Après le second tour des municipales :
Les irréconciliables, c’est nous, c’est la majorité !
Soutien à la grève massive de l’enseignement public le 31 mars !
A nouveau, ce second tour des élections municipales a connu le plus fort taux d’abstention hors Covid, sous la V° République. Au premier tour les mesures prises dans les petites communes (fin du panachage au motif de la parité) avaient été alléguées pour expliquer ce phénomène, mais au second tour il s’agit majoritairement de villes, où ce fait ne joue pas. Aucune force politique n’a gagné ce scrutin, tous sont, diversement, plus vaincus que vainqueurs. Rien n’est réglé, tout est devant nous.
Cependant, il est évident que si l’unité telle qu’elle avait été réalisée en 2024 avait fonctionné depuis sans encombre (mais alors, l’exécutif macronien et la V° République seraient-ils toujours là ? …), le résultat serait une claire poussée à gauche.
En effet, nous avons eu affaire d’une part à l’unité électorale de l’extrême droite et de la droite clairement affirmée, l’électorat RN « faisant barrage à LFI » avec une discipline certaine, et d’autre part aux ravages de la division entre les deux bras de sa tenaille que sont la direction mélenchonienne de LFI d’un côté et de l’autre les héritiers de la présidence Hollande au PS.
Cette combinaison mortifère aurait pu et dû causer des dégâts tels qu’il « devrait » y avoir comme vainqueurs évidents les forces de droite et d’extrême droite, alors qu’il n’en est rien.
C’est là une constatation négative, mais le simple fait de la résistance globale de la gauche est, dans ces conditions, un signe de première importance.
Sans qu’ils ne déterminent l’ensemble du verdict politique du scrutin, les résultats parisiens, marseillais et lyonnais ont dans ce cadre une place à part. La défaite de Dati à Paris, claire et nette, est la défaite de l’union des droites poussées par Macron lui-même, donc une défaite de Macron, le net tassement de la candidature Chikirou, expression directe de la direction de LFI, permettant en outre au maire PS élu de l’être avec plus de 50% des suffrages exprimés. Le RN n’obtient pas Marseille et l’affairiste de droite Aulas n’obtient pas Lyon (et se lance dans une contestation du résultat !). A cet axe « PLM » ajoutons Pau, où l’ancien premier ministre de Macron Bayrou est défait.
Les éléments de crises s’accumulent dans les deux pôles conjoints de la division à gauche.
Le PS subit en effet une hécatombe de villes moyennes à l’ouest et au centre du pays : Clermont-Ferrand, Tulle, Périgueux, et bien d’autres, sont des défaites lourdes qui ne peuvent pas s’expliquer que par la division avec LFI, laquelle n’a pas été réparée « comme ça » par une réunion au dernier moment. Le cours droitier des dirigeants de la région Nouvelle Aquitaine (Carole Delga, auparavant intervenue pour accentuer la division face au RN à Perpignan), de divers notables locaux, et de François Hollande lui-même, est un facteur de ce recul.
Mais les cris de victoire de Mélenchon et Bompard sont déplacés. La conquête de Roubaix, l’un des très rares gains LFI à être réalisé contre la droite, celle de Saint-Denis au premier tour, et d’autres villes importantes de banlieues, instaure un nouveau fait politique organiquement contradictoire à la logique présidentialiste de LFI : des fiefs locaux, appuyés sur un ancrage jeune et prolétarien, mais relativement indépendants de l’ « image de Mélenchon » qui, avec sa propre participation assidue, sert de repoussoir à gauche et d’argument de mobilisation pour « faire barrage » à droite et à l’extrême droite, expliquant ainsi les échecs de Toulouse et de Limoges (en outre, LFI perd au profit de la droite les deux villes principales qu’elle gérait auparavant, Faches-Thumesnil près de Lille et Grabels près de Montpellier).
Il n’est, cela dit, pas question de minimiser la gravité de l’implantation du RN, devenu le vote de droite « normal », dans de nombreuses villes moyennes de Carcassonne à Vierzon ou dans l’ex-bassin minier du Nord/Pas-de-Calais. Il est tout à fait exact de dire qu’il y a péril en la demeure, et de préciser que ce péril s’appelle l’union des droites dans le désordre mondial de Trump et de Poutine.
