Déclaration de l’Organisation de l’Alternative communiste en Irak (OCAI) concernant la vie et la lutte de la dirigeante communiste Yanar Mohammed, symbole de la lutte émancipatrice des femmes.
Une étoile brillante a disparu de nos cieux, une figure monumentale a disparu de nos rangs. Le monde a perdu une imposante combattante communiste révolutionnaire qui s’est dressée contre les citadelles de la réaction et de la mise en l’esclavage des femmes.
Elle est la camarade Yanar, chère au cœur de millions de femmes, de communistes et des amoureux de la liberté à travers le monde ; Yanar Hassan Mohammed, présidente et co-fondatrice de l’Organisation de la liberté des femmes en Irak (OWFI), et co-fondatrice de l’Organisation de l’alternative communiste en Irak (OCAI) et membre distinguée de son comité central. Les mains violentes des bandits et des criminels l’ont atteinte de la manière la plus brutale ; elle a été assassinée devant sa maison de Bagdad, capitale de l’Irak, par les terroristes criminels à 9h00 le lundi 2 mars 2026.
Alors que nous écrivons ces lignes, nos cœurs saignent, emplis d’une douleur et d’un chagrin profonds. Pourtant, notre résolution et notre détermination inébranlables à poursuivre le combat de Yanar se renforcent à chaque instant. Nous offrons nos plus sincères condoléances à son mari, à son fils bien-aimé, à son père estimé, à ses sœurs, à ses frères et à tous les membres de sa famille et à ses amis. Nous présentons également nos condoléances à ses collègues de l’Organisation de la liberté des femmes en Irak OWFI, à tout-es ses camarades de l’OCAI et à toutes les militantes émancipatrices, communistes et amoureux de l’humanité en Irak, dans la région et dans le monde.
Les dernières lignes de Yanar en matière de défense des femmes – selon la direction de l’OWFI – étaient le projet d’une déclaration qu’elle a fini d’écrire à 21H00, heure d’Irak, le dimanche 1er mars 2026, à peine douze heures avant son assassinat. Ci-dessous le titre, le premier passage et les derniers mots de ce projet :
« Déclaration finale de la 20e Conférence du Réseau de lutte contre la traite des femmes en Iraq :
Exiger la poursuite des membres de l’État islamique (EI) pour les crimes de captivité, de viol et d’esclavage sexuel des femmes.
Entre le transfert de milliers de prisonniers de l’État islamique des prisons des FDS vers l’Irak à travers les frontières occidentales [de l’Irak], et le grondement des tambours de guerre et les menaces américaines inconsidérées de bombarder et de renverser le régime de la République islamique d’Iran à travers les frontières orientales [de l’Irak], nous, au sein du Réseau de lutte contre la traite des femmes en Irak, avons décidé de nous réunir et de répondre à une crise immédiate touchant un grand nombre de femmes dont la dignité et l’intégrité physique ont été bafouées par des membres de l’EI. Ces individus sont poursuivis en Irak pour « terrorisme » et appartenance à l’EI, sans aucune mention de leurs crimes systématiques contre les femmes – des crimes assimilables à des crimes de guerre ou à un génocide contre les communautés yézidies, turkmènes et chiites Shabak, ainsi que d’autres minorités.
……….
Réseau de lutte contre la traite des femmes en Irak – Comité d’organisation de la 20e Conférence, 01-03-2026. »
Les derniers mots écrits de Yanar dans le cadre de son activité communiste au sein de l’OCAI étaient sa réponse à une demande d’opinion sur le projet de déclaration de l’organisation concernant la guerre actuelle par les États-Unis et Israël contre l’Iran (la déclaration a été publiée plus tard dans la même nuit) :
01/03/2026, 21:27 – Yanar Mohammed: « Je le lirai dans un instant, Muayad. »
01/03/2026, 22:33 – Yanar Mohammed: «C’est très bien, Muayad. Excuse-moi pour le retard ; les appels téléphoniques vont non-stop. »
01/03/2026, 22:43 – Yanar Mohammed : « Il manque peut-être une mention de la possibilité d’une escalade en guerre régionale. »
02/03/2026, 01:19 – Yanar Mohammed: « Les drones ont pris pour cible le siège du Komala à Sulaymaniyah. »
Malheureusement, c’est par ces lignes et ces mots qu’elle a conclu ses écrits et ses activités.
