Le jeune Quentin Derranque – militant d’extrême droite, sur les franges de l’Action française et des néo-nazis pour ce qu’on peut en savoir, et « protecteur » de Némésis – a été assassiné par un groupe agissant de manière ultra-violente, visant à tuer : ces méthodes doivent être impitoyablement condamnées comme totalement étrangères à tout mouvement d’émancipation.

À cette heure, et l’on n’est pas plus avancé après la première conférence de presse du procureur de Lyon, on ne sait pas qui sont les assassins ni quel est leur rapport, s’il y en a un, avec le groupe qui a repoussé le détachement de Némésis et de leurs « protecteurs » à l’entrée de l’IEP de Lyon, où se tenait une conférence de Rima Hassan appelée par LFI et Solidaires-Etudiant.es devant une présence policière qui n’est pas intervenue et que l’on ne retrouvera pas un peu plus loin et un peu plus tard lors du meurtre.

Ce sont des assassins, qui ont commis un crime dont l’impact est utilisé massivement contre l’unité à gauche et contre l’État de droit. À ce stade, on ignore totalement si les auteurs relèvent de près ou de loin de « l’ultra-gauche », comme disent Darmanin et Nunez, ou même de la « gauche ».

Il est à noter que ce même jeudi 12 février, à peu près au même moment, se tenait ailleurs dans Lyon, à l’université Jean Moulin, une conférence du spécialiste militaire pro-ukrainien Guillaume Ancel et de l’historien Stéphane Audouin-Rouzeau, sur le « déni de guerre », qui a été agressée et stoppée par un groupe brandissant des drapeaux de la FSE (Fédération Syndicale Etudiante) et de l’OCF, un nouveau groupe stalinoïde. La simultanéité des deux provocations, suivies de l’assassinat de Quentin Deranque, interroge : agissements d’incontrôlés dangereux ou manipulation ?

À qui profite le crime ?

Très clairement, il profite aux ennemis de l’État de droit, tel M. Retailleau qui a annoncé, ce même 12 février, sa candidature à la présidentielle en désignant comme ennemi « les dérives de l’État de droit », c’est-à-dire l’État de droit lui-même.

L’État de droit, c’est ce qui assure qu’une démocratie reste une démocratie : la loi prime, toute force publique est bridée par l’Habeas corpus, les droits fondamentaux sont sanctuarisés dans une Déclaration, l’appareil judiciaire est organiquement indépendant, la République est laïque, les franchises universitaires, la liberté de recherche et le consensus scientifique une fois établi sont respectés.

C’est ce qui est détruit en Russie, c’est ce que Trump et Vance ont entrepris de détruire aux États-Unis. Leur mot d’ordre : les Antifas sont des « terroristes ». C’est le mot d’ordre que reprennent leurs relais en France, de Le Pen et Bardella à Retailleau et Darmanin, engageant une campagne médiatique de peur et de bruit pour diaboliser LFI et interdire toute union à gauche et toute unité dans la défense de l’État de droit. Les militants qui défendent l’État de droit sont et seront amalgamés à « LFI » et aux « tueurs de Lyon ». Cette campagne a commencé, elle vise à instaurer la peur et à produire un tournant dans la situation politique. À qui profite-t-elle ? À qui profite le crime ?

Le crime et la campagne qui s’amorce profitent à Trump et à Poutine et visent à instaurer en France un gouvernement Le Pen/Bardella/Retailleau qui aura pour mission la destruction de l’État de droit, la livraison de l’Ukraine à Poutine, la répression, et l’abaissement du pays et de l’Europe dans le monde de Trump et de Poutine.

Par conséquent, il faut le dire, car LFI n’est pas en mesure de le dire ni de le comprendre pas plus qu’un Hollande ou un Glucksmann : la diabolisation de LFI fait le jeu de Moscou !

Certes, elle peut aussi faire le jeu de ceux qui, dans LFI, se faisant les relais du poutinisme, entendent contrôler un mouvement sectaire de masse, cible des attaques, tenant bien ses troupes, repoussoir utile des tenants de l’ordre établi.

Nous avons, depuis sa naissance, critiqué sans concession LFI en tant qu’organisation plébiscitaire, anti-démocratique, constituée sur des bases hostiles aux principes du mouvement ouvrier, pour pouvoir ici et maintenant nous permettre, car la vérité doit toujours primer, de dire que LFI et Rima Hassan ne sont manifestement pas à l’origine de la provocation du jeudi 12 février à Lyon et de l’horrible assassinat qui l’a suivie.