Le thème rebattu des « gauches irréconciliables » est une arme au service de l’ordre établi et de l’arrivée au pouvoir de l’union des droites. Il repose sur deux réalités : le prolétariat, les exploités, sont irréconciliables avec les politiques qui aggravent leur exploitation et les trompent. Ce que fut Hollande et tout ce qu’il représente. Mais le présidentialisme s’alignant sur la V° République en France et flirtant avec le trumpo-poutinisme dans le monde est mortel pour la démocratie et le prolétariat. Ce qu’est Mélenchon et tout ce qu’il représente. Il faut donc une politique sociale et écologique déterminée dans le cadre d’un internationalisme authentique. Comprendre cela vous rend « irréconciliable » avec les deux bouts de la tenaille de la division, mais tout à fait conciliable avec les besoins et aspirations réels de l’immense majorité, englobant les bases socialiste ou insoumise. L’unité correspond au besoin social de notre classe et de tous les opprimés, et elle se fera en infligeant une défaite aux directions « irréconciliables », pour battre l’union des droites et prendre le pouvoir en instaurant la démocratie.
Bien entendu, tous les états-majors « irréconciliables » voudraient n’avoir plus qu’un seul horizon : la présidentielle !
Mais les besoins et aspirations du plus grand nombre n’attendront pas passivement une échéance construite pour relancer la V° République et profitant donc au mieux à l’union des droites.
Deux jours avant ce second tour, l’intersyndicale de l’enseignement public (FSU, UNSA, CGT, SUD, CFDT) a appelé à la grève contre le budget et les 4000 suppressions de postes le 31 mars. L’école publique concerne toute la population. Les mouvements se multiplient dans les départements contre la carte scolaire et les baisse de dotations de lycées et collèges, et une grève réussie posera la question d’une manifestation centrale contre le ministère.
La grève de masse de l’enseignement public le 31 mars peut et doit être le premier pas de la contre-attaque imposant l’unité contre la destruction du service public.
A translation of this text into English is available in the comments.
MUNICIPALES : le problème à trois corps | Le Club
MUNICIPALES : le problème à trois corps
Le second tour des Municipales, qui ne concernait qu’une minorité de communes mais les plus importantes, est passé et, à écouter hier soir les représentant-es des différents partis, tous ont gagné.
Les commentateurs politiques y voient un tour de chauffe des présidentielles, prévues dans un peu plus d’un an. Cette analyse laisse cependant à désirer au vue de la multiplicité des scrutins, qui plus est à la proportionnelle, même en vue de la désignation d’un-e maire qui, non-cumul des mandats oblige, ne peut plus occuper de rôle national :
Blocs abstentionniste, de droite et de gauche
Avec près de 43 %, l’abstention est une des plus importante pour ce type d’élection.
Les votes se répartissent avant tout entre socialistes, flanqués de leurs traditionnels alliés, et républicains, avec un centre en pointillé, qui peuvent tous deux affichés leurs lots de victoires pour mieux masquer leurs pertes, parfois historique (par exemple, Clermont-Ferrand d’un côté et Nîmes de l’autre).
Il y a percée de LFI et ancrage du RN, dont les électeurs sont poreux avec ceux de LR même en cas de présence d’un-e candidat-e issu de leurs rangs.
Le PS, LFI et ce qui reste à gauche
Les mairies socialistes le demeurent, à commencer par Paris et Marseille, sans passer nécessairement sous les fourches caudines des insoumis-es pour cela, les fusions de second tour entre eux, visant le plus souvent à arracher des municipalités à la droite, échouent, comme à Limoges et à Toulouse, sauf avec les écologistes à Lyon car une alliance de circonstance ne vaut pas dynamique.
Les gagnants, les perdants et les nouveaux
Philippe a obtenu son ticket pour 2027, Bayrou, Dati et Estrosi vont pouvoir prendre leur retraite politique et plus d’un millier de conseillers municipaux, pour beaucoup issus de la Nouvelle France promue par Mélenchon, font leur entrée dont, à Paris, dans dix arrondissements et la mairie centrale.
Municipales, sénatoriales et législatives
La réforme du mode de scrutin pour Paris, Lyon et Marseille, taillée sur mesure l’année dernière pour favoriser la macronie a fait flop. Mieux, elle aura poussé à un vote de raison et de passion comme les électeurs en question peuvent voter deux fois.
L’arrivée en masse dans les municipalités de conseillers municipaux RN et surtout LFI les place en position d’entrer au Sénat, dont le renouvellement d’un tiers des sièges aura lieu en septembre prochain.
