Discours de Maryam Namazie lors d’une commémoration à Londres le 29 mars, organisée par l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak (OWFI) et l’Organisation de l’alternative communiste en Irak (OCAI).

Le 1er mars 2026, la veille de son assassinat, Yanar Mohammed a appelé à ce que justice soit faite pour le trafic sexuel et les crimes de Daech contre les femmes lors d’une conférence à Bagdad.
Le lendemain matin, 2 mars, elle était assassinée à son domicile.
Son engagement politique, centré sur l’humain, impliquait notamment le rejet du faux dilemme entre bombardements et guerre provenant de l’extérieur, et islamisme et autoritarisme à l’intérieur du pays. Ce faux dilemme du « choix » vise à priver les individus de leur capacité à décider de leur propre avenir.
Qu’il s’agisse de guerre, d’autoritarisme ou d’islamisme, le pouvoir se concentre invariablement sur le contrôle des femmes et se formalise dans la loi, les structures familiales et l’espace public. Les lois sur le statut personnel en Irak, en Iran et en Afghanistan, ou le port obligatoire du voile, ne sont pas des actes anodins. Elles symbolisent la manière dont l’autorité s’organise par la réglementation du corps des femmes, dans le but de contrôler la reproduction sociale elle-même.
Yanar Mohammed le savait et ne considérait pas l’oppression des femmes comme un problème parmi d’autres. Le contrôle du corps des femmes n’est pas un mécanisme de contrôle parmi d’autres. C’est le mécanisme par lequel le pouvoir se pérennise, se stabilise et se reproduit.
Elle comprenait que tout mouvement qui retarde la libération des femmes ne fait que préserver les structures qu’il prétend combattre.
Yanar Mohammed a bâti des refuges, des réseaux, formé une génération de militantes et développé une pensée politique à part entière, et non en marge de celle-ci.
Pendant des décennies, elle a construit des structures permettant aux femmes de vivre en dehors des systèmes de violence, dans des conditions où l’État et ses institutions leur refusaient toute protection.
Elle s’est opposée à toutes les formes de pouvoir qui reposent sur l’oppression des femmes sous l’occupation, sous l’islamisme, sous la menace et le risque constants qui régnent à Bagdad.
Le peuple iranien est aujourd’hui confronté à un faux « choix » familier : bombardements extérieurs ou répression intérieure.
Il ne s’agit pas d’un véritable choix, mais d’une construction politique qui exclut la société, les travailleurs, les étudiants, les minorités ethniques et sexuelles, et les femmes, en tant que troisième force, incarnée par Yanar.
Les bombes ne démantèlent pas l’oppression. Elles la réorganisent dans de nouvelles conditions. L’autoritarisme intérieur se maintient de la manière la plus visible et la plus fondamentale par le contrôle des femmes, utilisé comme instrument de contrôle de la société.
Les deux reposent sur la même condition : l’élimination des forces sociales et politiques en tant qu’acteurs. L’État prétend qu’il n’existe aucune alternative à son pouvoir. Trump et Netanyahou affirment que le changement est impossible sans eux.
La vie et le combat de Yanar Mohammed, à l’instar du mouvement « Femme, Vie, Liberté », ancré dans la lutte kurde, ouvrent une troisième voie. Ils mettent en lumière le lieu où le pouvoir se reproduit quotidiennement : par le contrôle du corps des femmes, utilisé comme moyen d’organiser la société.
Les femmes sont au cœur du système car celui-ci repose sur leur régulation. Par conséquent, la libération des femmes est une condition de la libération de nos sociétés.
La regrettée communiste et féministe Yanar Mohammed a été assassinée car c’est sur le terrain même de la lutte que les systèmes oppressifs se révèlent le plus clairement.
Son œuvre était matérielle, délibérée et révolutionnaire. C’est sur elle que se construit un monde meilleur.
Nous commémorons sa vie et son combat.
Le monde entier a perdu une camarade farouche et aimée. Le monde était meilleur avec elle ; il est plus pauvre sans elle.
Mais son combat continue.
Vive Yanar Mohammed !
