Par les proviseurs et par les RT (Renseignements Territoriaux, ex RG), et aussi par les messages des syndicats, les informations montent vers le sommet de l’État sur la réalité du mouvement lycéen : en dépit de l’usage de la violence (et des provocations et des provocations, il y en a) pour tenter de le faire avorter, usage qui a brisé la mâchoire d’un lycéen et probablement crever l’œil d’un autre, et en dépit du martellement d’un coup monté par “LFI”, le mouvement continue à s’étendre, comme une nappe, et depuis hier par le biais de petites villes, un peu partout, et d’ailleurs sans violences.

Macron a donc dû s’exprimer, car il sait bien qu’un tel mouvement met en cause tout l’équilibre légal et institutionnel du pays, et cela, AVANT la présidentielle.

Il a dit deux choses à propos de la jeunesse : que son angoisse et sa colère sont compréhensibles, mais que sa violence n’est pas admissible.

Ce faisant, il accrédite la thèse officielle reprise sur les réseaux sociaux, en termes violents, racistes et meurtriers, par le peuple de droite et d’extrême droite : que la jeunesse serait à l’initiative de la violence.

Or, ceci est faux.

Ceci est faux d’abord parce que “le blocus” comme mode d’action principal a été imposé aux jeunes, depuis les années 1990, par l’interdiction de fait de leur organisation INDÉPENDANTE (vous saisissez, collègues CPE ? C’est quand vous n’êtes pas là pour les cornaquer ! et oui, on connaît des CPE qui saisissent cela…).

Le “blocus” est une forme rapide de ce qui s’appelle, historiquement, le piquet de grève, mais dans ce cas, il se substitue aux autres modalités d’organisation.

Même quand une dizaine de gamins font flamber une poubelle, ceci résulte de cette situation et de la violence sociale à laquelle ils sont exposés.

Mais, de plus, dès qu’un “blocus” se dessine, il est directement attaqué physiquement par des hommes armés, les forces de l’ordre qui dans ce cas précis apportent le désordre. Encore en 2006-2008 ils cherchaient des porte-paroles pour discuter, maintenant la ligne politique, et militaire !, donnée par le ministère de l’Intérieur, est la confrontation physique immédiate.

C’est une honte, et c’est dangereux.

Des maires et des élus municipaux (LFI ou non LFI) qui s’interposent jouent leur rôle d’élus en urgence, mais en réalité, ils ne devraient pas avoir à venir protéger les jeunes des agressions physiques de bandes spéciales d’hommes armés. C’est délétère.

À Issoire, à Chamalière, les jeunes ont manifesté de façon toute pacifique. Dans les petites villes, s’il n’y a pas tel commissaire ou tel proviseur qui se croit investi de la mission de « sévir », tout devrait bien se passer. Mais ne serait-ce pas ce qui inquiète l’exécutif ?

Correspondant.

Document

Motion adoptée par l’AG du personnel du lycée Moissan de Meaux

« Nous, personnels du lycée Moissan de Meaux, réuni•e•s en assemblée générale, apportons tout notre soutien à la mobilisation lycéenne en cours. Elle s’inscrit pleinement dans le cadre de la contestation de la destruction du service public contre laquelle nous étions déjà en grève le mardi 29 septembre.

Localement, les conditions dans lesquelles étudient nos élèves sont déplorables : fenêtres non fonctionnelles, absence de rideaux, moisissures dans les salles, toilettes surchargées, temps de repas trop courts, absences liées aux retards de transports, prix excessif du matériel scolaire. La région avait promis des travaux, ils tardent à venir.

Nous déplorons que l’attention se soit polarisée sur le spectacle de poubelles brûlées et la dégradation de vitres par quelques-uns et condamnons toute forme de violence d’où qu’elle vienne. Elle ne doit toutefois pas nous faire oublier les mots d’ordre lycéens légitimes de ces dernières semaines pour comprendre qu’il s’agit là, plus largement, d’une crise de l’organisation de la scolarité :

  • Emplois du temps surchargés,
  • Mise en compétition des élèves lors de procédures de recrutement opaques sur Parcoursup,
  • Non-remplacement des professeurs (il manque toujours un professeur d’histoire à Moissan).

C’est pourquoi, nous soutenons absolument leur mobilisation et ses revendications.

Elle n’est pas le sursaut aveugle d’une jeunesse désespérée, mais s’inscrit consciemment dans le prolongement de la contestation de la réforme du bac et de la mise en place de Parcoursup sous le diktat de M. Blanquer.

Les seules réponses que le pouvoir apporte après deux semaines de contestation sont ou bien l’inscription de celle-ci dans le cadre institutionnel précisément contesté (« circulez, y’a rien à voir »), ou bien l’envoi de la force publique pour intimider, réprimer et blesser. »

Prise de position des 40 collègues réunis en AG au lycée Henri Moissan de Meaux aujourd’hui (jeudi 1er octobre 2026 matin)