Yanar Hassan Mohammed a ouvert les yeux sur le monde à Bagdad le 15 novembre 1960, où elle a terminé ses études primaires et secondaires. Elle est diplômée de l’Université de Bagdad en 1984 avec un bachelor en architecture, puis obtient une maîtrise dans le même domaine de la même université en 1993. Elle a exercé sa profession d’architecte en Irak, au Liban et au Canada depuis l’obtention de son diplôme jusqu’en 2003, à travers les conditions difficiles de la guerre Iran-Irak, les années de sanctions économiques, et plus tard ses années de migration à Beyrouth, puis à Toronto.
Jeune femme brillante dans son domaine, elle possédait une intelligence extraordinaire pour évaluer la vie sociale, politique et culturelle. Sa capacité à diagnostiquer les signes du patriarcat dans ses manifestations les plus subtiles, combinée à sa compréhension pratique de la souffrance des femmes sous la domination masculine, l’a conduite – avant même d’être influencée par la pensée politique socialiste – à adopter une théorie de la rébellion contre le patriarcat. Cette rébellion est devenue sa référence pour l’évaluation des tendances politiques, des mouvements intellectuels, des partis, des militants, et même de ses amis et camarades ; cela est resté sa boussole tout au long de sa vie.
Cependant, en s’engageant dans l’action politique et en se forgeant une opinion par la lecture d’ouvrages marxistes et des idées des mouvements féministes émancipateurs, elle devint une militante communiste engagée. Elle associait la défaite du patriarcat, et du système économique, social, politique et culturel qui le sous-tend et le reproduit, à une lutte politique et intellectuelle organisée. De plus, elle comprit rapidement que le radicalisme féministe émancipateur et le communisme devaient être profondément enracinés dans la société et ancrés dans la réalité des classes opprimées et des femmes marginalisées à grande échelle.
Yanar était une femme qui chérissait la vie sous toutes ses formes. Quiconque la rencontrait était immédiatement impressionné par son humanité, son humour, son intelligence et son esprit. Ces qualités se manifestaient non seulement dans les conversations quotidiennes, mais aussi dans sa façon d’aborder des questions complexes et épineuses, ainsi que les débats politiques. Yanar n’a jamais adhéré à un féminisme émancipateur déconnecté de la joie de vivre ou de la volonté d’épanouir le potentiel créatif et les talents cachés de chacun. Elle croyait en des relations humaines libres et égalitaires entre les sexes. Contrairement à certaines militantes, elle s’opposait fermement à celles et ceux qui haïssaient les hommes en tant qu’êtres biologiques ou qui réduisaient le patriarcat à un simple phénomène socio-économique, politique et culturel transitoire, dénué de toute dimension de classe et de dimension sociale.
Elle a lutté avec force contre toutes les formes de discrimination nationale, sectaire et religieuse, ainsi que contre la discrimination fondée sur la couleur de peau, l’origine ethnique, le sexe et bien d’autres critères. Pour elle, l’autonomisation et la résilience de chaque survivante de violence et de traite étaient une mission et un projet révolutionnaires, garantissant une vie digne, sûre et épanouissante, et libérant le potentiel et la créativité des femmes. C’était là le cœur de sa stratégie de protection des survivantes et des victimes de violence.
Yanar s’engagea en politique et organisa le militantisme communiste et émancipateur des femmes, forte de ces caractéristiques : une personnalité communiste révolutionnaire et une féministe inébranlable. Seuls quelques-uns de ses camarades et amis en eurent pleinement conscience, bien que la plupart reconnussent l’importance de son combat et lui vouèrent un profond respect, ainsi qu’à son statut, sa personnalité charismatique, ses idées et sa vision humaniste et émancipatrice.
Tout au long des grandes étapes des luttes communistes au sein du mouvement, Yanar n’a jamais dérogé à l’importance de l’organisation partisane communiste ni à la nécessité de lier la cause de l’émancipation des femmes au renversement de l’ensemble du système socio-économique capitaliste en place. Dans tous les tournants et les scissions qu’a connus le mouvement communiste radical au cours des trois dernières décennies, elle a été une figure importante et influente, prenant ses propres décisions avec précision et discernement, en accord avec ses profondes convictions politiques et intellectuelles.
