Nota : cette première réaction se place avant les propos et arguments que Marine Le Pen tiendra à l’occasion de la séquence avec tapis rouge que lui offre TF1 à partir de 20H.
La décision de justice prise aujourd’hui à l’encontre de Mme Le Pen et d’une bande de dignitaires du RN, parmi lesquels M. Alliot, maire de Perpignan, est, comme le déclare le communiqué de l’APRÈS, une décision logique, et qui n’a en fait que trop attendu : les faits accablants, combinant détournement de fonds publics, enrichissements privés, dans le cadre d’un système organisé initialement par Jean-Marie Le Pen, sont connus depuis treize ans !
C’est une non-condamnation ou une mesure de « clémence » qui aurait été un coup porté à la démocratie. La lettre du droit interdisait au juge de ne pas condamner dans cette affaire. Mais en ne cédant pas aux pressions initialement exercées, au moins implicitement, lors de la mise en place du gouvernement Bayrou, puis lors de la nomination de M. Ferrand par Macron à la tête du Conseil constitutionnel, le tribunal a bel et bien, qu’elle qu’ait été son intention, porté un coup au véritable système anti-démocratique : celui de la V° République, dont le RN est un pilier fondamental. Ce coup rejoint celui porté par les sept ans de prison requis contre le grand délinquant qu’est l’ancien président de la V° République Nicolas Sarkozy.
Fait de la plus haute importance : la toute première réaction au verdict est venue de Moscou, en à peine quelques minutes, rapidement suivi par Victor Orban. L’axe néofasciste fait savoir son mécontentement. S’ils en avaient les moyens, ils programmeraient une « intervention militaire spéciale » contre les « juges fascistes ». A l’heure où sont écrites ces lignes, l’on n’a pas encore connaissance d’éventuelles réactions de l’autre branche de l’Axe, celle du triumvirat Trump/Musk/Vance.
Leur ligne est claire : dénoncer le « gouvernement des juges ». La défense des affairistes et corrompus du RN rejoint le combat de Trump contre tous les tribunaux encore indépendants des États-Unis, comme celui d’Orban, comme celui de Netanyahou contre les normes constitutionnelles israéliennes en relation avec ses projets de déportation et de massacre des Palestiniens. L’existence de normes de droit fondées sur la loi égale pour toutes et tous, et d’une jurisprudence publique et transparente, fait partie, pour les révolutionnaires sérieux, des acquis à défendre et à approfondir. Ce que nous pouvons reprocher au système judiciaire, ce n’est pas de condamner des puissants comme Mme Le Pen, mais de le faire trop rarement en étant trop souvent implacable avec les pauvres.
La ligne générale des pseudo-défenseurs de la démocratie que sont les amis de Mme Le Pen, à savoir les Poutine, les Trump, les Orban et les Netanyahou, ose se réclamer de la démocratie contre le « gouvernement des juges » alors qu’ils ne défendent rien d’autre que la dictature exercée frauduleusement au nom d’un peuple clientélisé et manipulé qui ne peut s’exprimer que dans les conditions de plébiscites contraints.
Dans ces conditions, il faut noter l’équivoque du communiqué de LFI, qui dit « prendre acte » de la décision de justice envers des élus RN corrompus, mais dit aussi s’opposer à l’impossibilité d’un recours, ce qui est faux – le recours est possible, c’est la peine d’inéligibilité qui s’applique sans attendre, de même qu’une suspension de permis de conduire peut s’appliquer avant tout appel ! – puis explique dédaigneusement que LFI n’utilise pas « un tribunal » contre le RN et le battra (toute seule ?!) « dans les urnes et dans la rue ». Toute équivoque est levée par l’explication de texte twittée par J.M. Mélenchon : « … la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple. C’est à cela que devrait servir le référendum révocatoire dans une 6° République démocratique. »
Il se confirme ici que la 6° République de J.L. Mélenchon n’est pas démocratique, mais bonapartiste et présidentielle, et qu’elle aurait recours à des « référendums » n’ayant par ailleurs aucune chance d’aboutir contre le Chef en place, tout en déniant l’exercice de la justice et en préconisant ouvertement ici le fait que les élus, surtout, sans doute, le « président », soient au-dessus des lois. Le terrain de la critique mélenchonienne de la décision de justice contre Mme Le Pen est celui-là même du RN, de M. Retailleau, et derrière eux de l’axe poutinien : contre la démocratie reposant sur la garantie des droits fondamentaux et de l’état de droit, l’ordre plébiscitaire des Chefs « populaires » à poigne.
C’est là cela même avec quoi il faut en finir, et en vue de quoi le jugement d’aujourd’hui est fondamentalement une bonne nouvelle. La VI° République que nous voulons ne sera pas la V° bis, elle n’aura pas de président mais une assemblée constituante et des assemblées à différents niveaux, combinées à la garantie des droits assurée par le judiciaire et la fonction publique.
