisme finira sa synthèse transnationale, son hybridation métisse (avec la tech Indienne et Chinoise) et entame son refroidissement : son dépassement (tant attendu). Dans un monde post énergie et post IA, la concurrence et le profit n’ont plus aucun sens (Blackrock a fini le game), fin du processus capitaliste. Nous sommes déjà dans cette phase de sortie.
Si on pouvait arriver à cette étape en s’économisant une guerre ce serait pas plus mal, notamment du point de vue de la biodiversité, seule vraie menace pour le capital et la civilisation en général (les barbares, d’où qu’ils viennent n’étant pas une menace réelle, plutôt un danger pour les plus fragiles.)
Donc il faut plaider dès maintenant pour une gouvernance mondiale (armée), d’abord sous l’égide américaine, puis de plus en plus démocratique (grâce à la « pression populaire », admettons ici un peu de possibilité d’impact résiduel). C’est déjà ce qu’il se passe, l’enjeu est pour nous d’avoir les mots en concordance avec notre histoire.
Et voilà.
Sujet suivant.
L’énergie noire. (Là c’est un peu plus compliqué que les sciences humaines ! Mais l’IA va nous aider.)
Blague à part, je reviens sur quelques éléments de votre article :
Attention avec ce genre de symétrie qui frise le contre-campisme inversé. L’intelligence collective étant encore embryonnaire, comparer Tsahal avec l’armée de Poutine ce serait oublier l’histoire (de l’antiquité, du 7e siècle, du XXe, et d’octobre dernier). Le peuple juif fait l’objet d’un harcèlement, d’un meurtre « systémique » depuis qu’il est arrivé en Égypte il y a quelques milliers d’années ce qui peut expliquer une certaine agressivité aujourd’hui. Si Tsahal n’existait pas, Israël serait piétiné. A l’inverse, personne ne menace de massacrer Moscou ! Bref, les situations ne sont pas jumelles, je sais bien que vous le savez, mes certaines lectures rapides pourraient dégénérer en vulgates toxiques.
Oui ! Vous avez entièrement raison, c’est bien eux qui décident. Ceci indique leur toute puissance. Elles font encore la pluie et le beau temps, contrairement à ce que disent les commentateurs qui voient leur métier à peine justifié par des phrases comme « les USA ne peuvent plus rien au Moyen Orient » , « L’OTAN n’a pas su stopper Poutine », « Le monde a changé », donc « il faut des experts pour comprendre la nouvelle donne mondiale multipolaire », « payez ma soupe ! ». Mon œil, quand l’Amérique sifflera la fin de la récrée tout le monde fera coucouche panier, et les experts diront « Mince ! Après quelques années de conflictualité accrue, il semble qu’on assiste à un renversement, les puissances de l’axe (du mal) reculent et les alliés reprennent l’avantage ! ». MDR, diront les ados qui préfèrent continuer de jouer aux jeux vidéos qu’écouter ces salades.
Euh lesquels ? J’ai pas l’impression qu’Open AI ou N-Vidia vont dans le mur voyez-vous.
Alors là faut retrouver ses petits ! Sur le plan international, Trump n’a rien changé à la ligne antichinoise, la même que celle enclenchée par Obama, fixée par les analystes du Pentagone et de la CIA, à juste titre d’ailleurs : il faut arrêter de déconner avec la Chine, ça devient trop dangereux. Trump n’a rien changé et ne changera rien à cela. Aucune déstabilisation ici.
Faire le jeu de Poutine, oui sur l’Ukraine, non sur le fond. Plus la Chine est agressée (économiquement) par les US, plus la Russie l’est par effet collatéral, la victoire symbolique et temporaire dans le Dombass étant assez secondaire par rapport à la tarte qu’il va prendre ensuite : l’effondrement russe, une fois de plus.
C’est la grande question qui divise le Pentagone : est-ce qu’il vaut mieux sacrifier l’Ukraine aujourd’hui pour la reprendre intégralement dans 10 ans, après avoir défoncé la Chine sur qui on se sera concentré ? C’est d’ailleurs une bonne question. Comme on n’arrive pas à trancher et que le politique est indisponible pour décider (vu l’état de dégénérescence de nos démocratie), on garde la situation entre les deux. On maintient l’Ukraine sous perfusion, prête à la lâcher ou prête à gagner, selon ce qu’il faudra trancher.
Dans tous les cas, ce qu’il faut dire et redire, c’est que Poutine va perdre, il n’y a aucun doute possible là dessus : dans tous les cas K’yiv sera une ville libre, comme Karkiv et Odessa, c’est certain. (D’autant plus que climatiquement c’est pas trop mal situé, en tous cas mieux que Tel Aviv ou Gaza.) La seule question c’est quand ? (Et accessoirement quel est le chemin le plus éthique et économique en vies humaines pour y arriver.)
Netanyahu enfin. Bah lui il ira en prison, c’est sûr aussi. On peut pas faire le jeu de Poutine ET le jeu de Netanyahu. Médiatiquement oui, mais en structure non, tout le monde se souviendra de l’invitation du Hamas à Moscou.