Dès son plus jeune âge, Yanar a baigné dans l’atmosphère de gauche de son entourage familial, s’inscrivant dans la tradition de l’activité politique et intellectuelle du Parti communiste irakien de l’époque. Son engagement politique a toutefois débuté au Canada, lors du congrès général des organisations canadiennes du Parti communiste-ouvrier d’Irak à la fin des années 1990. Auparavant, elle s’était familiarisée avec les activités du parti, s’était immergée dans son milieu, avait tissé des liens d’amitié et avait participé à ses célébrations et événements.
Durant son séjour au Canada, avant son adhésion officielle au parti, Yanar trouva dans la tradition politique et les thèses du camarade Mansour Hekmat une convergence avec sa propre critique radicale du patriarcat et sa défense de la liberté et de l’égalité des femmes. Elle y voyait un approfondissement de concepts qu’elle avait déjà adoptés, de manière moins formelle, au sein des cercles socialistes internationaux et locaux, concernant la critique socialiste et la lutte pour les libertés politiques et civiles.
Elle a rapidement adhéré à la critique radicale formulée dans ces thèses à l’encontre des mouvements politiques islamiques, de leurs partis et de leurs autorités, ainsi qu’à la défense radicale de l’émancipation des femmes et de la laïcité qui y figuraient également. Elle a adopté le principe de la séparation de la religion et de la nationalité de l’État et de l’éducation, parallèlement à une critique des politiques et stratégies impérialistes américaines, ainsi que de leurs guerres d’asservissement. De plus, elle a adopté les concepts socialistes fondamentaux, insistant sur l’abolition du salariat et des rapports de propriété capitalistes, tout en maintenant une position radicale contre la guerre américaine en Irak.
Yanar s’engagea en politique et organisa la lutte partisane au Canada, tout en adoptant les idées socialistes et pour l’émancipation des femmes. Elle lutta contre le blocus économique américain imposé à l’Irak et contre la « Campagne de la Foi » lancée par le régime baasiste fasciste contre les femmes. Elle entra en action alors que le monde commençait, peu après, à connaître des bouleversements politiques et militaires d’une ampleur mondiale, caractérisés par la propagation des effets directs du terrorisme islamiste politique au cœur du monde occidental et la « guerre contre le terrorisme » impérialiste américaine qui s’ensuivit.
Au milieu de ces bouleversements mondiaux, Yanar a entamé son militantisme au Canada contre deux forces : l’impérialisme américain, sa guerre et son occupation de l’Irak, et les courants de l’islam politique. Elle a surtout combattu leur hostilité commune envers les femmes et la cause de l’émancipation et de l’égalité. Le premier (l’impérialisme) agissait en détruisant le tissu social, en imposant des blocus économiques et en soutenant des forces réactionnaires religieuses, nationalistes, sectaires et tribales, imitant le modèle américain en Afghanistan. Le second (l’islam politique) agissait par la répression directe, le terrorisme et l’asservissement flagrant des femmes.
Yanar fit ainsi son entrée en politique par le biais de manifestations et de protestations, mettant à profit son éloquence et son talent oratoire exceptionnels dans les médias, tant en arabe qu’en anglais. Elle s’attacha à dénoncer le caractère réactionnaire de la guerre menée par les États-Unis en Irak et le terrorisme de l’islam politique, acquérant rapidement une certaine notoriété au Canada et aux États-Unis. Peu avant la guerre de 2003, elle co-fonda avec des militantes canadiennes le « Comité de défense des droits des femmes irakiennes ». Dans le cadre des activités du comité, suite à une agression perpétrée par l’équipe de sécurité d’Ahmed Chalabi contre une militante à Toronto, elle publia une déclaration le 14 octobre 2002. Elle y réaffirmait son opposition à la politique de guerre américaine, concluant par ces mots : « À bas la marionnette américaine et les politiques criminelles des États-Unis envers l’Irak… Les femmes irakiennes méritent un avenir bien meilleur… un avenir de paix, de libertés et d’égalité totale entre les femmes et les hommes. » Cette conclusion faisait suite à sa condamnation du « régime baasiste criminel » pour le meurtre de 250 femmes irakiennes lors de la « campagne de la foi » lancée par le régime en 1996.
