Présentation

Nous publions ce billet de Laurent écrit après la manifestation parisienne de la jeunesse scolarisée (lycéens et étudiants) de ce jeudi 8 octobre. À la suite, nous reproduisons deux documents. D’une part, la déclaration de l’AG des personnels de l’université Sorbonne Nouvelle après l’intervention musclée de la BRAV contre les étudiants occupant le campus de Nation. D’autre part, la déclaration commune de l’intersyndicale de l’enseignement supérieur et recherche face au ministre.

Billet du jour

La Bastille noire de monde, noire de jeunes, quel symbole ! La Gen Z, venue de toute l’Ile-de-France, n’en finit pas de nous étonner.

Elle le fait en mixant les codes qui sont les siens (battles d’aura, cosplay ou musique rap) avec des symboles plus anciens (le slogan ACAB, les écriteaux couverts de slogans tout aussi inventifs que ceux de Mai 68, voire la Marseillaise qui retrouve son caractère pleinement révolutionnaire).

De nouveaux établissements de l’enseignement supérieur, qui sont tout sauf des bastions gauchistes, s’engagent à leur tour dans la lutte ? Diantre ! La police intervient pour dégager la place ? Les manifestant-es partent en manifs sauvages vers Nation en entonnant les chants des Gilets Jaunes. Mieux, les premières coordinations se mettent en place et se sont fixées un objectif ambitieux pour mardi prochain : marcher sur Matignon !

L’opinion publique est désormais majoritairement de leurs côtés et les ex-soixante-huitards, devenus ronchons, sont non seulement forcés de reconnaître le caractère excessif de la répression policière, qui a abouti à la suspension de l’utilisation des grenades dit de désencerclement, mais aussi la portée existentielle de la mobilisation.

Lecornu enfin, dans son allocation de mercredi soir, a été contraint d’apporter des réponses à une crise multifactorielle, qui peut se résumer à celle des moyens de vivre du plus grand nombre, qui menace, avec le point de fusion qu’est désormais la date du samedi 17 octobre, dopée par la force d’entraînement de la jeunesse, de se transformer en une crise de régime : JAUNES ET JEUNES, MÊME COMBAT !

LD, 08-10-2026.

Document 1 : communiqué de l’AG des personnels de Sorbonne Nouvelle du 06 octobre après l’intervention policière diligentée par le président de l’université sur le campus de Nation.
Document 2 : déclaration de l’intersyndicale de l’enseignement supérieure et recherche (ESR) face au ministre de l’ESR

COMMUNIQUÉ INTERSYNDICAL

7 OCTOBRE 2026

Invitées par le ministre de l’Enseignement supérieur, la Recherche et l’Espace, Philippe Baptiste, pour échanger sur le projet de loi de finances 2027 et l’actualité de l’ESR, l’ensemble des organisations syndicales représentatives de l’ESR ont lu la déclaration suivante avant de quitter la salle.

« Monsieur le Ministre,

Des centaines de milliers de lycéens et de lycéennes, d’étudiants et d’étudiantes étaient mobilisé·es et en manifestation hier pour leurs légitimes revendications. Nous étions avec eux, car ces revendications sont aussi les nôtres.

Nous demandons notamment depuis des mois la suppression de la hausse des droits d’inscription pour les étudiant·es étrangers extra-communautaires, l’abandon de tout projet d’augmentation des droits d’inscription pour toutes et tous, la levée immédiate des barrages au droit aux études que contiennent Parcoursup et Mon Master.

De même, nous refusons les saignées budgétaires dans les services publics, dont celui de l’ESR, qu’impliquent les 54 milliards d’euros de coupes prévues dans le projet de budget 2027.

Vous avez annoncé publiquement une hausse du budget de 500 M€, pourtant l’analyse du projet de loi de finances montre de réelles baisses de dotation qui si elles ne sont pas amendées mettront durablement en difficulté les établissements et les agent·es dans l’exercice de leur mission de service public. La mise en réserve du budget atteint le niveau inédit de plus d’un milliard.

En conséquence les crédits des subventions pour charge de service public (SCSP) du programme 150 « Formations supérieures et recherche universitaire » régressent de 213 M€. Et compte tenu de la hausse de notre activité avec notamment l’accueil de 30 000 étudiant·es supplémentaires, le sous-financement atteindra en 2 027 483 M€ par rapport à 2026.

De même dans le programme 231 « Vie étudiante », il n’est pas prévu de revalorisation du montant des bourses sur critères sociaux (BCS) dont le montant est inchangé depuis 2023, le financement du repas à 1 € nécessite lui aussi un financement plus conséquent pour répondre aux difficultés des Crous.

Concernant le programme 172 « Recherches scientifiques et technologiques pluridisciplinaires », sa progression ne suffit pas à compenser les 200 M€ de déficit du CNRS prévu en 2027, ni à respecter la LPR pour laquelle il manque 354 M€.

Si l’on additionne les baisses de ces trois programmes, on constate que loin de l’augmentation promise, le sous-financement atteint 1 Md et 11 M€. Il faut dès à présent réaffecter le milliard mis en réserve dans les crédits de SCSP pour d’une part respecter la LPR et d’autre part financer la croissance de l’activité des établissements et la revalorisation des bourses sur critères sociaux.

Tel est le résultat de l’analyse rapide du projet de budget que nous faisons, et ce sans même introduire nos revendications qui rejoignent pour la plupart celles des lycéen·nes et étudiant·es qui manifestent en ce moment.

Il faut donc réviser ce projet de loi de finances.

Il est urgent de satisfaire ces revendications, comme le montre la mobilisation grandissante dans la jeunesse. Or, non seulement ces revendications ne sont pas entendues, mais de plus le gouvernement tente de les faire taire par une brutale répression.

Dans ces conditions, nous continuerons dès demain d’être aux côtés des lycéennes et lycéens, étudiantes et étudiants, et nous ne pouvons pas continuer à participer à des discussions. »

Quelques clichés du jour