L’offensive de l’armée israélienne sur Gaza est une entreprise d’écrasement qui vise de fait, et ses auteurs le savent très bien et l’assument, la population. Bien que le discours de Netanyahou ne soit visiblement pas le seul dans le cabinet d’union nationale israélien, la pure logique non politique de vengeance dont il se réclame est ce qui détermine cette offensive, et est en contradiction ouverte avec toutes les normes de droit. Les pogroms du Hamas du 7 octobre ne légitiment pas cela, et avaient d’ailleurs pour but de provoquer cela.
Dans cette situation, le système contre-révolutionnaire iranien, qui s’est étendu sur la région pour écraser la révolution syrienne (avec l’aval de Washington et en introduisant la force militaire russe), est placé devant le choix dont il a lui-même créé les conditions : attaquer à son tour et s’engager dans la guerre avec les États-Unis, ou “attendre” que le massacre des Gazaouis se poursuive en misant sur la chute, l’un après l’autre, des dominos géopolitiques contre le supposé “camp occidental” et du côté du soi-disant “sud global”, exploitant donc le massacre de Gaza pour cimenter l’alliance d’une éventuelle guerre mondiale.
Ce basculement est bien engagé de la part d’Erdogan, alors que la Turquie est membre de l’OTAN et hésite, oscille depuis 2015. La “Nakba” du Karabagh-Artsakh a fortement déplu (pas par humanitarisme évidemment) au régime de Téhéran, mais Erdogan aujourd’hui a ouvertement basculé dans un camp qu’il définit comme religieux et antisémite. L’histoire retiendra qu’après que les pogroms du 7 octobre aient émis le message que la Shoah peut se répéter, les panneaux “interdits aux Juifs” ont fait leur apparition à Istambul aujourd’hui.
Moscou exploite également cette situation dans laquelle son rôle obscur initial fait de moins en moins de doutes. L’offensive d’Avdiivka a été lancée au moment même où se produisait la provocation et les pogroms du Hamas. Elle avance peu, elle serait, selon les annonces, crédibles, du ministre ukrainien de la Défense, le tatar Umerov, 5 fois plus meurtrière pour l’armée russe que pour l’armée ukrainienne, MAIS elle achève d’effacer la perception d’une contre-offensive ukrainienne engagée théoriquement depuis le 6 juin dernier, juste après le sabotage du barrage de Nova Kakhovka.
Moscou a officiellement reçu le Hamas après les pogroms du 7 octobre, ce dont le « pote à Poutine » Netanyahou aura à rendre compte un jour. Deux dominos branlent aussi en Europe centrale, à savoir la Hongrie d’Orban et la Slovaquie de Fico, ce mafieux corrompu qui dénonce l’ “Ukraine corrompue” …
Par contre, dans les configurations/reconfigurations diplomatiques s’articulant autour de Gaza et autour de l’Ukraine, Modi et l’Inde se situent dans le “camp anti-Hamas” – ce qui veut dire danger grave pour les musulmans indiens …-, renforçant les espoirs nord-américains d’une Inde ne se rangeant pas dans une triple alliance avec Beijing et Moscou.
Le discours de Biden vendredi dernier a mis sur le même plan Ukraine et Israël d’une part, Hamas, Iran et Russie d’autre part. Zelensky s’est évidemment aligné sur ce discours qui contient la demande au Congrès d’une forte relance de l’aide militaire, alors qu’en fait la ligne diplomatique ukrainienne jusque là n’était pas aussi pro-israélienne qu’on pourrait le croire (elle se fondait sur la demande de dénucléarisation, de la part de l’Ukraine, seule « puissance nucléaire » qui s’est dénucléarisée, en 1994, et sur l’évacuation de la Cisjordanie).
Mais d’autre part, le discours de Biden ne disait volontairement rien de la Chine, et formulait l’idée de ne pas « refaire les mêmes erreurs qu’après le 11 septembre 2001 », ce qui n’est pas rien.
Force est de constater que la ligne de Biden, tout en laissant de fait les Gazaouis pris au piège tout en préconisant de les aider “humanitairement” à se faire massacrer, vise effectivement à contenir l’emballement vers la guerre mondiale.
Toutefois, elle est elle-même juchée sur un équilibre précaire aux États-Unis mêmes, en proie à une crise de régime, une crise constitutionnelle, ouverte par Trump, non résolue et qui s’aggrave actuellement.
Dans cette situation globale, il faut noter que Beijing a émis deux signaux sur la ligne « wait and see » plutôt que sur la ligne « on va peut-être profiter des deux guerres la-bas à l’ouest pour sauter sur Taïwan ». Juste après, d’ailleurs, un bisbille avec la flotte philippine et une collision évitée entre un avion de chasse chinois et un B52 américain au dessus de la mer “de Chine”.
Les deux signaux sont l’annonce d’un sommet prochain Xi Jinping/Joe Biden et l’officialisation de l’éviction du ministre de la Défense Li Shangfu, qu’on ne voyait plus depuis août.