Cependant, l’émergence de Yanar Mohammed au sein de la société irakienne et sur la scène internationale a véritablement commencé après la cofondation, avec d’autres militantes, de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak (OWFI) à Bagdad en juin 2003. Cette fondation intervenait deux mois seulement après la chute du régime baasiste fasciste, dans un contexte de guerre criminelle et d’occupation impérialiste américaine de l’Irak, d’incertitudes et de menaces de violentes crises politiques qui planaient sur la société irakienne. Ces crises se sont manifestées par des massacres, des affrontements sectaires, des crimes identitaires, la destruction des infrastructures civiles, des attentats terroristes et la montée en puissance de milices. Ces forces ont renforcé divers éléments réactionnaires et misogynes, des pouvoirs tribaux aux institutions religieuses, plongeant ainsi les femmes dans l’une des périodes les plus oppressives et catastrophiques de l’histoire moderne de l’Irak.
Six mois seulement s’étaient écoulés depuis la fondation de l’organisation lorsque, le soir du 31 décembre, Yanar Mohammed reçut un courriel d’un groupe islamiste se faisant appeler « Armée des Sahaba ». L’objet était : « L’assassinat de Yanar Mohammed aura lieu dans quelques jours ». Dès lors et jusqu’à son assassinat, elle reçut des menaces de mort de toutes sortes qui ne cessèrent jamais durant les vingt-trois années de son combat acharné au milieu des tragédies, des massacres et des destructions qui ravagèrent l’Irak. Ces menaces, souvent aggravées par diverses formes de pression, de harcèlement et de poursuites judiciaires abusives, persistèrent même lors du soulèvement d’octobre 2019, lorsque l’islam politique recula face au mouvement de masse en Irak.
De plus, les campagnes médiatiques incitant au meurtre de Yanar et des militantes de l’OWFI – ainsi que les provocations visant à fermer les bureaux de l’organisation et ses organes de presse, tels que « Radio Al-Musawat » (Radio de l’Égalité) et « Al-Musawat Newspaper » – sont restées constantes tout au long de l’engagement politique de Yanar Mohammed et se poursuivent encore aujourd’hui. Ces incitations étaient dissimulées sous les mensonges les plus scandaleux et les fabrications politiques les plus malveillantes, tissées par les milices, les courants politiques islamistes et leurs divers services de renseignement criminels.
Il est important de préciser que plusieurs personnes au sein du mouvement, se prétendant faussement et trompeusement « de gauche », ont en réalité rejoint les rangs de ces forces criminelles et leurs incitations à l’assassinat de la camarade Yanar. En vérité, ces prétendus « gauchistes » appartiennent à la même catégorie de politiciens machistes et dominateurs, imprégnés de tendances islamo-nationalistes et sectaires, ainsi qu’à des cercles nationalistes chauvins. Ces groupes ont également lancé plusieurs campagnes de diffamation malveillantes et continues sur les réseaux sociaux contre la camarade Yanar, l’OWFI et l’Organisation de l’Alternative Communiste, allant jusqu’à publier des photos et des informations personnelles précises, contribuant ainsi à créer le climat qui a conduit à son assassinat.
L’histoire du combat de notre chère Yanar et de l’Organisation pour la liberté des femmes, en défense des droits et libertés des femmes, est riche de sacrifices et de réussites : de la difficile tâche de fonder et de gérer l’organisation, à la publication du journal « Al-Musawat » en avril 2004 et au lancement de la radio « Al-Musawat » dans les premières années de l’organisation. S’y ajoutent la création de sections locales dans différentes provinces, la fondation et la gestion de centres d’accueil pour les victimes de violence et les survivantes de la traite des femmes, ainsi que sa participation active à l’organisation de manifestations, de marches et de rassemblements. Elle a participé à ces manifestations, marches et rassemblements, et a joué un rôle actif dans l’organisation annuelle de festivals des femmes, des travailleurs et des socialistes à l’occasion du 1er Mai et de la Journée internationale des femmes.
Yanar a continué à lutter avec une détermination inébranlable dans le domaine de l’activisme juridique et de la défense des droits. Ses efforts ont consisté à organiser diverses campagnes pour abolir les lois anti-femmes au sein du système juridique irakien, ainsi qu’à s’opposer aux tentatives des partis politiques islamiques chiites au pouvoir d’adopter de nouvelles lois sectaires visant à priver les femmes irakiennes des droits et libertés qu’elles avaient historiquement acquis.
