Bonjour Sylvain Bourdier, rappelle-nous d’abord rapidement ton histoire politique, qui a fait de toi le maire de Commentry ?
Je crois que mon histoire politique a commencé assez jeune : peut-être que le point de départ date de cette belle victoire de la gauche en 1981, qui a été un tournant important de ma vie, alors que j’avais douze ans. J’ai vu qu’on allait pouvoir s’émanciper de cette vieille France corsetée d’avant 80. On a vu émerger les radios libres, on a aussi vu la vie des gens s’améliorer avec beaucoup d’acquis sociaux et la cinquième semaine de congés payés. Cela a sans doute marqué mon existence et amené une évidence à mes yeux : la gauche peut être utile à nos concitoyens.
Et puis je me suis toujours intéressé à ce qui se passait lors des élections municipales dans ma commune d’origine qui était Domérat, jusqu’à ce que je la quitte à la fois pour mes études et ensuite pour mon travail, lorsque je suis arrivé à Commentry. Cette ville n’était pas n’importe quelle ville : elle avait une histoire sociale et politique très riche, avec le premier maire socialiste au monde, Thivrier, un berceau du socialisme ouvrier.
Cela a aussi marqué mon existence et mon envie de m’investir politiquement dans la commune.
C’est ce que j’ai fait et bien sûr, rien d’étonnant quand on est dans la première ville socialiste au monde : j’ai adhéré au Parti socialiste. Le PS venait de perdre la mairie de Commentry, qui était tenue depuis une centaine d’années par les socialistes. Il y avait eu une vague bleue et même s’il n’y avait pas eu d’erreur de gestion de la part du maire, il a été emporté par cette vague.
Ça aussi, c’était quelque chose d’intéressant : arriver dans une section socialiste, adhérer au Parti socialiste non pas en pleine gloire, mais plutôt quand il est au creux de la vague municipale et où tout est à refaire.
Bien sûr, ça a été un parcours laborieux qui est inévitablement à passer par une étape un peu douloureuse, celle où il a fallu quitter le Parti pour finalement avoir les coudées plus franches et essayer de reprendre cette mairie.
Ça ne s’est pas fait en ligne droite. Il a fallu 20 ans. Et finalement nous y sommes parvenus et aujourd’hui nous avons une équipe qui se reconnaît dans les valeurs de la gauche qui unit à la fois des communistes, des socialistes, des gens qui n’ont pas d’étiquette, en tout cas pas déclarée comme telle, mais qui se reconnaissent dans les valeurs de la gauche.
Tu l’as évoqué : Commentry, ce n’est pas n’importe quelle ville dans l’histoire, n’est-ce pas ?
Effectivement, Commentry reste une commune où, le 18 mars, le drapeau rouge de la Commune de Paris est hissé sur le balcon de la mairie.

C’est une tradition, c’est celle de Christophe Thivrier. D’ailleurs, quand on regarde en 1882, le programme de Thivrier, premier maire socialiste au monde, on s’aperçoit que la plupart de ses idées sont extraites du programme de la Commune de Paris.
Aujourd’hui, nous nous reconnaissons dans beaucoup de ces mesures, dans beaucoup de cet héritage. Donc nous avons perpétué cette tradition du 18 mars et puis le 1er mai, on a aussi pour tradition de mettre le drapeau rouge sur la mairie.
C’est finalement une convention entre le Maire et son équipe et les représentants ouvriers, les syndicats. Il signifie que la Mairie leur est ouverte et que nous sommes là pour recueillir leurs revendications (que l’on transmet ensuite à la Préfecture).
Dans le passé, Georges Rougeron recevait aussi chaque 1er mai les représentants socialistes espagnols en exil.
Notre ville a été un creuset des luttes sociales et politiques et de l’organisation ouvrière depuis le 19ème siècle : pour la République, pour la dignité, pour le progrès et la transformation sociale.
Il y a même un rhinocéros. D’où il sort, ce rhinocéros ?

Et bien l’histoire de Commentry tient bien sûr à son industrie : tout d’abord la Glacerie qui est devenue, quelques années plus tard, la Forge.
