Grèce – Victoire pour la démocratie, Victoire pour le monde du travail! Défaite pour tous les défenseurs de l’ordre établi …

C’est sans appel. A 22h, ce dimanche soir 5 juillet 2015, le peuple grec, participant au référendum dans une proportion de 60%, a voté Non au plan des «créanciers» à plus de 61%.

C’est une victoire, une fière victoire et un sentiment d’espoir pour les Grecs et pour tous les peuples européens.

C’est une défaite politique frontale pour MM. Merkel, Hollande, Schaüble, Valls, Jünker, Djiesselblom …, tous au service du capital financier.

C’est une défaite politique frontale pour la bourgeoisie grecque, pour les armateurs, pour les patrons des chaînes d’hôtels se faisant passer pour la voix des habitants des îles de la mer Égée, pour tous ces patrons, grecs ou non, et pour les patrons de presse qui avaient relayé la campagne de terreur lancée par la Banque Centrale Européenne en annonçant qu’en cas de victoire du Non les salaires ne seraient pas payés !

Cette campagne de terreur, lancée par la BCE, a clarifié le contenu du vote et en a fait un vote de classe, pour la souveraineté nationale et la démocratie.

C’est dans une polarisation sociale montante et frontale que le vote s’est par conséquent déroulé : le sens du vote Non était Non à tout plan d’austérité, Non aux patrons licencieurs et bloqueurs de salaires grecs et non grecs, Non aux banquiers qui menacent de faire main basse sur les petites économies du peuple, Non au soi-disant remboursement de la dette illégitime !

Et ce vote de classe est aussi une défaite frontale pour toutes les forces politiques, en Grèce, en Europe et dans le monde, qui ont tout fait pour l’empêcher, pour l’interdire, de la Confédération Européenne des Syndicats, honteusement alignée sur la position des dirigeants PASOK de la centrale grecque GSEE appelant au retrait du référendum, au KKE (parti stalinien grec) qui a fait office de briseur de grève en tentant de contrer le vote Non par un bulletin nul de sa fabrication(1) : défaite pour tous les tenants de l’ordre établi !

Signalons trois faits significatifs survenus ces derniers jours ou ces dernières heures, qui permettent de situer les enjeux et de désigner l’ennemi.

Vendredi 3 juillet au soir, fuitait un mail interne de la direction du budget de la Commission européenne, affirmant que la Commission a décidé de bloquer les paiements des banques grecques au-delà de 50.000 euros et de réduire les autres, tout en laissant la possibilité de paiements sur des comptes étrangers; autrement dit, la Commission décidait de bloquer les virements importants destinés à des Grecs tout en permettant aux capitalistes de mettre leurs avoirs à l’abri à l’étranger si ce n’est déjà fait; et le même jour le Financial Times faisait état de projets de saisies sur les comptes bancaires (30% des comptes de plus de 8.000 euros).

En résumé : quel que soit le résultat du référendum la Commission européenne prépare la suite de son plan d’asphyxie des banques en prévoyant d’aider les armateurs à faire fuiter leurs capitaux et d’aller vers la saisie des comptes …

Vendredi 4 juillet également, le général Fragkos, mis à la retraite en 2011 après les rumeurs de pronunciamento militaire qui avait contribué à faire que Papandreou renonce, à l’époque, à un référendum sur les plans «européens», a appelé à un «oui sonore» et son appel a été contresigné par 65 officiers en retraite prétendant exprimer le point de vue de l’armée. Rappelons que dans le gouvernement Tsipras, le poste de ministre de la Défense est détenu par le représentant du parti bourgeois ANEL, Kamenos, ce qui, implicitement, signifie qu’on ne touchera pas à l’armée.

Dimanche 5 juillet dans la matinée, l’Église orthodoxe est souvent «sortie de sa réserve». Dés le 1° juillet l’archevêque Hiéronymos, d’Athènes, avait pondu une déclaration pro-Oui entre les lignes. Mais pendant la messe le matin du vote, le métropolite Anthimos, de Thessalonique, a franchement appelé au vote Oui à la sortie de la messe, produisant des «réactions diverses» comme on dit, parmi ses paroissiens. La mise sous le boisseau de la séparation de l’Église de l’État, qui figurait dans les anciens programmes de Syriza, ne rencontre guère de réactions charitables de la part des popes. Craindraient-ils que le vote Non ne pousse le peuple, chrétien ou non, à réclamer qu’ils paient des impôts ?

Institutions politiques européennes au service de la finance, corps des officiers, Église orthodoxe : voila les forces qu’il faut affronter maintenant, sur la base de l’élan du Non.

La politique, c’est de l’économie concentrée: on le voit avec les positions brutales, irresponsables du point de vue de la rationalité comptable immédiate, prises par les «institutions» (malgré les bémols du FMI et de son ancien directeur DSK, qui signalent ces écarts envers le bon sens comptable qui voudrait avec évidence que l’on mette sur la table la restructuration de la dette grecque). Cela risque de continuer.

On doit aussi signaler l’écart apparu, malgré les pauvres dénégations de M. Valls, entre Allemagne et France sur la question grecque : des secteurs essentiels du capitalisme allemand envisagent de chasser la Grèce de la zone euro et refusent tout «compromis» pour des raisons d’affirmation impérialiste de leur suprématie politique, alors que dans le «couple franco-allemand», noyau de l’UE et de l’eurozone, la France a besoin des pays du «Sud» comme facteur d’équilibre, fut-ce pour mener une politique qui les étrangle. Malgré des années d’efforts de Sarkozy puis de Hollande, la brèche est apparue sur la Grèce entre Allemagne et France. On verra si les marchés financiers, passant de la politique, économie concentrée, à l’économie tout court, entreprennent de l’ouvrir en écartant à nouveau l’écart des taux entre les titres de dette publique français et allemands …

Mais dans l’immédiat, se pose une question fondamentale. La victoire des Grecs, c’est notre victoire, pensent des millions de femmes et d’hommes et parmi eux des milliers de militants dans tout le continent. Oui. Mais pour transformer l’essai, il faut affronter nos gouvernements qui, dés demain matin lundi 6 juillet, vont au service du capital financier œuvrer à la vengeance, contre les salaires des fonctionnaires grecs, contre les pensions des retraités grecs, contre les économies du peuple grec (mais pas contre les armateurs ni contre les officiers ni contre les popes! ).

En France nous avons voté Non nous aussi, en 2005, devant un déchaînement certes moins terrible, mais de même nature, que celui que les Grecs viennent de vaincre. Nous avons donc à la fois le droit et le devoir de dire très fort :

  • De quel droit François Hollande va-t-il demain conférer avec Angela Merkel de l’avenir de la Grèce sur lequel le peuple grec vient de s’exprimer ?
  • Non à tout coup d’État de la BCE, non à la saisie des économies des Grecs, ce sont les capitaux des prétendus créanciers, des armateurs et des banquiers qu’il faut saisir !

(1) Aux antipodes de la CES comme du KKE, voici une réaction de classe qui sauve l’honneur du mouvement syndical international, celle de l’UITA, Union Internationale des Travailleurs de l’Alimentation, de l’Agriculture, de l’Hôtellerie-Restauration, du catering, du Tabac et des branches connexes :
Les vrais enjeux de la crise grecque

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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