Sur la photo illustrant .cet article, lors d’un rassemblement de défense de l’école publique contre les fermetures de classes, Manu est tout à gauche de la photo

Bonjour Emmanuel Torregrosa, « Manu », peut-tu en quelques mots te présenter politiquement ?

Bonjour je suis un militant socialiste, adhérent du PS entre 2002 et 2017, date à laquelle j’en ai été exclu. En 2008 j’ai été élu sur une liste d’union de la gauche menée par Daniel Roussat (maire communiste de 1977 à 2012). j’ai été adjoint à la vie associative et aux commerces. J’ai mis en place un forum des associations et participé à l’achat et à la réhabilitation de locaux commerciaux qui accueillent aujourd’hui encore des commerces.

Tu es aussi militant syndical ?

Je suis également militant syndical (FSU) et associatif (notamment MJC). Je crois que l’engagement passe par le militantisme dans des structures, y compris lorsqu’on ne se retrouve pas complètement dans leur position : il vaut mieux être à l’intérieur et essayer de faire bouger les structures quelles qu’elles soient.

Nous sommes en vieille terre de gauche dit-on, mais depuis deux mandats ce n’est plus le cas à Cosne. Comment les choses sont-elles ressenties ?

Cosne est un « bourg centre » : une commune de taille intermédiaire (environ 2000 habitants) qui doit proposer des services pour une population de 6000 à 12000 habitants, à cause de l’éloignement des villes de l’Allier (30km de Montluçon et 40 de Moulins). Elle était dans la circonscription historique de Pierre Villon (représentant du PCF au Conseil National de la Résistance) puis d’André Lajoinine (candidat PCF aux présidentielles de 1988 et directeur de publication de la Terre, journal agricole du PCF). Elle était la commune où se déroulaient les fêtes du Bourbonnais Rural (journal agricole local de la gauche paysanne) avec des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes qui se retrouvaient dans une sorte de « fête de l’Huma » rurale. C’est encore dans les mémoires de nombreux cosnois-e-s. Je n’ai pas connu ces manifestations car je suis arrivé à Cosne d’allier en 2002. Que ce soit dans l’équipe municipale ou dans la vie associative, la gauche cosnoise est à la fois une gauche fondée sur les valeurs fortes du communisme rural, du travail, de la justice sociale, et sur un pragmatisme « terrien ».

Comment les choses se sont-elles combinées pour que se forme cette liste à Cosne d’Allier ?

L’équipe municipale sortante avait beaucoup promis (parfois avec raison) sur l’association de la population aux décisions et sur la création d’une dynamique à Cosne d’Allier. Au-delà des orientations politiques les citoyen-ne-s de Cosne constatent que ces promesses n’ont pas été tenues.

A partir de ce constat, des individus se sont réunis depuis un an pour élaborer un projet municipal qui soit en phase avec les attentes de la population. Les partis politiques (PCF et PS) se sont associés à cette démarche et l’ont relancée lorsqu’elle s’est essoufflée après l’été dernier.

Le PCF et le PS m’ont demandé d’animer ce travail. Ils sont (malheureusement) très affaiblis d’un point de vue partisan aujourd’hui, mais continuent à entretenir des réseaux de militants ou de sympathisants. Ils ont participé à ce travail avec une ouverture d’esprit remarquable et sans arrières pensées ; je les en remercie, mais c’est symptomatique de ce pragmatisme dont j’ai parlé. Lorsque ce collectif a commencé à faire une liste pour la présenter, j’ai été désigné tête de liste, ce qui est une grande responsabilité pour moi.

Peut-tu en quelques mots résumer les principaux problèmes humains et sociaux de cette localité ?

Cosne connaît les problèmes classiques des bourgs centre de cette taille dans la « diagonale du vide » : disparition des services publics, vieillissement de la population, crispation par rapport aux pertes d’emploi et d’identité. En même temps vu sa situation Cosne a des équipements digne d’une commune de 3 ou 4 fois sa taille (piscine, théâtre,…..). Mais il est très difficile de les faire vivre. Il faut un volontarisme et un soutien pour que ces équipements fonctionnent au service de la population.

Notre projet basé sur des demandes des habitant-e-s, est de faire vivre ces équipements et de les valoriser – mais personne durant la constitution du projet ne nous a demandé d’équipements nouveaux.

La crise démocratique est aussi un sujet qui est formalisé par un reproche sur l’absence des élus, notamment de Mme le Maire.

Nous avons donc élaboré un corpus de décisions sur le fonctionnement municipal afin de refaire vivre la démocratie. L’engagement, que j’ai demandé aux colistiers de prendre, est d’accorder du temps pour ces actions démocratiques (écoutes, permanences, visite de quartiers, réunions participatives,….)

Quelle a été, à ce qu’il paraît, la surprise de la dame de la préfecture recevant la liste ?

Une fois la liste élaborée, la recherche d’un titre était nécessaire et le mot gauche a été immédiatement mis en avant afin de clarifier les valeurs qui nous animent. J’aurais tendance à dire que nos valeurs sont de gauche et que notre projet est pragmatique au vu des échanges avec les Cosnois-e-s. La liste se nomme donc la Gauche Unie pour une Commune ambitieuse et Dynamique. A la préfecture la dame qui a enregistrée la liste nous a dit sur le ton de la surprise « vous êtes sûrs » ? car nous sommes les seuls, avec la liste d’extrême gauche de Vichy, à avoir utilisé ce mot, ce qui en dit long sur la dépolitisation et la crise politique actuelle.

Et donc, comment cela se présente-t-il ?

Clairement, au début de cette aventure humaine (car les rencontres faites sont très enrichissantes), nous avions pour objectif de faire une liste et d’avoir des élus pour pouvoir faire un travail d’opposants constructifs. Aujourd’hui, au regard du travail programmatique, de notre capacité à avoir un projet à la fois local et qui réponde aux enjeux démocratiques et environnementaux actuels, nous avons l’ambition de gagner, et les critiques de l’équipe en place semblent plus fortes que ce que l’on pensait. En tout cas, nous aurons fait tout ce que nous pouvions, en un an, pour proposer le meilleur projet possible.

D’autre part, nous avons pris un engagement entre nous qui est de continuer à faire vivre ce collectif pour « parler politique » et lutter contre l’extrême droite.

Et en cas de victoire, quel sujet faudra-t-il traiter rapidement ?

Le premier sujet est celui du tarif de la cantine. Suite à des péripéties, le collège doit proposer à partir de septembre des tarifs de repas à 8 € contre 4,20 euros aujourd’hui. L’équipe sortante dit « on n’a pas de sous , ca coûte 75000 euros on ne peut pas assumer la différence ». Nous disons : les tarifs pour les familles n’augmenteront pas.

Nous essaierons d’améliorer la qualité des repas et si possible de descendre le prix en dessous du prix actuel. Là nous ne nous engageons pas car il faut vérifier l’état des finances municipales.

Mais ce sujet est crucial pour les familles et il est symptomatique du débat gauche droite classique : la où la gauche dit solidarité et collectif, la droite répond responsabilité et individu.

Je crois qu’avoir un débat apaisé mais clivé est la seule manière de réintéresser les gens à la politique et je suis fier de porter ce débat. Aux Cosnois-e-s de le trancher.


Ensuite, la deuxième priorité est de mettre en place les outils de la démocratie réelle – je préfère ce terme à « participative » ou autre.