Les étapes marquantes du combat de Yanar et de l’OWFI dans ce domaine sont nombreuses. Tout a commencé par une confrontation avec la résolution 137 du Conseil de gouvernement de transition, fin 2003, qui visait à imposer la loi sur le statut personnel Jaafari. Dans ce contexte, Yanar Mohammed a organisé un séminaire contre la résolution 137, intitulé « Non à l’asservissement des femmes en Irak », le 29 janvier 2004. Elle a également participé à une manifestation de femmes où elle a prononcé un discours sur la nécessité de mettre fin à l’oppression des femmes en recourant à la lutte du mouvement féministe pour l’égalité. Ce discours a été diffusé le soir même sur toutes les chaînes de télévision locales et sur plusieurs chaînes internationales. Peu après, elle a reçu ses premières menaces de mort.
Yanar a poursuivi son combat contre les campagnes successives visant à promulguer la loi Jaafari en 2014 et en 2024. En juillet 2024, avec l’OWFI et un groupe de militants et d’avocats, elle a fondé l’« Alliance 188 » pour s’opposer à « l’amendement portant modification de la Loi n° 188 de 1959 relative au statut personnel ». Elle a également lutté avec acharnement contre l’adoption du « Code des dispositions Jaafari » au Parlement en août 2025, une mesure résultant d’un compromis honteux entre les blocs des partis nationalistes arabes et kurdes et les partis politiques islamistes chiites. Ce code réactionnaire visait à faire adopter une législation antiféministe ouvrant la voie au crime de mariage d’enfants.
Par ailleurs, Yanar a mené une lutte sans relâche sur la scène politique pour obtenir la liberté politique, les droits civiques et l’égalité des droits civiques. Elle a plaidé pour la séparation de la religion et de la nationalité de l’État et du système éducatif, et s’est opposée à la corruption, à la domination des milices et des pouvoirs tribaux, ainsi qu’à l’hégémonie des autorités religieuses hostiles aux droits des femmes et des enfants.
Dans le cadre de son combat, Yanar a rejoint pendant un temps le Congrès pour la liberté d’Irak (CFI), dont elle a été l’une des signataires lors de sa fondation, initiée par le Parti communiste-ouvrier d’Irak en 2004. Cependant, elle s’est retirée du Congrès assez rapidement après avoir constaté des évolutions négatives au sein du projet, qui contredisaient les objectifs communistes et d’émancipation des femmes auxquels elle était attachée.
Le plus grand défi de l’action de notre chère Yanar Mohammed fut sans doute son combat pour secourir les femmes victimes de violence, celles menacées de crimes d’« honneur » et les jeunes femmes prises au piège des réseaux de traite des êtres humains. Malgré l’immense complexité de la situation, les difficultés de gestion, les problèmes de financement et les menaces de mort constantes proférées par les milices, les gangs et les mafias de tous bords, Yanar a persévéré. Grâce à sa volonté de fer et aux efforts inlassables des militantes de l’OWFI et de plusieurs de ses camarades cadres communistes, elle a réussi à sauver environ 1 400 jeunes femmes de la mort, de l’exploitation et de la précarité.
Yanar accordait une attention particulière à l’émancipation intellectuelle et politique des militantes et des survivantes. À cette fin, elle a consacré des années à la création et au développement d’écoles d’émancipation féminine et d’écoles d’éducation marxiste. Ces écoles ont porté des fruits significatifs, car certaines militantes féministes se sont armées d’une perspective matérialiste historique pour comprendre la cause de l’oppression et de l’émancipation des femmes, ce qui leur a permis de mener à bien leurs tâches avec une grande efficacité.
Yanar Mohammed était une communiste révolutionnaire, une militante. Elle a lutté aux côtés des chômeurs au sein de l’« Union des chômeurs d’Irak », participant à ses manifestations et sit-in incessants devant l’Autorité provisoire de la coalition temporaire américaine à Bagdad durant l’été 2003. Dès lors, son engagement a été indissociable du soutien aux luttes ouvrières dans divers secteurs, notamment celles des travailleurs du secteur industriel, leurs manifestations et leurs conférences contre la privatisation, la restructuration industrielle et les licenciements massifs.
