Les Ukrainiens et les défenseurs du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes se félicitent à juste titre du déblocage de l’aide militaire par le Congrès US, tout en comptant bien être vigilants sur la rapidité de sa fourniture et, ajouterais-je, en exigeant son inconditionnalité, politique et financière.

Ceci dit, il convient de ne pas se raconter de contes de fées sur ce nouveau tournant états-unien, présenté (en reprenant les propos d’un élu républicain du Colorado) comme le retour à “Churchill” après un moment “Chamberlain”.

S’il est rapidement suivi d’effets, ce vote met fin à une période de tarissement de l’aide militaire qui a commencé avant le blocage du Congrès, dès juillet dernier, c’est-à-dire, de manière frappante, juste après le début des tentatives ukrainiennes de percées du front, qui ont échoué, tentatives qui, sous le nom de “contre-offensive”, ont pourtant été recherchées par des pressions de l’OTAN et des USA. L’Ukraine a ainsi été littéralement piégée et placée dans une nasse.

La provocation mondiale déclenchée par le Hamas, sous supervision iranienne et avec le feu vert russe, le 7 octobre dernier, a considérablement aggravé cette situation.

La ligne diplomatique de Trump, mais pas que de lui, de larges secteurs US aussi, consiste à rechercher la réconciliation avec la Russie et l’isolement de la Chine, et de l’Iran, par une alliance avec la Russie et l’Inde. Or, cette perspective s’est fermée ces derniers mois. La Russie entre dans la sphère économique chinoise, a fait de la Corée du Nord une usine mondiale d’armements dont la présence est aussi pour elle un moyen de pression sur la Chine, l’usine de drones iranienne dont la construction à Moscou a été convenue l’an dernier va démarrer, et la Chine après des hésitations a cautionné la stratégie iranienne par Houtis interposés dans le détroit de Bab-el-Mandeb, malgré les ennuis que cela lui occasionne.

D’autre part, la perspective d’une percée russe du front ne signifiait pas une victoire russe pure et simple, mais la guerre nationale de libération sur tout le territoire ukrainien, sanguinaire, et l’extension de la guerre vers la Moldavie et les pays baltes, voire la Pologne – une possibilité d’ailleurs abordée, entre deux éructations, par Trump.

De plus, la résistance ukrainienne dans les conditions terribles qui lui ont été imposées, tout en amorçant une crise politique et sociale en Ukraine qui soulève l’exigence de démocratie réelle à tous les niveaux et de droits sociaux pour pouvoir faire la guerre, a néanmoins montré sa vitalité.

C’est donc l’échec à dissocier Russie et Chine ainsi qu’à isoler l’Iran qui a conduit le speaker de la Chambre des représentants, jusque là néo-trumpiste givré, à opérer un tournant, d’ailleurs conspué par l’aile trumpiste dure du Parti républicain. Ce tournant était indirectement préparé aussi par l’éloignement croissant de Washington par rapport à Israël, que les provocations conjointes de Téhéran et de Netanyahou ces derniers jours ont réussi à différer, pour le plus grand malheur des Palestiniens.

La combinaisons des votes sur l’aide à l’Ukraine, l’aide à Taïwan, les mesures contre Tik-Tok (qui visent la Chine), et l’aide à Israël (implicitement de plus en plus orientée vers l’Iran plus que vers Gaza), est un signal géopolitique clair d’un retour contraint de Washington à une logique de bloc contre l’ensemble “eurasiatique”.

En même temps, cette aide militaire ne va pas, et ne vise pas, à permettre une victoire ukrainienne conduisant, en combinaison avec la crise larvée en Russie, à la chute du régime poutinien, chute qui continue à faire peur à Washington comme dans les capitales européennes.

Or, ce régime est plus que jamais, en relation avec Trump, l’épicentre de ce qu’il est convenu d’appeler « l’extrême-droite » mondiale.

Donc, les exploités et les opprimés veulent les armes, les F16 et les ATACMS américains pour s’en servir par eux-mêmes et pour eux-mêmes !

VP, 21-04-2024.