Introduction
Le numéro de janvier 2024 de la revue Inprecor, publiée sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IV° Internationale, titre sur la Palestine avec le mot d’ordre : « Du fleuve à la mer, Palestine libre et démocratique », et son article principal, de Michael Karadjis, militant australien aux analyses souvent pertinentes et engagé dans la solidarité avec les peuples syrien ou ukrainien, est un plaidoyer argumenté en faveur de ce mot d’ordre, plaidoyer que je voudrais discuter, et, très largement, contester. Non par souci polémique mais parce que la question est importante et que l’analyse critique de cet article permet de la traiter assez précisément.
Sommaire du texte
- Non aux intimidations préalables à toute discussion !
- Comment l’OLP a failli.
- Hamas et OLP.
- Le niveau d’analyse doit être international si l’on veut y comprendre quelque chose.
- On ne saurait ignorer la question antisémite !
- Le 7 octobre.
- Quels sont les mots d’ordre efficaces ?
- La revendication des deux États laïques et démocratiques.
- Deux pierres de touche.
- Le droit des réfugiés palestiniens.
- Digression européenne.
- Le droit judéo-palestinien à exister et la notion de refuge national.
- Digression australienne.
- Pour conclure : la question judéo-palestinienne, pivot des rechutes campistes.
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Le chapitre de conclusion du texte
Pour conclure : la question judéo-palestinienne, pivot des rechutes campistes.
Les campistes, disions-nous. L’invasion de toute l’Ukraine par l’impérialisme russe le 24 février 2022 a enclenché un processus d’éloignements et de regroupements (trop lent à mon goût !) dans la gauche internationaliste, dissociant les internationalistes véritables des campistes pour qui tout pays capitaliste adversaire des États-Unis mérite soutien. Mais la provocation pogromiste du Hamas le 7 octobre 2023, ouvrant un moment de réaction au niveau mondial, a constitué le pivot, la borne pouvant porter un coup d’arrêt aux évolutions vers l’internationalisme réel.
Le fait que des analystes excellents de la guerre impérialiste russe, tel que Michael Karadjis, puissent se livrer à une « analyse » totalement dépourvue de la moindre continuité avec la compréhension de la situation mondiale suite au 24 février 2022, totalement dégagée de toute donnée internationale réelle en dehors de la répétition du rôle traditionnellement attribué à Washington, montre bien ce rôle de croche-pied que joue la question judéo-palestinienne à l’encontre de la construction d’un internationalisme, et donc d’une Internationale, réels et efficaces.
C’est que l’ampleur, et le caractère semi-conscient voire inconscient, des représentations fantasmatiques, des mythes et des formes de fétichisme dans tout ce qui se rattache à cette question, exigent de toute tentative d’analyse qu’elles se dégagent de ces passions et les regardent en face, froidement. Les imprécations amalgamant quiconque doute à des ignorants d’extrême-droite, par lesquelles M. Karadjis inaugure son article, sont caractéristiques : les militants doivent être tenus par des fétiches, par des peurs, par des formules rituelles, sitôt qu’il est touché à la question judéo-palestinienne. Le premier devoir de tout révolutionnaire conscient est ici de traquer les fétiches.
Pour ce faire, il faut sans cesse envisager la situation dans sa globalité, en faisant intervenir la lutte des opprimés comme facteur central de fond, et le rôle de toutes les puissances impérialistes et régionales, et en situant les faits dans leur contexte réel du moment présent et pas dans une histoire éternelle de terre promise et/ou volée.
Nous avons mondialement affaire à la multipolarité impérialiste. Elle constitue à la fois un désordre et un système de domination. Les États-Unis en font partie : il n’y a pas à choisir entre elle et eux. Ils sont l’acteur le plus puissant de ce désordre multipolaire. Dire qu’il faut faire attention à ne pas faire du « campisme dans l’autre sens », sous-entendu pro-américain, pro-occidental ou pro « sioniste », traduit la non prise en compte du fait que la multipolarité est la forme actuelle de la totalité du système impérialiste mondial. Aux États-Unis, Trump en a été et en est à nouveau le héraut, mais Biden lui-même a évacué l’Afghanistan et a proposé le taxi de l’évacuation à Zelenski. Le choix pour les partisans de l’émancipation n’est pas de pencher côté « BRICS » ou côté « Occident » ou d’osciller tantôt d’un côté tantôt de l’autre en se gardant de trop pencher. Si l’on se fonde sur le combat des exploités et des opprimés, et sur une méthode d’analyse partant de la globalité de l’affrontement social, alors on combat l’ensemble de la multipolarité impérialiste.
Cela conduit à envisager la situation à son échelle réelle, et à saisir l’unité de Gaza et de l’Ukraine et l’unité des ennemis de l’immense majorité : Netanyahou et Poutine, grâce au Hamas et avec l’aide de Biden qui bloque un cessez-le-feu, ouvrent la route à Trump et à la pire réaction !
VP, le 23/01/2024.
Quel est le statut de cet article de Michel Karadjis, publié à l’origine dans la revue australienne Links, par rapport à la Quatrième Internationale, à son bureau, et ses autres instances. Il semble qu’il soit publié à titre de contribution au débat.
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Oui, sans doute, mais comme cet article est le premier et le plus mis en valeur, avec une couverture qui en appuie l’orientation, il a un statut particulier. Je vais envoyer mon propre article à la rédaction d’Inprecorr.
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Il y a au moins deux problèmes dans l’approche :
D’abord, ceux qui manifestent pour Gaza n’ont pas opté pour la Palestine « du fleuve à la mer ». Leur souci c’est le génocide en cours dont cet article ne pipe mot, s’attardant sur un « pogrom » qui ne résulte que des allégations israéliennes.
