Munich ukrainien ?

Quelles que soient les supputations sur l’ « imprévisibilité » de Donald Trump (telle qu’on peut la lire dans le marc de café ou les entrailles des pigeons ), nul ne devrait sérieusement se faire d’illusions sur son orientation fondamentale concernant l’Ukraine. Pour la raison suivante : il ne s’agit pas seulement de Donald Trump, car il porte la version la plus prorusse de ce qui était déjà en grande partie inscrit dans l’orientation fondamentale des États-Unis depuis 2014 (d’ailleurs en Ukraine, Trump est presque mieux estimé que Biden, car au moins on voit où il va).
Fondamentalement, les États-Unis, en tant qu’État impérialiste assumant les intérêts du capitalisme nord-américain, ne souhaitent pas de défaite de l’État russo-poutinien, et voient dans la Chine le rival principal à mettre à genou d’une façon ou d’une autre. Ils ont avalisé le rôle contre-révolutionnaire clef joué par le gendarme impérialiste russe en Ukraine et en Syrie. Ne souhaitant pas le voir attaquer toute l’Ukraine, ils ont tenté de le dissuader et, depuis, ils veillent à un armement minimum de l’Ukraine – depuis quand ? depuis que la levée en masse de la nation et de l’armée en Ukraine a empêché Poutine de vaincre, ce qu’ils n’avaient pas prévu. La ligne de Biden a toujours été que l’Ukraine ne doit pas être occupée mais que Moscou ne doit pas être vaincue.
La ligne de Trump constitue une rupture qualitative à certains égards, que ce soit à l’encontre des Ukrainiens ou à l’encontre des Palestiniens, mais cette rupture s’inscrit comme une étape franchie sur la même orientation fondamentale : l’impérialisme nord-américain craint tout effondrement de l’impérialisme russe, et n’a pas d’intérêt fondamental à l’existence de garanties démocratiques en Europe en général et en Europe centrale et orientale en particulier. Il aimerait cogérer le tout avec Moscou et Berlin et pouvoir s’occuper du principal, qui se situe pour lui du côté de l’Asie-Pacifique.
Par conséquent, quel que soit le niveau d’inféodation de Donald Trump à Moscou ou son degré d’imprévisibilité, la « négociation » qu’il dit préparer sur l’Ukraine a en fait déjà commencé et elle se fait entre puissances impérialistes, nord-américaine et russe, en dehors du premier intéressé.
Il veut, d’une façon ou d’une autre, imposer à l’Ukraine un cessez-le-feu gelant les lignes de front actuelles, et les combats à présent ont, pour Poutine, le sens de pousser ces lignes vers l’Ouest et le Nord dans le Donbass et le Sud, et aussi de reprendre le (petit) moyen de chantage qu’est la petite aire d’occupation ukrainienne au Sud de Koursk. C’est une situation terrible pour l’Ukraine, mais remarquons qu’elle a un coût humain effarant pour la Russie, et que la Corée du Nord s’y est engagée militairement.
Quel que soit le nom que l’on donnera à un tel « accord », ce sera un accord du type « Munich ». A Munich, en septembre 1938, les impérialismes européens réunis à quatre (Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie) ont concédé à l’impérialisme allemand, dirigé par Hitler, le tronçonnage de la Tchécoslovaquie. Il est bien connu que, selon le mot du belliciste impérialiste anglais Churchill, Londres et Paris firent ainsi semblant d’avoir « la paix et le déshonneur » mais eurent, très vite et de manière assurée, « la guerre et le déshonneur ».
La comparaison historique vaut surtout par le rôle du « pacifisme » dans les deux cas. Hitler et l’impérialisme allemand étaient bien présentés comme cruels par la plupart des pacifistes, mais on les excusait en raison du traité de Versailles et des injustices réelles ou imaginaires faites à l’Allemagne, et on prêchait le sacrifice de la Tchécoslovaquie pour les calmer, car « la paix vaut mieux que la guerre ». De même, des discours « pacifistes » actuels nous intiment de laisser tomber l’Ukraine même si, certes, Poutine est bien cruel, mais « la paix » vaut bien cela et puis, ce sont les injustices faites par l’OTAN à la Russie qui l’ont rendu si méchant …
Cependant, si nous limitons la comparaison au sort fait à la Tchécoslovaquie et à l’Ukraine dans l’un et l’autre « Munich », nous ne saisirions pas toute sa portée.
Munich européen !

Un Munich ukrainien, c’est-à-dire un Munich sur le dos de l’Ukraine, serait beaucoup plus qu’un Munich ukrainien. Douguine, idéologue fou de l’impérialisme russe, en a dit cette vérité : un cessez-le-feu sur les lignes de front actuelles, ou même sur des lignes encore améliorées du point de vue russe, ne serait pas une vraie victoire, car la Russie est un empire (et pour lui, elle ne peut être rien d’autre) si et seulement si l’Ukraine n’existe pas.
Le fait impérial russe requiert qu’il n’existe pas d’Ukraine ni d’Ukrainiens. Le seul sens du cessez-le-feu du point de vue impérial russe serait d’aider la Russie à préparer la soumission de toute l’Ukraine. Laquelle implique aussi d’achever l’assimilation de la Biélorussie, de mettre au pas la résistance démocratique en Moldavie et en Géorgie, et conduit irrésistiblement à la tentation de vassaliser, à nouveau, l’Europe centrale et l’Europe baltique, en profitant pour cela de Trump, et en s’appuyant sur les dirigeants amis à Budapest et Bratislava voire ailleurs.
Avant même ces étapes militaires possibles, le Munich ukrainien avec la pérennisation des zones occupées, qui aurait sans doute, en outre, comme corollaires la suspension des « sanctions » et la réinsertion totale, pleinement engagée, de la Russie dans la dite « communauté internationale », infléchirait radicalement tous les rapports de force européens en faveur de l’impérialisme russe, et libérerait pleinement la volonté allemande de réinvestir à l’Est en s’entendant avec Moscou, en combinant partage et cogérance.
Il faut, dans cette optique, saisir la concordance des deux dates : investiture de Trump le 20 janvier, élections législatives anticipées en Allemagne le 23 février. Le partage des zones d’influence entre Allemagne et Russie en Europe centrale et orientale existait avant 1914, a été renouvelé brièvement mais spectaculairement lors du pacte Hitler-Staline, et pourrait être reconstitué dans des conditions plus favorables à la Russie du fait de l’affaiblissement global de l’impérialisme allemand par rapport à ces précédents : dans cette affaire, l’Allemagne, loin de triompher, partagerait, cogérerait, les dépouilles que les vraies puissances mondiales voudront bien lui laisser.
C’est donc un Munich européen qui est en réalité en préparation à travers, à partir et au-delà, du Munich ukrainien. Cela signifie que la victime du partage impérialiste n’en serait pas seulement l’Ukraine, mais l’Europe. Pas seulement le peuple ukrainien, mais les peuples européens.
L’Europe de la décadence impérialiste et l’extrême-droite en Europe.

Toute analyse sur l’extrême-droite en Europe, nécessaire au combat contre elle, doit intégrer ces données. Le Pen, Meloni, Salvini, Orban, de Weever, Wilders, Fico (que l’on peut assimiler à cette bande), Georgescu, et autres, ne peuvent être compris et combattus que dans le cadre de l’axe Trump/Poutine qui constitue leur piédestal. C’est dire que la grande majorité des théories de gauche sur « la lutte contre l’extrême-droite » en Europe aujourd’hui, traitant de la « fascisation de la société » et omettant à peu près systématiquement de saisir que sa référence centrale est le régime russe, sont tout à fait à côté de la plaque.
Le soutien appuyé, récemment développé par un article dans Welt am Sonntag, d’Elon Musk, le vice-président non élu des États-Unis, à l’AfD en Allemagne, doit être évalué à sa juste « valeur ». Dans son article, Musk explique que seule l’AfD mérite la confiance pour mettre en œuvre les objectifs principaux du capital allemand, que l’on retrouve dans les programmes de la CDU et du FDP voire parfois de la gauche : baisse des impôts et dérégulation, contrôle et restriction de l’immigration, retour au nucléaire.
Ce n’est pas le capitalisme en général, mais son avant-garde contemporaine, la plus pourrissante, rentière et prédatrice, telle qu’elle s’est renouvelée depuis la crise de 2008, dont Musk affirme ici l’orientation : high-tech et numérique, gaz et huile de schiste, finance des hedge funds et des crypto-monnaies, en train de coloniser le haut appareil d’État américain. C’est la fuite en avant « libertarienne », barbare et technologique, vers un monde d’acier sans foi ni loi pour l’immense majorité, le monde des négationnistes du changement climatique.
Trump pèse pour le Munich ukrainien et Musk pour l’AfD en Allemagne, celui-ci en soulignant l’effondrement nécessaire et mérité des partis traditionnels, qui profite aussi, rappelons-le, au BSW poutinien de Sarah Wagenknecht. Munich ukrainien et avènement d’un nationalisme racialisant néo-conservateur en Allemagne iraient de pair. Même si AfD et BSW n’étaient pas majoritaires le 23 février prochain, Trump, Musk et Poutine pèsent de tout leur poids en ce sens sur le capitalisme allemand.
Ce qui souligne aussi que l’orientation libertarienne des Musk et des Millei est parfaitement compatible avec le néoconservatisme des admirateurs de Poutine en Europe.
La Hongrie de Victor Orban, que l’on ne saurait considérer comme une « démocratie bourgeoise » normale, est tolérée par l’UE depuis des années et est maintenant suivie par la Slovaquie de Fico.
En Italie, c’est l’aile la plus à droite de la nébuleuse ultra-droitière épanouie dans ce pays depuis Berlusconi, avec Meloni, qui s’est installée au pouvoir ; Meloni a développé, une fois au pouvoir, une orientation atlantiste pro-ukrainienne, mais peut parfaitement pivoter vers une orientation néoconservatrice européenne et poutinienne, représentée dans sa coalition par Salvini, et qui était celle de Meloni avant d’être au pouvoir.
La crise de régime en France s’insère elle aussi dans cette situation continentale. La dérive autoritaire ne se résume pas ici au RN, mais concerne directement Macron qui a fourni au RN, ce parti poutinien, les marchepieds nécessaires, délibérément. Dans l’un des gouvernements successifs qui se succèdent dans la crise de la V° République, un ministre dit de la « Fonction publique », Kasbarian, a repris le programme de Musk et de Milei de destruction de tout service public.
Au Royaume-Uni, la décomposition du parti conservateur et la place du mouvement de Nigel Farrage comportent des tendances similaires. Farrage est, lui aussi, relié à Poutine et à Musk, et leurs réseaux ont montré leur capacité de nuisance lors des émeutes racistes de l’été dernier.