Jusqu’à son dernier souffle, elle a défendu avec ferveur la « Fédération des conseils ouvriers et syndicats d’Irak » (FWCUI), notamment son ancien président, Falah Alwan. Elle a mis en œuvre tous les moyens possibles pour faciliter le développement de l’action et de la lutte de cette fédération et a toujours soutenu sa stratégie socialiste-ouvrière. Elle s’est fermement opposée aux scissions survenues dans ses rangs entre 2004 et 2007 et a constamment aidé la fédération par tous les moyens disponibles à organiser des campagnes, des conférences et des séminaires conjoints.
Yanar Mohammed a œuvré sans relâche au développement du mouvement ouvrier et de cette fédération d’orientation socialiste, s’efforçant de faire de l’émancipation des femmes une mission fondamentale du mouvement, incluant les syndicats et les fédérations ouvrières. Cette détermination découlait de sa conviction inébranlable que l’émancipation des femmes et l’émancipation du système de classes étaient deux enjeux indissociables et intimement liés.
Yanar a participé à toutes les étapes marquantes de la lutte sociale pour l’accès aux services de santé publique et à l’éducation, ainsi qu’aux luttes contre la privatisation et les politiques néolibérales du régime nationaliste et bourgeois islamique au pouvoir, et contre la corruption financière et administrative et le pillage des richesses publiques. Pendant 23 ans, elle a soutenu les luttes des masses pour la satisfaction des revendications économiques des travailleurs, des chômeurs et des salariés.
Yanar a apporté un soutien indéfectible aux mouvements de protestation des jeunes, des travailleurs et des chômeurs à toutes leurs étapes, de 2011 à 2015, 2017 et 2018, jusqu’au soulèvement d’octobre 2019. Elle a participé activement à ces manifestations avec l’Organisation pour la liberté des femmes, prenant la parole à de nombreuses reprises pour défendre les revendications des manifestants et, plus particulièrement, la question des droits, de la liberté et de l’égalité des femmes. Elle a milité pour que ces mouvements adoptent des politiques émancipatrices en faveur de la cause féminine.
Cependant, son engagement le plus significatif a eu lieu lors du soulèvement d’octobre. Deux jours avant le début du soulèvement, en tant que membre du Comité central de l’OCAI – fondée environ un an et deux mois auparavant –, elle a contribué à la publication de la déclaration de l’organisation affirmant son soutien et sa participation à la vague révolutionnaire attendue. Elle a participé à l’élaboration et à la publication de la plateforme politique de l’organisation concernant le soulèvement, son slogan « Tout le pouvoir aux masses soulevées » et son document « Orientations générales pour le mouvement des conseils », qu’elle a approuvés et défendus avec vigueur.
Yanar participa personnellement au soulèvement d’octobre pendant un certain temps, prononçant des discours lors de rassemblements publics organisés chaque soir par les membres et le Comité central de l’Organisation de l’alternative communiste sur la place Tahrir à Bagdad, sous une tente portant le slogan « Tout le pouvoir aux masses en soulèvement ». Elle contribua également à la publication du bulletin « Femmes du soulèvement », un projet commun entre l’Organisation de l’alternative communiste et l’Organisation pour la liberté des femmes, pour lequel elle écrivit notamment dans ses premiers numéros.
Malgré l’ouverture des portes à la participation de larges pans de la population féminine à ce soulèvement – suite au recul temporaire des courants politiques islamistes –, Yanar exprima ses réserves quant à l’incapacité des jeunes et des militants du soulèvement à adopter une vision et une politique émancipatrices pour la cause des femmes. Ce constat était pertinent ; l’enthousiasme qui animait le soulèvement n’occultait pas la critique de Yanar concernant les lacunes des projets politiques des mouvements de jeunesse, qui n’accordaient pas l’importance nécessaire à la cause de l’émancipation et de l’égalité des femmes, même pour renforcer le soulèvement et atteindre son objectif politique de libération du régime en place.
Le soutien aux mouvements ouvriers, aux manifestations et aux activités féministes et de masse à travers le monde, et particulièrement au Moyen-Orient, constituait l’un des principaux axes d’action de Yanar. Elle défendit avec ferveur les révolutions tunisienne et égyptienne ainsi que la vague révolutionnaire qui s’ensuivit dans la région. Elle a également défendu les luttes des masses de femmes en Iran pour se libérer du cauchemar des forces du régime islamique au pouvoir.