Avec des suffrages municipaux éclatés façon puzzle, il ne serait pas surprenant que la question du mode de scrutin des législatives reviennent sur la table alors que les circonscriptions épousent celles des villes.
Comme un symbole
On apprend ce lundi le décès de Lionel Jospin, Premier Ministre de 1997 à 2002 à la tête d’une majorité rose, rouge et verte dite de gauche plurielle, dont Jean-Luc Mélenchon faisait alors partie.
On lui doit, entre autre, le PACS, soit le précurseur du mariage pour tous, la parité, le passage aux 35 heures, dont l’aspect positif a été une baisse sans précédent du chômage mais, avec comme rançon, la flexibilité du temps de travail, la CMU etc. mais aussi une vague de privatisations sans précédent.
On se souvient aussi que, suite à la dispersion des candidatures à gauche, son éviction du premier tour de la Présidentielle en 2002 a amené, pour la première fois, l’extrême droite au second tour, une situation devenue depuis la norme, y compris si on prend en compte la participation de Sarkozy et sa création du Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale pour attirer avec succès son électoral… jusqu’à son accession à la magistrature suprême l’an prochain ?
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Pour contribuer à notre réflexion, cet article du Monde factuel sur une série de résultats :
Plusieurs accords de fusion, avec plus ou moins de soutien programmatique, ont été trouvés localement entre le Parti socialiste (PS) et La France insoumise (LFI) après le premier tour des municipales.
Au total, 17 fusions avaient été scellées entre des listes socialistes, écologistes ou communistes et LFI pour le second tour des municipales et elles se sont soldées dans près de deux tiers des cas par un échec, selon les résultats dans les villes de plus de 50 000 habitants analysés par l’Agence France-Presse :
11 défaites (Toulouse, Strasbourg, Besançon, Limoges, Clermont-Ferrand, Brest, Poitiers, Avignon, Argenteuil, Colombes, Clichy) pour seulement 6 victoires (Lyon, Nantes, Grenoble, Tours, Aubervilliers, Villejuif).
7 des 11 défaites ont constitué une perte sèche, dans des villes auparavant détenues par le PS (Clermont-Ferrand, Brest, Avignon) ou prises en 2020 par les écologistes (Strasbourg, Besançon, Colombes, Poitiers) ; dans les quatre autres cas, la fusion n’a pas permis de reprendre à la droite Toulouse, Limoges, Argenteuil et Clichy.
Au rayon victoires, la fusion avec LFI a permis de gagner une ville (Aubervilliers, reprise à l’UDI) et d’en conserver trois sous bannière écologiste (Lyon, Tours, Grenoble), une socialiste (Nantes) et une communiste (Villejuif).
Le résultat est encore plus clair a contrario pour les 13 villes dans lesquelles la gauche non mélenchoniste a écarté, parfois avant même le premier tour, toute vélléité d’alliance avec les « insoumis » :
9 victoires pour la gauche sans LFI (Paris, Marseille, Amiens, Montpellier, Rennes, Rouen, Saint-Etienne, Nancy, Saint-Ouen) pour 4 défaites (Bordeaux, Lorient, Angers, Orléans).
Sur les 9 victoires, deux villes gagnées par le PS (Amiens, Saint-Etienne).
Sur les 4 défaites, une ville gagnée en 2020 et perdue par les écologistes (Bordeaux), une ville perdue en 2020 que le PS n’a pu reprendre (Lorient) et deux villes (Angers, Orléans) où la gauche n’avait dès le soir du premier tour aucune chance de l’emporter.
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France: after the second round
Following the second round of the local elections: We are the irreconcilables – we are the majority!
Support the mass strike in the public education sector on 31 March!
Once again, this second round of local elections [22 March 2026] saw the highest abstention rate – excluding the Covid period – of the Fifth Republic [i.e. since 1958]. In the first round, the procedural changes in small municipalities had been cited to explain this phenomenon, but the second round mainly concerned towns, where this factor does not apply. No political force has won this election; all are, in various ways, more defeated than victorious. Nothing has been settled; everything lies ahead of us.
However, it is clear that if the unity achieved in 2024 had functioned smoothly ever since (but then, would Macron’s government and the Fifth Republic still be in power? …), the result would be a clear shift to the left.