Attention : dans ce tableau rapide, je fais abstraction des contre-tendances, celles qui ont empêché la victoire du RN en juillet en France, remis le Labour au pouvoir en Grande-Bretagne, celles des grèves, des mouvements démocratiques et, avant tout, de la résistance ukrainienne. Ce sur quoi je veux insister ici, c’est sur la cohérence entre la réaction en Europe, l’extrême-droite et la radicalisation à droite ainsi que celle des « populistes » divers, et l’éventualité d’un ordre européen à la Trump/Poutine, le Munich européen. C’est là en réalité la seule cohérence des extrêmes-droites européennes. Elle est donc fondamentale.
Trump/Poutine et le Munich ukrainien, c’est cela, l’extrême-droite en Europe. Et réciproquement.
La question européenne dans toute son ampleur.
La « vieille Europe » a été le berceau du mode de production capitaliste et du mouvement socialiste. Au début du XX° siècle, quand elle dominait encore le monde, l’unification et l’amitié des nations européennes étaient des perspectives portées par le mouvement ouvrier, par l’Internationale socialiste, qui avaient, seuls et les premiers, commencé à les mettre en pratique. La guerre entre impérialismes européens qui éclate en 1914, puis l’avortement de la révolution socialiste mondiale quand elle était d’abord européenne en 1917-1923, ont conduit à la catastrophe européenne à laquelle on peut donner le nom d’Auschwitz, mais aussi celui du Goulag.
Après 1945, le redressement des puissances européennes s’est combiné au fait qu’elles étaient, mondialement, passées au second plan. Cela n’a pas liquidé l’importance des luttes de classe et des combats émancipateurs d’Europe pour le monde entier. 1968, avec la grève générale en France, le Printemps de Prague et, dans et hors d’Europe, le soulèvement mondial de la jeunesse scolarisée et la mise en cause du patriarcat, et 1989, avec la chute du Mur de Berlin, les soulèvements démocratiques, ouvriers et nationaux en URSS et en Europe centrale et orientale, mais aussi, hors d’Europe, la fin du régime de l’apartheid en Afrique du Sud, furent les deux grandes années, celles où s’est manifestée la centralité relative, non des capitalismes européens, mais du potentiel révolutionnaire européen.
Cette brève mise en perspective nous aide, je l’espère, à comprendre la portée, le risque, le contenu réactionnaire sur toute la ligne, du Munich européen, de l’Europe de la décadence impérialiste, de l’extrême-droite européenne, ou, pour la France, de ce que serait un rétablissement de la V° République au lieu de son renversement.
Il s’agirait aussi de la mise entre parenthèse de l’Europe, et des puissances impérialistes de l’Europe occidentale (Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie) par rapport aux « hégémons » de la multipolarité impérialiste, à savoir les États-Unis et le système des BRICS+ dominé par Beijing et stimulé par Moscou. Dans leur rivalité, à travers même leur rivalité, ils ont un intérêt commun au rabaissement ultime du continent européen. L’illustrent bien les projets de tarifs protectionnistes de Trump, qui visent à la fois au clash avec la Chine, contre laquelle il annonce +60%, et à enfoncer les pays européens, contre lesquels il annonce +20% – et aussi à exercer une pression intégratrice, voire annexionniste, sur le Canada et le Groenland.
Ce rabaissement, dont la défaite ukrainienne est le préalable incontournable, ouvrirait le champ de la guerre mondiale entre les hégémons multipolaires, États-Unis et Chine.
Tels ou tels « décoloniaux » auraient bien tort de se réjouir de cette « punition » infligée aux « blancs ». Les seuls punis seraient les peuples, et parmi eux les immigrés et les couches les plus opprimées. L’Europe forteresse de Schengen, dans les dispositifs relevant de ce que fut jusqu’à aujourd’hui la « construction européenne » capitaliste, est ce qui annonce le plus l’Europe décadente de l’ordre/désordre des Trump et des Poutine. Le capital financier européen, de BNP-Paribas aux banques suisses en passant par la City, préserverait ses privilèges et aurait sa place toute gardée dans l’exploitation du monde. L’abaissement de l’Europe n’a rien à voir avec la justice pour les colonisés. Et pour les migrants, il est déjà, et depuis des années, taché de sang à grande échelle. D’ailleurs, la France dans ce cadre ferait tout pour garder ses confettis et les traiter comme elle traite Mayotte. L’abaissement de l’Europe serait son mode d’insertion dans l’ordre impérialiste multipolaire.
Il s’agit d’un programme directement contre-révolutionnaire : c’est l’année 1989 qu’il s’agit d’effacer. Les authentiques révolutions de cette année-là n’auront jamais été digérées par l’ordre impérialiste mondial. Leur défense et la compréhension de leur héritage sont pleinement d’actualité.
Et ce rabaissement comporterait une dimension coloniale directement présente sur le continent, à savoir la domination russe à l’Est. Tendanciellement, le programme poutinien d’effacement génocidaire de l’Ukraine, de reconquête des anciens États de l’URSS, de vassalisation-neutralisation de l’Europe centrale avec une Allemagne coopérante, constitue le plus grand programme de recolonisation du monde contemporain. S’ils arrivent à rompre le fragile cordon, pas vraiment ombilical, qui relie la Russie à la Chine, Trump et Musk s’en accommoderont. Il s’agit d’un programme directement contre-révolutionnaire : c’est l’année 1989 qu’il s’agit d’effacer. Les authentiques révolutions de cette année-là n’auront jamais été digérées par l’ordre impérialiste mondial. Leur défense et la compréhension de leur héritage sont pleinement d’actualité.
Le présent article étant surtout consacré aux tendances réactionnaires, ne doit pas donner l’impression qu’elles sont triomphantes. Ce sombre scenario va se heurter à la résistance et à la contre-offensive des sociétés vivantes, comme on l’a vu, avec une extraordinaire vitalité, en Ukraine en février-mars 2022.
L’Union Européenne.
L’avortement de la révolution prolétarienne en Europe durant le premier XX° siècle et l’affaiblissement des puissances impérialistes européennes à l’issue de la seconde guerre mondiale, ont créé les conditions de ce qu’il est convenu d’appeler la « construction européenne », la forme la plus poussée, au plan mondial, d’association économique mais aussi politique, institutionnelle, entre États capitalistes, de plus en plus différents et variés au fur et à mesure de l’agrandissement de la CEE puis de l’UE.
Bien que ce soit la forme la plus poussée au monde d’association entre États, il n’y a aucune fusion et il n’existe pas d’« impérialisme européen » qui aurait subsumé les impérialismes de second rang que sont et que restent le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, et tous les autres États capitalistes européens ayant chacun leurs intérêts propres. Même la réalisation de l’euro, monnaie unique entre Allemagne, France, Italie et une série d’États méditerranéens ou centre-européens, n’a pas mis fin à leurs indépendance fondamentale, d’où de sérieuses contradictions.
Les fédéralistes européens, démocrates-chrétiens ou libéraux mais aussi social-démocrates ou écologistes, n’ont jamais réalisé leur programme théorique : l’unification européenne n’a pas été réalisée dans le cadre du capitalisme. Mais cela ne veut pas dire que l’existence d’un socle de libertés publiques, en danger aujourd’hui en Hongrie et ailleurs, et de la liberté de se déplacer, de travailler et d’étudier entre ressortissants de l’UE, n’a pas de signification et de valeur pour les populations.
En France, le fait que la quasi-totalité des contre-réformes visant les droits sociaux, la protection sociale, les services publics, les salariés à statut, ont été menées par les gouvernements successifs en référence et sous l’alibi de « l’Europe », explique l’hostilité populaire à ces institutions qui, par elles-mêmes, si elles relèvent de la « démocratie bourgeoise » comme forme générale, en sont une variante particulièrement bureaucratique, technocratique et opaque : comme ces institutions sont l’œuvre combinée des États capitalistes participant et projetant leurs traits, et comme le cadre national n’est en rien dépassé y compris comme cadre démocratique nécessaire, il ne saurait en être autrement. Le pire des politiques « européennes » concerne les migrants, noyés en Méditerranée ou réduits en esclavage en Afrique du Nord avec leur collaboration active et leur bénédiction.
A condition de ne pas faire passer l’opposition à l’État capitaliste français de la V° République au second plan par rapport à l’opposition à l’UE, il était justifié, globalement, de militer contre celle-ci, et notamment pour le Non aux référendums de 1992 et de 2005. Cela, sur la base de la défense d’une union véritable des peuples européens, pleinement démocratique, non sur la base de positions chauvines.
Le Brexit a montré que l’orientation dite « anti-européenne » ne donne aucune perspective de progrès pour les populations : une majorité de britanniques, s’ils pouvaient choisir, le remettraient en cause aujourd’hui.
L’Ukraine avec sa demande d’admission inconditionnelle dans l’UE, aurait pu permettre, à des forces de gauche internationalistes, de défendre cette exigence en soulignant qu’elle dynamitait, justement, les fondamentaux de l’UE. Car vouloir être dans l’UE parce que l’on se bat pour la démocratie, et pour nulle autre raison, en ne remplissant par ailleurs aucun des critères « économiques » d’admission, c’est souligner que l’union européenne véritable et l’UE sont deux choses différentes.
L’Ukraine n’est toujours pas dans l’UE mais la Hongrie d’Orban, mais aussi l’Italie de Meloni et la France des gouvernements Macron parrainés par Le Pen et maltraitant Mayotte, y sont sans problème et avec les honneurs. Mais en ce moment même, la nation géorgienne se bat pour son indépendance, sa souveraineté, pour la démocratie, en brandissant des drapeaux de l’UE – l’UE qui dit la défendre mais ne bouge pas le petit orteil !
L’UE n’est pas l’union des peuples d’Europe. Mais l’union des peuples d’Europe, comme réponse au Munich européen, est une perspective centrale sur laquelle il nous faut élaborer et chercher des leviers actifs, dans et en dehors des institutions de l’UE. Le principal manque pour ce faire est l’existence d’une gauche européenne internationaliste et anti-poutinienne puissante. De ce point de vue, l’évolution des petits partis se situant à gauche de la social-démocratie en Scandinavie, et celle des courants se réclamant du socialisme et de la démocratie en Europe centrale et orientale, Ukraine comprise, est une amorce précieuse à suivre avec attention.
La question militaire européenne : retour sur l’histoire depuis 1945.
Mais, si les dangers soulignés ici sont réels et surtout s’ils sont immédiats, et je pense qu’ils le sont, les militants révolutionnaires sérieux doivent se pencher sur les questions militaires européennes.
Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que la question d’une défense européenne commune est objectivement posée. Elle a connu deux alertes rouges depuis une dizaine d’année : celle de la première présidence Trump avec l’éventualité d’un délaissement américain de l’Europe, et celle de l’invasion généralisée de l’Ukraine le 24 février 2022. Ces deux alertes n’ont pas été simultanées, mais à partir du 20 janvier 2025 et en fait d’ores et déjà, elles vont l’être : elles vont s’additionner, ou plutôt se multiplier.
Or, comme celle de l’unification européenne en général, la question d’une défense européenne commune est de celle que les États capitalistes européens posent depuis longtemps en montrant qu’ils sont structurellement incapables de la réaliser. Car c’est déjà là une longue histoire.
Les vieux impérialismes européens, à partir du moment où ils sont rétrogradés au second rang, donc depuis 1945, y sont confrontés. Mais c’est en fait un système de coopération militaire sous égide étatsunienne qui s’est d’abord mis en place avec le Pacte atlantique et l’OTAN, en 1949-1950. Dès l’origine, l’OTAN n’est pas exactement ce que ses partisans affichent et que ses adversaires dénoncent, à savoir une coalition « anticommuniste » ou dirigée contre la menace soviétique. Celle-ci lui a servi de prétexte et d’argument. Il s’agit aussi, et au fond, dans la longue durée, il s’agit d’abord, de réguler les relations atlantiques en assurant l’encadrement durable par l’impérialisme yankee des impérialismes européens passés au second rang, mais qui, réunis, redeviendraient la première puissance mondiale. La possession et le contrôle de l’arme nucléaire étant un élément central de cette domination.
Le premier projet de défense européenne commune, celui qui allait en fait le plus loin car il prétendait créer une armée commune, la CED, se situait d’ailleurs dans le cadre de l’OTAN, afin de superviser la reconstitution d’une force armée en Allemagne occidentale. Son rejet par l’Assemblée nationale française en 1954 conduit États-Unis, Royaume-Uni et France à accepter et à encadrer la reconstitution d’une armée allemande dans le cadre de l’OTAN à laquelle adhère la RFA en 1955. Il est bien connu que Moscou réagit en proclamant la « souveraineté » de la RDA et en organisant le Pacte de Varsovie – il l’est moins qu’auparavant, Molotov avait discrètement contacté Londres et Paris pour les sonder sur une adhésion de l’URSS à une OTAN sans l’Allemagne !
Sous les discours de guerre froide utiles à la domination de chacun dans son « camp » respectif, l’autre réalité plus profonde, celle de l’emprise US à l’encontre de tout rétablissement d’une domination impérialiste européenne mondiale, est illustrée de manière flagrante par la crise de Suez (1956) et s’approfondit avec la guerre d’Algérie. L’impérialisme britannique s’adapte et se dote d’un « outil nucléaire » dans une relation de dépendance avec les États-Unis. En revanche, l’impérialisme français, dont l’État est réorganisé en 1958 sous une forme bonapartiste, théorise et met en pratique sa « dissuasion » indépendante, et ira jusqu’à sortir des instances de l’OTAN en 1966, sans jamais la quitter réellement contrairement à la légende gaullo-stalinienne fort répandue.
La « dissuasion » nucléaire française sera, sur le continent européen, le seul élément militaire majeur indépendant de Washington et de Moscou – je précise que ce constat n’est en rien un éloge de l’impérialisme français, dont le bilan colonial et néocolonial du second XX° siècle, de Poulo Condore au Ruanda en passant par le Cameroun, est le plus effroyable qui soit et compte deux génocides à son actif, les Bamilékés (1959) et les Tutsis (1994).
L’autre « originalité » française, extra-européenne, fut la Françafrique et les « Opex », les opérations militaires extérieures principalement en Afrique, ainsi que les bombes nucléaires sur le Pacifique Sud. Elle est terminée aujourd’hui, dans un fiasco absolu.
Le cas français, celui de l’État européen le plus « turbulent » envers l’OTAN (tout du moins jusqu’à la Turquie d’Erdogan !), montre bien une chose : si l’OTAN est une institution militaire internationale au service de l’ordre capitaliste dominant, l’hostilité traditionnelle en France envers l’OTAN, qu’elle soit « sortiste » ou qu’elle vise à jouer sa carte propre en son sein, sert les intérêts impérialistes français tout aussi réactionnaires.
La dislocation du Pacte de Varsovie puis l’explosion de l’URSS sous les coups, non pas de l’OTAN, mais des mouvements populaires et nationaux, en 1989-1991, a forcé à une réorganisation de ce système.
La légende dominante veut que Washington ait promis à Moscou que l’OTAN ne s’agrandirait pas puis n’ait eu de cesse d’ « encercler la Russie ». La réalité, là encore, est tout autre – et j’en ai déjà traité en détail.
Lors de la réunification allemande, Moscou accepte que l’Allemagne fédérale agrandie soit membre de l’OTAN et Gorbatchev a raconté comment James Baker lui a expliqué que ceci était une garantie de contrôle de l’Allemagne. En contrepartie, les troupes de l’OTAN ne se basent pas dans l’ex-RDA et le rapatriement des troupes ex-soviétiques est financé par l’ouest.
Face à l’éclatement de l’URSS que le président Bush tentait encore de conjurer au printemps 1991 en se rendant à K’yiv pour appeler les Ukrainiens à ne pas choisir l’indépendance, le premier acte, décisif, des États-Unis et des puissances impérialistes européennes de second rang, fut de contraindre l’Ukraine, devenue temporairement la troisième puissance nucléaire mondiale après la fin de l’URSS, de rétrocéder ses armes nucléaires à la Russie et de lui concéder les bases militaires de Yalta et Sébastopol, moyennant la garantie du respect de ses frontières, garantie signée par la Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni dans le « mémorandum de Budapest », sur lequel la France et la Chine se sont également engagées de leur côté. On sait ce qu’il en advint. Ajoutons qu’il y eut trois « mémorandums de Budapest », les deux autres concernant la Biélorussie et le Kazakhstan …
Tel fut le premier acte fort des États-Unis impliquant de fait l’OTAN suite à la fin de l’URSS. Le second enchaînement déterminant s’est noué autour de la Yougoslavie. Le traité de Maastricht, à peine séché, qui instituait une « Politique Étrangère et de Sécurité Commune » de l’UE (la PESC), l’Allemagne reconnaissait immédiatement les indépendances croate et bosniaque tandis que la France soutenait de manière à peine voilée la Serbie en ex-Yougoslavie. La ligne médiane « européenne » entérinait la « purification ethnique » en Bosnie et les casques bleus sous commandement français observaient le massacre génocidaire de Srebrenica. Et finalement, c’est la diplomatie américaine qui impose les accords de Dayton (1995) entre Serbie, Croatie et Bosnie, et, sous l’impulsion de Washington, c’est l’OTAN qui interviendra au Kosovo et contre la Serbie en 1999.
Si la brève intervention contre la Serbie mécontente fortement Moscou, qui a d’ailleurs depuis le début ses mercenaires en ex-Yougoslavie (le chef militaire Strelkov dit Guirkine et le nazbol d’opérette Limonov se sont illustrés contre les Bosniaques), des relations institutionnalisées OTAN/Russie sont mises en place en 1997 et, diplomatiquement, la Russie ne s’oppose pas à l’adhésion de la Pologne, de la République tchèque et de la Hongrie à l’OTAN en 1999.
L’extension de l’OTAN se poursuit en 2004 avec l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Slovénie, la Roumanie, la Bulgarie, et quelques petits pays secondaires depuis. A partir de 2007-2008 Poutine présentera cet élargissement comme un « encerclement de la Russie ». En fait, il visait à doubler l’élargissement de l’UE (les mêmes États adhérent à l’UE en 2003, la Roumanie et la Bulgarie seulement en 2007) et donc, du point de vue nord-américain, à encadrer l’expansion économique allemande, qui, dans les mêmes années, va avec des relations étroites avec Gazprom.
Le passage de l’impérialisme russe aux politiques d’agressions extérieures directes se produit en 2008 en Géorgie et c’est la même année que l’OTAN gèle ad vitam aeternam les demandes d’adhésion ukrainienne et géorgienne. Les agressions militaires russes contre l’Ukraine en 2014 puis en 2022 se font en hurlant à « l’OTAN » alors qu’il n’y a strictement aucune contre-mesure venant de l’OTAN, mais seulement un début de réorganisation technique de l’armée ukrainienne, après 2014, par une aide américaine et britannique. La réalité première est celle de l’agressivité militaire russe.
Depuis le 24 février 2022, l’aide militaire à l’Ukraine, calibrée pour qu’elle ne puisse pas gagner, est d’origine essentiellement américaine, et elle est officiellement coordonnée, une fois les décisions prises par chaque État souverain, par le Groupe de contact pour la défense de l’Ukraine, basé à Ramstein, base militaire américaine située en Allemagne non loin de la frontière française, et qui comporte les membres de l’OTAN plus 23 autres pays. La contribution propre de l’UE, dite « Facilité européenne pour la paix », atteint de son côté le montant modeste de 6,5 milliards d’euro, l’essentiel des investissements ukrainiens de l’UE portant sur les réfugiés d’une part, et les exportations de capitaux en Ukraine d’autre part. L’aide militaire propre de l’OTAN à l’Ukraine est en tant que telle très réduite, symbolique (800 millions d’euros pour des armes « non létales »). La doctrine de l’OTAN sur la guerre en Ukraine exclut officiellement tout envoi de troupes et toute protection aérienne directe. Bien sûr, chacun pour son compte, les principaux États membres de l’OTAN ont leurs observateurs et conseillers. Et, d’autre part, la présence de troupes a été renforcée non en Ukraine, mais dans les pays membres de l’OTAN, Roumanie et Lituanie notamment.
La véritable conséquence de la guerre depuis février 2022 pour l’OTAN a été le basculement des opinions publiques des pays scandinaves en faveur de l’adhésion, pour se protéger d’une menace perceptible et directe. Comme l’explique l’Alliance de gauche finlandaise, il n’y avait aucune alternative crédible. Même chose pour l’adhésion suédoise. Cependant, Trump, et non seulement Trump mais la réalité maigre et conditionnée de l’aide de l’OTAN à l’Ukraine depuis le début, posent la question d’une alternative à l’OTAN. Mais attention : pas une alternative pour « la paix » au sens de la gauche nostalgique, pacifiste ou campiste, mais une alternative pour résister à la menace impérialiste russe et la vaincre.
La question militaire en Europe aujourd’hui soulève celle du pouvoir et des rapports sociaux.
C’est ainsi que se pose dans la réalité la question aujourd’hui, et que Trump et Poutine la posent à l’Europe, aux classes en lutte les unes contre les autres en Europe, aux forces politiques diverses en Europe : pour se défendre de la menace impérialiste russe, une alternative à l’OTAN.
