L’assassinat d’Ali Khamenei, ainsi que de plusieurs hauts responsables des Gardiens de la révolution et du régime, constitue un événement exceptionnel dans la trajectoire actuelle de l’Iran. C’est un coup fatal porté au cœur de la machine répressive et à l’épine dorsale de la République islamique. Pour des millions d’Iraniens, la mort d’un homme qui, pendant des décennies, a symbolisé le massacre, l’oppression, la pauvreté, le militarisme et la loi du plus fort a provoqué un soulagement immense, mêlant une rage longtemps contenue à une immense libération. La présence populaire dans les rues et la réaction sociale générale témoignent de la profondeur de la haine accumulée au sein de la société par des années de crimes et de massacres.
Il ne s’agit pas de se réjouir de la guerre. Il ne s’agit pas de se réjouir des bombardements ni du meurtre d’enfants. Il ne s’agit pas de se réjouir d’une intervention étrangère. Il s’agit du soulagement amer de voir apparaître des fissures dans un monstre qui, il y a à peine deux mois, à Dey, a plongé le pays dans un bain de sang, abattant et massacrant des dizaines de milliers de personnes et plongeant la société dans un océan de chagrin et de colère. Les personnes qui respirent aujourd’hui sont les mêmes qui, hier, étaient battues, abattues et jetées en prison.
Pourtant, nous devons affirmer clairement la réalité : ce coup porté au sommet de l’État s’inscrit dans le cadre d’une guerre lancée d’en haut et contre la volonté du peuple. Une guerre qui menace des vies, transforme les villes en zones de mort et cherche à paralyser la société par la peur et la ruine. Les États-Unis et Israël ont joué un rôle direct par leurs attaques militaires et doivent être condamnés sans réserve. Aucun récit de « sauvetage » ni aucune justification « défensive » ne saurait blanchir le massacre de civils.
Parallèlement, il faut l’affirmer clairement : la République islamique et les Gardiens de la révolution ne sont pas les victimes de cette guerre, mais bien parmi ses principaux instigateurs. Un État qui, pendant des années, a instrumentalisé la société pour ses projets militaires et nucléaires en paie aujourd’hui le prix par un effondrement interne. La mort de Khamenei ne signifie pas la fin de la crise, mais elle démontre sans équivoque que ce système est désormais incapable de reproduire son autorité d’antan. Une structure dont le chef a été destitué, qui est maintenant en guerre et qui fait face à une société saturée de colère et de haine, est entrée dans une phase d’instabilité irréversible.
Il est crucial de garder à l’esprit un fait fondamental : une rupture au sommet de l’État ne signifie pas automatiquement que la volonté du peuple est respectée. C’est précisément dans des moments comme celui-ci que se mettent en œuvre des projets de contrôle de la société : « transition contrôlée », remaniement des élites et promotion d’alternatives imposées d’en haut, destinées à détourner la révolution et à soustraire le peuple à son pouvoir. Les tractations secrètes, la reproduction de la même structure sous un nouveau visage ou l’imposition de gouvernements fantoches sous couvert de « stabilité » et de « transition » sont autant de tentatives pour neutraliser l’élan révolutionnaire et bloquer le pouvoir populaire direct. Ces scénarios ne signifient pas la fin de la République islamique ; ils signifient la continuation du même ordre répressif sous une forme nouvelle.
Seule une organisation indépendante, nationale et ascendante peut empêcher ce dénouement.
En ces temps difficiles, la question centrale n’est pas simplement « l’opposition à la guerre ». La véritable question est de savoir si la société peut consciemment exploiter l’opportunité créée par la rupture au sommet de l’État pour faire progresser le renversement révolutionnaire. La guerre vise à terroriser la société et à suspendre la révolution ; la réponse du peuple doit être de reconstruire et d’organiser son pouvoir social en plein cœur de cette crise.
Travailleurs, salariés, jeunes, femmes et toutes les forces sociales doivent comprendre une vérité fondamentale : aucune puissance étrangère n’apportera la liberté. Seule une société organisée peut renverser définitivement ce système. Rejoindre les organisations sociales existantes, renforcer les organisations syndicales indépendantes et mettre en place des conseils, des comités locaux et des réseaux d’entraide ne sont pas un « choix » aujourd’hui, mais une nécessité urgente, à la fois pour protéger des vies humaines en temps de guerre et pour prendre collectivement en main l’avenir de la société.
La République islamique est blessée et instable. Ce n’est pas le moment de rester spectateur ou d’hésiter ; c’est le moment d’agir. La véritable fin de cette guerre ne viendra pas d’accords entre États, mais du renversement révolutionnaire d’un ordre qui a transformé la vie elle-même en un champ de bataille.
Nous appelons les peuples du monde entier, les mouvements ouvriers et les forces éprises de liberté à se ranger du côté du peuple iranien – et non du côté des États et des machines de guerre. La véritable solidarité implique de soutenir le droit du peuple à renverser la République islamique et à bâtir un ordre humain, libre et égalitaire.
La lutte entre dans une nouvelle phase. La répression s’est effondrée, la peur a été ébranlée et la possibilité d’avancer s’est ouverte. Une société qui a tant payé de sang a le droit – et le devoir – de bâtir son propre avenir.
Confédération iranienne du travail – Délégation à l’étranger
1er mars 2026
Source : https://iranlc.org/en/12023