- La Vème République et ses panthéonisations !
La dépouille de Marat entre au panthéon quand les sections des sans-culottes et les clubs pèsent de toute leur détermination sur la Convention jacobine. Puis il en sort au seuil de la réaction thermidorienne, accusé alors de haute trahison. C’est dire que la désignation des « grands hommes », ayant « droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie » (1) est déterminée par les besoins de la classe qui dirige la société. Entre révolution et contre-révolution…
Il est facile de faire parler les morts, les présidents de la Vème République ne s’en sont pas privés : De Gaulle a fait rentrer Jean Moulin au panthéon en 1964 parce qu’il avait besoin de l’Union Nationale, de présenter l’image de la résistance de tout un peuple rallié au gaullisme en confortant les nouvelles institutions du pays. Car en 1963, la résistance ouvrière contre le régime grondait… Précédant le referendum de Maastricht, Mitterand a fait entrer les précurseurs de l’Europe néo-libérale, René Cassin et Jean Monnet en 1987 et 1988. Chirac dans la continuité du gaullisme historique y accompagna André Malraux. Par contre Sarkozy s’essuya un échec en proposant Albert Camus en novembre 2009 : les enfants de l’écrivain, particulièrement sa fille Catherine qui depuis a fait éditer les textes libertaires ainsi que les prises de position de militants anarcho-syndicalistes, ouvriers du livres, sur l’œuvre et l’action politique de son père, ont refusé catégoriquement la panthéonisation… Refus de la manipulation !
Après avoir imposé au pays une réforme combattue par l’écrasante majorité de la population et qui a vu des manifestations de rue comptant des millions de travailleurs, jeunes, chômeurs, Macron annonce la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian. Il aurait tort de se gêner : il a en face de lui une gauche dans toutes ses composantes, qui campe dans les institutions de la Vème République, qui n’en remet pas en cause la légitimité, car elles ont permis à Macron en s’appuyant sur les articles de la constitution, 49-3 et autres, de s’asseoir avec morgue sur la volonté populaire. Au moment où il prépare une loi contre l’immigration qui va encore durcir les conditions de vie de la fraction la plus pauvre et démunie en droit du prolétariat, il joue la carte de l’Union Nationale à travers cette panthéonisation « obscène ».
- Rappelons quelques faits
Rappelons quelques faits, car Manouchian et ses camarades, dans le contexte de la lutte contre l’Europe brune, appartiennent au monde des démunis, des sans- droits contre lequel Macron, fort de sa victoire sur les retraites, se prépare à frapper…
En 1959, le chanteur Léo Ferré fit connaître L’Affiche rouge au grand public. Le poème, tiré du Roman Inachevé se trouve à la fin du recueil et s’intitule Strophes pour se souvenir. Aragon écrit sur les 21 de la FTP-MOI, fusillés au Mont Valérien le 21 février 1944. Le service de presse de la Wehrmacht avait fait placarder sur les murs de la capitale cette affiche rouge devenue depuis célèbre, qui montrait les photos des membres du groupe et dressait le catalogue de leurs activités dites « terroristes ». Le responsable, Missak Manouchian, poète arménien et militant communiste, est entré dans la Résistance en 1941, au moment de la rupture du Pacte germano-soviétique. Il est affecté en février 1943 dans les FTP-MOI de la région parisienne et organise un réseau de militants d’origine juive, espagnole, polonaise, arménienne… tous internationalistes. Apatrides de statut, ils ont dû fuir la répression nazie et …stalinienne. Ils sont venus en France continuer la lutte en se mettant sous la protection du mouvement ouvrier. Le PCF les organise au sein de la MOI (Main d’œuvre Immigrée), différentiée des FTP (Franc Tireurs Partisans) … C’est déjà une séparation claire. A la Libération, les FTP deviendront les FTPF (Français). Saboteurs efficaces, ils prennent tous les risques. Le groupe exécute à Paris le général nazi Julius Ritter organisateur du STO. Ils tombent dans des conditions suspectes, qui susciteront bien des interrogations, en particulier dans les années 1980. Ce n’est pas faire injure à la vérité que de dire que, pour le moins, le réseau a été lâché par la direction du PCF se préparant à gouverner avec De Gaulle : des noms comme Grzywacz, Elek, Manouchian, Manoukian, Alfonso… cela fait désordre pour un parti d’un futur gouvernement d’union nationale. Staline avait donné l’orientation à Maurice Thorez lors du dernier entretien avant son retour en France : « pas de sottises, il faut soutenir De Gaulle ! » Jusqu’en 1955, la mémoire des 21 disparaitra de la politique officielle du PCF, c’est Pierre Juquin qui l’écrit et le reconnait. Juste un hommage discret tous les ans devant une plaque commémorative.