Car l’expérience effective des Ukrainiens, tempérée par le caractère indispensable des armes fournies – non par l’OTAN comme on l’a vu, mais surtout par les États-Unis -, est qu’ils ont été soutenus comme le dit un proverbe français : « comme la corde soutient le pendu ». Et que leurs protecteurs s’apprêtent à les laisser tomber et discutent avec Poutine dans leur dos.
L’OTAN était, selon Macron, « en état de mort cérébrale » sous Trump n°1. Elle aurait ressuscité suite au 24 février 2022. Nous avons vu qu’il faut, pour le moins, relativiser cette résurrection. L’adhésion de la Finlande et de la Suède est un évènement important, mais qui peut s’inscrire dans une poussée des pays scandinaves vers leur défense et leur militarisation propres que ceci passe ou non par l’OTAN – et cela vaut aussi pour les pays baltes, membres de l’OTAN depuis 2004 mais ayant légitimement les plus grands doutes sur ce que feraient Trump, les États-Unis et l’OTAN en cas d’ouverture d’une guerre, « hybride » ou non, sur leurs frontières, en mer Baltique et le long du corridor de Suwałki.
Ce bilan de l’OTAN, qui est déjà une expérience vivante dans la conscience des peuples d’Europe centrale, orientale et nordique qui ont nourri des illusions sur elle, se combine au bilan de la « défense européenne » toujours invoquée et jamais réalisée depuis maintenant plus de sept décennies.
Mais il en va de la défense européenne comme de l’union européenne : leur existence réelle est-elle possible dans le cadre des systèmes sociaux et des États existants ?
Sauf que la révolution sociale ne peut pas être présentée comme un préalable aux besoins immédiats d’union et de défense. Ce sont inversement ces besoins qui pourraient devenir des carburants de la transformation sociale !
Assurément, notre vieille « gauche », et plus encore notre très très vieille « extrême-gauche », sont à mille lieux de se poser ces questions, et nul doute qu’elles vont insulter quiconque les leur pose. Elles le font d’ailleurs depuis longtemps, par leur attitude insultante d’ignorance ou d’hostilité envers les peuples d’Europe orientale et centrale.
De manière immédiate, il serait, du point de vue de la défense de l’Ukraine et de l’Europe, nécessaire qu’un maximum d’États européens effacent la dette extérieure ukrainienne et transfèrent à l’Ukraine les avoirs de la Banque centrale russe gelés, s’engagent dans une vraie no fly zone au-dessus de l’Ukraine et libèrent pleinement les fournitures de batteries anti-aériennes, contredisent tout interdit fait à l’Ukraine, notamment par Washington, de frapper les sites militaires d’où partent les bombardements russes, se prononcent pour la restitution à l’Ukraine de tous les territoires occupés et de la Crimée, et le retour des réfugiés, déportés et kidnappés, et pour des frappes immédiates, conventionnelles et non nucléaires, en cas d’emploi par la Russie d’armes de type hypersonique ou chimiques (ce qui est déjà le cas), ou nucléaires.
Une telle orientation de la part de quelques pays clefs européens, indépendamment de l’OTAN, serait un tournant international de tout premier plan. Non pas vers une « Europe puissance » impérialiste, mais vers le retour de l’Europe révolutionnaire et émancipatrice.
L’appel C’est l’heure de l’Europe ! Ne trahissons pas l’Ukraine !, récemment paru dans la presse, recoupe assez largement ces revendications et a le mérite de mettre les pieds dans le plat : « C’est pourquoi, nous appelons à la mobilisation de tous les citoyens européens : si l’OTAN ne prend pas rapidement ses responsabilités pour inviter l’Ukraine à rejoindre l’Alliance atlantique, il faut que se mette en place une coalition des États européens volontaires ─ qu’ils soient ou non membres de l’UE (comme le Royaume-Uni ou la Norvège). »
Cet appel est tout à fait significatif des questions posées aux principales forces politiques se voulant « pro-européennes » par la situation créée par l’axe Trump/Poutine. Ces questions sont celles de la défense européenne et donc de l’union européenne véritable. Mais il leur met aussi sous les yeux leur propre bilan, celui des apologues du traité de Maastricht et du TCE avec leur « concurrence libre et non faussée » gravée dans les textes : votre bilan, c’est Poutine imperator. Et on ne combattra pas Poutine par la concurrence libre et non faussée.
Pour cette raison notamment, cet appel risque de demeurer un vœu pieux dans la mesure où il s’adresse aux États et aux gouvernements actuels de l’Europe réellement existante, sans perspective d’en changer. Or, ces États et ces gouvernements, même s’ils sont et seront confrontés aux mêmes questions et ballottés par elles, représentent des intérêts sociaux fondamentaux pour qui l’unité organique qu’implique une telle défense commune est exclue. Et ils sont tentés par l’alternative : celle que ce texte appelle le « lâche soulagement », en réalité l’alignement sur la multipolarité impérialiste d’une Europe décadente en proie à la réaction.
Particulièrement éloquent est le cas français, où Macron a pu tenter de passer pour un relanceur de l’Europe et d’une défense commune, qu’il entend en fait, avec le ministre Lecornu, centrer sur la dissuasion nucléaire française, et en préservant la possibilité d’un retour à l’alliance franco-russe. La crise de régime dans laquelle il s’est embourbé et ses tentations autoritaires vont, de plus, tout à fait à contresens de quelque politique militaire et continentale progressiste que ce soit.
Dans ce texte, les trois points, les trois revendications formulées pour l’Ukraine (sur les avoirs russes même s’il n’aborde pas le problème de la dette, sur les armes, et sur les principes d’un cessez-le-feu), en tant que revendications permettant d’engager la bataille et d’aller plus loin, peuvent être des points d’appui. Gardons-nous, donc, de le dénoncer comme texte pro-impérialiste, pro-OTAN ou pro-UE : il est remarquable, en fait, qu’en dépit de l’identité politique d’une partie de ses signataires, il ne soit, textuellement, rien de tout cela, car il intègre, de facto, la double déception et des peuples d’Europe centrale et orientale, et d’une bonne partie de ses promoteurs, envers l’UE et envers l’OTAN.
Mais il n’empêche que s’inscrivant dans le cadre de l’UE telle qu’elle existe, il ne se donne pas les moyens de ce qu’il présente comme des nécessités. Répétons-le, il n’y aura pas de défense européenne et de mobilisation susceptibles de rencontrer le soutien d’en bas, dans le cadre de la « concurrence libre et non faussée » et des politiques néolibérales européennes. Leur rejet est une condition d’une défense européenne véritable qui soit celle des peuples.
En outre, l’OTAN reste ici, malgré tout, envisagée comme le cadre possible d’une protection de l’Ukraine et d’une défense européenne qu’elle n’a jamais été, et le miracle irréel d’une admission est toujours présenté comme la solution idéale. La demande gouvernementale ukrainienne d’adhésion à l’OTAN est donc soutenue alors qu’elle n’a jamais eu aussi peu de chances de recueillir une réponse favorable et devient une pure pétition de principe.
Ou alors il faut envisager que des démocraties européennes s’emparent, avec l’Ukraine, de l’OTAN et l’arrachent à Trump et aux États-Unis, mais alors c’est tout autre chose, c’est justement la nouvelle coalition ad hoc qui serait nécessaire …
D’autre part, la question des armes de destruction massive et sans retour que sont les armes nucléaires est esquivée, en dehors de la dénonciation de la menace russe permanente de les employer. Il faut rouvrir le débat, que nous avions ouvert, (voir aussi ici) à Aplutsoc, en février-mars 2022, sur ces armes, en nous prononçant contre tout emploi de celles-ci y compris en riposte à une attaque nucléaire, car détruire un autre continent que le notre n’effacera pas notre destruction, et poser que le démantèlement de l’État russo-poutinien, la constitution du peuple russe en nation démocratique, la décolonisation de toute la « Fédération de Russie », supposent sa dénucléarisation, vers la dénucléarisation du monde entier.
Et que – ce qui est d’ailleurs, ironie de l’histoire, la doctrine militaire tacite de Washington et de l’OTAN au moment actuel, bien qu’on puisse douter que Trump la mette en œuvre et craindre que Poutine n’essaie, juste pour voir … – toute amorce du début de l’emploi d’une arme nucléaire russe demanderait une riposte conventionnelle massive détruisant les ressources militaires russes. D’ailleurs, le feu vert à l’Ukraine, qui s’est déjà attachée à détruire des sites nucléaires russe, irait vers cela.
En France, la « dissuasion » et le pouvoir du monarque présidentiel de la V° République sont organiquement liés. Une démocratie réelle qui renonce aux armes nucléaires n’affaiblirait pas l’Europe contre Poutine mais indiquerait la voie mondiale à suivre.
Que des camarades, membres ou non d’Aplutsoc, signent ce texte, est bien naturel et ne saurait en aucun cas relever d’un passage sur le terrain de « l’ennemi de classe ». Mais c’est sur la base d’une position définie indépendamment, dont il y a grand besoin, de tout intérêt capitaliste, que les révolutionnaires sérieux doivent engager le débat avec tous les démocrates sérieux, ce que nous sommes aussi. Aplutsoc en tant que tel a un rôle à jouer dans cette discussion élargie.
La question centrale et finale est : quels gouvernements, quels États, en Europe, pour sauver l’Europe et sauver l’Ukraine ?
Ce texte est suffisamment long pour ouvrir la discussion, mais je pense qu’il nous faut articuler, résolument, trois perspectives :
- Celle de l’assemblée constituante imposée par l’affrontement social contre la V° République, en France.
- Celle de l’union libre des peuples d’Europe (ce qui implique le droit à l’autodétermination des nationalités qui le souhaitent), dépassant l’UE dans toutes les directions.
- Celle d’une défense européenne contre Poutine, sans et malgré Trump, développant une militarisation non militariste, hé oui, c’est-à-dire la formation d’armées reliées aux populations et féminisées, organisées par en bas avec des droits sociaux et syndicaux pour leurs membres – toutes choses qui, malgré la nature néolibérale et oligarchique de l’État ukrainien, sont apparues en Ukraine et ont, seules, permis la non-occupation de tout le pays.
VP, le 31/12/2024.
Ce qui est intéressant à souligner aussi pour le BSW, c’est que sa condition sine qua non pour participer à une coalition avec CDU et SPD en Thuringe, c’était l’inscription dans le contrat de coalition qu’il fallait cesser les livraisons d’armes à l’Ukraine (alors que le Land n’est en rien décisionnaire dans cette affaire). Ça montre bien quelle est la vocation du BSW : être un appui de Poutine avec vernis vaguement social et fleurant bon la RDA.