Lorsque l’entreprise a évolué vers la production d’aciers rapides, c’est à dire des aciers d’une grande dureté, le rhinocéros a été choisi comme emblème de l’entreprise : sans doute parce que cet animal représente la force et la solidité, la puissance.
Pendant le mandat qui s’achève, comment avez-vous essayé de fonctionner au plan de la démocratie, avec la population ?
La question de la démocratie n’est pas une question évidente, notamment sur des communes de notre strate. Il faut dire que dans leur quotidien, les habitantes et les habitants sont préoccupés par leurs propres problèmes, et ne sont pas forcément très disponibles.
On a beau mettre en place des outils, il est difficile et long de faire que les citoyens s’en emparent réellement.
Et je pense que c’est d’autant plus le cas dans des communes de notre strate car en vérité les gens viennent assez facilement voir le maire : ils savent que le bureau est ouvert, il y a une proximité qui n’existe pas dans les grandes villes.
D’ailleurs, j’ai des Commentryennes et des Commentryens qui prennent régulièrement rendez-vous sans qu’il y ait d’ordre du jour : ils viennent sans question précise, tout simplement pour parler des affaires de la commune.
Je me dis que tant que cela existe, et bien ma foi on est sauvé !
On a néanmoins essayé de mettre des outils comme le conseil citoyen qui a son propre budget. Ce n’est que finalement ces dernières années qu’on a vu des projets émerger du conseil citoyen et voir le jour.
C’est donc quelque chose qui nécessite d’être développé, entretenu. On pourrait d’ailleurs peut-être confier à ces habitants la mise en place d’un conseil municipal jeune. Jusqu’à présent, on ne l’avait pas fait car j’étais toujours embêté de voir que finalement ce conseil municipal jeune était composé des enfants des élus … Ce n’est pas tellement le but ! Peut-être que si l’on charge des habitants non élus de travailler à cela, on pourra espérer une autre composition.
Nous n’avons pas fait de bilan de mi-mandat parce que je trouve qu’une moitié de mandat, d’abord, ça passe très vite. Souvent sur un mandat, on a déjà à peine le temps de réaliser les opérations d’ampleur, donc sur un demi-mandat, ça n’a pas beaucoup de sens, si ce n’est de faire payer ce support par la collectivité…
Plutôt que ce genre d’exercice de communication, nous avons voulu procéder à l’évaluation des politiques publiques en fin de mandat, par le biais d’un questionnaire envoyé à tous nos concitoyens, financé et distribué par les élus et les militants de Commentry Pour Tous.
Nous avons eu pas mal de retours, sur toutes les questions, toutes les mesures que nous avions mis en place. La question était : est-ce que ça vous est utile ou pas utile ? Est-ce qu’il faut le conserver, l’améliorer ou le supprimer ? Ce genre de consultation me paraît utile pour la vie démocratique.
Comment êtes-vous parvenu à instaurer la cantine à 1 euros, cette mesure dont beaucoup parlent mais que peu font ?
Une de nos mesures emblématiques a bien été la cantine un euro.

Nous avions constaté quand nous étions dans l’opposition que certains enfants, pour un prix de cantine somme toute modique par rapport à ce que cela coûte réellement, ne pouvaient pas venir à la cantine et on se doute que si on n’arrive pas à manger pour quelques euros, il y a de fortes chances que cela se termine par un paquet de chips devant la télé.
Il y avait les enfants qui ne mangeaient pas du tout et les enfants qui ne mangeaient que quelques jours dans la semaine et qui, les autres jours, se débrouillaient autrement.
Nous avons décidé de mettre en place la cantine à un euro pour tous, sans tenir compte du quotient familial, parce que le quotient familial a le défaut d’écarter certaines personnes de cette mesure.
Nous n’avons pas, à Commentry, d’habitants « super-riches », et ces mêmes personnes qui auraient été écartées de la mesure par l’application du quotient familial, nous les entendons souvent dire :« nous on paye, mais on n’a jamais droit à rien ».
Pour échapper à cette remarque, parfois fondée, il faut bien le reconnaître, nous avons décidé d’offrir la cantine à 1€ pour tous les Commentryens.
