Le 1er octobre 2024 l’appel CGT-FSU- SUD Solidaires, rassemblait 170 000 manifestants dans toute la France. La mobilisation sur les salaires en octobre 2023 en avait rassemblé 200 000. (Source CGT)

La Secrétaire générale de la CGT travaille ses éléments de langage. Pour elle la journée de grèves et de manifestations du 1er octobre: « c’est une mobilisation à la hauteur des journées d’action de ce type ». Mais comme le faible nombre des cortèges et des manifestants est plus faible encore que lors des journées d’action de rentrée sociale des années précédentes, Sophie Binet en voit la raison dans le constat « d’une grande fatigue démocratique et sociale des salariés ». Alors quelle est donc la raison de cette « grande fatigue » ?

La Secrétaire de la CGT a bien raison de comparer l’appel syndical du 1er octobre 2024 « aux journées d’action de ce type ». Le large attentisme des salariés c’est leur perception que cette rentrée sociale 2024, sous la férule du gouvernement Barnier coopté par Macron et le RN, ne ressemblait à aucune rentrée sociale connue et qu’en conséquence, la première initiative syndicale d’ampleur nationale après les élections législatives, prenait une dimension politique exceptionnelle. Notre « fatigue » c’est que cette dimension dépassait la capacité des dirigeants des confédérations syndicales à remettre en cause un gouvernement illégitime et réactionnaire. Notre « fatigue » c’est la crainte des directions syndicales à affronter le macronisme. Notre « grande fatigue » c’est leur retour à la pratique de « dialogue social » présenté abusivement comme une négociation, sur laquelle les journées d’action sont censées exercer une pression. 

L’appel au 1er octobre avec ses revendications strictement économiques, oubliant l’exigence de démocratie,  est ramené à une pression, inscrite strictement dans ce cadre de dialogue social. Le gouvernement Barnier, il n’est pas question de le censurer, c’est un interlocuteur avec lequel on peut remporter des plus (sic), on peut gagner des avancées (re sic).                                                                                                                          

Mais rétablir le dialogue social en pleine crise politique nécessite une extrême prudence :  « Il nous a semblé prématuré de répondre à cet appel. (…) Une mobilisation pour être efficace doit avoir des revendications très ciblées », a souligné Marylise Léon (CFDT) qui estime peut-être prématuré de parier sur la fatigue des salariés. Et trépigne d’impatience dans l’antichambre de Matignon.         Chacun son positionnement, pourvu que la grève politique ne fasse pas irruption.

Alors pour justifier le retour aux journées d’action et au dialogue social, le communiqué de la CGT, publié au soir du 1er octobre, titre « Gouvernement et patronat contraints à de premiers reculs ».  Il faut assurer aux salariés « fatigués » et aux autres, que  « La mobilisation a forcé le Premier ministre à reconnaitre l’échec de la politique économique sociale et environnementale d’Emmanuel Macron » Suivent au  titre de « reculs » une prétendue augmentation du smic au 1er novembre (correspondant en fait à son indexation automatique en janvier), « l’enterrement de la violente réforme de l’assurance chômage »( en fait la perspective d’une nouvelle « négociation » ), l’ouverture d’un chantier pour « corriger la réforme des retraites » Sur ce dernier point il est fortement à craindre un chantier de division de l’intersyndicale, entre abrogation et négociation de la réforme, sur des contreparties au recul de l’âge de la retraite que seraient la prise en compte de la pénibilité et les conditions faites aux salariées des familles monoparentales…

Mais le gouvernement avec lequel les directions syndicales veulent renouer le dialogue social n’est pas celui de prétendus premiers reculs. C’est celui qui annonce au lendemain de cette journée d’action l’austérité renforcée à un niveau jamais vu. Barnier veut frapper tous les services publics, toutes les collectivités locales et organiser la désindexation des pensions de retraite pour arriver à un total de 40 milliards d’économies. Un gouvernement d’une extrême fragilité qui pourtant nous promet une extrême austérité. Et qui compte sur les directions syndicales pour durer.

Pourtant en même temps un autre dialogue se poursuit. Mi-septembre se réunissait un groupe de travail FSU-CGT dans le cadre du projet de réunification syndicale. Elles déclarent dans un compte rendu commun : « Revenant sur la séquence électorale du printemps dernier, la FSU et la CGT dressent un bilan positif de leur soutien au programme du NFP, face à la menace raciste et à l’imposture sociale incarnées par le RN. Celui-ci a été apporté dans une indépendance totale qui ne se confond pas avec la neutralité.

Tout en affirmant leur souhait de voir se poursuivre la dynamique unitaire des forces de progrès social, notamment dans le contexte du déni démocratique constitué par la nomination d’un gouvernement Barnier très réactionnaire, les deux organisations poursuivent leur réflexion sur la nature de leurs relations respectives avec les organisations politiques. »

Pour tous les salariés qui veulent changer de fatigue, la question qui se pose c’est bien de préserver cet acquis syndical de l’été dernier, l’engagement de leurs organisations dans la campagne de construction du NFP. L’intervention dans nos syndicats mettra l’exigence de la démocratie, celle du départ du gouvernement Barnier, celle de la fin du macronisme comme une exigence aussi vitale que celle de l’indexation de nos salaires et de nos pensions ou de l’abrogation de la contre-réforme des retraites, etc. La fin du tabou sur l’engagement politique des syndicats pour qu’ils puissent accomplir leur but d’émancipation totale du salariat, qu’ils se sont assignés à leur naissance, ouvre des possibilités que des instances de la CGT, de la FSU, de Solidaires trouvent leur place dans des comités locaux du NFP que ce soit pour construire l’unité qui fera tomber Macron, quelles que soient la forme politique et la date de cette échéance.