Le dernier article de John Reiman dans Oakland Socialist et de Romaric Godin dans Mediapart développent bien :
1) d’une part, la question des contradictions internes au trumpisme entre les différentes branches du capital, qui se reproduisent de façon analogue bien que selon des modalités différentes dans le jeu des partis (néo)libéraux, conservateurs et d’extrême-droite en Europe ;
2) d’autre part la contradiction interne de l’extrême-droite entre hypernéolibéralisme (libertarianisme à la Milei et à la Musk) et le programme raciste voire néonazi, car on a quand même besoin de la main d’oeuvre bon marché et sans droits de l’étranger.Y aurait sans doute aussi quelque chose à écrire (sauf si ça a déjà été fait il y a quelques mois sur le site, je n’ai lu intégralement que ce qui a été publié depuis un mois environ) sur la contradiction interne au RN entre néolibéralisme et soutien de façade à l’abrogation de la réforme des retraites (du fait de la pression populaire et de la nécessité d’y céder un peu pour espérer leurrer et se faire élire), contradiction qui prend la forme du rouge-brunisme sauce BSW en Allemagne (puisque l’Afd est économiquement mileisienne-muskienne et ne peut pas occuper le créneau des apparences de revendications sociales) – et je me demande si le prochain président croate n’entre pas aussi dans ce cas de figure.
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« A condition de ne pas faire passer l’opposition à l’Etat capitaliste français de la V° République au second plan par rapport à l’opposition à l’UE, il était justifié, globalement, de militer contre celle-ci, et notamment pour le Non aux référendums de 1992 et de 2005. »Qu’y a-t-il à sauver dans l’UE en dehors des échanges universitaires, peut-être aussi des coopérations scientifiques? soutenues? par l’UE?, des échanges et recombinaisons/inventions/progrès technologiques? Les échanges culturels (au sens de Bernard Lahire dans « Les structures fondamentales des sociétés humaines » – civilisationnels, pour faire simple) sont-ils favorisés par le cadre de l’UE? Y a-t-il des garanties de type Etat de droit données par le cadre de l’UE et avec lesquelles les populations de l’UE peuvent faire levier pour défendre leurs libertés démocratiques voire certains droits sociaux? Quelles régressions de ce point de vue en Grande-Bretagne après le Brexit?
Un bilan contrasté (dialectico-marxiste) plus exhaustif pourrait sans doute être utile (dans un prochain article?) pour voir sur quoi s’appuyer, comment formuler les choses (revendications transitoires pour aboutir aux Etats-unis socialistes d’Europe, bilan critique de « l’eurocommunisme ») dans le cadre du développement de l’APRES et du NFP.
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GA. Macron cela suffit, Macron, membre d’un parti ultra minoritaire à l’assemblée Nationale veut continuer à gouverner, en cohabitation avec le premier ministre, au mépris de la constitution et du résultat législatif, et continue sans état d’âme et sans réactions a la hauteur de toute « cette classe politique » alors que la misère explose en métropole, et à Mayotte et en outremer, à gaspiller dans ses fastes indécents, dans ces caprices au mépris de la législation sur les monuments historiques de gaspiller 4 millions d’euros pour changer des vitraux en bon état et classés monuments historiques ! Comment des partis peuvent il accepter de discuter du budget avec le premier ministre du budget, tant que Macron continue, ses fastes avec nos impôts et ne retire pas ses vitraux à 4 millions d’euros ! Une nécessité pour la démocratie , modifier la législation, pour limiter et encadrer au maximum les pouvoirs du président, le mieux abolir la présidentielle, et redonner le pouvoir à l’assemblée Nationale et supprimer le Senat ,et les structures de justice d’entre-soi, genre CJR, conseil d’état, conseil constitutionnel ou cette classe politique et ses élus s’auto protègent, a l’exemple du sang contaminer, du covid ! L’impunité, jamais de sanctions, les victimes passées aux pertes et profits, les responsables promus aux plus hautes fonctions de l’état, pour créer de véritables structures juridiques indépendantes de « la classe politique », rendant la justice et respectant la devise de notre république « liberté, égalité, fraternité » !
Gouvernement, Premier ministre et Président, Comportements colonialistes insupportables de suffisances et d’arrogances, de mépris, comme « avec l’Algérie Française » ! Mais inévitablement, cela se finira, dans combien de temps ? Comme en Algérie, avec l’amplification de cette orientation colonialiste méprisante, arrogante : la valise ou …… ! » ! Comportement colonialiste méprisant « prêts aux habitants » pas aux natifs légitimes de Mayotte, que les « colonialistes français « traitent de migrants », alors que ce sont eux « les migrants français » qui ont envahis Mayotte et pas respectés le vote démocratique des Comores de son indépendance, approuvée par l’ONU !
Gouvernement, Premier ministre et Président Comportements colonialiste, racistes, méprisant à l’égard des comoriens habitant autochtones légitimes de Mayotte qui vivent dans bidonvilles, passés aux pertes et profits, bons pour les expulsions massives , face à « un état Français » incapable d’installer, des bâtiments, en dur viabilisés, pour reloger tous ceux qui ont survécu des bidonvilles , et de permette une cohabitation. Mépris, arrogance coloniale, qui ouvrent inévitablement le chemin d’un soulèvement, contre ceux qui par leurs mépris, leurs arrogances colonialistes deviennent clairement des occupants colonialistes contre le vote d’indépendance démocratiques des Comores ! !
Annoncer « 39 morts, et pas des milliers » à Mayotte, avec des bidonvilles rasés par le cyclone et laissés sans secours, sans ravitaillement en eau en vivre, sous une température de plus de 30 degré….. ! Quelle forfaiture ! comme un parfum de génocides !»
Annoncer« 39 morts, et pas des milliers » à Mayotte , quel mépris colonialiste des morts, de Macron, son gouvernement, et de toute la classe politique « tous ensemble , qui « osent, traiter de migrants », les comoriens, habitants légitime de Mayotte, ne l’oublions pas face à la désinformation cofinalistes, au mépris des décisions de l’ONU sur les Comores, condamnant la politique coloniale de la France concernant Mayotte, archipel, ile des Comores, ne l’oublions pas !.
Annoncer « 39 morts, et pas des milliers » à Mayotte , tous complice du « colonialisme français et de ses exactions » contre le droits des peuples, du peuple Comorien a disposer de son indépendance, avec « Les derniers lambeaux à Mayotte de cette centre Afrique » qui comme en Algérie « Hurle Mayotte Française » et ces opérations d’occupations colonialistes par la France, comme du temps « de l’Algérie Françaises et son OAS », avec les mêmes fascistes notamment d’action française, concurrencés par le FN, les mêmes arrogances colonialistes avec les mémés pratiques, et les mêmement barbouzeries, contre le peuple comorien et son indépendance reconnue par l’ONU !! ! ! Reigne colonial français à Mayotte , avec ces bidonvilles pour les autochtones Comoriens et l’opulence pour les occupants coloniaux de Mayotte !
Ouvre les yeux….toute cette classe politique usurpe la devise de notre France, « Liberté, égalité, fraternité », et la mémoire de tous ceux qui sont tombées les armes a la mains ou ne sont pas revenus des camps de concentrations, dans leurs luttes les armes a la main contre l’occupant nazis, alors que des renégats proposaient de fraterniser « avec les bons ouvriers allemands occupant notre pays » et combatttaient contre la lutte armées contre les occupants, contre les maquis ou s’engageaient volontairement dans le STO, ou désertaient se réfugier à Moscou ! La encore, ni pardon, ni oubli, Remember !
Quand on voit les moyens déployées par l’Ukraine pour faire face à l’agression des envahisseurs fascistes nazis ruSSes !
Quelles différences AVEC MACRON, son gouvernement, le parlement, le sénat, les organisations politiques, syndicales, maçonniques, associatives, écologiques, des droits de l’homme.. Et leurs incapacités face au cyclone à Mayotte .
Macron, son gouvernement, notre armée incapables, « en temps de paix » de parachuter directement sur place un hôpital de campagne opérationnel à Mayotte, le jour même de la catastrophe !
TERRIFIANT, combien de vie perdues a causses de ces faillites, de ces incapables ! ! ! !
A par un cirque médiatique de Macron, la France, les parlementaires toutes classes confondues, ont été incapables de faire face réellement a la catastrophe à Mayotte !. Et cela en temps de paix ! Terrifiant, qu’est-ce que ça serait, en cas d’attaque de la France par la Russie, qui nous a menacé des pires représailles, y compris de frappes nucléaires !
Mais quand est ce qu’on la vire « toute cette classe politique, syndicale, associative, affairiste, au pouvoir et au parlement, au Senat, et au gouvernement « !
Quelle décadence de toute cette classe politique syndicale, au pouvoir et au parlement, seulement capable de cinéma médiatique mais incapable de faire face réellement a une catastrophe ou à la casse des services publics, et de nos retraites , ni de faire respecter la mémoire d’un syndicaliste venant de se suicider et à la déclaration scandaleuse et indécentes souillant sa mémoire, du ministre des transports sans être capable d’imposer la démission immédiate de celui-ci ! Ni Pardon, Ni Oubli, VIRONS-LES !. Le Fils de Lulu
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Comme d’habitude, merci VP de pousser à la réflexion.
Quelques points rapides :
Mille merci d’écrire : « L’abaissement de l’Europe n’a rien à voir avec la justice pour les colonisés. »
Peut-on décliner en « L’abaissement de la France » ou « L’abaissement de l’Otan » ou « l’abaissement des USA » ? Dans chaque cas, cela mérite qu’on y réfléchisse.
Et puis vous dites « détruire un continent », mais c’est renvoyer l’emploi de l’arme nucléaire à un imaginaire folklororique bien loin de votre intelligence. C’est pas parce qu’on a assez de pétards pour faire sauter plusieurs fois la planète qu’une frappe nucléaire signifie anéantir un continent et toute forme de vie dessus. Si Strasbourg est rasée par une frappe, Metz n’a rien. Et vous expliquerez à Bruxelles qu’on ne doit surtout pas tapper Kaliningrad… quand nos satellites indique que Poutine va continuer.
La comparaison OTAN-Versailles est très efficace. Travailler l’histoire c’est aussi oser se dire « et si ? ». Et si l’Otan avait stoppé Poutine (et Bachar El Assad) il y a 10 ans ? Et si l’Otan n’avait pas été si cool avec l’ex-URSS en 1991 et en avait au contraire profité pour couler définitivement la potentialité criminelle de l’impérialisme Russe (qui date d’avant l’URSS) ? Evidemment cela aurait été moins rentable pour le capitalisme financier globalisé, mais pour l’émancipation ?
A Versailles : et si, après cette affreuse guerre, les alliés avaient osé couler définitivement l’impérialisme germanico-prusse, en interdisant tout réarmement ? Certes les lobbies de l’acier et des armes y auraient perdu, mais pas la SDN. Cela nous aurait évité un second bain de sang, celui qui permit enfin de broyer définitivement le bec de l’aigle, et en définitive de tout aigle, ce que les Américains devront admettre à terme. (Ultime renonciation qui ne sera possible, sous la pression populaire, que quand il n’y aura plus d’aiglons.).
