Le sommet de l’OTAN à Vilnius vient d’avoir lieu. Macron a plastronné à propos de ses promesses d’envois de missiles SCALP et certains campistes ont à nouveau hurlé. C’est plutôt un non-évènement : la France doit tenir « sa place » en alignant quelques missiles qui correspondent aux Storm Shadows déjà livrés de longue date par le Royaume-Uni. Il n’y a de même rien de nouveau concernant l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN.
Prendre les déclarations rituelles pour un grand soutien occidental, chez les uns, ou pour une « guerre par procuration contre la Russie », chez les autres, ne fait que signaler leur éloignement de la réalité sociale et politique des peuples.
Voilà qui nous donne l’occasion de nous livrer à une petite revue des courants campistes « d’extrême-gauche ».
Nous commencerons avec … Sophia Chikirou : elle n’est pas d’ « extrême-gauche », mais, avec Manuel Bompard et le POI elle tient les clefs de la maison à LFI, et ses messages – car Sophia Chikirou intervient politiquement en tweetant – sont souvent, dans leur côté brut de fonderie, un bon résumé de l’idéologie ambiante…
Donc, elle tweete : « La France va aider l’Ukraine à envoyer des missiles en Russie et le même jour, l’Ukraine prétend rejoindre l’OTAN. Macron va finir par nous entraîner dans une guerre contre la Russie. La profondeur d’une guerre mondiale décidée contre les peuples… » Pour S. Chikirou, la guerre est menée par l’Amérique contre « les peuples », c’est-à-dire contre la Russie !
Quant au POI, il vient d’organiser une « conférence européenne contre la guerre, contre la guerre sociale », et en résume ainsi l’orientation : « Il ne s’agit pas d’une guerre entre les peuples ukrainien, russe ou autre. Ce sont les gouvernements bellicistes sous commandement américain qui entrainent tous les pays européens toujours plus loin dans cette guerre ! » De plus en plus clairement aux côtés de l’impérialisme russe, Informations Ouvrières est naturellement parti en campagne contre les « armes à sous-munition », que l’Ukraine n’a pas encore utilisées, et sur lesquelles IO n’a jamais signalé ni protesté contre leur utilisation russe en Ukraine depuis des mois et des mois. Intervenant d’honneur auprès de cette conférence : Sara Wagenknecht, engagée en Allemagne dans la construction d’une nouvelle alliance politique allant jusqu’à l’extrême-droite « contre la guerre », et aussi pour « arrêter l’immigration ».
Le POID n’est pas en reste : lui aussi est soudain vent debout contre les armes à sous-munitions, et affirme que le sommet de l’OTAN a franchi une étape dans « l’escalade ».
Même chose à Lutte Ouvrière : là, ce sont « les Etats les plus riches de la planète », les « puissances impérialistes », qui font la guerre. Car chacun sait que la Russie et la Chine ne sont pas impérialistes, que les capitalistes y sont moins capitalistes et les riches moins riches. Quant aux Ukrainiens, ils n’existent pas (Poutine le sait bien).
Avec un vocabulaire un peu différent, et surtout de façon beaucoup moins bavarde – comme si cette guerre était une routine dont ils n’ont pas envie de parler – c’est encore la même chose du côté du NPA « C » et des fractions qui le constituent. La plus bavarde est Galia Trèpère pour la fraction « Démocratie révolutionnaire », qui titre ainsi son article du 16 juillet : « Sommet de Vilnius : face à l’agression de Poutine contre l’Ukraine, l’Otan intensifie sa guerre contre la Russie et affiche son expansionnisme au service des vieille puissances impérialistes. », l’article suivant ce titre étant une déclinaison de chacun de ces membres de phrase. On remarquera qu’ici, Chine et Russie sont impérialistes, mais pas « vieilles », ni dominants, et qu’il y a bien une « guerre de Poutine » mais qui n’est que le prétexte : tout soutien au peuple ukrainien est tenu pour une participation à la guerre de l’Otan contre la Russie, donc c’est réglé !
