Comme tous les Français, nous sommes choqués par le drame de Lyon. Mourir pour des idées, en France aujourd’hui, est inacceptable, même si elles sont à l’extrême opposé des nôtres et porteuses de haine. Bien sûr, nous devons rester prudents en attendant les résultats de l’enquête. Mais ce que nous savons déjà et qui nous touche particulièrement, c’est que des antifascistes s’en sont pris avec une brutalité mortelle à un homme à terre.

On ne lutte pas contre le fascisme avec des méthodes fascistes.

Depuis, l’irresponsabilité politique atteint des sommets. Nous assistons à une chasse anti-LFI aux accents trumpistes dont il faut prendre toute la mesure politique. D’abord, la mise en cause de LFI, avant même de connaître la réalité des faits, contribue à approfondir le climat de vengeance, de tensions, de violences. C’est aussi jeter en pâture des élus et des militants, comme l’ont vite indiqué les dégradations de permanences parlementaires puis l’alerte à la bombe au siège insoumis. C’est enfin une instrumentalisation politicienne de la mort de Quentin Deranque par un club de charognards qui se joue, à un mois des élections municipales, à un an de la présidentielle. Cette charge ne vise pas seulement à détruire LFI : elle a pour objectif d’affaiblir le camp de l’émancipation dans son ensemble, au moment où le tapis rouge est déroulé à l’extrême droite qui voit ses idées et ses leaders banalisés.

Enclenchée par le RN et ses amis, cette mise au ban hargneuse et obsessionnelle de LFI est devenue la stratégie d’un pouvoir aux abois. À gauche, ceux qui pensent s’en sortir en enfourchant ce récit font fausse route. Ceux qui, à l’instar de François Hollande, en profitent pour creuser un peu plus le fossé entre deux gauches prétendues irréconciliables sont des acteurs de la défaite.

Dans ce contexte, nous devons éviter l’écueil : soit hurler avec les loups contre LFI, soit défendre de manière acritique la stratégie de la direction insoumise. La lutte contre la trumpisation du monde et la fascisation en Europe nécessite une lucidité et une clarté de tous les instants.

Aujourd’hui, alors que parmi les interpellés dans l’affaire Quentin Deranque, plusieurs figures de la Jeune garde sont mis en cause, et parmi eux, un assistant parlementaire de Raphael Arnault qui dit avoir porté des coups, peut-on seulement entendre au fond de la part de LFI : « circulez, il n’y a rien à voir » ? Quand Jean-Luc Mélenchon affirme, dans son moment politique au siège du POI, juste après les interpellations de la police, « nous approuvons leur résistance, nous approuvons leur organisation » au sujet de la Jeune Garde, il envoie d’abord un message de soutien à l’action de ces jeunes, et donc à ceux d’entre eux qui ont agi avec violence. La culture viriliste, la démesure, l’incapacité à reconnaître des errements ou des fautes, la conflictualité et l’outrance isolent dans le pays, détournent de la gauche et du chemin de la victoire. Indispensable pour combattre le RN, le rassemblement est d’abord une culture, un état d’esprit. Cela suppose, de la part de la direction insoumise, de faire les gestes et de poser les mots de l’apaisement.

Le Front populaire n’a pas bloqué les ligues fascistes en se bastonnant dans les rues mais en mobilisant largement le peuple pour « le pain, la paix, la liberté ». En finir avec les passions tristes et s’adresser à notre humanité commune : voilà l’urgence pour sortir de la nasse dans laquelle nos adversaires politiques veulent nous enfermer.

Clémentine Autain

Source : L’Après Hebdo du 19 février 2026.