La signification politique des informations fournies, lundi 28 septembre, par Mediapart sur Jordan Bardella, ne se ramène pas au fait qu’il a assidûment écrit des messages radicalement antisémites durant toutes ses premières années au FN/RN, mais que c’est en tant que représentant des réseaux soraliens (d’Alain Soral, ancien cadre du FN, idéologiquement ce que l’on peut trouver de plus proche du nazisme, aujourd’hui « réfugié » à … Moscou) qu’il est monté dans l’appareil du FN/RN, et donc que sa place actuelle découle de cette appartenance initiale au courant antisémite radical et violent.

Ceci aurait dû être, et immédiatement, l’occasion d’excuses publiques et de rupture avec lui de la part d’institutions qui ont participé assidûment à la promotion des antisémites comme soi-disant défenseurs des Juifs, et à la promotion de Jordan Bardella, comme Vad Vashem. On attend. On n’attend bien entendu aucune excuse de la part des fascistes et des ennemis de la démocratie actuellement au pouvoir en Israël.

Ceci pourrait aussi être l’occasion pour Jean-Luc Mélenchon, s’il veut vraiment battre Marine Le Pen, de s’exprimer contre la tragédie, à laquelle il a contribué, qui fait de lui, à l’heure actuelle, la personnalité politique la plus crainte des Juifs de France, en assumant cette réalité et en la déplorant enfin sincèrement et publiquement. On attend aussi, s’il veut vraiment gagner…

Les dirigeants du RN tentent de cacher leurs luttes intestines que ces « révélations » ne peuvent bien entendu qu’attiser, le statut de futur premier ministre de Bardella ayant encore été un peu plus éraflé, cependant que la chasse aux « taupes » est lancée, accréditant de manière risible la véracité des informations données par Mediapart.

Mardi 29 septembre, c’est dans les locaux de l’Assemblée nationale que le RN avec l’UDR ont sonné la contre-attaque, résumée par cette phrase de Marine Le Pen : « C’est à Mediapart qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en kevlar ».

Dans les locaux de l’Assemblée nationale, un appel à la guerre civile et au meurtre a été quasi ouvertement lancé contre la liberté d’expression, contre la presse indépendante, contre le journalisme d’investigation. C’est extrêmement grave. Nous affirmons notre totale solidarité avec Mediapart.

Les chefs du RN, appuyés par l’UDR, ont tout nié pour préserver leur fameuse « dédiabolisation ». Mais dans le même souffle, ils ont appelé à la guerre et menacé, en fait, de mort. Dédiabolisation, vraiment ?

C’est la ligne qui veut un coup d’État autoritaire, par modification immédiate de la constitution, en France, qui les pousse à la posture la plus violente. C’est cette ligne d’affrontement que Marine Le Pen a imprimée plus encore à cette occasion.

S’ils parviennent à la tête de la V° République, elle entend utiliser ses institutions pour affronter les libertés démocratiques et le monde du travail, au compte du capital et au compte de son clan, et au compte de Trump et de Poutine. Dans cette situation, les Juifs de France ont réellement tout à craindre.

Car il serait temps de comprendre l’articulation du racisme anti-arabe et anti-musulman et de l’antisémitisme. Loin que l’un exclue l’autre, les deux forment un tout cohérent. C’est le sens du message de Bardella mentionné  par Mediapart : « le commerce alimentaire du Hallal appartient à des juifs ». Derrière les musulmans, les Juifs. Pour les racistes d’extrême droite, le « grand remplacement » est mené par des Juifs – et les syndicalistes, journalistes, défenseurs des droits humains, leur sont assimilés – qui font venir arabes, musulmans et noirs. Pas de racisme sans antisémitisme, pas d’antisémitisme sans racisme. Donc, croire que s’en prendre aux arabes, soutenir le massacre des Palestiniens, serait une garantie contre l’antisémitisme, est la pire des stupidités : c’est son marchepied !

Les menaces du RN contre la presse libre interviennent précisément le même jour qu’une grève de la fonction publique, que la montée des pompiers à Paris, et que le mouvement des lycéens. La violence scandaleuse contre les jeunes anticipe la violence du RN et la nourrit. Pour battre Le Pen, il faut l’affrontement social avant la présidentielle, contre le budget dont Lecornu quémande le soutien du RN, pour l’urgence sociale, climatique et féministe, pour la démocratie.