C’est en 1955, soit deux ans après la mort de Staline, que Jacques Duclos diligente une enquête sur le groupe Manouchian, en vue d’une inauguration de rue en l’honneur des partisans FTP-MOI. L’écrivain Didier Daeninckx (2), auteur du roman historique Missak, fait revivre le journaliste Louis Dragère, pseudo d’un personnage bien réel, chargé par Duclos d’approfondir la question. Pierre Juquin, qui fut un responsable national du PCF et de surcroit parlementaire, retrace :
« Au total plusieurs milliers d’immigrés et d’étrangers ont, dans la Résistance, défendu et honoré la France, mais ils ont longtemps été méconnus ou occultés dans les années qui ont suivi la Libération, tant par la mémoire gaulliste, que, dans une certaine mesure, par la mémoire communiste officielle… (3)
En fait 70% de la résistance organisée dans les FTP et MOI sont d’origine étrangère…
Et il ajoute :
Dans sa poésie de la résistance, Aragon a entendu Jeanne filer, Roland sonner le cor. Il a senti le souffle de l’an II, et même retrouvé la légende d’un aviateur de 1914-1918… Mais la triste vérité le poursuit : il n’a pas chanté Manouchian, à l’égal de Péri ou Politzer ! Pourquoi ce criant oubli ? Du communisme national il ne démordra jamais. Mais qu’est-ce que la nation ? En a-t-il donné une vision assez large, assez juste, sans chauvinisme ? Aragon souffre, il s’interroge. Il aurait dû. Il invente cette expression superbe : Français de préférence. » (4)
On imagine l’étonnement de Jacques Duclos, qui est en fait dans la direction du PCF, celui qui a été l’agent de Staline dans le parti français, en face de ce qu’il va découvrir. Rappelons que dans les années 1938-1940 ont transité par le parti français et par la personne de Duclos un certain nombre de préparatifs qui faciliteront l’assassinat de Léon Trotsky au Mexique. Charles Tillon, qui fut l’organisateur de la résistance armée communiste, refusa toujours par méfiance de transmettre à Duclos le fichier des FTP-MOI…
Louis Dragère découvre le personnage d’Armenak Dav’Tian, ex-président de la république soviétique d’Arménie et entré en dissidence sous Staline. Rappelé à Moscou, Il s’enfuira avant d’être exécuté parce qu’il appartenait à l’opposition de gauche trotskyste. Il émigre à Paris, milite avec le fils de Trotsky, Leon Sedov, puis rejoint ses frères arméniens dans la résistance FTP-MOI. Il rompt avec les militants trotskystes français pour ne pas les exposer. Missak Manouchian connaissait parfaitement cette trajectoire. Il intègrera Dav’Tian en 1943 dans le détachement arménien, s’opposant ainsi à toutes les consignes politiques de la direction du PCF et de Jacques Duclos. Il faut rappeler à l’époque que les trotskystes étaient dénoncés comme des hitléro-trotskystes, alliés du Mikado ou de la Gestapo et qu’il fallait les éliminer. Découverte troublante de Dragères lors d’une rencontre avec Aragon : il consulte le 25 décembre 1954 l’original de la lettre envoyée par Missak à son épouse Mélinée avant d’être fusillé et que celle-ci a transmise à Aragon. Elle se conclut dans les termes suivants :
…Aujourd’hui il y a du soleil, c’est en regardant au soleil et à la belle nature que j’ai tant aimée que je dirai Adieu ! A la vie et à vous tous ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal, sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et à ceux qui nous ont vendus.
Ce paragraphe a été modifié pour des raisons politiques. Pierre Seghers avalise en 1974 la version officielle qui devient (5) :
…Aujourd’hui il y a du soleil, c’est en regardant au soleil et à la belle nature que j’ai tant aimée que je dirai Adieu ! A la vie et à vous tous ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je t’embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près…
Les quelques lettres que nous avons de Manouchian se terminent toujours par : vive le mouvement ouvrier international ! Manouchian et ses camarades meurent en internationalistes. De même que Jean Pierre Timbaud le 22 octobre 1941 à Chateaubriant était tombé après avoir crié : vive le parti communiste allemand ! donnant par-là la dimension internationaliste de son combat de communiste et de syndicaliste. Lors du procès de Riom, Léon Blum, face aux juges diligentés par Vichy, le fait mourir chantant la Marseillaise !