En septembre 2023, lors d’un rassemblement organisé place Firdos à Bagdad par l’Alternative communiste en Irak et l’Organisation pour la liberté des femmes, Yanar prononça un discours de solidarité marquant en faveur des femmes iraniennes et des manifestations révolutionnaires déclenchées par l’assassinat de la jeune Mahsa (Jina) Amini. Suite à cette prise de position, Yanar et l’OWFI furent victimes de harcèlement constant de la part des autorités et de poursuites abusives visant à les discréditer, à faire fermer les bureaux de l’organisation et à entraver ses activités.
Le combat de Yanar pour l’émancipation des femmes et la promotion du mouvement communiste – dans une perspective féministe et marxiste révolutionnaire – ainsi que sa présence internationale dans les médias, les réseaux féministes, les courants socialistes, les organisations, les partis et les syndicats, ont fait d’elle une figure mondialement reconnue de la défense des droits des femmes et des libertés fondamentales. Elle a été reconnue au sein des instances et institutions bourgeoises internationales, notamment les Nations Unies, où elle a prononcé un discours, et la BBC, qui l’a sélectionnée parmi les 100 femmes les plus influentes du monde en 2018.
Yanar a reçu de nombreuses distinctions internationales : le prix Gruber pour les droits des femmes (2008), le prix Thorolf Rafto (2016) et le prix franco-allemand des droits de l’homme et de l’État de droit (2025). À l’occasion du 20e anniversaire de l’occupation de l’Irak, elle a participé, aux côtés de personnalités de gauche et socialistes de renommée internationale, au sein du mouvement mondial « anti-guerre », afin d’exprimer son point de vue sur la guerre menée par les États-Unis en Irak et de souligner les tragédies qu’elle a infligées aux populations, en particulier aux femmes, en Irak et dans la région.
Cependant, le rôle le plus important et la caractéristique révolutionnaire fondamentale de Yanar Mohammed résidaient dans son identité de combattante communiste révolutionnaire. Elle a poursuivi son combat pour un monde sans classes, sans État et débarrassé de toutes formes de coercition, d’oppression et de discrimination, par le biais d’une lutte partisane organisée au sein d’un courant communiste. Elle n’a jamais faibli dans cet engagement, malgré toutes les épreuves rencontrées au cours de ses prés de trente années de vie militante.
Son combat pour l’émancipation des femmes et la réalisation de leurs droits et de leur égalité était indissociable de sa critique et de sa lutte contre le système de classes capitaliste. Sa thèse – qu’un courant communiste organisé devait servir de pilier au mouvement d’émancipation des femmes, à l’OWFI et à ses propres activités – n’était pas pour elle une simple tactique ; il s’agissait plutôt d’une vision politique et d’une stratégie communiste d’émancipation des femmes.
Elle était convaincue qu’un communisme non porté par la cause des femmes et leur émancipation n’était rien d’autre qu’un communisme stalinien, mécanique et bourgeois, ou encore le communisme des courants bourgeois nationalistes radicaux et des réformistes conciliateurs, sans aucun lien avec la classe ouvrière ni les masses de femmes opprimées. Sa crainte n’était pas la domination du féminisme sur le courant communiste organisé au sein duquel elle œuvrait, mais plutôt que le communisme de son parti ou de son organisation ne puisse se libérer du patriarcat et de l’emprise d’une culture patriarcale religieuse et nationaliste.
Malgré certaines difficultés rencontrées dans son combat militant au sein du Parti communiste ouvrier d’Irak après 2003, Yanar resta fidèle au parti et à la lutte interne. Convaincue de la nécessité de cette lutte, elle acceptait les divergences d’opinions et s’efforçait de préserver l’unité du parti.
Le 6 mai 2018, lors du 33e plénum du Comité central du Parti communiste ouvrier d’Irak, Yanar Mohammed a présenté sa démission du Comité central, suivie quelques jours plus tard de sa démission du parti. Elle a ainsi mis un terme à plus de 18 années de lutte au sein de ce parti.