Les forces démocratiques, la gauche et le mouvement ouvrier sauront-ils exploiter cette bonne nouvelle comme il convient ?
Il faut pour cela qu’elles s’unissent contre la V° République et le déni de démocratie qu’est l’existence même de l’exécutif Macron/Bayrou/Retailleau, en exigeant un gouvernement démocratique qui hausse les salaires, abroge la loi retraites, sauve les services publics, aide l’Ukraine et prenne à bras le corps la question climatique, étape vers une assemblée constituante et un changement de régime.
C’était possible voici quelques mois. Cela ne le serait plus dans le monde de Trump et Poutine ? Alors que le gouvernement Bayrou semble plus fragilisé que jamais ? Alors que le RN va partir en campagne pour sa prétendue « démocratie » contre « les juges » et « le système » ? Inacceptable !
Il va falloir l’imposer, par les luttes sociales, par la démocratie, par l’unité d’action, et par l’indispensable bataille politique de clarification, notamment contre le bonapartisme autoritaire lui-même dans l’union populaire qui doit, pour gagner, s’en débarrasser !
31/03/2025 à 18H45.
La décision de condamnation est en effet logique : Le Pen et ses acolytes devront rembourser et payer l’amende, comme tout le monde.
Mais j’imagine qu’en appel, l’interdiction proprement politique sera levée, ou annulée par le conseil constitutionnel. En France, je ne crois pas que l’on va interdire à quelqu’un, pour le parti de qui, à plusieurs reprises, environ un français sur trois a voté, de se présenter à l’élection présidentielle.
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« pour le parti de qui, à plusieurs reprises, environ un français sur trois a voté, » : grossière approximation ! vous semblez oublier l’abstention massive, qui de ce fait, réduit plutôt à un inscrit sur 5 ayant voté pour le RN !
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Chris a raison, ce n’est pas « un français sur trois » ni même « un électeur sur trois », mais simplement « un votant sur trois ».
Cela veut tout de même dire une bonne probabilité d’arriver en tête au premier tour.
Si toutefois, après appel, cassation, conseil constitutionnel, peut-être, Le Pen ne pouvait être candidate, cela créerait, à mon avis, un précédent extrêmement lourd.
La France est-elle à l’abri d’un gouvernement autocratique dans l’avenir (éventuellement dans deux ans) ? Je ne le pense pas. Un tel gouvernement aurait-il des difficultés à écarter le candidat de l’opposition –quel qu’il soit–pour des raisons « juridiques », « légales » ?
La justice d’Erdogan n’interdit pas au Parti Kemaliste de présenter un candidat ! Mais ce ne sera pas Imamoglu…
Imamoglu est arrêté pour « corruption ». A-t-il commis un acte qui relève de la « corruption » ? Je n’en serais pas surpris ! Mais nous sommes tous d’accord, je crois, pour penser qu’il serait correct qu’il puisse participer à la prochaine élection.
Je suis bien d’accord que Le Pen, présumée innocente puisqu’elle fait appel, est sans doute coupable et a été jugée équitablement. Qu’elle paye, qu’elle fasse de la prison si comme je le pense cette partie du jugement est confirmée en appel. Mais qu’elle soit écartée de l’élection me semblerait dangereux pour la démocratie.
Sur ce point, Garrido, que j’apprécie beaucoup, fait erreur et la réticence (bien que mal motivée) de Mélenchon me parle.
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JP Boudine écrit :
« Si toutefois, après appel, cassation, conseil constitutionnel, peut-être, Le Pen ne pouvait être candidate, cela créerait, à mon avis, un précédent extrêmement lourd. »
Ah bon ? Condamner des détournements de fonds dans le cadre d’un mandat électif devient un « précédent extrêmement lourd » ?
JP Boudine écrit :
“La justice d’Erdogan n’interdit pas au Parti Kemaliste de présenter un candidat ! Mais ce ne sera pas Imamoglu…Imamoglu est arrêté pour « corruption ». “
Ainsi, Boudine absout Le Pen et son gang par cette comparaison malvenue. Comparer Erdogan et le tribunal de Paris, fallait le faire ! Surtout quand tout un chacun devine que le maire d’Istanbul est très certainement innocent des charges fabriquées par la justice aux ordres d’Erdogan.
D’un côté, relativisation, minimisation, et bientôt négation ?, en tout cas, absolution des méfaits du RN condamnés par les juges, de l’autre, relativisation et crédit apporté aux accusations d’Erdogan contre Imamoglu, ce qui revient à protéger Erdogan, l’autocrate qui se rêve en restaurateur de l’empire Ottoman.
Par ce genre de biais, Boudine remet en cause le jugement qui condamne MLP pour ses actions répréhensibles au regard de la loi, et participe du concert des politiciens établis qui réclament une impunité pour les puissants de ce monde.
