Jeudi 28 était signé, sous l’égide des États-Unis, un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, célébré de part et d’autre comme une victoire, en fait une trêve jusqu’à l’investiture de Trump.
C’est sans doute le moment qui fut choisi, le Hezbollah ébranlé tentant de reconstituer son emprise sur le Liban que rejette la plus grande partie de la population, par le HTS, Hayat Tahir al-Cham, pour tenter une percée sur les casernes du régime située à l’ouest d’Alep.
Le HTS est principalement issu d’al-Nosra, armée islamiste apparue postérieurement à l’éclatement de la révolution lorsque celle-ci était privée d’armes. Il était alors liée à al-Qaida et aux monarchies du golfe, qui a alors tenté soit de prendre à revers, soit de contrôler, la révolution – et échouèrent en fait. Par la suite, Daesh, mouvement ennemi du HTS structuré par les anciennes polices politiques formées par le FSB notamment en Irak, a pris le relais de ce rôle contre-révolutionnaire direct, et le HTS, formé en 2017, a à la fois assuré la protection de zones insurgées, tenté de les encadrer tout en reculant sur l’essentiel de l’application de la charia, et servi de relais à l’influence de la Turquie d’Erdogan. Le HTS est puissant dans l’enclave d’Idlib peuplée par les réfugiés mais y est aussi très contesté.
L’opération initiée au matin du 28 a très rapidement connu un succès gigantesque et imprévu. La raison principale en est le degré avancé de décomposition d’un État et d’une armée qui ne paient pas ses hommes, tous conduits à trafiquer et à piller, qui ont immédiatement déserté ou décampé. Des stocks d’armes, y compris russes, ont été saisis tout de suite et ont rendu l’offensive militairement puissante. Et des dizaines de milliers d’hommes, habitants d’Alep qui avaient fui en 2016, dont ceux qui ont à plusieurs reprises manifesté contre le HTS, sont alors arrivés en se réclamant, eux, de l’ASL, Armée Syrienne Libre, le vieux sigle né dans la révolution lorsqu’elle cherchait à s’armer, en 2011. Ce sont eux qui ont investi Alep et ont libéré le centre-ville dans la nuit du 28 au 29.

La libération des prisons a commencé par une prison de centaines de femmes. La foule en liesse, femmes comprises, a rempli les rues, avant que le HTS ne décrète un couvre-feu, accepté en raison des bombardements russes qui ont fait au moins 18 morts, et motivé par le risque d’affrontements avec les FDS – Forces Démocratiques Syriennes, coalition armée formée sous l’égide des États-Unis autour du parti kurde PYD, lié au PKK de Turquie, et à ses milices YPG. FDS qui, au Nord d’Alep, sont imbriquées avec des troupes russes, qui ont effectivement tenté de prendre l’aéroport mais ont renoncé.
Dans la journée du vendredi 29 novembre, l’onde de choc de la libération d’Alep a littéralement fait s’effondrer un peu partout l’armée du régime. En fin d’après-midi, l’Armée syrienne libre était à Hama, et des manifestations insurrectionnelles éclataient dans les régions de Homs et de Deraa. Bachar el Assad s’est rendu à Moscou dès le 28 et y a placé sa famille à l’abri. Des rumeurs contradictoires parlent de son retour, d’affrontements entre garde prétorienne et secteurs de l’armée à Damas, ceci non confirmé à cette heure.
Tels sont, succinctement et pour s’y retrouver, les faits à cette heure.
Maintenant, leur signification : elle est énorme. L’effondrement du régime tortionnaire et cleptomane syrien n’était prévu ni par Téhéran, ni par Tel-Aviv, ni par Washington, ni, surtout, par Moscou. Les Ukrainiens protègent de fait les Syriens d’une intervention russe plus massive, et les Syriens apportent aux Ukrainiens la plus grande aide qu’ils aient en réalité reçue, le jour même où la renonciation à la libération du Donbass dans la guerre actuelle est ouvertement endossée par Volodomyr Zelenski … mais où un Maïdan s’amorce à Tbilissi en Géorgie !

Autant dire que la révolution syrienne contredit tout ce qui se passe, de Gaza au Donbass ! Car Alep, le martyr d’Alep, avait en fait été le départ de ceux de Marioupol puis de Gaza. C’est cette unité de la lutte des classes que le campisme et la « géopolitique » veulent interdire de comprendre.
