Le premier tour des élections municipales offre un éclairage d’une grande importance sur l’état des rapports de force politique. D’abord, l’abstention continue de progresser, en particulier dans les catégories populaires de la population.

Sur ce point, l’ensemble des forces de gauche doit faire preuve de modestie, aucune stratégie n’a réussi à remobiliser, en particulier dans les quartiers populaires. En comparaison avec 2014, dans les départements populaires l’abstention continue de progresser.

Ensuite, gare aux illusions d’optique. La France ne se réduit pas à quelques grandes villes largement commentées. L’extrême droite progresse et 24 maires RN ont été élus dès le premier tour. Dans les villes où il a présenté des listes, la moyenne du score du RN dans les villes de 3000 à 20 000 habitants est proche de 30 %. Ce score baisse ensuite progressivement, dans les communes de plus de 200 000 habitants. S’il est vrai qu’à l’exception des villes du Sud, le RN ne fait pas de scores significatifs dans les grandes métropoles, la menace qui plane sur Marseille est très grave. Elle aurait d’ailleurs dû entrainer une fusion entre la liste du Printemps Marseillais et celle de LFI. On ne fait pas courir le risque de faire basculer une ville vers l’extrême droite par un pari électoral hasardeux. Ce point de désaccord posé, il faut désormais voter massivement pour la liste de Benoît Payan.

Enfin, concernant la gauche et les écologistes, il y a un constat clair. Dans la très grande majorité des cas, les listes unitaires sont nettement en tête au contraire de la stratégie d’autonomie insoumise. Observons ces derniers, partout où ils ont fait le choix d’une campagne agressive envers le reste du NFP, les scores sont très en retrait par rapport aux élections européennes à la participation comparable. Mais dans les cas précis où le candidat insoumis a mené une campagne avec un profil plus unitaire, ils ont obtenu de bons résultats, virant même en tête dans 5 villes, et nous nous en félicitons comme à Toulouse et à Limoges.

Désormais, au deuxième tour, partout où les menaces de droite et de l’extrême droite existent, toutes les anciennes composantes du NFP auraient dû se rassembler sur une même liste. Toute autre stratégie est une impasse dangereuse. Dans toutes les villes sous la menace de la droite et de l’extrême droite, l’APRES appelle à voter massivement et sans distinction, pour les listes d’union de la gauche et des écologistes lors du deuxième tour, en particulier pour celle d’Emmanuel Grégoire à Paris.

Les leçons sont donc claires. Il faut mobiliser l’électorat populaire et réactiver la dynamique du NFP. Il faut rester lucide sur la gravité de la menace de la progression de l’extrême droite en ne restant pas comme fasciné par les seuls résultats des grandes agglomérations. Il faut enfin cultiver l’union de la gauche et des écologistes plutôt que les divisions absurdes et irresponsables qui ont été rejetées par nos électeurs. En 2027, le seul front antifasciste sérieux est un front électoral dès le premier tour et donc un candidat commun.

Comme prévu, le succès en 2027 est possible en étant lucide sur la réalité de 2026.

Alexis Corbière

Source : L’APRES-Hebdo du 19 mars 2026