Tel est l’état des lieux ce soir des tendances à la guerre mondiale. Et ce qui devrait nous faire enrager est que ceci soit un commentaire, une analyse, nécessaires mais insuffisants. Le potentiel de survie et de volonté de vivre en paix de l’humanité doit se cristalliser dans un internationalisme actif, pour sauver Gaza, pour la victoire ukrainienne, pour ouvrir d’autres perspectives et, tout de suite, s’occuper sérieusement de la couche atmosphérique et biologique dans laquelle nous vivons, à laquelle l’accumulation du capital, cause finale des pulsions de guerre mondiale, a mis le feu. C’est cela dont il faudrait s’occuper.
VP, le 28-10-2023, soir.
Le pogrom du Hamas ?, Vincent faut pas écrire quand on ne connait pas la réalité du terrain…La lutte armée palestinienne, t’as entendu parler ? Les camps palestiniens au sud Liban, t’as pu visiter ?
Non, bien sûr et voilà comment un trotskiste respectable se vautre dans la propagande occidentale !
Israël terroriste, Macron complice, voilà ce qu’on a crié majoritairement dans notre dernière manif, dans notre trou provincial.
Les grandes analyses, ouh là là.
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Tervidesert, faut pas écrire quand on ne connait ni le sens des mots, ni la réalité du terrain. Renseigne-toi sur ce qu’est un pogrom, si possible avant de te réveiller dans un petit camp de concentration …
Cela aidera aussi, immédiatement, à défendre sérieusement le peuple palestinien …
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« Avant le Hamas, il y a le blocus, il ne faut jamais oublier ça. Si le Hamas peut contrôler Gaza, c’est grâce au blocus. » Jean-Pierre Filiu, historien, auteur d’une « Histoire de Gaza ».
Le Hamas s’est développé « grâce à la complaisance des autorités d’occupation qui considéraient que c’était un contrepoids aux nationalistes de l’OLP (organisation de libération de la Palestine) ».
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Concernant ton ultime paragraphe, Vincent : APLS, c’est une plateforme de débats stimulante, avec de surcroît des contacts internationaux importants et des aides concrètes apportées aux camarades qui matérialisent cet internationalisme que tu prônes, mais qui demeure cependant pour le moment à l’état embryonnaire. Pour filer la métaphore, cet embryon n’aurait-il pas besoin, pour se développer, de la matrice d’une organisation plus importante numériquement? À défaut d’imaginer intégrer le POID (point d’achoppement : Ukraine) ou le NPA (problème : Hamas), qu’est-ce que vous pensez, à APLS, de l’UCL, par exemple? (Je dois cependant avouer que je ne me suis pas renseigné sur leurs positions depuis un bout de temps.)
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Le point d’achoppement c’est qu’à l’occasion de l’agression de Poutine en Ukraine, l’explosion des dépenses d’armement a déferlé à l’échelle planétaire, explosion préparatoire à une éventuelle troisième guerre mondiale !
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Ruffin et « Picardie debout », à étendre géographiquement avec la création d’autres comités régionaux / départementaux du même type?
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« Il est par ailleurs inconcevable de confisquer une souffrance palestinienne vieille de 75 ans avec la récupération qui est faite aujourd’hui par le Hamas. Pour nous, c’est la double peine.
Côté israélien, c’est d’un cynisme sans nom : c’est Nétanyahou lui-même qui a soutenu le Hamas, car l’organisation islamiste était perçue comme rivale du Fatah [parti nationaliste palestinien fondé par Yasser Arafat – ndlr]. Voilà ce qu’il déclarait par exemple en mars 2019, comme l’a rappelé récemment un article d’Haaretz : « Quiconque veut contrecarrer la création d’un État palestinien doit soutenir le renforcement du Hamas et transférer de l’argent au Hamas. » Israël a une responsabilité majeure dans la création de l’organisation islamiste. Ce sont les autorités israéliennes qui ont nourri le monstre.
Nous subissons avec ce blocus une punition collective. Nous qui utilisons le droit international et la voie diplomatique, qui nous battons depuis des dizaines d’années pour un État laïque, nous nous trouvons face à des autorités qui ont soutenu le Hamas… et qui aujourd’hui nous bombardent. »
https://www.mediapart.fr/journal/international/291023/rima-hassan-nous-subissons-une-punition-collective?utm_source=global&utm_medium=social&utm_campaign=SharingApp&xtor=CS3-5
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Il s’agit de pogroms, et refuser de l’admettre s’appelle négationnisme.
Erdogan fait beaucoup de bruit et de blabla, mais il vient surtout d’autoriser la Suède à entrer dans l’Otan (enfin), c’est pour ça qu’il roule des mécaniques, pour dissimuler le plus important : il est dans le camp américain. La puissance Occidentale est donc objectivement renforcée, malgré la surface des discours.
Pour ce est de la « guerre » « mondiale », il semble donc que le Liban et l’Iran tergiversent, malgré leurs menaces et grands discours, trop souvent pris au sérieux. Quant à la Chine, il faut prendre acte du fait qu’elle ne profite pas de l’actuel moment de fragilité pour attaquer (effets de surprise, double front, manque d’armes, opinions publiques en partie fatiguées ou hostiles). L’hypothèse d’une « guerre mondiale », d’un front uni défiant l’Occident semble donc invalidée par la situation.
La question est plutôt de savoir combien de temps Israël va encore supplicier les Palestiniens, avant que les autres Occidentaux ne lui impose de se calmer un peu.
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