Et si les militaires US (qui n’ont pas le même ethos que les financiers) avaient été entendus en 1950 et que Phnom-Penh avait été rasée par une bombe nucléaire, quand Staline n’était pas encore en état de sourciller et Mao encore moins ? La guerre aurait été gagnée immédiatement et nous aurions économiser bien des carnages, bien des famines.
Voilà un effort de pensée géopolitique dont il faut avoir le courage, et que la niaise célébration collective autour du film Oppenheimer n’aide en rien. A aucun moment on permet de penser qu’il fallait trouver une solution pour stoper l’impérialisme japonais (dont le drapeau toujours identique fait encore trembler les Coréennes, comme les baleines) et montrer les dents à Staline.
Les capitalistes cherchent l’homéostasie pour rentabiliser leurs capitaux. De notre côté, nous devons réfléchir au fait que nous avons peut-être moins à perdre dans certaines guerres. Le plus tôt l’impérialisme US aurait neutralisé toute concurrence, le plus tôt nous aurions pu tous lutter au sein de cet empire contre cet empire. Au lieu de cela, nous assistons à d’archaïques et vaines luttes inter-impériales. Le bilan, est toujours le même : à la fin c’est l’Amérique qui gagne, au prix d’un ravage de la vie (humaine et non-humaine), une accumulation accrue du capital chez Black-Rock and Tech. L’émancipation c’est donc peut-être demander un armement le plus rapide de l’occident et une neutralisation de ses concurrents le plus tot possible. Car nous sommes lucides, les concurrents des US n’arrêteront pas d’eux-mêmes leur folie. Nous sommes démunis face à eux, nous n’aurons jamais aucun moyen de résistance suffisant. Et dernier constat, ces concurrents seraient des maîtres encore plus affreux. Donc le plutôt notre maître écrase ces autres esclavagistes, le plus tôt nous serons en sécurité relative et pourrons nous unir pour faire reculer la dictature techno-écologiste américaine.
Position féministe : que le plus fort neutralise au plus vite les autres coqs pour qu’on puisse enfin avoir assez de calme pour reconstituer nos forces et neutraliser le dernier coq, par une autre stratégie que l’affrontement, ce dernier étant impossible à gagner. Il sera neutralisé de l’intérieur, par un renoncement à la violence, renoncement que la concurrence inter-impériale empêche. (C’est sans doute pour maintenir la guerre que les vainqueurs n’ont pas daigné gagner vraiment en 1950, hélas pour les damnés.)
A l’inverse, le campisme s’enthousiasme toujours des vaines résistances au seul patron sur terre, « résistances » gesticulatoires toujours toxiques et mortifères dont les victimes sont les enfants et tout le vivant.
Voilà pour que le cadrage géostratégique général.
Et si Poutine refuse le deal de Trump ? En demande trop ? Si le rat Poutine finit par énerver le chat qui daignait lui abandonner quelques souris ?
Vous sous-estimez peut-être à quel point les élites US ont été blessées par les actes de déstabilisation de Poutine. Vous oubliez l’ancienneté de la haine anti-russe des US. Vous sous-estimez l’impact de l’accueil que Poutine a fait au Hamas et surtout, surtout, l’impact des sourires et poignées de mains avec Xi Jinping. On ne peut pas être à la fois totalement anti-chinois et pro-russe. Il y a là une contradiction que vous relayez trop loin, certes pour la bonne cause (inviter comme il se doit l’Europe à l’autodéfense).
Si Trump, pressé par une partie des élites US, finit par se vexer contre Poutine, qui tout de même abuse un peu, alors que c’est un vulgaire et sale Russe (qui en plus fait chanter bien du monde, ce qui peut finir par agacer), cela peut vite tourner autrement.
Vous entérinez à tort la victoire des climatosceptiques. C’est peut-être le cas en surface, mais Musk court vers l’asile et Tesla la faillite. Ne croyez pas qu’à Davos ils soient aussi débile que Musk ou Trump ! Larry Fink veut lutter contre le réchauffement (car il sait très bien que ça menace le business et l’humanité). Viendra un moment où il sifflera la fin de la recréé : les réseaux sociaux seront purgés et une union sacrée (high tech) se lèvera contre la Chine, le réchauffement, les maladies (et les terroristes). Et elle gagnera. Ce sera un carnage (relatif, car comparé à ce qu’ont fait les humains avant, ça ira, climat mis à part qui va tout durcir et re-barbariser temporairement).
Ne peut-on pas imaginer que pour vaincre l’impérialisme chinois, l’impérialisme US considère que faire reculer l’impérialisme Russe soit une étape bienvenue, surtout si Poutine continue à s’armer auprès de l’Iran, ce qui quand n’est pas très Chrétien (Evangélique et sioniste). Pour le dire autrement, mettre une gifle à Poutine pour prévenir Xi de ce qui l’attend en cas d’invasion de Taïwan. L’impact symbolique serait puissant, auquel s’ajoute l’impact matériel (fin du gaz et pétrole pas cher pour la Chine). L’impérialisme Russe est noué à l’impérialisme Chinois donc faire reculer Poutine c’est bien une façon de combattre sur l’axe principal qu’est l’Asie, ce que confirme d’ailleurs la présence de troupes nord-coréennes. Là aussi, bombarder les Nords-coréens venus en Europe serait un message clair de la part des USA.
Donc, dans l’ordre, le renversement de l’axe du mal, cela pourrait être : faire tomber le régime iranien, puis le régime russe, puis le régime chinois.
Ensuite, ne resteront plus que des opérations de police, ce dont Gaza est actuellement l’annonciation mondiale, sur le mode « Si vous déconnez trop, on vous fait ça. » Plus de concurrence impériale, juste des terroristes qui se cachent dans des populations martyrisées en représailles, des Favelas de Rio aux banlieues françaises, mêmes armes téléguidées ultra-soniques qui feront fondre sur place les (trop) rebelles. Elles seront bientôt testées sur les Palestiniens, avant que la Cis-Jordanie et presque toute la zone désertifiée ne soit abandonnée au soleil et aux tarés des deux religions qui s’entretueront gaiment, comme on s’entretue déjà à Haïti et bientôt à Mayotte. (La dynamique de retrait et d’abandon doit être bien identifiée derrière la geste colonialiste.)
Les perses seront les nouveaux alliés, avec les kurdes, pour neutraliser l’impérialisme transnational qu’est l’islam. Puis il faudra réguler la folie hindouiste. Le tout avec le compte-à-rebours climatique sur la tête qui accentue l’animosité, mais aussi, et c’est précieux, l’urgence à coopérer.
Bref, Poutine est bien plus mal barré que vous ne le suggérez dans ce texte, et pas seulement parce que les peuples d’Europe se réveilleraient, arrêteraient Tik-Tok et renverseraient leurs régimes pour inventer une nouvelle solidarité et une nouveau type d’armée défensive.
R.
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Bonsoir,
Tout d’abord, je remercie Vincent Présumey pour ce long article qui, bien que je ne sois pas forcément d’accord avec tout ce qui y est exposé, propose des éléments intéressants de discussion et offre une perspective cohérente qui mérite d’être prise en considération.
Il m’arrive bien souvent de consulter Aplutsoc sans commenter, car je ne m’estime pas toujours légitime pour cela.
Je dois dire que si, aujourd’hui, j’interviens, c’est car je suis profondément choqué par ce commentaire auquel j’apporte une réponse.
Comme il faut aller à l’essentiel, je vais citer directement le passage qui me paraît le plus particulièrement répugnant. A un moment, le dénommé « R. » écrit : « Et si […] Phnom-Penh avait été rasée par une bombe nucléaire […] ? La guerre aurait été gagnée immédiatement et nous aurions économis[é] bien des carnages, bien des famines. » Ce passage me paraît glaçant de clarté : le commentateur nous indique ici qu’il aurait souhaité purement et simplement que le Cambodge soit rayé de la carte par la puissance nucléaire américaine. L’honnêteté m’oblige à reconnaître qu’il voulait plutôt parler de Pyongyang en Corée, mais qu’une certaine culture géographique lui a fait défaut (à moins qu’il ne s’imagine que tant que les gens ont la peau jaune et les yeux bridés, c’est du pareil au même…).
Pour ledit R., le sang des Cambodgiens (ou des Coréens, enfin vous avez bien compris) – et par extension celui des Russes, des Iraniens, des Palestiniens, des Chinois, etc… n’a ni la même couleur ni la même valeur que celui des Américains, des Ukrainiens ou des Israéliens. J’en déduis donc que, d’après lui, on est parfaitement légitime à assurer le triomphe des seconds en atomisant les premiers.
Plus loin, R. ricane du « campisme [qui] s’enthousiasme toujours des vaines résistances au seul patron sur terre [les Etats-Unis] ». Mais le campisme désigne l’attitude qu’ont adopté certains groupes issus de la « gauche » du XXème siècle de percevoir le monde comme un espace d’affrontement entre camps géopolitiques, la plupart du temps pour défendre toute une tripotée de régimes réactionnaires sous prétexte d’opposition à l’impérialisme américain. Mais la plupart du temps seulement… Car comment ne pas voir que R. se livre, lui aussi, au campisme le plus débridé, sauf qu’au lieu de faire comme les poststaliniens en jouant au petit soldat de Poutine, de Xi, de Maduro et alii, il se fait le thuriféraire fanatique des Etats-Unis.
Ce que propose ici R. c’est de renoncer à toute lutte autonome pour ne pas nuire à la puissance des Etats-Unis dont le super-impérialisme et la force nucléaire se retrouvent promus seuls facteurs de paix dans le monde. Aveuglé par sa haine d’on ne sait trop quoi, il ne comprend pas que le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage, pour paraphraser un célèbre représentant de notre camp (celui des travailleurs bien sûr, pas celui des Russes ou des Américains), que tant qu’il y aura des nations dirigées par la classe des propriétaires des moyens de production, il y aura concurrence inter-impérialiste, que tout super-impérialisme ne peut que provoquer tendanciellement l’apparition de résistances parmi les impérialismes vaincus et les peuples dominés.
