Présentation

Pour illustrer comment l’Ukraine et sa lutte pour la liberté incitent bien des milieux, ici celui des occitanistes du Partit de la Nacion Occitana (PNO), à se positionner, nous reproduisons à titre de document cet éditorial récent du « Lugarn » (Étoile du matin qui lève) en soutien à l’Ukraine.

La question des nations sans état soulève la question de l’État. Or, cette question est décisive pour les marxistes, pour les partisans de l’émancipation et tous ceux qui veulent vraiment changer le monde.

Document

Éditorial en français du N°146 de Lo Lugarn – Lou Lugar :

L’indépendance des nations européennes sans État est-elle une utopie ? 

Si les langues de l’Europe qui sont les indices synthétiques des nations ou ethnies selon François Fontan se sont stabilisées à partir du 9ème siècle, elles n’ont pas pour autant donné toutes naissance à des États ethniquement homogènes.

Si on prend le cas de la France, initialement, ce petit royaume d’une tribu germanique, les Francs (apparentés aux Néerlandais et Bas-Saxons actuels), stabilisé dans la région appelée ultérieurement Île de France, a progressivement étendu son territoire pour devenir par conquêtes militaires, par alliances matrimoniales ou par marchandages diplomatiques (éventuellement ‘validés’ par de pseudo-consultations populaires) le Royaume de France, puis l’Empire Français et aujourd’hui la République Française, dans le déni de son caractère multi-ethnique.

Ce processus qui a duré plusieurs siècles, s’est étendu au delà des mers, en Amérique du Nord (Louisiane et Canada), en Afrique du Nord (Maghreb), en Afrique noire et en Asie (Indochine) et s’est poursuivi en Europe, en 1860, par l’annexion du Comté de Nice et de la Savoie.

Suite au mouvement mondial de décolonisation du XXème siècle, accéléré après la seconde guerre mondiale, la France a perdu ce qui restait de son empire, parfois au prix d’un conflit sanglant comme en Algérie, mais a gardé ce qu’il faut bien appeler ses colonies européennes (Bretagne, Occitanie, Corse, Pays basque Nord, Catalogne Nord, le Westhoek flamand, l’Alsace, la Lorraine thioise) ainsi que quelques territoires lointains comme la Polynésie dite française, la Nouvelle Calédonie ou Kanaky, Mayotte, la Guyane et les Antilles (Martinique, Guadeloupe, St Martin, St Barthélémy …

Aujourd’hui la république française se déclare une et indivisible et monolingue et n’admet l’existence que d’un seul peuple en son sein : le peuple français. Il existe bien des partis et mouvements autonomistes et/ou indépendantistes en Bretagne, au Pays basque, en Catalogne, en Alsace et en Occitanie mais ils n’ont véritablement de poids électoral et ne sont parvenus au pouvoir qu’en Corse après une longue période de lutte armée clandestine.

La France et ses institutions jacobines, notamment le Conseil constitutionnel, veillent à maintenir le statu quo en n’accordant aucun réel pouvoir de gestion, même symbolique, à ses régions très technocratiquement découpées et en promettant une autonomie décaféinée à la Corse. Et là où l’indépendantisme est fort comme en Kanaky et surtout en Polynésie française, elle fait tout pour contrecarrer les velléités d’indépendance et la rendre complètement utopique.

La situation est-elle meilleure pour les Basques, les Catalans, les Galiciens et les Occitans aranais de l’État espagnol ?

Certes, les statuts d’autonomie sont enviables à l’aune du statut des régions françaises mais les indépendantistes catalans détenant pourtant le pouvoir chez eux se sont heurtés à l’intransigeance de Madrid et au refus d’intervention de l’Union Européenne lorsqu’ils ont unilatéralement déclaré leur indépendance.

Aujourd’hui, la menace de l’arrivée au pouvoir à Madrid du Partido Popular (droite) et de Vox (extrême droite) viscéralement anti-catalans n’est pas de bon augure pour les autonomies.

Au Royaume Uni, l’Écosse, où les nationalistes indépendantistes sont au pouvoir, a perdu un premier référendum sur l’indépendance. La demande d’en organiser un deuxième, après avoir largement voté contre le Brexit, est rejetée par le pouvoir central de Londres.

Au Pays de Galles, l’indépendantisme progresse sans atteindre le niveau de l’Écosse. On peut parier que ce même pouvoir, qu’il soit conservateur ou travailliste, empêchera par tous les moyens la réunification de l’Irlande qui poserait toutefois le problème des Écossais presbytériens de l’Est de l’Ulster.

En Belgique, État artificiel s’il en est, divisé entre la Wallonie francophone, la Flandre néerlandophone et avec une petite minorité germanophone, il existe chez de nombreux Flamands la volonté de créer leur État sans forcément s’intégrer au Pays bas.

On pourrait donner d’autres exemples de coexistence conflictuelle entre ethnies d’un même État. Mais qu’il s’agisse des États qui la composent ou de l’Union européenne, la règle est de pas contester le statu quo territorial hérité notamment de la 2ème guerre mondiale et considéré comme le garant de la paix.

C’est la même chose en Afrique où il n’est pas question de remettre en cause les frontières héritées de la colonisation pourtant sources de conflits ethniques meurtriers.

L’Union européenne a considéré le conflit entre la Catalogne et Madrid comme une affaire intérieure dont elle n’avait pas à se mêler. Aurait-elle changé d’avis si l’armée espagnole était intervenue pour rétablir l’ordre ? Ce n’est pas certain.

L’utopie étant par définition un projet dont la réalisation est impossible, devons-nous nous résigner à ce que l’indépendance d’une nation sans État soit impossible ?

Pour le Parti de la Nation Occitane, héritier de François Fontan, l’histoire de l’Europe et du monde nous enseigne que le statu quo territorial ne perdure quasiment jamais.

On se moquait de François Fontan lorsqu’il prévoyait l’éclatement de l’URSS et l’indépendance de l’Occitanie. La première n’existe plus depuis 1991 au grand dam de ses nostalgiques dont Vladimir Poutine. Quant à la seconde qui peut dire qu’elle ne verra jamais le jour ?

Pour que les conditions en soient réunies, il faut une progression sensible de la conscience nationale occitane.

Elle est possible à condition de démontrer aux Occitans que nous avons tout intérêt à nous séparer de la France pour gérer nos affaires chez nous : pouvoir d’achat, chômage, crise environnementale, protection sociale, sécurité, immigration, infrastructures, métropoles et périphéries et bien sûr une place digne à notre langue et notre culture.

Ce discours, seuls les indépendantistes occitans peuvent le tenir. Même s’ils ont le sentiment de prêcher dans le désert, qu’importe ! Si l’indépendance ne vient pas demain, elle sera pour plus tard pourvu que les militants conscients n’abandonnent pas la lutte pour la liberté des nations sous le joug.

Vive l’Occitanie libre !

Cлава Україні (Slava Ukraini)

Gloire à l’Ukraine