La particularité dans notre commune, c’est que nous avions déjà un assez fort taux d’inscriptions dans les cantines (cantines municipales dont les repas sont préparés par les agents communaux). Nous prenions donc un risque mesuré. En effet, si vous avez 50 % des enfants qui mangent à la cantine, et que demain vous en avez 80 %, vous risquez d’avoir à la fois des problèmes de locaux et des problèmes d’encadrement, et vous avez la difficulté à vous projeter sur l’impact financier de la mesure. Nous, ce n’était pas le cas puisqu’une grande majorité d’enfants fréquentaient déjà la restauration scolaire. Cela ne nous a d’ailleurs pas empêché de gagner 10 points de fréquentation supplémentaires (de 70 à 80%) depuis la mise en place de la mesure. Nous avons vu des enfants qui ne venaient pas jusqu’à présent s’inscrire. Nous avons aussi vu des enfants qui ne venaient que quelques jours dans la semaine venir les quatre jours.
Nous pouvons donc considérer que l’objectif est atteint et que c’est une belle réussite. Ces enfants sont en pleine croissance et en plein apprentissage. Nous leur devons un repas équilibré avec des filières courtes et des produits bio quand c’est possible.
Sur le prix que cela coûte à la collectivité, je pense qu’il faut relativiser. D’abord, je serais tenté de dire que ce sujet est secondaire par rapport au fait de nourrir des enfants de la République dans les écoles. C’est un choix politique. Mais si on discute du coût, on s’aperçoit qu’auparavant, il y avait des parents qui ne pouvaient pas payer les factures de cantine et qui sollicitaient notre CCAS.
Depuis que la cantine à un euro a été adoptée, les parents payent la cantine et le CCAS se retrouve avec moins de dépenses (CCAS ou Commune, à la fin, il s’agit bien de la même poche…).
Il y avait aussi beaucoup d’impayés de cantine quand on est arrivé, de l’argent qui de toute façon passe en perte et profit : il s’agissait aussi d’une dépense indirecte.
Donc nous n’avons pas de regrets de ce côté-là, ni sur le coût, ni sur le résultat.
De quelles autres mesures es tu le plus fier ou content ?
Le fil rouge de ce mandat, c’est que nous avons estimé que si on veut régler les difficultés dans la cité, il faut mettre l’accent sur les plus jeunes et la scolarité.

On l’a vu avec la cantine à 1€, mais on l’a vu aussi avec tout un tas de mesures pour faciliter l’enseignement. Nous avons mis en place une ATSEM par classe dans les écoles maternelles, nous avons aussi offert des kits de fournitures scolaires et la calculatrice pour l’entrée en sixième (qui est remise dès le CM2 pour que les enseignants puissent faire travailler les enfants avec cet outil et qu’ils arrivent en sixième en le connaissant bien).
Ces mesures facilitent l’apprentissage et c’est bien en commençant par là que l’on peut espérer améliorer les choses.
Nous avons également développé l’accès à la culture avec la gratuité de la Pléiade (bibliothèque) et de l’École de Musique et l’installation d’un musée numérique Micro-Folie avec une médiatrice culturelle, en considérant que la culture n’était pas un bien marchand comme les autres : tout le monde doit pouvoir y accéder.
Nous avons également procédé à la rénovation totale de l’École Municipale de Musique (qui n’avait pas connu de travaux depuis 40 ans, alors qu’elle était à son origine la plus moderne du département), dont on espère qu’elle sera bientôt classée conservatoire et qui permet aux enfants de s’impliquer dans la vie de la cité en pratiquant la musique à la fois de manière individuelle et collective, et qui contribue aux animations locale et à la saison culturelle. Cela me semble important.
Les questions de sécurité et de délinquance ont elles aussi été abordées de front ?
Concernant les questions de la sécurité, nous voyons aujourd’hui qu’il s’agit de la grande passion des candidats : jouer avec les peurs de leurs électeurs.
Or, je crois que Mandela avait bien raison d’affirmer que nos choix doivent refléter nos espoirs et non nos peurs.
Jouer sur les peurs, c’est évident : c’est facile, mais ça n’a pas toujours grand sens…
Ce que l’on voit chez les candidats, c’est : « les caméras de vidéoprotection » : mais les caméras ne servent pas à grand-chose à elles seules.