Bref, Trump ne changera pas tant que ça le scénario, il l’empire un peu c’est tout. Et quand il a dit à l’Allemagne « payez pour votre sécurité » ou aux Pays-Bas « Arrêtez immédiatement de vendre des puces à la Chine », il avait entièrement raison, bravo Trump.
Plus que divisé par deux en 75 ans ?! C’est possible, car exponentiel. (Enfant unique > vieux > meurent en même temps > effondrement brutal.) Le PCC croyait le conjurer en imposant 3 enfants par femmes. Sauf que c’était croire à son pouvoir. Or, comme je l’explique depuis longtemps il n’a pas de pouvoir sur les âmes et les coeurs chinois : sur une chose aussi sérieuse que les bébés, on voit bien que personne n’obéit à Xi, personne ne fait 3 enfants, tout le monde veut vivre à l’occidentale et donc économise pour son confort.
Donc le principal acteur de la guerre mondiale est… fantomatique ! Drôle de guerre. Cela nous dit aussi que les Chinois devront attaquer pas trop tard sinon ce sera une guerre de vieux. Un peu avant 2049 serait parfait !
//////////// ITINERAIRE HISTORIQUE BIS /////////
L’Occident peut très bien leur abandonner Taïwan. Après tout ce n’est qu’une île surpeuplée. On déménage toutes les usines (c’est en cours), on émigre, on la bombarde et on leur laisse la ruine. Les Chinois sont contents, ils font la fête et le PCC tient encore 20 ans de plus, on évite une grande guerre et une déstabilisation générale (ce que le Capital n’aime pas, il a besoin de calme pour avancer sur l’IA).
Ce scénario est à envisager sérieusement. Sacrifier l’Ukraine ET Taïwan, ET la Cisjordanie (pas tout de suite évidemment). Le capital est beaucoup moins territorial et nationaliste que les passéistes du XXe. L’Amérique est ontologiquement hybride : ce n’est pas un pays, pas d’attachement à la terre historique.
Et puis nous aussi, on a un problème de natalité, si on récupère une immigration éduquée, Israélienne, Taïwannaise, Ukrainienne, c’est très bien pour le cœur de l’Occident (Amérique et Europe pour le folklore historique des châteaux justement).
Et les fanatiques orthodoxes juifs seront abandonnés, dévorés par des enfants arabes antisémites, punis en cela pour leur actuelle barbarie. Là aussi l’Occident pourra dire « on avait prévenu », et puis il fait trop chaud là bas, on laisse les pétro-monarchies user leur capital en climatisation absurde.
Ah bah je veux bien prendre les paris : j’annonce que l’Inde sera dans le camp opposé à la Chine, et donc qu’elle apportera au camp Occidental la chair humaine (manipulée par l’hindouisme taré) la technologie et les médocs. Imaginer que l’Inde puisse s’allier à la Chine c’est piétiner les sciences humaines, c’est comme être anti-vax mais en géopolitique.
La Turquie ? Bah à ce que je sache elle est déjà militairement déjà occupée par les USA. Elle peut bien gesticuler un peu pour satisfaire son nationalisme tordu, les faits sont là et si ça devient sérieux, Turques ou pas, ils verront bien qui tient la boutique, qui sert la soupe, certainement pas les Russes ou les Chinois.
Pas sûr que les GAFAM soient si instables.
En tous cas, mettre les 3 puissances sur le même plan, ne serait-ce que dans une phrase, c’est faire bien plaisir à Poutine et même au PCC : ces deux là étant un peu plus qu’en « instabilité potentielle » !
Encore ce champ lexical de la panique.
Bah non, les camps sont clairs et net :
Chine, Russie, Corée du Nord, Iran (absent de cet article, un plutôt pro-occidental vient d’y être élu!). Plus quelques pays africains et dépendances Russes ou Iraniennes (Syrie, Houthis, Biélorussie, etc).
VS
USA, Europe, Israël, Inde, Japon, Australie, et presque tout le reste du monde.
Autant vous dire que la panique je la vois pas vraiment !
Même si, encore une fois, il y aura bien une augmentation des morts violentes, chez les pauvres.
(De là à dire qu’on sera au niveau des « guerres mondiales », c’est à dire des deux premières, on en est très, très loin. Proportionnellement, il faudrait des centaines de millions de morts, ça ferait quand même un peu sale sur les écrans.)
Bah oui, donc il faut l’OTAN. Il faut que l’Europe s’arme, que l’Allemagne arrête de penser qu’à son fric et qu’elle écoute un peu Macron qui sur ce coup là a bien raison et depuis quelques temps. Bref, il faut ce qu’ils sont en train de faire (pas assez vite), et qu’on appelle bruit de bottes ?
Ou alors une forme militaire en dehors de l’Otan ? Une forme militaire prolétarienne ? Des brigades internationales prolétaires ? Alors là je crois qu’on rêve un peu. On n’a déjà pas réussi en 36, c’est certainement pas à l’ère de l’IA qu’on va réussir quoique ce soit contre la Chine avec les petits moyens « de la base »…
En espérant ne pas avoir trop agacé, juste ce qu’il faut pour stimuler. Merci d’avance pour la discussion, et à tantôt !
Rehan
(PS : N’ayant pas internet, je n’avais pas vu que vous veniez de publier une suite, merci d’avance pour ces prolongations que je suis impatient de découvrir.)
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