Les chaînes télé et la grande presse françaises en sont au maximum de la désinformation contre la Syrie. Relent colonial du temps où ils parlaient des fellagas en Algérie, peur de la révolution, inertie de l’appareil d’État français qui aimait les régimes « nationalistes arabes » après 1962, désinformation poutinienne profonde et prolongée, et pure et simple bêtise se rejoignent pour raconter partout qu’Alep a été prise par Daesh ou par un équivalent !
Ce mensonge est du même niveau que celui sur les « nazis ukrainiens » et nous allons le retrouver dans la « gauche » campiste qui, rappelons-le, a applaudi au martyre d’Alep en 2015.
Mais ce niveau de mensonge interroge tout de même. La révolution syrienne qui refait irruption, et avec une telle force, un tel panache, est quelque chose d’insupportable à tous les impérialistes – seul Erdogan tentera, avec des contradictions qui se retourneront contre lui, de se renforcer dans le cadre nouveau qu’elle annonce pour toute la région, y compris pour la lutte démocratique et nationale du peuple palestinien. Poutine, Trump, et tous les autres, ne peuvent accepter ce peuple trouble-fête, ce peuple admirable.
Nous devons donc conclure par un avertissement solennel. Si les grands de ce monde, avec l’aide de fait des campistes jusqu’aux anarchistes hypnotisés par « le Rojava » compris, préparent un crime de masse, une intervention armée, un bombardement à la Poutine, ils devront trouver sur leur chemin tous les partisans de la démocratie et de l’émancipation :
BAS LES PATTES DEVANT LA RÉVOLUTION SYRIENNE !

Et un bref billet personnel dans le même sens dès ce matin sur notre Blog à Mediapart :
https://blogs.mediapart.fr/marc-daniel-levy/blog/301124/alep-la-revolution-syrienne-nouveau-debout-viva
J’aimeJ’aime
Dans Mediapart, ce samedi soir
Les rebelles syriens reconquièrent Alep
À la surprise générale, une coalition de groupes rebelles a lancé une offensive foudroyante contre le régime de Bachar al-Assad baptisée « En finir avec l’oppression », qui lui a permis de s’emparer de la seconde ville syrienne. Les lignes de défense des forces loyalistes craquent les unes après les autres.
Sur une place d’Alep qui porte son nom, Bassel al-Assad, frère aîné de l’actuel dictateur syrien, qui aurait dû régner à sa place s’il ne s’était tué dans un accident de la route en janvier 1994, était représenté par une immense statue. Elle le montrait plastronnant sur son cheval cabré. Aujourd’hui, le cavalier est à terre. Une corde tendue par les rebelles l’a arraché ce samedi à sa monture, qui, elle, demeure sur son socle.
Ailleurs, c’est le drapeau vert-blanc-noir de la « révolution syrienne », avec ses trois étoiles, qui flotte sur la ville. Un autre signe que la seconde ville syrienne, qui compte quelque deux millions d’habitant·es, dans le nord du pays, est à présent contrôlée, semble-t-il entièrement, par les insurgés, venus de la province voisine d’Idlib.
La ville est d’ailleurs tombée comme un château de cartes, y compris l’antique citadelle mamelouke qui la domine – celle-ci avait été le théâtre d’âpres combats il y a une dizaine d’années entre le régime et la résistance syrienne. La prise de la ville a été si rapide et inattendue que l’on a pu voir, sur le réseau X, un soldat hébété se faire arrêter samedi matin dans la rue, alors qu’il sortait de chez lui pour aller acheter des cigarettes. Il ignorait visiblement que la vieille cité avait été conquise pendant la nuit. La veille, les rebelles n’en contrôlaient que le tiers.
Un couvre-feu a été décrété samedi par les insurgés. Selon divers témoignages, des policiers sont venus d’Idlib et se sont déployés dans Alep pour tranquilliser les habitant·es et leur faire savoir que leur vie et leurs bien seraient protégés.
C’est à l’issue d’une offensive éclair lancée mercredi que les rebelles ont foudroyé l’armée syrienne. Assez peu de combats mais deux voitures-suicides ont néanmoins explosé pour leur permettre de forcer les défenses des forces gouvernementales. Celles-ci ont ensuite très peu résisté, avant de négocier leur reddition.
Même la grande base aérienne d’Abou-Douhour, située entre Alep et Idlib, a été rapidement prise par les insurgés, alors qu’il leur avait fallu près de trois ans de siège, à partir de 2012, pour s’en emparer – elle avait été reprise par le régime en janvier 2018. C’est depuis cet aérodrome militaire que partaient nombre de drones qui, presque quotidiennement, bombardaient l’enclave d’Idlib. Un opérateur russe aurait été fait prisonnier.