Et je serais même tenté de dire : plus vous avez de caméras de vidéoprotection, moins vous avez de gendarmes dans la cité. Or, quand un gendarme se déplace, il fait ce que l’on appelle une enquête de proximité, c’est-à-dire qu’il arrive à recueillir des éléments concernant l’affaire en question, mais également tout un tas d’autres éléments qui sont portés à sa connaissance. Ce n’est pas une caméra de vidéoprotection qui va faire ce travail : une fois sur deux, l’angle n’est pas le bon, c’est extrêmement compliqué. C’est un outil, la caméra, mais qui ne peut que s’ajouter à des forces de gendarmerie sur le terrain.
Nous parlons là du volet répression, mais vous pouvez mettre toutes les caméras que vous voulez : quand quelqu’un a envie de faire un sale coup, ce n’est pas la caméra qui l’arrêtera, on le sait bien.
Il faut donc un volet prévention : là encore, avec nos jeunes, avec le Point Informations Jeunesses, on a beaucoup de projets pour intervenir vers la jeunesse et éviter que ça dévisse …
Effectivement nous avons été confrontés à des actes d’incivilité qui ont tourné à des actes de petite délinquance, c’est vrai. Ces actes sont maintenant derrière nous et la commune a toujours connu à des moments divers dans sa vie municipale ce type de difficultés.
Cela s’est réglé, mais bien sûr en mettant autour de la table tous les acteurs grâce au Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance, grâce à la coopération entre la Ville, la gendarmerie, les services de la Préfecture, Monsieur le Procureur de la République, et évidemment doivent être dans la boucle tous les acteurs associatifs qui œuvrent dans ce domaine. Nous avons pris un arrêté qui avait fait beaucoup parler, qui est l’arrêté de circulation des mineurs. Pour ma part, je reste persuadé qu’un gamin de 12 ans à minuit dans les rues, minuit ou 2h du matin, à Commentry, à part faire des bêtises, n’a pas grand-chose à faire.
Il faut faire cesser cela parce qu’en réalité, si on ne le fait pas, on sait que ça va aller crescendo et un jour, ce gamin il va dévisser et peut-être commettre l’irréparable.
C’est notre devoir de faire arrêter tout ça, d’agir, de faire en sorte que les enfants soient chez eux et en sécurité le soir. Ce n’est pas pour les priver de liberté, mais justement, c’est peut-être pour leur garantir une autre liberté à venir…
Quelle étiquette les médias et les diverses forces politiques mettent sur ta majorité municipale ? Par exemple, Claude Riboulet *te « traite » tout le temps d’ « insoumis », non ?
[ * actuel président de droite du Conseil départemental et ancien maire de Commentry, battu par Sylvain Bourdier en 2020, NDR.]
Pour ce qui est de l’étiquette, il y a deux choses : celle du candidat, et celle de la liste.
Aujourd’hui, la plupart des listes sont « sans étiquette » et même les médias, les interviewers, poussent à cela.
Personnellement, j’y tiens pas : je ne peux pas dire que je sois un consommateur averti, mais je n’achète pas un produit sans étiquette et j’invite les gens à faire de même. Derrière le « sans étiquette » ne se cache pas souvent le meilleur, et bien souvent le pire …
Donc j’ai tenu à ce que comme en 2020, la liste que j’anime soit étiquetée Divers Gauche. Chaque membre de ma liste sait ce que cela signifie.
Quant aux étiquettes des candidats individuellement, il faut bien le reconnaître : peu sont encartés.
Moi le premier, j’ai été adhérent quelques années au Parti Socialiste. Depuis, je n’ai plus d’étiquette politique, je ne suis plus encarté, mais je me reconnais dans l’idée de rassembler la gauche en partant du principe que nous n’avons pas les moyens d’être divisés par les temps qui courent et que si on est unis, on n’est pas sûr de gagner, mais si on est divisé, en revanche : on est à peu près sûr de perdre.
Comment vous, vous vous percevez ? Si je dis « une majorité ouvrière et démocratique unitaire et combative », ça le fait ?