On est plus bavard du côté de Révolution permanente (le « Courant Communiste Révolutionnaire » affilié au courant international dirigé par le PTS argentin, qui est sorti du NPA le premier en 2021). Mais c’est le genre de la maison : les articles reprenant des données sociologiques, géopolitiques, etc., y sont nombreux. Quelle orientation ? Citons la conclusion de l’article de Philippe Alcoy du 14 juin, Contre-offensive ukrainienne, et maintenant ? :
« Ni la diplomatie impérialiste et encore moins la poursuite de la guerre ne sont des perspectives un tant soit peu progressiste pour la classe ouvrière et les classes populaires en Ukraine et en Russie. Au contraire, face à l’absence d’une quelconque alternative progressiste et de classe, c’est-à-dire révolutionnaire, pour les travailleurs, l’Ukraine (et la Russie) se dirige vers une période d’énormes reculs et d’attaques contre les conditions de vie de millions de prolétaires. Une période qui pourrait se révéler encore plus catastrophique que celle qui a suivi la fin de la Guerre Froide et la restauration du capitalisme dans toute la région, même si cette guerre est une sorte de suite de cette période de restauration capitaliste. Encore une fois, éviter que cette barbarie retombe sur les épaules des travailleurs, de leur capacité à s’organiser et à adopter une politique d’indépendance de classe et révolutionnaire face aux plans réactionnaires des bourgeoisies nationales et des impérialistes. »
On voit mal comment les épaules des travailleurs pourraient éviter quoi que ce soit avec une telle analyse dépourvue de toute perspective, frappée au sceau de la nostalgie de l’URSS d’antan. La révolution devient ici un colifichet que l’on agite, mais pas une question posée réellement ici et maintenant, comme question du pouvoir politique dans chaque pays dont la France et à travers, justement, la « poursuite de la guerre » en Russie et en Ukraine. Du coup, la conclusion pratique est la même que pour tous les courants précédemment énumérés : au mieux, ne rien faire, au pire, militer contre l’aide à l’Ukraine.
Ayant fini cette petite revue, posons maintenant une devinette. TOUS les courants politiques que nous venons de mentionner ont passé sous silence le PRINCIPAL fait d’arme militaro-impérialiste de MACRON, donc de l’impérialisme français, effectué en marge du sommet de l’Otan et à l’occasion de la fête nationale française. TOUS sont scandalisés peu ou prou par ce Macron qui aiderait l’Ukraine, cette Ukraine pourvue d’armes à sous-munitions, etc., etc. Pendant ce temps …
Pendant ce temps, Macron annonce en recevant son invité d’honneur le leader ethno-nationaliste Narendra Modi, persécuteur des musulmans et ennemi de tous les droits sociaux, la vente à l’Inde de 26 Rafales, 3 sous-marins, avec un « partenariat stratégique » en prime.
PAS UN MOT là-dessus dans aucune des publications énumérées précédemment (peut-être des entrefilets, et encore ; seul Révolution permanente consacre un article à Modi, mais, académique, sociologique, intéressant, cet article signale les relations franco-indiennes en matière d’armements en oubliant de parler du fait précis des ventes d’armes ici et maintenant qu’ont annoncées Macron et Modi !).
Mesurons bien : l’ « aide » de Macron à l’État indien de Modi, par ailleurs premier client de Poutine en armes et en pétrole, représente une transaction approximative de 61 milliards d’euros (à la louche : le prix d’un Rafale est évalué à 2 milliards et celui d’un sous-marin Scorpène à 1,6 milliard). A comparer avec les 700 millions et quelques que représentent à ce jour l’ « aide à l’Ukraine », française, qui n’est pas gratuite. On voit bien là où SONT les intérêts militaro-financiers de l’impérialisme français.
Il est vrai que ce « partenariat » n’a pas pour cadre l’Otan et que « la France » y opère en toute « indépendance ».
Il y a de quoi s’interroger, en tout cas, sur la nature de l’indépendance de classe que nos campistes se voulant au-dessus des camps prétendent préconiser envers l’Ukraine : indépendance de classe ou indépendance « nationale » ?
C’est quand on fait de l’internationalisme une abstraction que l’on tombe dans la véritable union sacrée …
Brizon, le 17/07/23.
Tout à fait d’accord avec cette analyse, incroyable aveuglement devant le régime impérialiste et colonialiste de Poutine… je ne comprends toujours pas comment on peut concilier internationalisme et non soutien à la résistance ukrainienne.
Face à Modi… rien à rajouter.
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tu confond les ex courants du NPA. tu dis B pour C. Ok c’est pas simple, mais lis l’Anticapitaliste (journal hebo du NPA) : il est pour le soutien inconditionnel à la résistance ukrainienne. Et il dénonce MODI
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Le B a été remplacé par le C avant ton message, la confusion ne portant que sur les lettres et pas sur les courants, ce que la lecture de l’article montre à l’évidence : lis-le. Donc pas la peine de faire un numéro sur le fait que l’auteur n’aurait pas « lu l’Anticapitaliste » qui n’est justement pas critiqué dans cet article. vu son sujet.
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Merci pour ce panorama des tendances campistes à l’extrême gauche. J’aurais aimé que tu mentionnes la fraction campiste du Monde Diplomatique, qui inspire de nombreux militants d’ATTAC, des collectifs de solidarité Palestiner, et des personnalités « non-encartées » influentes. JB
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