C’est d’ailleurs pour mettre fin à ces attaques sur l’enclave d’Idlib – elles s’étaient encore intensifiées dernièrement – en prenant les bases aériennes du régime que l’offensive a été déclenchée, d’où son nom : « En finir avec l’oppression ». Peut-être que les insurgés ne cherchaient pas initialement à prendre Alep et qu’ils ont profité de la faible combativité des forces gouvernementales pour avancer.
« L’offensive a été présentée comme une campagne défensive face à une escalade du régime », confirme Dareen Khalifa, chercheuse au think thank International Crisis Group, citée par le site libanais Ici Beyrouth. Mais, poursuit-elle, les rebelles « observent également le changement régional et stratégique ». L’offensive a ainsi coïncidé avec l’entrée en vigueur de la trêve entre le Hezbollah et l’armée israélienne.
À présent, les insurgés ont lancé une nouvelle offensive en direction de la province de Hama, dont six localités semblent déjà tombées entre leurs mains. Ils seraient à présent à environ 25 kilomètres de cette grande ville qui s’est souvent soulevée contre la famille Assad – en 1982, la répression avait fait quelque 20 000 morts dans la population. Pour tenter d’enrayer la progression des rebelles, l’aviation russe bombarde Alep. Les premières frappes ont commencé samedi à l’aube. Dans l’après-midi, une bombe a tué 16 civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). C’est la première fois depuis 2016, date à laquelle le régime syrien en avait repris le contrôle à l’opposition, que les avions russes ont repris leurs attaques sur la ville.
« Tout se déroule à une vitesse folle, les lignes de défense du régime tombent les unes après les autres, indique le politiste et juriste Firas Kontar, auteur de Syrie, la révolution impossible (Éditions Aldéia). On assiste à un effondrement de l’armée syrienne, qui a abandonné sur place des centaines de blindés. Les soldats ne veulent pas mourir pour un tel régime qui les paye 20 dollars par mois. Quant aux combattants du Hezbollah, beaucoup ont été retirés de Syrie pour renforcer les unités qui se battaient au Liban, où les plus aguerris ont souvent été tués, et ceux qui sont restés ne veulent plus se battre pour défendre un régime dont ils considèrent qu’il les a lâchés pendant la guerre contre Israël. »
S’ajoute le fait qu’Israël a contribué à l’affaiblissement du Hezbollah en Syrie avec des frappes sur ses livraisons de matériel militaire en provenance de l’Iran, via l’Irak. À chaque fois, Damas n’avait pas réagi. « Bachar al-Assad, ajoute Firas Kontar, avait tellement confiance en ses alliés qu’il n’a même pas cherché à réorganiser ni à réformer sa propre armée. Il s’est juste contenté de crier victoire et de se pavaner dans les sommets de la Ligue arabe, tandis qu’il laissait pourrir dans la misère la plus noire des milliers de blessés et d’invalides. De toutes ses erreurs, il paye aujourd’hui le prix. »Une large coalition
Même le pouvoir russe, qui, à l’automne 2015, avait joué un rôle déterminant – avec l’Iran – pour sauver le régime de Bachar al-Assad, semble à présent à la peine pour l’aider, la plupart des pilotes qui opéraient en Syrie étant revenus en Russie pour se battre en Ukraine.
Du côté des rebelles, c’est une très large coalition qui affronte à présent le régime syrien. Le nom de son chef est gardé secret. Celle-ci est dominée par la formation djihadiste salafiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS, pour « Organisation de libération du Levant »), anciennement appelée Jabhat al-Nosra, longtemps affiliée à Al-Qaïda, mais qui affirme avoir rompu ses liens avec cette organisation et éliminé ses chefs dans la région. À ses côtés, figurent certaines organisations proches de ou contrôlées par la Turquie. « En fait, tous les combattants antirégime sont là, insiste Firas Kontar. Tous ceux qui ont été chassés des zones loyalistes et ont trouvé refuge dans l’enclave d’Idlib. Mais aussi des gosses qui n’avaient que 15 ou 16 ans quand ils ont dû s’y réfugier et qui en ont à présent 25. »
Du fait de son ampleur, il ne fait guère de doute que l’offensive rebelle a été préparée au moins pendant plusieurs mois. Ce qui surprend, c’est que ni les omniprésents services secrets syriens ni Moscou ni Téhéran n’en aient eu vent. Vendredi, Moscou a tancé le régime syrien, lui demandant de « mettre de l’ordre au plus vite »,et Téhéran a dénoncé un complot fomenté par Washington et les États-Unis. Quant à Ankara, qui contrôle indirectement l’enclave d’Idlib grâce aux formations proturques, il a sans nul doute donné son aval à l’offensive qui survient, alors qu’une tentative de rapprochement entre la Turquie et la Syrie – Damas réclame depuis des mois un retrait des troupes turques déployées dans le nord syrien le long de sa frontière – vient d’échouer.