Si l’on compare la lettre d’adieu écrite par Missak à sa femme Mélinée, on ne trouvera aucune trace de salut cocardier ou de nationalisme. Aragon prétendra avoir retranscrit dans ce poème ce que l’auteur y a écrit :
…Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense… (6)
Ces deux vers sont effectivement fidèles aux positions de Missak :
Bonheur à tous, bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand…
Par contre la fin du poème est conforme à la politique cocardière du PCF peu conforme à ce que fut le groupe Manouchian :
…Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant
Ainsi donc aujourd’hui ce répugnant personnage qui dirige l’État, va y aller de son couplet sur l’union nationale, sur ces résistants apatrides que la France accueille dans son sein. Imposture « obscène », le qualificatif est utilisé par une dénonciation de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP). Lors de l’élection de Nicolas Sarkozy, le MEDEF avait produit un texte manifeste fixant la feuille de route du président : rompre le pacte social issu du programme du CNR et remettre en cause tout ce que la bourgeoisie française avait dû concéder au prolétariat après 1945. Sarkozy n’y est parvenu que sur les marges. Macron roule les mécaniques et veut aller au bout. C’est sur fond de défaite ouvrière sur les retraites mais aussi de crise de régime qu’il continue à avancer.
Missak Manouchian, d’Armenak Dav’Tian et leurs camarades étaient des révolutionnaires internationalistes ! Ce sont les nôtres ! Ils ont fait le choix de la résistance armée à un moment où il fallait oser le faire ! Ne laissons pas salir leur mémoire par un enfant de Pétain !
- Un poème de Manouchian :
Cette adresse à ses frères immigrés, qui aujourd’hui nous frappe au cœur par son actualité (7) :
Restons éveillés
Aux travailleurs immigrés.
Quand je vois vos visages bronzés
Fouettés sans cesse par le vent et la pluie
Et de vos yeux les songes fluides, la flamme sublime
Votre âme coule dans mon âme. Comment ne pas vous chanter…
Vous êtes venus au monde dans d’humbles chaumières
Les champs immenses ont rempli vos cœurs d’incoercibles désirs,
Les montagnes vous ont appris à être fiers, indomptables,
La terre maternelle a rempli vos artères de sa sève féconde.
Mais emportés par la fureur sauvage du simoun,
Comme des fleurs arrachées aux buissons qui les portent
Et qui se dispersent au gré du vent
Vous avez tendu votre toile vers tous les rivages de la vie.
Attention Camarades !… L’ennemi est toujours le monstre
Qui, comme la sangsue ou le ver rongeur,
Boit le sang de nos bras qui peinent sans arrêt.
Telle une hyène prête à tout dévorer.
Sous le masque de la foi il verse à ses victimes
Le poison de la corruption et de l’ignorance
Et, semeur de mensonges et de haines raciales,
Il attire des foules les passions criminelles.
Que les flambeaux de la conscience éclairent nos esprits !
Que le sommeil et la lassitude ne voilent point nos âmes !
À tout moment l’ennemi change de couleur et de forme
Et nous jette sans arrêt dans sa gueule inassouvie.
Notes :
(1)Victor Hugo, Hymne, extrait gravé sur une des façades du panthéon.
(2) Pierre Daeninck (né en 1949) est l’auteur d’enquêtes historiques et se définissant depuis 1990 comme communiste libertaire. Le roman Missak est publié en 2009.
(3) Aragon, un destin français (en 2 tomes), Editions de La Martinière, 2013. Volume 2, page 507.
(4) Ibidem, page 509.
(5) La Résistance et ses Poètes, Seghers, page 314.
(6) La Lettre d’adieu à Mélinée peut être consultée à l’adresse suivante : http://pcf.evry.pagesperso-orange.fr/manoulettre.htm
(7)Texte extrait de l’ouvrage de Pierre Seghers, « La Résistance et ses Poètes », Ed.P.Seghers, page 553. Republié récemment par les éditions Bruno Doucey.
Merci à Robert pour ce texte sur Manouchian.
On pourrait y ajouter que le poème « L’affiche rouge » d’Aragon est une illustration parfaite de l’ambiguïté répugnante de ce personnage, poète exceptionnellement doué et stalinien abject.
Son poème « L’affiche rouge » comporte, comme souvent chez lui, et notamment dans le « Roman inachevé », un mélange de fulgurances inoubliables:
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants
et de propagande patriotico-stalinienne:
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.
