La primaire du PS, maintenant (billet du 5 janvier 2017).

La direction du PS avait institué la « primaire » en 2011 pour donner une légitimité plébiscitaire, contournant les partis et contournant avant tout ce qu’était encore le PS lui-même, au candidat à la présidentielle. Ce dispositif s’est en partie retourné en son contraire car il a contribué, parmi d’autres facteurs, certes, mais comme le facteur final, à empêcher la candidature du président Hollande, qui aurait été dans la logique des institutions de la V° République. Il a donc fait ensuite l’objet d’un puissant verrouillage, matérialisé dans l’interdiction de la candidature Filoche.

L’interdiction de la candidature Filoche n’est pas du tout un épisode anecdotique. Son « autorisation » rendait possible une prise d’assaut de cette primaire par les millions de manifestants et de grévistes contre la loi El Khomri. Sans que l’on puisse dire quelle en aurait été l’ampleur, c’est là que l’on aurait eu un phénomène du type « Corbyn » en France. Pour tous les tenants de l’ordre existant, il n’en était pas question, et c’est pour cela que cette candidature devait pour eux de toute façon être interdite, indépendamment des critiques que l’on peut faire sur le détail des positions et de l’action de G. Filoche. Et le message de cette interdiction a été entendu par des centaines de milliers de syndicalistes, comme leur signifiant que non, décidément, cette primaire n’est pas pour eux.

G. Filoche s’adresse aux candidats Montebourg et Hamon sur le détail de leur positions, notamment sur le droit du travail et les salaires, et appelle ses sympathisants à ne pas boycotter cette primaire, mais à aller voter Hamon ou Montebourg – il dit souhaiter pouvoir choisir selon les réponses qu’ils lui apporteront – parce que, dit-il, eux s’adresseraient à Mélenchon et à Jadot et rendraient possible un programme ou un engagement de gouvernement commun, seule chance à ce jour de pouvoir encore inverser la tendance qui conduit à l’abstention massive de l’ancien électorat de gauche et à la prééminence de Mme Le Pen, de F. Fillon et d’E. Macron. Montebourg et Hamon disent d’ailleurs vouloir s’adresser aussi à ce dernier, ce que condamne G. Filoche.

Dans le scenario fictif de G. Filoche élu à la primaire, la question de l’unité avec J.L. Mélenchon aurait en effet été posée à une échelle de masse, saisissable par le monde du travail. Si des millions s’interrogent et se détournent de cette primaire, c’est bien parce qu’elle ne leur apparaît plus guère en mesure d’ouvrir une telle possibilité. Pour autant, il est faux de faire comme si les choses devaient être équivalentes selon que son vainqueur sera M. Valls ou un autre.

La suite logique du verrouillage, c’est en effet celle que donnent, comme de bien entendu, les sondages : une participation non massive, mais drainant la base la plus proche du PS et les clientèles municipales, qui élirait M. Valls. Dans ce cas, la base électorale socialiste partira majoritairement dans l’abstention, le vote Mélenchon et le vote Macron. La liquidation achevée du PS s’accomplira au passage. J.L. Mélenchon appelle cette liquidation de ses vœux tout en sachant que les dépouilles électorales se partageront entre Macron et lui : après avoir demandé à F. Hollande de se présenter, il émet un doute sur l’opportunité d’une candidature « socialiste ». Or, la candidature Valls ne serait pas une candidature « socialiste », mais celle du premier ministre qui s’est voulu à poigne. Il s’était vu capitalisant l’action de son gouvernement en faveur du patronat, mais il a, avec Hollande, enfanté Macron qui a pris cette place ; après avoir voulu ouvertement liquider le PS, il doit donc tenter de s’appuyer sur lui. Malgré les dits sondages, sa situation est fort difficile : il peut perdre sur tous les tableaux et, si seule la logique de la crise du régime et des conflits dans et autour du gouvernement prévaut, il pourrait même être confronté à la candidature dite « surprise » de Vincent Peillon, qui n’a avec Valls, au delà du style et des affects, qu’une différence de fond, qui est de ne pas avoir dit vouloir liquider le PS.

Si la candidature Mélenchon était une candidature représentant le regroupement unitaire des forces qui veulent rompre avec la V° République et les contre-réformes au service du capital, comme elle l’avait en grande partie été en 2012, la réponse à cette situation serait assurément le soutien à cette candidature et l’élargissement de l’unité en sa faveur, sur la base des revendications, sans plus se préoccuper de cette primaire. Mais ce n’est pas le cas.

Ce n’est pas le cas, car il a choisi de capitaliser, et en somme de détourner, cet acquis commun de 2012, pour une politique de président crédible du capitalisme français, resituant sa politique extérieure dans un axe d’alliance avec la Russie, d’où son soutien au maintien du dictateur syrien au pouvoir avec toutes ses conséquences, faisant de la rupture avec la V° République une figure de rhétorique, alors que l’organisation qu’il tente de promouvoir, la « France insoumise », est conçue comme une ligue interdisant tout débat, tout courant, toute auto-organisation réelle par en bas. Il faut donc le dire : la liquidation du PS (et probablement en grande partie du PCF au passage, sans parler du PG ! ) entre la « France insoumise » d’un côté et « En marche » de Macron d’autre part, ne serait pas un progrès : ce serait l’achèvement, la conclusion, du sale boulot de liquidation entrepris par M.M. Hollande et Valls au pouvoir.

Du coup, la dynamique, la nouveauté, la fierté, le dialogue massif, qui avaient caractérisé la campagne Mélenchon de 2012, ne sont pas au rendez-vous. Les soutiens militants vont en diminuant, d’autant que les « insoumis » antidémocratiques entendent les monopoliser, et à une échelle de masse, certes le vote Mélenchon est envisagé, mais il est envisagé comme une obligation, comme une dernière arme, pas comme un moyen d’aller de l’avant ainsi qu’il l’avait été en 2012.

Il est, depuis le verrouillage de la primaire PS à travers l’interdiction de la candidature Filoche, acquis que le premier candidat « de gauche » est J.L. Mélenchon, mais ceci ne résulte pas d’une marche en avant, mais s’avère le résultat final de la décomposition des partis issus du mouvement ouvrier dans ce pays, ce qui la prive de la dynamique conquérante qu’elle prétend détenir. Par conséquent, des millions de personnes sont, malgré tout, préoccupées de quoi faire par rapport à la primaire « du PS ».

La seule et unique, mais puissante, motivation possible pour aller voter Montebourg ou Hamon ne consiste pas tant dans leur programme, peu fiable, ni dans leur trajectoire personnelle – il est d’ailleurs significatif de la déconfiture du PS en tant que parti parlementaire que les candidats des « frondeurs » soient tous deux anciens ministres. C’est de battre Valls, comme épilogue des grèves et manifestations de l’année 2016. C’est pourquoi la bonne méthode pour donner envie ne devrait pas être d’expliquer que leur investiture donnerait la dernière chance de gagner ou de tenter l’unité, car rien n’est moins sûr, mais de grouper, dans et en dehors du PS et de ces primaires, pour préparer les affrontements sociaux, autour de l’exigence de retrait de la loi El Khomri, de hausse des salaires, de retrait de la réforme du collège et de toutes les mesures anti-sociales – c’est ce qu’ont signifié, notamment, les 13.000 signatures de soutien à G. Filoche.

05-01-2017

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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