La « provocation », à savoir l’organisation, de type policier, mais pas forcément par la police elle-même, mais aussi par des officines d’extrême droite, par des politiciens poursuivant leurs objectifs propres, ou par des services secrets, joue un rôle ancien dans la lutte des classes.
Souligner sa fonction à un moment donné n’est nullement sombrer dans des explications complotistes des évènements. En effet, la provocation ne marche que si elle rencontre des courants politiques, des militants, qui tombent tête baissée dedans, donc en fonction des faiblesses politiques des uns et des autres, et des orientations politiques de tel ou tel appareil plaçant la vision qu’il a de ses intérêts au-dessus de l’intérêt général du combat des exploité.e.s et des opprimé.e.s.
Le 12 février dernier, la provocation d’extrême droite visant à susciter d’abord une échauffourée au moyen de « Némésis » à l’entrée d’une réunion politique (de LFI et SUD-Etudiant avec Rima Hassan) à Lyon, puis une agression qui a très mal tourné, est à présent très bien documentée, et ne fait strictement aucun doute.
Sa « réussite » tient à la mort du jeune militant fasciste Quentin Deranque, résultat du plongeon tête baissée dans la provocation de membres de l’ex-Jeune Garde Antifasciste, alors en pleine procédure d’appel contre sa dissolution : la violence de leur réaction a contredit de bout en bout les règles les plus élémentaires d’un service d’ordre antifasciste conscient.
Comme on le sait, cette mort a immédiatement été massivement exploitée pour accréditer le grand mensonge qui prépare l’avènement au pouvoir de l’« union des droites » encadrant le RN par Reconquêtes, divers groupes fascistes et nazis, aussi bien que par l’UDR et jusqu’à tout ou partie de LR et d’Horizons.
Parce qu’il est impossible qu’un tel front visant à instaurer la peur de l’ordre trumpo-poutinien arrive au pouvoir par le simple processus électoral et des débats officiellement démocratiques, la provocation et l’inversion des valeurs leur sont indispensables.
Inversion des valeurs : le fascisme et le nazisme seraient « de gauche » et le seul danger pour le droit à la sureté des personnes et la sécurité publique viendrait de « LFI », diabolisée, mais prêtant le flanc aux provocations.
Car après cette première et meurtrière provocation, nous avons eu la provocation verbale, médiatique et picrocholine, des jeux de mots de J.L. Mélenchon, déjà rodés en fait avant son meeting de Lyon, mais lâchés spectaculairement lors de celui-ci, sur « Epstine » qui serait une prononciation visant à attaquer … la Russie !
Il jouait ainsi consciemment, mais de façon très perverse, avec l’antisémitisme, et en a remis depuis une couche à Perpignan en visant « Glucksman », puis en proférant de vrais-fausses excuses tordues.
Qui était en réalité visé par les provocations bassement rhétoriciennes de J.L. Mélenchon ?
Celles-là mêmes et ceux-là mêmes qui, dans toute la France, s’écriaient « nous ne hurlerons pas avec les loups ! », « nous avons de graves critiques envers LFI mais nous refusons la diabolisation », « l’unité est nécessaire pour battre l’extrême droite, l’union des droites et la politique antisociale de l’exécutif Macron/Lecornu ».
Le courant unitaire, soulevé par le dégoût causé par l’inversion des repères et des valeurs que l’on croyait acquises depuis 1945, faisant de l’antifascisme la menace « fasciste » n°1 et propulsant les fascistes déguisés en victimes malgré la visibilité de la matraque dépassant sous leurs costumes de petits saints, telle était la cible de J.L. Mélenchon.
Il manifestait ainsi son mépris et son hostilité, non seulement à la réalisation de l’unité qui, comme en 2024, peut parfaitement, mais peut seule, barrer la route à l’extrême droite, mais même à la protection la plus élémentaire de « ses » propres militants, dont il refuse la défense unitaire.
Et ça a marché : la direction du Parti Socialiste, tête baissée dans la provocation, a proclamé interdire toute alliance avec LFI dans les élections municipales (alors que tous les membres du PS sont loin d’obéir à cette injonction), apportant ainsi sa pierre au tremplin offert à l’union des droites extrêmes !
A l’heure où nous écrivons ces lignes, le risque existe d’un troisième épisode majeur de provocation pour diviser et criminaliser, à l’occasion de la manifestation parisienne du 8 mars.
Némésis menaçait de venir, mais, de toute évidence, y a officiellement renoncé sous la pression du ministère de l’Intérieur et de la préfecture de police, moyennant leur non-dissolution, alors que la place centrale de ce groupe dans un grand nombre de provocations physiques et notamment dans celle de Lyon le 12 février est avérée.