J’ignore si Manouchian et ses camarades ont crié « La France » en s’abattant, mais, même si c’est le cas (c’est bien en France que cet ancien rescapté du génocide arménien s’était réfugié, et il avait demandé par deux fois la nationalité française), terminer le poème par ce vers est trahir le message clairement internationaliste de son groupe et de son action.
Quant au vers
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand
qui lui est conforme à leur mémoire, c’est le message que mon grand-père résistant fusillé dans un champ de Haute-Savoie avec ses camarades par la Gestapo avait transmis à mon père, qui me l’a transmis dès mon enfance, dès que j’ai pu comprendre ce que le mot « fusillé » signifiait.
Alain
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Salut et respect aux internationalistes !
La nation c’est le cœur du drapeau de la bourgeoisie, c’est au nom de la nation qu’elle entraîna peuple parisien, sans culottés et paysans pour mettre à bas l’ancien régime, c’est au nom de la défense de la nation qu’elle tira sur le peuple avec la garde nationale, c’ est en défense de la liberté du commerce qu’elle guillotine la gauche parisienne, hebertistes, enragés, etc. tous ceux qui voulaient ouvrir la voie du socialisme avec les lois du maximum… Les stals n’ont rien à voir avec le socialisme, ils abandonnèrent la lutte pour protéger la minorité de privilégiés constitués par Staline après que la direction bolchevique révolutionnaire ait lâché les soviets et la démocratie directe en mars 1921, paniquée par la dureté de la guerre civile.
Heureusement les vietnamiens ont rétabli l’espoir en infligeant à l’impérialisme U S une défaite sans appel en 1974 !
1974 une date bien plus importante que 1968 !
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La manœuvre de Macron est répugnante… alors qu’il vient de s’entendre avec Melina sur le dos des migrants !
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Le Locle, le 5 Messidor 231
(23 juin 2023)
L’article de Robert Duguet sur la profanation que représente l’entrée de Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon (sur les marches duquel, en mai 1871, fut fusillé le socialiste Millière – ce que rappelait Paul Vaillant-Couturier dans un article de L’Humanité, suite à la panthéonisation de Jean Jaurès) n’appellerait de ma part que des éloges s’il ne contenait un point erroné. Robert Duguet écrit: « La dépouille de Marat entre au panthéon quand les sections des sans-culottes et les clubs pèsent de toute leur détermination sur la Convention jacobine. Puis il en sort au seuil de la réaction thermidorienne, accusé alors de haute trahison ».
La réalité est plus complexe, comme le signale la plus récente biographie de Jean-Paul Marat (votre compatriote et le mien, puisqu’il naquit à Boudry, dans la principauté de Neuchâtel, devenue ultérieurement canton suisse, en 1743): « La réaction thermidorienne commença par déguiser sa nature véritable sous des professions de patriotisme révolutionnaire et – comble de l’ironie – se servit du culte de Marat pour cela. Le saint révolutionnaire Marat était opposé au ‘dictateur’ couvert d’opprobre Robespierre. C’est ainsi que le 21 septembre 1794 la Convention tout entière défila en procession derrière les cendres de Marat pour les porter au Panthéon. Cette manipulation cynique du symbolisme révolutionnaire atteignit son but, déroutant et démobilisant encore un peu plus les sans culottes.
« Moins de cinq mois après avoir fait entrer ses cendres au Panthéon, la Convention fit volte-face et les fit retirer. Des sources hostiles affirmèrent qu’elles avaient ensuite été jetées à l’égout. Que ce détail soit vrai ou non, l’histoire montre bien qu’en février 1795 les Thermidoriens n’avaient plus besoin de faire croire qu’ils poursuivaient la révolution. Le culte de Marat fut abandonné et laissa place à la légende noire du monstre sanguinaire » (Clifford D. Conner, Marat savant et tribun. Paris, La Fabrique, 2021)
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Le Locle, le 6 Messidor 231
(24 juin 2023)
Quelques compléments à mon précédent courriel:
1) Une déclaration de l’Union française juive pour la paix, intitulée: « Une OQTF [obligation de quitter le territoire français] pour Manouchian »: https://ujfp.org/une-oqtf-pour-manouchian/.
Ce texte relève l’hypocrisie fondamentale – hommage du vice à la vertu – d’Emmanuel Macron, pour qui la panthéonisation de Mélinée et Missak Manouchian relève d’une opération politique de bas étage.
2) Le lectorat de Arguments pour la lutte sociale sera sans doute intéressé à prendre connaissance de l’article de Paul Vaillant-Couturier (indépendamment de ce que l’on peut penser de la trajectoire du PCF et de Vaillant-Couturier lui-même). En voici les références: https://solidarites.ch/archives/ne/tribune/481-l-operation-pantheon.html. Ce texte a été publié en 2014, à l’occasion du centenaire de la mort de Jean Jaurès.