Après avoir quitté le Parti communiste ouvrier d’Irak, elle ne s’est pas engagée dans des polémiques partisanes marginales, ni n’a renié son combat au sein du parti. Au contraire, elle le considérait comme une partie précieuse de son histoire politique et militante. Concernant les divergences politiques au sein du mouvement communiste, Yanar n’encourageait pas à s’y attarder ; elle décourageait l’ouverture de fronts conflictuels qui détourneraient les communistes et les femmes émancipatrices des grandes questions politiques et de la lutte contre les graves dangers qui menaçaient le combat des femmes et le mouvement communiste dans une société dominée par diverses forces réactionnaires. Il est important de noter ici que, malgré ses critiques de certains aspects de la politique du camarade Mansour Hekmat, elle lui a toujours témoigné une grande estime et un profond respect, soulignant l’importance de sa stature, de ses idées et de son combat au sein du mouvement communiste en Irak et dans la région.
Yanar n’a pas cessé son combat communiste organisé. Après avoir démissionné du Parti communiste ouvrier d’Irak, elle a pris l’initiative, avec un groupe de camarades, de fonder l’OCAI, dont la déclaration constitutive a été publiée le 25 juillet 2018.
Le combat de la camarade Yanar au sein de l’OCAI n’a pas été sans obstacles, notamment à ses débuts, lorsqu’un groupe de camarades, encore attachées à l’héritage patriarcal, a rejoint l’organisation et l’a quittée peu après. Jusqu’à son dernier souffle, Yanar est restée une fervente militante de l’OCAI, y voyant un outil précieux dans sa lutte pour atteindre ses objectifs communistes et d’émancipation des femmes. Elle portait l’organisation en haute estime, la considérant comme une avancée majeure pour le mouvement communiste. Dans ce contexte, il est essentiel de mentionner que, jusqu’à ses derniers jours, elle a encouragé les militantes de l’Organisation pour la liberté des femmes (OWFI) à s’engager auprès de l’Organisation de l’alternative communiste (OCAI), leur expliquant qu’il s’agissait d’un outil révolutionnaire communiste vital pour leur émancipation et le renforcement de leur lutte pour l’émancipation des femmes. Elle a salué la ligne politique de l’OCAI pour le rôle qu’elle a joué dans son propre parcours politique, se citant elle-même en exemple pour inciter les militantes à la rejoindre et à s’engager dans l’action politique au sein de son organisation.
Notre chère camarade Yanar est partie, mais elle nous a laissé un grand héritage révolutionnaire de travail inlassable pour construire un mouvement communiste fort, capable et organisé qui lutte pour un monde de liberté et d’égalité. Elle a laissé derrière elle un magnifique mouvement émancipateur de femmes pour libérer les femmes de l’esclavage qui leur a été imposé – un mouvement qui, tout en tirant la force du communisme, renforce simultanément le mouvement communiste et le couronne avec une profondeur féminine dont il avait été privé par les courants communistes non prolétariens.
Le décès de notre chère camarade Yanar est une perte profonde pour le mouvement communiste, émancipateur et féministe en Irak et dans la région – une perte irréparable. C’est la perte d’un mouvement d’émancipation sociale et intellectuelle entière, pas seulement la perte de son organisation communiste spécifique ou de son groupe de femmes. Yanar Mohammed est l’icône de la lutte de ce grand mouvement social dans son ensemble ; elle restera un héritage et une tradition révolutionnaires au sein de ce mouvement, immortalisée dans l’histoire comme telle.
Nous, membres de l’Organisation de l’Alternative Communiste en Irak (OCAI), restons fiers de notre chère camarade Yanar, de son œuvre d’émancipation et de son héritage exceptionnel dans la lutte. Si nous exprimons notre plus profonde tristesse et notre chagrin face à la disparition de notre grande dirigeante et chère camarade, Yanar Mohammed, nous sommes également fiers, du plus profond de nos cœurs, d’avoir été ses compagnons de lutte, et plus particulièrement ceux qui sont restés inébranlables à ses côtés pendant plus d’un quart de siècle.
Vive à jamais la mémoire de la grande camarade de lutte, Yanar Mohammed !
Honte et déshonneur aux assassins de Yanar Mohammed, communiste révolutionnaire et icône de la lutte pour l’émancipation des femmes !
La révolution de Yanar Mohammed pour l’émancipation des femmes et la construction d’un monde libre d’oppression perdurera !
Vive le communisme ! Vive l’émancipation des femmes !
Organisation de l’Alternative communiste en Irak, le 8 mars 2026.
Source : https://workersliberty.org/story/2026-03-23/memory-yanar-mohammed?language_content_entity=en