Il est difficile de dire si nous sommes une « majorité ouvrière et démocratique, unitaire et combative ». Je serais tenté de dire que nous saurons rapidement et que c’est bien aux électeurs de nous le dire…
Mais quand même : tout cela donne lieu parfois à des situations cocasses. Je me souviens d’un conseil communautaire où un élu m’a reproché de faire de la politique.
À ce moment-là, je lui ai demandé si nous étions là pour faire du cerceau ou du bilboquet. Je pense qu’à peine avait-il fini sa phrase qu’il s’est aperçu qu’il avait dit une bêtise…
Si dans une communauté de communes ou une commune nous ne sommes pas là pour faire de la politique, alors je ne comprends pas …
Mais en réalité, derrière le mot politique, on a l’impression que c’est quelque chose dont il faut plus prononcer le nom… Et c’est pour cela qu’à chaque fois j’essaye de le réhabiliter en disant que tout est politique : c’est peut-être un peu exagéré de dire que « tout » est politique, mais beaucoup de choses sont politiques et la politique est bien la manière dont on veut collectivement organiser la vie de notre cité, prendre notre destin en main, exprimer ce qui nous convient comme ce qui ne nous convient pas et s’organiser pour que ça aille mieux.
Vous vous êtes engagés en matière de solidarité internationale : Palestine, Ukraine ?
Sur notre engagement en solidarité avec le peuple ukrainien, ou pour la paix au Proche-Orient, je serais tenté de dire qu’il découle du fait que l’on est toujours engagés auprès de ceux qui sont en difficulté et qui souffrent, et finalement je me reconnais assez dans les idées de Jaurès qui se disait contre la guerre, mais qui était d’abord contre la guerre de l’envahisseur, et jamais contre le fait que celui qui est envahi puisse se défendre.

Et puis par son histoire, Commentry a accueilli des vagues de migrations d’étrangers fuyant l’oppression : Espagnols, Italiens… ou qui se sont engagés contre l’oppression, comme les résistants polonais.
Et le RN, il veut ta peau ?
La question de la présence du Rassemblement National à Commentry est relativement complexe : ce qui fait qu’un électeur, y compris, il faut bien le dire sans se mentir, un électeur de gauche, peut voter RN, correspond à des mécanismes assez complexes.
Mais si l’on regarde de plus près, le programme du RN ne peut évidemment pas répondre aux attentes d’un électeur de gauche : il ne peut pas se reconnaître dans cette histoire-là.
Nous arrivons aux élections municipales, et nous constatons que le RN n’a pas pu déposer de liste et qu’il y a deux listes de droite face à nous, mais aucune estampillée RN en tant que tel.
Cela montre bien que l’affaire des municipales est une toute autre affaire et c’est aussi, quand même, une relation personnelle entre les électeurs et leur maire.
Je serais tenté de dire qu’une sorte de confiance s’établit, qu’il faut entretenir et qui est aussi fondée, je pense, sur la loyauté.
Et donc, depuis quelques mois, la terrible agression : 190 emplois menacés à Erasteel ! La commune se mobilise ?
En effet, depuis quelques mois, 190 emplois sont menacés à l’usine Erasteel, c’est cette usine qui est au cœur de Commentry, puisque Commentry est une ville qui s’est construite autour de l’usine, qui était donc là avant la ville.

Évidemment, ça a été un coup terrible et quelque chose de brutal. Il convient de rappeler que ce site fut une Glacerie, puis a évolué en une Forge, une Forge qui, au cours de l’histoire, a été leader des aciers rapides, c’est-à-dire des aciers de très grande dureté, vanadium notamment.
Et puis, face à la concurrence de la Chine, la concurrence des pays émergents, parfois une concurrence déloyale sur un marché qu’on n’a pas su protéger, les salariés ont été priés de se reconvertir et de ne plus faire d’acier, mais du recyclage de batteries, de piles et de catalyseurs d’usines pétrolières.