Jean-Pierre Perrin
J’aimeJ’aime
Nous devons donc conclure par un avertissement solennel. Si les grands de ce monde, avec l’aide de fait des campistes jusqu’aux anarchistes hypnotisés par « le Rojava » compris
Toujours une rhétorique, on l’aime bien se montrer un révolutionnaire « pur » face à des « campistes » réels ou imaginaires. Il y a aussi des personnes qui sont favorables au « Rojava » et à la rébellion syrienne qui a pris Alep contre le régime sanguinaire de Bachar El Assad, et en même temps s’opposent au régime colonial sanguinaire israélien, et en même temps dénoncent le Hamas (sans projeter sur la situation un imaginaire du passé européen du XXième siècle en parlant de « pogroms » mais de massacres terroristes etc.), et en même temps s’opposent à l’impérialisme Russe en Ukraine, et en même temps analyse de façon matérialiste (ghettos, infra-structurel, systémique etc.) le racisme post-colonial en Occident notamment en France etc. Mais ceux-là, à mon avis, bien présents à gauche, n’entrent pas dans votre imaginaire politique (un tantinet pro-sioniste même « soft » chez certains semble t-il).
J’aimeJ’aime
« Il y a aussi des personnes qui sont favorables au « Rojava » et à la rébellion syrienne qui a pris Alep contre le régime sanguinaire de Bachar El Assad, et en même temps s’opposent au régime colonial sanguinaire israélien, et en même temps dénoncent le Hamas (sans projeter sur la situation un imaginaire du passé européen du XXième siècle en parlant de « pogroms » mais de massacres terroristes etc.), et en même temps s’opposent à l’impérialisme Russe en Ukraine, et en même temps analyse de façon matérialiste (ghettos, infra-structurel, systémique etc.) le racisme post-colonial en Occident notamment en France etc. »
C’est là une excellente description d’Aplutsoc, merci !
Nous sommes en effet favorables au Rojava, c’est-à-dire à l’émancipation nationale des Kurdes et au combat des femmes contre les islamistes, et hostiles à l’appareil d’Etat d’origine baathiste qui fut, au Rojava, concédé, chambres de torture comprises, au PYD-YPG. Les campistes soutiennent cet appareil, pas le Rojava c’est-à-dire ses habitants. Et ils sont bien réels. Choisis ton camp, camarade ! 😉
J’aimeAimé par 1 personne
En l’occurrence, les campistes sont les mêmes derrière l’OTAN avec l’explosion mondiale des dépenses de l’armement sur le dos et les os de centaines de milliers de victimes tant ukrainiennes que russes, et derrière les groupes islamistes rejetons de Daech et d’Al Qaïda soutenus par l’impérialisme américain, dans les deux cas contre l’Internationalisme prolétarien !
J’aimeJ’aime
Un peu de sérieux, Monsieur Coquema !
De 2012 à 2015, Obama a laissé faire la répression du boucher Assad contre son peuple révolté, notamment lors des bombardements au gaz contre la Gouttah et Alep, alors qu’il avait été dit que l’usage du gaz contre les populations civiles constituerait une « ligne rouge ».
Obama a laissé faire Assad, comme il a laissé faire Poutine dont l’intervention en Syrie a constitué à la fois une avancée de ses intérêts diplomatiques et stratégiques propres et une intervention pour le compte de l’ordre établi mondial. Tous, de Poutine à Obama, préférant le maintien d’Assad au triomphe des Printemps arabes !
Dans le recul d’Obama intervenait aussi l’accord passé avec l’Iran, acceptant son rôle contre-révolutionnaire régional (en Syrie, au Liban et … en Palestine) comme la tolérance du programme nucléaire iranien, contre le danger d’un mouvement révolutionnaire des peuples d’Iran mettant à bas le pouvoir théocratique.
Par la suite, lors du surgissement de Daesh/ISIS, issu des noces entre une branche d’Al Qaida et les restes de l’appareil militaro-policier du baathisme irakien en déroute, les USA ont conclu et appliqué un accord tactique avec les FDS formées principalement par les forces des YPG. Cet accord a pris la forme d’un soutien aérien, notamment lors de la bataille de Raqqa et de forces spéciales US terrestres agissant de concert avec les FDS. Comme soutien aux forces intégristes, il faudra repasser…
J’aimeJ’aime