Indeed, we have been faced, on the one hand, with the electoral unity of the far right and the clearly defined right, the RN electorate « blocking LFI » [La France Insoumise] with a certain discipline, and, on the other hand, with the ravages of the division between the two arms of its pincer movement: the Mélenchon leadership of LFI on one side and, on the other, the heirs within the PS [Socialist Party] of the Hollande presidency [2012-2017, right-wing, and leading to a drastic decline in PS votes and membership].
This deadly combination could and should have caused such damage that the forces of the right and the far right emerged as clear winners, yet this is not the case.
This is a negative observation, but the very fact of the left’s overall resilience is, under these circumstances, a sign of the utmost importance.
Although they do not determine the overall political verdict of the election, the results in Paris, Marseille and Lyon hold a special place in this context. [Mainstream right candidate] Dati’s clear and decisive defeat in Paris is a defeat for the union of the right-wing parties driven by Macron himself, and thus a defeat for Macron; the sharp decline in support for Chikirou’s candidacy [LFI], a direct expression of the LFI leadership, also enabled the elected PS mayor to win with over 50% of the votes cast. The RN failed to win Marseille and the right-wing wheeler-dealer Aulas failed to win Lyon (and has launched a challenge against the result!) To this axis we can add Pau, where Macron’s former prime minister Bayrou was defeated.
The signs of crisis are mounting in the two main centres of division on the left.
The PS is indeed suffering a rout in medium-sized towns in the west and centre of the country: Clermont-Ferrand, Tulle, Périgueux, and many others, are heavy defeats that can only be explained by the split with LFI, which was not mended « just like that » mended by a last-minute meeting. The right-wing stance of the leaders of the Nouvelle-Aquitaine region (Carole Delga, who had previously spoken out to accentuate the split against the RN in Perpignan), various local figures, and François Hollande himself, is a factor in this decline.
But the victory cries of Mélenchon and Bompard [LFI] are misplaced. The victory in Roubaix – one of the very few LFI gains achieved against the right – in Saint-Denis in the first round, and other major suburban towns, establishes a new political reality that is organically at odds with LFI’s presidentialist logic: local strongholds, supported by a young and working-class base, but relatively independent of the « image of Mélenchon » who, through his own assiduous involvement, serves as a foil on the left and a rallying cry to « block » the right and the far right, thus explaining the failures in Toulouse and Limoges (furthermore, LFI has lost to the right the two main towns it previously governed, Faches-Thumesnil near Lille and Grabels near Montpellier).
That said, there is no question of downplaying the seriousness of the National Rally’s (RN) implanting itself and now becoming the « normal » right-wing vote in many medium-sized towns from Carcassonne to Vierzon or in the former mining heartland of Nord/Pas-de-Calais. It is entirely accurate to say that there is imminent danger, and to say that this danger is the union of the right-wing parties within the global disorder of Trump and Putin.
The hackneyed theme of irreconcilability on the left is a weapon in the service of the established order and of the rise to power of the union of the right-wing parties. It rests on two realities: the proletariat, the exploited, are irreconcilable with policies that exacerbate their exploitation and deceive them – such embodied by Hollande everything he represents. But presidentialism, aligning itself with the Fifth Republic in France and flirting with Trump-Putinism on the world stage, is fatal to democracy and the proletariat. This is what Mélenchon and all he represents are.
We therefore need a determined social and ecological policy within the framework of genuine internationalism. Understanding this makes you « irreconcilable’ » with both ends of the pincer of division, but entirely reconcilable with the real needs and aspirations of the vast majority, encompassing the socialist and Insoumis grassroots. Unity corresponds to the social need of our class and of all the oppressed, and it will be achieved by inflicting a defeat on the « irreconcilable » leaderships, in order to defeat the union of the right and take power by establishing democracy.
Of course, all the « irreconcilable » leaderships would like to have but a single focus: the presidential election!
But the needs and aspirations of the vast majority will not passively wait for a deadline designed to revive the Fifth Republic and thus best serve the union of the right.
Two days before this second round, the public education trade union alliance (FSU, UNSA, CGT, SUD, CFDT) called for a strike on 31 March against the budget and the 4,000 job cuts. State education concerns the entire population. Protests are growing across the regions around school catchment areas and cuts to funding for secondary schools, and a successful strike will raise the question of a central demonstration against the Ministry.
The mass strike in the public education sector on 31 March can and must be the first step in the counter-offensive, imposing unity against the destruction of public services.
Source : https://workersliberty.org/story/2026-03-24/france-after-second-round
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