Il se trouve que malgré les investissements qui ont été faits, le groupe Syntagma, qui s’est emparé de l’usine, a décrété qu’elle consommait trop de cash et a décidé, d’un coup de crayon, du haut sans doute de bureaux bien confortables, de rayer l’usine de la carte et de mettre dehors 190 salariés, de mettre dans l’embarras leurs familles, les sous-traitants, les commerces environnants, nos écoles, notre capacité à accueillir des médecins, enfin tout ce qui en découle …
Face à cela, ce qui me dérange, c’est que je ne sais pas si aujourd’hui ce qui était présenté il y a peu encore comme une activité de recyclage stratégique pour la France l’est toujours : personne n’est vraiment capable de répondre honnêtement à cette question, qui devrait être le B.A.-BA. Y a-t-il un intérêt à garder la seule usine en France qui a cette particularité de recycler des pots catalytiques d’usine pétrolières et des batteries ? Il semblerait aussi que puisqu’on s’oriente vers du véhicule électrique et dans une perspective de transformation écologique des modes de production, il y ait effectivement une nécessité …
Aujourd’hui, le PSE [ « Plan de Sauvegarde de l’Emploi », NDR] de l’usine a été entravé et nous avons un « répit » d’environ six mois pour trouver une solution, un repreneur digne de ce nom, un industriel qui voudrait se pencher sur la question.
Il y a environ 4 millions d’euros à engager pour moderniser l’outil industriel et le rendre performant et je crois que l’État, les collectivités locales, seraient prêts à aider financièrement tout repreneur, mais il faut pour cela qu’il y ait un repreneur.
La mobilisation de la population a été puissante : la Forge est un marqueur identitaire indéniable pour Commentry.
Mais il faut aussi dire qu’il y a quelques déconvenues … Par exemple, lorsque l’on apprend qu’en Savoie, dans la commune de La Léchère, il y a le projet d’installer une usine qui fait semble-t-il la même chose, d’après les forgerons de Commentry que j’ai tendance à croire, même si la région Auvergne-Rhône-Alpes se défend que le projet soit similaire …
Ce qui est un peu troublant, c’est que lorsque l’on regarde où s’installe cette usine en Savoie, on constate que c’est à 12 minutes de trajet du fief électoral du président de Région … Peut-être et sans doute une coïncidence bien sûr.
Il y a eu un à-coté du drame d’Erasteel, avec l’affaire désolante de l’Education nationale ne comprenant rien ni à la laïcité, ni aux enfants, ni à Bernard Lavilliers …
C’est une habitude à Commentry de faire travailler les enfants des écoles avec l’École Municipale de Musique et l’Harmonie, notamment à l’occasion de grands spectacles à l’Agora où les enfants des écoles ont travaillé certains thèmes et viennent chanter sur scène notamment.
Il s’agissait de la même volonté cette année, le thème, c’est la forge : évidemment parce que cela a construit Commentry, que cela a participé de toute notre histoire, et qu’aujourd’hui bien-sûr, c’est un symbole de la ville qui est en difficulté.
Il avait donc été proposé d’apprendre dans les écoles, avec notre intervenante musique, la chanson Les Mains d’Or de Lavilliers, qui est au répertoire de l’Éducation nationale.
La hiérarchie de l’Éducation a considéré plein de choses différentes et contradictoires, mais pour synthétiser, il s’agit selon elle d’une atteinte au principe de neutralité et elle ne voulait pas que les enfants apprennent cette chanson.

Tempête dans un verre d’eau : en d’autres temps, je me rappelle d’une municipalité proche de Commentry où les enfants avaient appris le Chiffon Rouge de Michel Fugin et étaient montés sur scène à Athanor pour chanter, scène incroyable et chanson autrement marquée que Les Mains d’Or de Lavilliers…
Quant au principe de neutralité, que signifie-t-il ? Qui n’est pas d’accord aujourd’hui avec cette chanson ? Y a-t-il un citoyen, un responsable politique d’une étiquette particulière qui s’opposerait à ce que les enfants viennent chanter cette chanson à Commentry, qui est si signifiante pour la ville, pour les parents d’élèves, pour les femmes et les hommes de notre cité ?
Je n’ai pas trouvé de réponse et je serai tenté de dire que ce qui est un peu dommage, c’est que si l’Éducation Nationale ne veut pas que cette chanson soit chantée, c’est peut-être là que se situe l’atteinte à la neutralité : l’Éducation Nationale sort de sa neutralité en s’opposant à ce que les enfants chantent cette chanson.
On peut le déplorer, mais on espère quand même qu’il y aura des enfants qui viendront sur scène par solidarité.
