Le saviez-vous ? Tout au long de la semaine dernière, supposée se terminer par la « grande journée d’action intersyndicale » du vendredi 13 octobre, la CGT, la CGT-FO, la CFDT, l’UNSA, la CFTC et la CGC ont été reçues par Mme Borne en vue de préparer une « conférence sociale sur les bas salaires, les carrières et l’emploi » qui a lieu en ce moment même, au CESE (Conseil Économique, Social et Environnemental), avec les mêmes plus Solidaires, qui a « boycotté » le rdv avec Mme Borne, mais pas la grande messe, et les dirigeants patronaux du MEDEF, de la CPME, de l’UP2A, et de quelques autres organisations patronales, sous l’égide du gouvernement.

Il s’agit de la conférence annoncée par Macron lors de son rdv sous les ors monarchiques à Saint-Denis à la rentrée, où tous les partis de LFI au RN sont venus. Ainsi, il l’a eu, son rdv – dans la plus grande discrétion. La « première conférence sociale de l’ère Macron », selon le Figaro !

Sophie Binet, tout en mettant en avant les revendications salariales, se félicite : « Enfin ! Enfin, on parle salaires … ».

Vraiment ? Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a bien précisé que « trois lignes rouges » ne seraient pas franchies : 1) défense d’indexer les salaires sur les prix, 2) défense de hausser le SMIC, 3) défense à l’Etat de légiférer sur les salaires ! C’est donc ça, « parler salaires » ? Mais que demande le peuple !

Mme Borne a fixé les vastes horizons ainsi dégagés : travailler sur les « charges », donc contre le salaire indirect et socialisé, dans le prolongement de l’attaque contre les retraites de ce printemps, et instituer un Haut Conseil des Rémunérations. Avant de se gausser (à juste titre) de ce comité Théodule, prenons au sérieux sa vraie fonction : institutionnaliser la présence des organisations syndicales dans une structure d’État.

Reconnaissons que nous nous récrions ici même contre la relative discrétion de cette opération tout en ayant nous-même peu ou pas traité le sujet, nos forces encore plus relatives ayant été consacrées, à juste titre, aux sujets internationaux et à l’effondrement bioclimatique, comme en attestent nos derniers articles. Nous ne regrettons pas, par contre, de n’avoir donné à la « journée d’action » du 13 octobre dernier que sa vraie place : toute petite, en publiant surtout la prise de position de la fédération Sud-Commerce bureaucratiquement « suspendue » de Solidaires, qui a exprimé tout haut ce que bien des militants syndicalistes ont pensé tout bas, et qui s’est prononcée pour que Solidaires n’aille pas conférer aujourd’hui, ce que font ses dirigeants, fort discrètement là encore …

Le 13 octobre, c’est l’assassinat d’un professeur de lettres qui a marqué la situation. Mais la relance institutionnelle d’un « dialogue social » soutenu, quoique sans résultats autre que d’associer les organisations syndicales au char de l’Etat et du patronat, n’a rien de fortuit et rien de bénin.

Simultanément, les médias bruissent d’une catastrophe qui, elle, est censée terrasser les militants : la NUPES serait morte à cause du Hamas et de Mélenchon, mort proclamée par le procureur des pompes funèbres Fabien Roussel.

Soyons sérieux : la NUPES ne pouvait pas vivre, mieux dit, elle ne pouvait pas être une perspective politique car elle n’a pas été conçue pour cela. Elle n’a été mise en place, par aucune de ses composantes, dans le but de combattre Macron et d’abréger son quinquennat.

Née sous le signe d’un appel à la cohabitation (« élisez-moi premier ministre » !), elle a poursuivi dans le cadre d’une guérilla parlementaire aussi véhémente qu’impuissante, contrastant avec la force du mouvement social, lequel a été privé de son débouché : affronter centralement Macron par la grève générale et la manifestation centrale.

Fabien Roussel propose de continuer à mieux jouer encore le même rôle politique en se délestant d’un J.L. Mélenchon qui a beaucoup servi à cette cause – la protection du régime – mais qui est présentement assez défraichi.

Ni le Hamas, ni récemment les diversions de la rentrée (de Médine à Ségolène Royal !), ni même l’enrichissement de Md. Chikirou, ne sont la cause première de l’état présent de la NUPES. La cause première est la protection apportée à Macron, à l’État, à la V° République. L’unité, oui, mais pour les salaires et contre Macron !

Le plus important à comprendre, c’est la relation entre ces deux faits : collaboration des directions syndicales à la « conférence sociale » de Macron/Borne et hara-kiri de la NUPES par ses dirigeants en mode grand-guignol. L’ensemble concourt à barrer la route à la tendance de fond, dans le pays, dans le prolétariat, à affronter Macron pour le chasser avant 2027, en martelant un message de faux « réalisme » : il n’y aurait pas d’alternative politique, il faut subir jusqu’en 2027 pour subir encore au-delà, et il faut donc entrer dans leur « dialogue social ».

C’est cette orientation politique commune des directions syndicales et politiques qui permet au gouvernement de tenter de reprendre ses attaques contre les libertés démocratiques et les libertés politiques, avec l’aide objective du Hamas, de Netanyahou et du jeune tueur d’Arras.

Cela va se heurter à la réalité. Car le réalisme, ce n’est pas de prêter la main à l’enterrement de toute perspective en voulant, par exemple, « entrer dans la campagne des Européennes », c’est de voir qu’en bas, cela résiste, cela ne veut pas, cela souffre et que le feu couve. Les larges masses n’ont pas été battue parce que la réforme des retraites est passée, mais c’est parce que Macron est resté qu’il y a eu cette défaite et que la réforme est passée. Mais l’état de notre classe n’est pas la dislocation, ce qu’indique d’ailleurs l’activité syndicale de base un peu partout.

Le réalisme véritable commande de se préparer au rebond qui aura lieu, et qui aura lieu en intégrant la situation globale du capitalocène catastrophique et de la guerre menaçante.

Le 16-10-2023 à 15H30

Nota : cet éditorial a été rédigé avant la fin de la réunion de la conférence vers 17H30 mais n’a pu être validé par le collectif de rédaction que plus tard dans la soirée.