On comprend d’ailleurs vite que R. est parfaitement conscient de cet état de fait puisqu’il glorifie les « opérations de police » génocidaires dont Gaza est l’emblème. Je passe sur le coup de chapeau aux « armes téléguidées ultra-soniques qui feront fondre sur place les (trop) rebelles », les relents conspirationnistes au sujet d’une « dictature techno-écologiste américaine », sur les nombreuses saillies génocidaires qui mêlent appel aux bombardements permanents et au carnage de tel ou tel groupe érigé en ennemi démoniaque…
C’est pourtant le même R. qui nous dit : « Or, on nous oppose trop souvent l’éternel procès en anachronisme, c’est à dire la fameuse excuse du contexte, alors que la barbarie et le crime sont précisément intemporels et a-contextuels. Par exemple, les Aztèques commettaient des actes barbares et criminels tout comme Trotsky, et aucun contexte n’excusera jamais rien à ces réalités que tout humaniste se doit de penser au présent. » Que n’applique-t-il le même raisonnement tout le temps ? C’est pourtant lui qui, quelques lignes plus loin, défend la pulvérisation de la capitale cambodgienne avec « la fameuse excuse du contexte ». La barbarie est intemporelle…sauf pour massacrer quelques centaines de milliers d’Asiatiques (au nom de la paix, bien sûr). Que R. le dise, à moins qu’il soit trop bête pour en prendre conscience (mais je suis partisan de croire en l’intelligence de mes interlocuteurs), ce qu’il hait profondément chez Trotsky, ce n’est pas sa barbarie, c’est son projet politique ! Il supporte même très bien la barbarie massacrante quand elle vient du bon côté du manche…
On pourrait résumer tout ça assez simplement : « Vivent les Américains ! Crèvent tous les autres (sauf les Européens et les Israéliens à condition qu’ils se tiennent sages) ! Trump un bon gars finalement ! Ecrasons sans pitié tous les peuples qui n’ont pas le bon goût d’être d’accord avec nous ! ». Misère du campisme…
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En passant à travers tous ses délires, « R » le planqué semble être à l »aise sur ce site pour en profiter de dénoncer Trotsky qui, après l’organisation de la prise du pouvoir pratiquement sans violence en Octobre 1917 et la constitution d’un Gouvernement ouvrier tripartite ( Bolcheviks, Mencheviks internationalistes, Socialistes révolutionnaires de gauche) s’empressant de satisfaire les principales revendications du peuple, dut faire face à 14 armées étrangères financées par l’impérialisme tentant de renverser la Révolution russe ( il devra attendre 1991) !
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Personnellement, je suis à l’aise avec le cadre d’Aplutsoc parce qu’y règne une véritable libre discussion, contrairement aux grandes messes du POID et de la TCI où toutes les interventions convergent pour saluer la justesse toujours renouvellée de la ligne de l’exécutif – parfois avec de petites nuances, qu’on s’empresse néanmoins vite d’effacer. J’essaie de militer dans l’esprit d’un communisme démocratique, là où la TCI fonctionne de manière totalitaire en rapportant à l’exécutif, par le biais des responsables de cellule, le moindre propos déviant pour recadrage ou expulsion du militant gênant s’il va trop loin dans la critique de la ligne de la direction ou pire, s’il touche au Saint des Saints en interrogeant (sans forcément la remettre en cause, mais à la TCI, comme dit, on ne s’embarrasse pas de nuances) la base matérielle des éternels permanents.
Sur Trotsky, auquel la TCI ne rend pas justice en en faisant un Dieu et une bible, un bréviaire à réciter avec ferveur et de manière acritique surtout, et dont les écrits sont interprétés et parfois tordus selon les besoins de l’exécutif : c’est une mine d’or d’analyses et d’expériences, mais aussi d’expériences malheureuses qu’il faut pouvoir identifier comme telles (ce qu’à la TCI, on appelle « révisionnisme » : surtout, ne pas détourner le regard de la statue d’un Trotsky tout en contorsions façonnée par Abel) : par exemple, une erreur majeure (et fatale) de Lénine et Trotsky la liquidation de l’opposition ouvrière, qui avait pourtant bien pris la mesure de la bureaucratisation du parti bolchévique avant que Trotsky ne fonde son opposition de gauche.
Mais la Foi des militants des sectes pseudo-trotskistes a manifestement encore de beaux jours devant elle. Enfin, à relativiser, car les effectifs des TK ont connu une chute spectaculaire depuis l’exclusion de Just, et stagnent à hauteur d’environ mille militants depuis au moins sept ans – si on ne prend en compte que les effectifs de la TCI, ce que je veux bien faire, car le CCI n’est plus que la garde prétorienne d’un bonapartiste campiste de la pire espèce.
Cet aveuglement n’enlève rien à la valeur et au dévouement de nombre de syndicalistes encartés à la TCI, qui a le mérite de défendre (paradoxalement) la démocratie dans les AG syndicales et dans les établissements publics et les entreprises, et d’aiser assez souvent à la construction de l’unité par en bas, – mais seulement dans le cadre de l’allégeance inconditionnelle aux syndicats, ont les directions bureaucrates ne sont critiquées que dans certaines limites, et jamais remises en cause, au prétexte de la préservation de l’outil syndical qui serait menacé si on remettait trop ouvertement en cause sa bureaucratie – la véritable raison étant que parmi les permanents de FO, en particulier, on compte des membres de la direction de la TCI.
Par ailleurs, un phénomène complexe comme celui des gilets jaunes n’a pas été analysé sérieusement par la TCI et a été déclaré d’emblée ennemi dans son entièreté, là où des jonctions, convergences et intégrations au syndicat, alliances contre la bureaucratie syndicale auraient été non seulement possibles, mais aussi souhaitables et peut-être salutaires (pour les syndicats eux-mêmes).
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Enfin, un large accord avec Goupil contre l’anonyme « R », j’ajoute simplement que nombre de critiques formulées s’appliquent parfaitement à Vincent Présumey même si ce dernier peut pourtant penser le contraire…. rien à faire contre la réalité !
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Veuillez m’excuser de défendre ainsi Vincent Présumey mais je ne vois pas en quoi « nombre de critiques formulées s’applique[raient] parfaitement à [lui] ». Tout du moins, ce n’était pas du tout le cas dans mon esprit à la rédaction…
Déjà, sur l’argumentation générale. Vincent Présumey n’a, à ma connaissance, jamais appelé à un humanisme désincarné et délié des enjeux de classe. Je n’ai ni le loisir ni l’envie de me replonger dans ses écrits (je pense en particulier à cette longue série d’articles qui datent, je crois, de l’époque de Liaisons dans laquelle il développait l’histoire du XXème siècle) mais je suis quasiment certain qu’il tire un bilan plutôt « positif » de l’action de Trotsky et plus largement de la Révolution russe. De plus, il me semble qu’il juge toujours de la « moralité » d’un fait historique en fonction de ses conséquences et non en fonction de grands principes anhistoriques et décontextualisés (à l’inverse de R., du moins de ce qu’il prétend faire).
Une incise en passant : c’est un peu gros d’accuser R. d’être anonyme alors qu’un simple clic sur son pseudonyme renvoie vers une page indiquant son identité réelle avec une biographie…la polémique ne doit pas être incompatible avec l’honnêteté.
Ensuite, je vous trouve un peu injuste d’assimiler le campisme bête et méchant (malgré les trésors d’arguties rhétoriques qu’il déploie) de R. avec le positionnement plus subtil de Vincent Présumey. L’orientation de l’auteur mérite certainement une critique précise et détaillée (d’autant que, je l’ai écrit, je ne suis pas forcément d’accord sur tout avec lui), et c’est parce que cette position mérite d’être critiquée qu’il est nuisible de prétendre lui régler son compte en une petite phrase évasive comme vous le faites.
Vincent Présumey entend développer une orientation réellement anticampiste, indépendante autant du pseudo-camp occidental que du pseudo-camp sino-russe. Il est loin de se faire le porte-drapeau acritique des Etats-Unis comme le fait R., et contrairement à ce que vous semblez affirmer. Son point de vue critique sur un certain nombre de mythes présents aujourd’hui à gauche et à l’extrême-gauche me semble utile (bien qu’il puisse parfois être un peu « exagéré ») pour éviter de sombrer dans un « anti-impérialisme » schématique et purement réactif (sans que cela l’empêche pour autant de participer lui-même à la construction d’autres mythes…) – il fut du moins pour moi un contrepoint intéressant et bénéfique pour analyser les évènements internationaux. De plus, il faut rappeler que l’axe central des déblatérations de R. était de contester (et, au-delà, de condamner) la juste opposition de Vincent Présumey à l’éventuel usage d’armes nucléaires, en l’accusant (dans une rhétorique typique des atlantistes les plus fanatiques) d’être l’idiot utile de la Russie. Fantasmer une quelconque équivalence entre R. et Présumey revient à passer outre ce point pourtant essentiel en mettant sur le même plan un propos ouvertement aligné sur les classes dominantes américaines (celui de R.) et un propos qui cherche à défendre (peut-être maladroitement mais sincèrement) l’autonomie du camp révolutionnaire contre toutes les bourgeoisies (celui de Présumey).
A titre personnel, j’en profite donc pour remercier encore Aplutsoc de fournir des matériaux qui permettent la réflexion.
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En référence à ce passage du message de Goupil :
« Je n’ai ni le loisir ni l’envie de me replonger dans ses écrits (je pense en particulier à cette longue série d’articles qui datent, je crois, de l’époque de Liaisons dans laquelle il développait l’histoire du XXème siècle) … »
Ce texte est disponible dans la rubrique Documents du site
Stratégie révolutionnaire : retour sur le XX° siècle et esquisse pour le XXI°
Accès :
https://aplutsoc.org/documents-archives/documents/strategie-revolutionnaire-retour-sur-le-xx-siecle-et-esquisse-pour-le-xxi/
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Salut camarade, tu pardonneras à mon (relativement) jeune âge de mettre les pieds dans le plat un peu lourdement, mais tu n’aurais pas envie (et j’espère, la possibilité) de participer à une prochaine réunion publique d’Aplutsoc?
Merci pour le commentaire circonstancié sur la prose hallucinée de Rehan (que je nuancerais un peu en disant que ce qu’il mentionne à propos de l’intérêt de l’impérialisme US à faire tomber le régime russe n’est pas débile a priori et me semble appeler une réponse de notre part), j’ai moi aussi été heurté par les passages que tu as cités et n’aurais pas formulé aussi bien la réponse que je m’apprêtais à faire avant de lire ton commentaire, qui me fait économiser de l’encre virtuelle.
À bientôt?
Rémy
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Bonjour,
Pour l’invitation, je ne sais pas. J’avoue que cela pique un peu ma curiosité…Pourquoi pas ? Quand et où aura lieu la prochaine ?
Je veux bien essayer de discuter « l’intérêt de l’impérialisme U.S. à faire tomber l’impérialisme russe », mais je ne garantis pas avoir les connaissances et compétences pour le faire.