3) Enfin, dans le texte de Dominique Boury, une erreur de plume lui fait écrire: « Mélina » à propos de la personne avec qui s’est entretenue récemment le « méprisant de la République ». Il s’agit bien entendu de la première ministre italienne, la néo-fasciste Giorgia Meloni…
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Poursuivre la discussion contre ceux qui salissent Manouchian et ses camarades !
Merci au camarade Hans-Peter Renk qui m’écrit du Locle en Suisse des précisions qu’il donne sur Marat et sa brève panthéonisation. Les choses sont un peu plus compliquées pour qui a travaillé en historien sur cette période. Certes… Ceci dit mon propos visait simplement à attirer l’attention sur le fait que la bourgeoisie utilise le plus souvent les dépouilles des grands disparus pour justifier sa politique à un moment donné de ses rapports avec le prolétariat.
Même la panthéonisation de Victor Hugo, quelques jours après son décès survenu le 22 mai 1885, intervient au moment où le gouvernement républicain où siège un Jules Ferry, alors partisan acharné de l’expansion coloniale, a besoin d’une manifestation d’union nationale. Pour un peuple issu de la Commune de Paris, Hugo c’est Jean Valjean, c’est les combats d’une vie pour la défense et promotion des lois sur l’instruction publique, le combat contre la peine de mort, le combat pour défendre le droit donné au prolétariat de se représenter au sein du grand corps de la République, et beaucoup d’autres choses… Paul Lafargue, de sa prison, dirigeant du Parti Ouvrier Français de Jules Guesdes, dénonce la manifestation de panthéonisation de Victor Hugo d’union sacrée, au cours de laquelle le drapeau noir des anarchistes fait bon ménage avec le bleu-blanc-rouge des versaillais. Mais il le fait, comme le font les guesdistes, sur le terrain du sectarisme… et non de s’appuyer sur l’acquis que représentent bien des positions du grand homme. Je précise ce point car je pense que bien des positions de l’extrême gauche française et au-delà, est le plus souvent engluée dans le sectarisme séculaire du guesdisme…
Je ne vois pas en quoi mes connaissances aléatoires sur Marat (ce dont le pauvre « pêcheur » que je suis confesse humblement ses insuffisances !) infirme le propos général tenu dans mon article. A savoir la politique de la bourgeoisie et de ses lieutenants « ouvriers » (Mitterand en particulier), a toujours cherché à recoller les morceaux de l’Union Nationale autour des institutions du « coup d’Etat permanent ». En ce sens, dans la crise actuelle du macronisme, la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian s’avère particulièrement « obscène », puisqu’elle procède d’un régime, assujetti aux besoins des néo-libéraux, saccageant tout ce qui demeurait des acquis ouvriers gagnés par les larmes et le sang et contenus dans le programme du CNR. Cette liquidation est assumée par un président qui va consciemment au bout de la barbarie, et qui doit être caractérisé comme un « enfant » de Pétain !
S’ajoute ici une autre prise de position, celle du Fil Rouge (https://lefilrouge.info/), journal numérique créé par le PCF et ce jour sous la signature de Fabien Roussel, secrétaire national. Au nom d’une « certaine idée de la France », dans laquelle il embrigade les 21 internationalistes de l’Affiche rouge et se félicite que « Missak et Mélinée reposent à jamais dans ce haut lieu de notre histoire républicaine ». Le stalinisme n’est pas mort : ce qu’écrit Fabien Roussel est en conformité avec ce que les dirigeants Maurice Thorez et Jacques Duclos défendaient après la Libération. Gommé le régime du macronisme ! Idem pour Mélenchon qui est satisfait de cette initiative sous l’angle de l’intégration de ces « étrangers » qui ont été une force vive de la résistance « française » (interview à BFMTV du 19 juin), avec un petit couplet féministe sur Mélinée, épouse et combattante. Petite pierre dans le jardin de Clémentine Autain qui se verrait bien à l’Elysée en 2027. Nul ne pose la question : au regard de ce que prépare ce gouvernement sur l’immigration, passerelle objective vers l’extrême droite, le rôle d’un mouvement se réclamant du mouvement ouvrier doit être de dénoncer cette imposture. Ce que ne fait ni Fabien Roussel, ni Mélenchon. Ils poussent par là même leur respect intégral des institutions de la Vème République, donc la légitimité de Macron qui pourra encore frapper, après la défaite sur les retraites.
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