Déferlante. Les chiffres centralisés par la CGT et les organisations lycéennes sont de l’ordre de quelques centaines de milliers. Disons-le : la réalité est probablement supérieure. La jeunesse, comme sujet social, se constitue dans un affrontement suscité par les lycéens, qui entraîne toutes les autres couches de jeunes et au-delà, dans tout le pays. Aujourd’hui, ils ont mis les syndicats et une grande partie des professeurs avec eux, et l’appui de la population. Déferlante ; la seule comparaison historique, c’est le 13 mai 1968.
La question du pouvoir est posée et les présidentielles n’en sont pas l’issue, mais l’obstacle. Dans les manifestations, outre les Marseillaises portées par les voix des filles, deux slogans : Macron démission et La jeunesse emmerde le Front National. Deux slogans liés, indissociables, par lesquels l’affrontement social et politique direct commence. Question du pouvoir et question du RN deviennent, avant même la présidentielle, la même question : celle de la V° République, de l’État.
Le pouvoir est ébranlé.
D’un côté, le ministre Nunez ne veut pas avouer qu’il a ouvertement appelé ses troupes à la violence, et a tenté de limiter les dégâts aujourd’hui par des consignes de mises à distance, mais nullement appliquées partout. On aurait déjà pu avoir des morts, on a des jeunes, des enfants, défigurés et mutilés à vie. Et cela va continuer tant que cet appareil d’État ne respectera pas le droit, ne sera pas mis au pas.
De l’autre côté, Lecornu suivi par Geffrey désorganisent les lycées, les ferment par centaines, puis proclament un enseignement en « distanciel » irréalisable, et maintenant appellent à des assemblées lycéennes… tenues par les proviseurs !
Les proviseurs refusent : ils ont raison… mais qu’ils laissent donc enfin les lycéens tenir leurs assemblées générales par eux-mêmes dans les lycées, au lieu de les jeter à la rue pour ne pas être responsables de ce qui pourrait arriver !
Cette crise au sommet, où ils commencent à ne plus pouvoir, et ce mouvement d’en bas maintenant vertébré par le soulèvement de la jeunesse, où l’on n’accepte plus, se cristallise sur un premier point qui s’appelle : budget.
Macron et Lecornu veulent un budget de guerre sociale et ont besoin de Marine Le Pen pour cela. Elle veut le leur donner, et annonce qu’au pouvoir, elle fera encore plus de prétendues « économies » au service des marchés financiers.
Donc, dans l’immédiat, « Macron démission » et « La jeunesse emmerde le Front National », cela veut dire : « À bas le budget ! ». À bas le budget Macron/Le Pen : la bataille pour battre et défaire Le Pen commence par la bataille pour battre et défaire le budget, incompatible avec n’importe laquelle des revendications lycéennes, de la réfection des locaux à la baisse des effectifs par classes.
Battre le budget, c’est la première manche pour battre Macron, Le Pen et la V° République. Le débouché politique n’est pas la présidentielle, c’est l’affrontement social disloquant l’appareil d’État pour imposer lui-même l’élection des représentant.e.s du peuple constituant.
Bien sûr, la ponte hier soir par l’intersyndicale (sauf Solidaires) d’un appel à une journée d’action contre le budget le… 5 novembre prochain, ne correspond pas au mouvement tel qu’il est engagé.
Celui-ci va chercher à s’amplifier encore et rapidement. Les lycéens vont repartir au combat dès jeudi, les facs partent en grève, le SNES-FSU dit envisager un appel à la grève des professeurs rapidement.
Et ce mouvement va chercher à se centraliser. Dans toutes les villes, il s’est dirigé sur les préfectures et sous-préfectures où des lycéens ont souvent été longuement reçus, ayant des listes précises de revendications : leur satisfaction est contradictoire avec le budget en préparation. La montée sur Paris, sur le pouvoir, va se dessiner.
Comment gagner, telle est la question de notre assemblée-débat du 18 octobre prochain. Les travaux pratiques ont commencé.