Ensuite, « l’élargissement » international est un prétexte confortable pour l’auteur permettant les sempiternelles leçons sur le campisme. La cause palestinienne est anticoloniale, ce que l’auteur ne peut comprendre car son européo-centrisme soi-disant révolutionnaire le situe sur une sensibilité historiquement et idéologiquement hors-sujet.
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Assertion :
D’abord, ceux qui manifestent pour Gaza n’ont pas opté pour la Palestine « du fleuve à la mer ».
Réponse :
… manifestement pas tous.
Assertion :
Leur souci c’est le génocide en cours dont cet article ne pipe mot, s’attardant sur un « pogrom » qui ne résulte que des allégations israéliennes.
Réponse :
Génocide et pogrom font d’excellents ingrédients pour un massacre dont deux directions politiques – le Hamas d’un coté, le gouvernement israélien de l’autre – usent et abusent contre leurs propres peuples. Le négationnisme affiché dans ce commentaire est sinistre, tant pour les victimes israéliennes du 7 octobre que pour les victimes palestiniennes depuis. Le Hamas savait pertinemment qu’il allait provoquer ce déchaînement meurtrier de la part de Netanyahou. Pas besoin d’avoir fait Sciences po ou une académie militaire pour le deviner !
Assertion :
Ensuite, « l’élargissement » international est un prétexte confortable pour l’auteur permettant les sempiternelles leçons sur le campisme.
Réponse :
Si si, il faut recourir à cet élargissement international : le Hamas a une autonomie toute relative vis à vis de l’Iran, en termes d’armements comme de possibilités diplomatiques, … et de Poutine. Ce dernier est le grand gagnant du pogrom du 7 octobre. Le projecteur se déplace : les malheurs des Ukrainiens passent au second plan derrière ceux des Gazaouis. De toute façon, Netanayhou et Poutine ont un candidat commun en novembre prochain : THE Donald !
Le campiste, c’est celui qui ne voit pas que les dirigeants des différentes puissances de l’impérialisme sous la forme présente de la multipolarité se tiennent les coudes même quand ils s’affichent férocement rivaux. Poutine, Netanyahou, Trump, Xi, Macron, Lula, etc …
Assertion :
La cause palestinienne est anticoloniale,
Réponse :
Et quand on a dit cela, on est censé avoir tout dit ? La question Israël / Palestine, c’est la question des deux peuples, de deux nations, sur un même territoire. C’est une question de droits nationaux à régler par des moyens politiques et démocratiques.
Assertion :
… Ce que l’auteur ne peut comprendre car son européo-centrisme soi-disant révolutionnaire le situe sur une sensibilité historiquement et idéologiquement hors-sujet.
Réponse :
cette soi-disant claque « contre l’européo-centrisme » qui se veut méprisante illustre simplement que son auteur n’a pas l’air de capter la grande contribution des dirigeants arabes des 70 dernières années quand ceux-ci ont expulsé vers Israël leurs communautés juives historiques (Égypte, Irak, Yémen, Syrie, Libye, Tunisie, Algérie)…. pour la plus grande joie des dirigeants sionistes. Israël, une nation européenne ? A d’autres !
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La résolution du dernier congrès de la IVe internationale sur la Palestine (ne plus ayant de section israélo-palestinienne) appelle à « faire connaître » le faible secteur de la société israélienne qui participe au mouvement mondial de solidarité avec la Palestine, et prône à l’abolition d’Israël « en tant qu’état pour les juifs », ce qu’on peut peut-être assimiler à la démande « matzpeniste » pour la désionisation d’Israël, mais l’ancienne consigne pour la féderation des peuples de la région et ne fait aucune référence spécifique aux droits nationaux des juifs israéliens dans leur solution proposée: l’état palestinien démocratique et laïc. Je pense que c’est un erreur, parce que, même si en réalité ces droits ne sont pas menacés que dans la propagande, les marxistes révolutionnaires engagés dans la lutte contre le rapport colonial entre juifs et arabes en Palestine, y compris les militants de la section israélienne du SU, avaient déjà clair il y a 50 ans ce que la réconnaissance explicite de l’éxistance des deux collectivités nationales et leur droit à l’autodétermination était nécessaire pour la définition d’une stratégie révolutionnaire qui implique, que cela plaise ou pas, la participation des masses israéliennes ainsi que celles des pays arabes voisins.
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* l’ancienne consigne pour la fédération socialiste du Moyen Orient n’appara[it pas. J’ai oublié de compléter la phrase, même si je pense que le contexte montre ce que je voulais dire. Le français n’est pas ma langue maternelle.
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J’ai essayé de faire un commentaire plus long mais puisque je me maîtrise pas cette plateforme, j’ai eu des problèmes, je vais donc le résumer. Vincent, est-ce que vous avez déjà lu la résolution sur la Palestine du dernier congrès de la IVe International (ex-SU), qui vient d’avoir place? Je regrette l’absence des élements programmatiques et stratégiques mis en avant par l’ancienne section du SU en Israël/Palestine dans son temps: l’appel pour la féderation socialiste du Moyen Orient comme horizon et la réconnaissance explicite d’un fait national judéo-israélien comme condition nécessaire pour le ralliement des masses hébreues au procès revolutionnaire. Ces élements, formulés face aux limitations du programme de l’OLP, sont toujours d’actualité à mon avis, et ce serait nécessaire de les reprendre, même si les droits nationaux des juifs israéliens ne sont pas menacés aujourd’hui. Je voudrais lire aussi ton analyse des manifestations des derniers jours à Gaza
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