Mais il circule des appels, des visuels, de groupes d’extrême gauche et de groupes propalestiniens, à affronter « les fascistes, les racistes et les sionistes » ce 8 mars, à Paris notamment.

Le sionisme est un terme très large regroupant différentes tendances nationalistes juives, allant de la gauche au néofascisme. La culture militante dominante dans la gauche plus ou moins radicale ou « extrême » ramène toute cette histoire au colonialisme et au racisme, et y est aidée bien entendue par l’infâme politique coloniale de Netanyahou et consorts, à laquelle génocide et purification ethnique ne font pas peur.
Le sentiment d’attachement à un Etat territorial abritant des Juifs, qu’est Israel, est très banalement amalgamé à ce colonialisme barbare, alors qu’il ne saurait s’y réduire, et qu’il a été lui-même avivé par le massacre du 7 octobre 2023 et les menaces iraniennes, massacre qui, quelles que soient les discussions sur l’emploi du terme, a ravivé la mémoire des pogroms.
Les mots d’ordre qui circulent visent précisément le collectif « Nous vivrons ».
On peut discuter l’orientation politique, qui, de toute façon en ces circonstances, peut difficilement être « de gauche radicale », de ce collectif, mais son amalgame avec Némesis est un brouillage trompeur. Elles-mêmes disent leur hostilité à la fois au RN et à LFI.
Le 8 mars, sous la protection des organisations syndicales, féministes et démocratiques, des femmes juives indignées par les viols du 7 octobre 2023 ont autant le droit de manifester que des propalestiniens indignés par les crimes sexuels commis dans les prisons israéliennes à l’encontre de Palestiniennes et de Palestiniens. Le rôle du 8 mars devrait même être de permettre aux unes et aux autres de manifester sinon côte à côte – ce qui serait légitime- au moins dans le même cortège.
En annonçant par avance vouloir se battre – car c’est bien de cela qu’il s’agit- avec des « sionistes », faisant l’amalgame entre Némésis et Nous vivrons, les groupes qui font circuler de telles annonces tombent par avance dans une possible 3° provocation, qui pourrait voir des femmes juives frappées par de virilistes « révolutionnaires » aussi bien que d’autres virilistes « protecteurs des femmes juives » frapper des manifestantes et des manifestants.
Nous disons : non ! Refusons cela, car ce ne serait rien d’autre, après le mort de Lyon et les rodomontades de J.L. Mélenchon, que le troisième étage d’une série de provocations ne visant à rien d’autre qu’à inonder le pays d’une « shitstorm » (tempête de merde), comme disent les trumpistes, qui s’y connaissent, pour interdire tout débat démocratique argumenté, toute réalisation de l’unité des forces du mouvement ouvrier, de la gauche et de la démocratie, et mettre au pouvoir l’union des droites poutino-trumpiste et masculiniste !
Il est de la responsabilité des organisations de masse, syndicales, féministes et démocratiques, de permettre à des femmes juives de manifester le 8 mars. Il est de la responsabilité de Nous vivrons de ne pas se faire instrumentaliser par des provocateurs des deux côtés. Et il est de la responsabilité, car il n’est jamais trop tard pour cela, pour les militants se tenant pour de braves révolutionnaires propalestiniens, d’utiliser leur discernement.
Il y va de la contre-attaque unitaire nécessaire dans notre pays, par laquelle nous vaincrons l’union des droites, l’autoritarisme de la V° République et l’oppression des femmes !
L’attitude de Mélenchon dans cette affaire est suicidaire pour « notre camp ». Notons toutefois qu’il est encore suivi par de nombreux « partisans ». Et en face de lui, celle de Gluksmann et Hollande, suivis aussi par de nombreux « partisans », ne vaut pas mieux. Rappelons que si les « masses » françaises ont pu (provisoirement) bloquer l’arrivée au pouvoir des fascistes en imposant l’unité aux dirigeants de « gauche » en février 1934, il n’en fut pas de même en 1933 en Allemagne, où la division entre sociaux-démocrates et staliniens mena sans combat à la prise de pouvoir des nazis. On ne peut se limiter à des mots d’ordre généraux pour « l’unité » si on ne désigne pas ceux qui la combattent consciemment dans le but absurde de devenir « président » sous la V°. Il faut tout faire pour les virer, sans attendre qu’ils partent d’eux-mêmes. Et ceci ne date pas d’hier: https://lherbu.com/2025/09/les-3-petits-cochons.html.
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