Je trouve déjà que Rehan fait démarrer son analyse sur des bases extrêmement fragiles : « les élites U.S. [auraient] été blessées par les actes de déstabilisation de Poutine » et il y aurait une « haine anti-russe des U.S. » ou un « impact des sourires et poignées de mains avec Xi Jinping » (c’est moi qui souligne). Or, la psychologisation des individus étant déjà problématique en tant que clef d’interprétation et ne devant être maniée qu’avec précaution, elle est absurde quand le sujet concerné est une institution ou un groupe social (ici, les « élites U.S. », et on passera sur le flou du terme « élites »). Les milieux dirigeants nord-américains (qu’il s’agisse de l’appareil politique, économique, culturel, militaire…) ne souffrent ni de haine ni de blessure narcissique, car seuls des individus peuvent en souffrir : les groupes sociaux réagissent, eux, en fonction de leurs intérêts (principalement matériels) ou du moins de ce que la majorité de leurs membres ou des institutions qui les représentent analysent comme tel. Je dirais même que l’expression « haine anti-russe » reprend la logorrhée campiste post-stalinienne en en inversant les valeurs, et aboutit à une réduction trop schématique des enjeux réels. Enfin, Khadafi a eu droit lui aussi aux sourires et poignées de mains de Sarkozy…avant de se faire bombarder par lui : il y a tout lieu de penser que Trump, Poutine et Xi savent très bien ce que valent les sourires et les poignées de mains entre chefs d’Etat.
Contrairement à ce que dit Rehan, on peut « être à la fois totalement anti-chinois et pro-russe ». Trump et ses séides en sont la preuve. Rehan adopte lui une méthode de discussion assez étrange et bien peu utile : j’affirme d’abord un principe théorique in abstracto (« on ne peut être à la fois […] anti-chinois et pro-russe ») et j’en déduis la fausseté des positions réelles d’un acteur (ici Trump), alors qu’une conception rationnelle de la théorisation politique devrait conduire à élaborer la théorie à partir des cas concrets analysés. Car en fait, Rehan exprime ici surtout et avant tout son américanolâtrie : les U.S.A. sont le bien, or Trump est président des U.S.A. donc Trump est le bien, donc ses positions sont forcément en accord avec les miennes…C.Q.F.D.
Pour développer, les « élites » américaines sont apparemment unies sur le plan géopolitique par la grande bascule vers le Pacifique et l’hostilité à la Chine qui devient leur principal concurrent économique et politico-militaire. L’enjeu pour elles devient de savoir ce qu’il faut faire de la Russie. A vue de nez, elles semblent se séparer entre celles (les démocrates) qui analysent que la Russie est irrémédiablement inféodée à la Chine et forme avec elle un bloc qu’il n’est plus possible de scinder, et celles (les républicains) qui estiment possible de dissoudre l’alliance sino-russe en faisant des mamours à Poutine (à défaut bien entendu de trouver un Poutine de rechange qui serait plus ouvert aux intérêts américains). Bien sûr, chaque bloc est plus nuancé : on le voit bien avec l’administration Trump qui mélange des poutinolâtres et des néo-conservateurs bien classiques. Car tant que la situation n’est pas encore complètement décantée, les intérêts du capital américain commandent de garder toutes les portes ouvertes… Rehan écrit : « Ne peut-on pas imaginer que pour vaincre l’impérialisme chinois, l’impérialisme US considère que faire reculer l’impérialisme Russe soit une étape bienvenue » et, de ce point de vue, oui, il a raison, on peut tout à fait l’imaginer. Ce que je lui reproche c’est de, par contre, ne pas du tout imaginer que, pour vaincre l’impérialisme chinois, l’impérialisme U.S. considère que faire alliance avec l’impérialisme russe (quitte à mettre Poutine au rancart) soit une étape bienvenue. Pourtant, la réalité est que, en l’état, les deux lignes sont possibles pour le même objectif (couper l’accès chinois aux hydrocarbures et aux minerais pas chers).
Il existe un monde où l’entente entre les classes dominantes américaines et russes se fera sur le dos des Européens, de l’Ukraine (et peut-être même un peu de la Chine).
« Et si Poutine refuse le deal de Trump ? En demande trop ? Si le rat Poutine finit par énerver le chat qui daignait lui abandonner quelques souris ? »
Eh bien, tout cela dépend de la conjonction des intérêts américains et russes à un moment donné. Avant de se demander « Et si Poutine refusait ? », il faut se demander « Pourquoi Poutine refuserait-il ? »…et cela dépend de ce que Trump a à lui proposer, de ce que Xi a à lui proposer et de ce qu’il a à perdre.
Surtout, Vincent Présumey souligne bien que les Américains n’ont pas intérêt à éliminer Poutine qui est un bon garant de l’ordre. D’ailleurs, l’objectif initial des Américains à laisser pourrir la situation russo-ukrainienne n’était-il pas d’affaiblir Poutine sans l’éliminer ? Dans le fond, les Etats-Unis ont toujours soutenu homéopathiquement l’Ukraine juste assez pour que le conflit s’approfondisse, pour que la Russie soit forcée d’engouffrer des forces de plus en plus importantes, des sommes de plus en plus importantes, pour que la Russie s’épuise dans un confit sans fin, mais jamais assez pour que l’Ukraine puisse remporter de victoires décisives. Maintenant que la situation est « mure », que Poutine craint pour son propre pouvoir s’il est conduit à engager plus à fond son pays dans la guerre, le « négociateur » Trump devient utile aux classes dominantes américaines pour tenter l’accord avec une Russie affaiblie sur le dos des Ukrainiens.
Après, on a vu, au cours de cette guerre, qu’il y a, en Russie, des petits Poutines de substitution, des barons de cliques mercenaires, des quarterons de généraux en retraite ou autres : certains expriment la volonté d’une partie des classes dominantes russes à aller plus loin dans la guerre, quitte à se soumettre à la Chine, d’autres seraient peut-être plus proches des intérêts américains (par peur d’une trop grande domination chinoise). Qu’adviendrait-il de Poutine s’il signait une paix avec l’Ukraine ? Et, s’il refusait, les Etats-Unis n’auraient-ils pas suffisamment de soutien y compris dans les classes dominantes russes pour se trouver un Bonaparte de rechange ? Mais les intérêts propres du bonapartisme poutinien ne le poussent-ils pas à se satisfaire d’une belle porte de sortie offerte par Trump ?
Parce que, fondamentalement, les élites militaro-politiques américaines savent que, contrairement à ce que pense Rehan, un renversement de Poutine ne ferait pas leur affaire. L’effondrement de l’impérialisme russe n’est pas dans leur intérêt – ce dernier est plutôt de subordonner l’impérialisme russe à l’impérialisme américain. Ils ont tiré le bilan de l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan et s’imaginent bien de ce que provoquerait un effondrement du régime russe.
Je ne sais pas si je suis très clair…
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Salut Goupil,
Pas encore de réunion publique à l’horizon pour le moment – peut-être au Maltais rouge au printemps. Mais une visio « interventions syndicales » mercredi (22 janvier) si ça t’intéresse (je crois que l’invitation a été publiée sur le site).
A plus,
Rémy
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Trump a au moins besoin de la neutralité russe pour pouvoir agresser plus librement l’économie chinoise capable de tailler des croupières aux USA notamment en proposant nombre de produits trois fois moins chers que ceux des pays occidentaux grâce à sa propriété d’Etat encore largement majoritaire, sa planification impérative et son yuan inconvertible !
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Coquema reconnaît par son propos qu’il règne une féroce concurrence, somme toute classique sous le soleil du capitalisme international, entre deux puissances économiques, la Chine et les USA. Cette rivalité économique rejaillit sur la lutte pour le partage des parts de marché au niveau mondial mais aussi sur les aspects inévitablement politiques, militaires, diplomatiques. En règle générale, les marxistes ont toujours classé cela dans la catégorie de la rivalité inter-impérialiste.
Sauf que Coquema indexe la formidable capacité (concurrentielle ) chinoise à casser les prix des marchandises au compte d’une supposée supériorité sociale de la propriété d’État chinoise.
N’aurait-il donc jamais entendu parler des restrictions des droits des salariés chinois ?
N’aurait-il donc pas été informé que l’État chinois couple sa puissance économique avec un régime politique totalitaire dans lequel les droits individuels et collectifs des salariés (droit de grève, droit de s’organiser avec le syndicat de son choix, droit d’assemblée, droit à la parole et à l’expression libre, liberté de manifester …) sont bafoués. Le voila, le secret du dynamisme concurrentiel !
Assimiler le taux d’exploitation des travailleurs chinois, basé sur la camisole de force la plus basique, avec un progrès économique et social : quelle honte !
Pourtant, Coquema a certainement eu toute liberté de lire et méditer une petite brochure très documentée, publiée aux Éditions du Travail qui rapporte sur les 31 ans de combat de la HKCTU pour un syndicalisme ouvrier indépendant non seulement dans le périmètre de Hong Kong mais aussi sur l’ensemble du territoire chinois. Lorsque ces documents ont été publiés, « elle devait annoncer le 3 octobre 2021 sa propre dissolution, acculée par les calomnies de Pékin, l’inculpation de ses dirigeants et de virulentes menaces », selon la présentation qui est faite sur le site des Éditions du Travail….
Point de progrès social, point d’émancipation sans liberté des travailleurs ! C’est un critère simple et universel que Coquema se devrait de méditer au lieu d’être obnubilé par les hypothétiques vertus d’une supposée propriété d’État en Chine…
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Et alors, la propriété d’Etat en Russie et dans les pays d’Europe de l’Est à l’époque ( années 30-90) puis années 50-90) a-t-elle empêché une seule seconde la mise en place de féroces dictatures….Tout comme la Chine !
Et Trotsky osait parler d’Etat ouvrier dégénéré à propos de la Russie , ainsi que les militants trotskystes à propos de l’Europe de l’Est , parlant d’Etats ouvriers déformés dès l’origine, le terme « ouvrier » se rapportant justement à la propriété d’Etat et à la planification impérative !
Eh oui, l’impérialisme américain fait de l’agression contre la Chine une obsession car effectivement ce pays est en train de le confronter directement à la crise irrémédiable de son propre système économique (comparez donc les prix chinois sur le marché mondial avec le taux de profit moyen des multinationales !).
Et donc Trump aura effectivement besoin de la neutralité russe pour pouvoir attaquer non pas un concurrent impérialiste mais un vaste marché de centaines de millions qui continue de lui échapper !
Mais qui donc est obnubilé par la nécessité de créer de toutes pièces une mutitude de pays impérialistes pour mieux masquer l’alignement sur les impérialismes occidentaux, eux bien réels, en Ukraine et en Syrie ?
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Coquema revendique à tout bout de champ son identité trotskysre…. c’est donc un peu dur de lui imputer son soutien à « l’exploitation sociale des travailleurs chinois » alors que les trotskystes sont particulièrement bien placés pour avoir subi les dictatures staliniennes !
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