APLutSoc présente, comme une initiative intéressante, l’appel de Marine Tondelier et Lucie Castets « Gagner ensemble » en écrivant : « L’absence de volonté de sortir de l’arithmétique parlementaire, le piège des présidentielles, anticipées ou maintenues à leur échéance institutionnelle de 2027, sont autant de facteurs de recul et de division. » 

Malheureusement, les calculs de « Gagner ensemble » s’inscrivent étroitement dans cette arithmétique réglée par le respect des institutions de la Ve République, de sa présidence et de ses chambres.

On peut être d’accord avec la liste des « attentes concrètes tant de fois exprimées au cours des années passées par des millions de Françaises et Français. Pour que nos parents soient correctement soignés, pour que nos enfants grandissent sur une planète habitable, pour que chacun·e puisse vivre décemment de son salaire, pour que nos libertés publiques soient respectées… » Et même, si l’on veut fédérer large, on aurait intérêt à ajouter cette mesure extrêmement populaire (95% parmi les salariés l’attendent) de l’abrogation de la loi qui a repoussé l’âge de la retraite.

L’initiative « Gagner ensemble » nous propose de bâtir « une maison commune » pour la réflexion et l’action « afin de gagner la bataille culturelle contre la droite et l’extrême droite ». Il est même question d’organiser « des mobilisations de terrain ». Pour affronter le gouvernement et gagner les créations de postes et la dotation de moyens dans la santé, l’éducation, etc. et une indexation des salaires et pensions sur les prix et une abrogation des lois antisociales, etc. ?

Non. La perspective n’est pas de gagner sur ces revendications par la grève dans les entreprises et dans la rue. La « mobilisation » a pour objectif que les idées du programme deviennent majoritaires dans les urnes. Cela est énoncé en gras «  « Il nous faut désormais nous organiser pour obtenir une majorité au Parlement et remporter la prochaine élection présidentielle. » Ce qui renvoie la perspective de « Gagner ensemble » au calendrier électoral dont Macron voudra bien fixer les échéances.

Quant à la « maison commune » pour laquelle il nous est proposé de signer sans trop savoir quelle forme organisationnelle elle prendrait, elle est largement ouverte : « Nous posons un unique pré-requis à cette aventure collective : souhaiter une candidature commune pour la prochaine élection présidentielle, sans placer tel ou tel nom comme préalable au travail collectif. »

Une candidature unique de la gauche à la prochaine présidentielle c’est une bonne idée. Mais elle impose de penser que la seule sortie de la crise des institutions c’est l’élection présidentielle célébrée par les médias comme « l’élection reine de la Ve République ». Et de fait, cette clé de voute l’empêche de s’effondrer depuis plus de six décennies.

Mais comment est choisie cette candidature unique ? Est-elle le résultat des mobilisations de terrain qui ont tellement fait pour l’hégémonie des idées du programme ? Et puis la mobilisation de terrain ne pourrait-elle exiger des formes plus démocratiques que celles assurant la survie du bonapartisme, celle d’une assemblée souveraine par exemple ?

« Gagner ensemble » conçoit la démocratie différemment. La candidature unique à la présidentielle sera le produit « d’une série de consultations des chefs de partis, des grands élus et de figures de la société civile organisée, dans l’objectif de collecter les positions sur un processus de désignation acceptable. Lancer un processus d’élaboration d’une méthode de désignation sur cette base. »

Alors que la crise s’accroît au sommet, d’appel en appel la gauche parlementaire tourne en rond dans la prison des institutions.                                   

Pour le moment, la volonté des directions syndicales de reprendre le dialogue social as usual interdit aux luttes pour l’emploi ou pour les salaires de trouver à ce manège une issue politique. Si l’on veut réellement gagner ensemble, ce ne sont pas les cartels qui manquent, ni les appels où le nombre d’organisations signataires est plus grand que celui des participants, et autres « procédures de désignation rapide en cas de présidentielle anticipée »

Ce qui manque, comme le dit aussi APLutSoc, c’est la volonté politique de s’appuyer sur la France d’en bas, plutôt que sur les chefs de partis et d’affronter Macron, ses gouvernements, ses patrons pour, au moment où ils sont les plus déconsidérés, gagner ensemble.

Luigi, 09/01/2025