Encore un effort, Boudine ! Il te faut maintenant monter à la charge pour dénoncer ces « juges politisés », les « juges rouges », aux côtés des Sarkozy, Fillon, Ciotti et les autres !
La désinvolture avec laquelle MLP est arrivée au tribunal, puis la surprise, la stupeur exprimées à l’énoncé du jugement, et la colère exprimée par son départ précipité avant même la fin de l’énoncé illustrent que MLP et le RN étaient surs et certains de leur impunité négociée avec le pouvoir, jusqu’à ce que les juges fassent preuve d’un certain degré d’indépendance. Le comportement de Bayrou à la suite atteste aussi de cela …
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Lorsque j’étais militant et dirigeant de la FER, puis de l’AJS, et militant-responsable de l’OCI, j’ai pris de bonnes et aussi de mauvaises habitudes, comme solliciter les propos d’un adversaire politique pour en faire une caricature. J’ai compris plus tard combien c’était absurde, déloyal et inutile.
J’ai appris par contre, de gens comme Bloch ou Chisserey que nous devons être contre TOUTE censure, même contre la censure qui viserait des adversaires bourgeois ou d’extrême-droite car en définitive elle ne fait que préparer une censure bien plus sérieuse contre le mouvement ouvrier et ses organisations.
Le fait de déclarer inéligible le candidat dont il faut bien convenir qu’il PEUT gagner l’élection serait évidement un acte majeur de censure politique.
Nous le déplorons mais c’est un fait : cette élection présidentielle est ultra personnalisée. L’argument « Ce n’est pas une censure car empêcher Le Pen n’empêche pas Bardella » n’est pas recevable.
Corruption, détournement d’argent, surfacturations, emplois fictifs… sont des accusations relativement fluides. Je crois volontiers que Marine le Pen est coupable de telles choses. Mélenchon est sous le coup d’accusations comparables, et je ne vois pas en quoi il faudrait « deviner » que Imamoglu serait « probablement innocent« .
La bourgeoisie règle ses comptes comme elle veut, nous ne sommes pas en responsabilité. Le Pen est condamnée à de la prison et à rembourser, OK.
La question de l’inéligibilité provient d’une loi (en tous les cas d’un souci) plus récent, et une partie de la gauche (la FI) ne l’a pas voté à l’époque : elle a bien fait.
Au minimum, nous ne devons pas applaudir, car c’est NOUS qui sommes visés, en réalité
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T’es bien gentil, Jean-Pierre ! Mais là, tu nous fais du JD Vance dénonçant la répression woke en Europe à l’égard des machistes, des masculinistes, des racistes et des violeurs !
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Nul besoin de « croire » que Le Pen est coupable. Une décision publiée, détaillant sur 150 pages ses motifs, d’autant plus fortement argumentée, que les magistrats savaient qu’elle serait l’objet de tous les recours, nous évite tout acte de foi.
Je dirai même plus sur l’enrichissement personnel du clan, puisque l’ ex compagnon Aliot, la soeur et la belle-soeur de la ci-devant Le Pen ont chacun et chacune bénéficié d’une rémunération de l’ordre de 5000€ mensuels (hors avantages et indemnités diverses) pour des emplois fictifs. Faut-il « croire Le Pen capable de telles choses » quand il suffit de savoir lire une condamnation sérieusement motivée.
On ne peut en dire autant des accusations vagues et obscures de terrorisme et de corruption qui entourent l’arrestation d’Imamoglu. Imamoglu, combien de millions d’€ ? Voilà ce que Boudine « se voit obligé de deviner »
C’est donc à l’OCI que Boudine a appris à manier l’affirmation péremptoire : « L’argument « Ce n’est pas une censure car empêcher Le Pen n’empêche pas Bardella » n’est pas recevable ». Oui, ce n’est évidemment pas recevable pour Le Pen. La conviction que Bardella n’est pas un plan B pour le RN ce sont surtout les déclaration de sa patronne qui l’affichent sur tous les plateaux des chaines dites d’info. Le seul sondage disponible sur la question donne, dans le même scénario présidentiel, la condamnée et son challenger à égalité à plus de 33%.
Mais il serait peut-être temps, de faire de la politique comme Boudine l’avait autrefois appris de Chisserey.
Vraiment, ces questions tournent en rond dans le panier :
La relaxe sauvera-t-elle la démocratie? Comment voler impunément 4,1 million en échappant à la censure des juges ? Comment se disposer pour la présidentielle de la Ve République, alpha et l’oméga de la stratégie mélenchonienne ?
Ne faut-il pas sortir de la crise en fédérant les énergies qui veulent combattre pour un gouvernement d’unité de la gauche et pour une Assemblée constituante ? Une question en prise directe avec des intérêts de classe, à laquelle les peuples de France, de Turquie, de Serbie, etc. vont tenter de répondre.
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