Ils en ont été la cible, mais politiquement, ils ne sont pas équipés pour bien se défendre : là où il faudrait, en relation avec une condamnation ferme et totale du crime commis, appeler à l’unité rapide et sans interdits à gauche pour la défense de la démocratie et du droit, contredisant ainsi la ligne de division prise à Paris ou à Marseille, ils sont poussés à se cabrer dans la posture victimaire du bouc émissaire, menés par le noyau dirigeant de Mélenchon et du POI.

Les attaques et vandalisations de locaux de LFI ont commencé immédiatement, à Lille et Metz, le local de Solidaires à Lyon a été attaqué la nuit suivant le meurtre, un premier rassemblement d’extrême-droite criant « Quentin, présents » a eu lieu à Paris et un journaliste de Mediapart y a été agressé.

Contre les attaques visant l’État de droit comme contre les licenciements et la casse de l’école publique, l’unité d’action est la seule issue si l’on veut réellement empêcher l’arrivée au pouvoir des agents directs de Trump et de Poutine, les ennemis du mouvement ouvrier, de la démocratie et du droit.

Vite, un 12 février 34 dans le pays !

Le 12 février 34, en réponse aux manifestations armées, en direction du Palais Bourbon, de l’Action Française et des ligues d’extrême droite, qui ont fait 16 morts et de nombreux blessés le soir du 6 février, la CGT appelle à la grève générale. À Paris, deux manifestations séparées sont organisées, l’une par le PC et la CGT-U et l’autre par la CGT et la SFIO. Elles se dirigent vers la place de la Nation. Là, sur le cours de Vincennes, manifestants et militants prétendument irréconciliables se rejoignent aux cris d’ « Unité ! Unité ! ». Cette poussée mènera à la victoire électorale du Front Populaire en mai 1936 et à la grève générale de mai-juin 1936.

Le 16/02/2026 en soirée.

Pour mémoire, nous reproduisons la liste des exactions et attaques violentes menées sur l’agglomération lyonnaise par l’extrême-droite ces dernières années :

  • 19 juillet 2019 : agression de supporters algérien-nes qui fêtaient la victoire de leur équipe
  • Aout 2020 : incendies criminels de la mosquée de Bron et de Perrache à 1 semaine d’intervalle
  • 31 janvier 2021 : attaque du contre-rassemblement à la manif « marchons enfants » contre la PMA par une cinquantaine de militant-es nationaliste faisant plusieurs blessés
  • 20 mars 2021 : attaque du local de la Plume Noire alors que 10 personnes se trouvaient à l’intérieur.
  • 24 avril 2021 : attaque du rassemblement de la fierté lesbienne à l’hôtel de ville
  • 27 novembre 2021 : attaque du rassemblement des familles des victimes de crimes sécuritaires devant le palais de justice de Lyon par une dizaine de militant-es nationalistes
  • 15 avril 2022 : attaque du blocage de Science-Po Lyon par la Cocarde étudiante pendant l’entre-deux-tours
  • 9 juin 2022 : Un cadre des identitaires attaque 2 jeunes avec un couteau dans le bas des Pentes de la Croix-Rousse
  • 16 octobre 2022 : attaque d’un piquet de grève des agents de nettoyage de Perrache syndiqué à la CNT-SO
  • 5 décembre 2022 : 2 militants du collectif « Fermons les locaux fascistes » sont agressés dans le vieux Lyon
  • 11 novembre 2023 : plusieurs dizaines de militant-es nationalistes attaquent une conférence sur la Palestine organisée à la Maison des passages dans le vieux Lyon
  • 2 février 2024 : attaque de 2 jeunes racisés à la sortie d’une boite de nuit par des identitaires, dont Sinisha Milinov leader de la Cocarde étudiante et inscrit sur une liste du FN par le passé
  • 25 mai 2024 : agression raciste de deux supportrices de l’OL au Groupama Stadium
  • 6 octobre 2024 : attaque au couteau contre le groupe de supporters « multiculturel » de six neuf pirates par des supporters d’extrême droite
  • 11 octobre 2024 : agression d’une femme qui portait une casquette du club de foot antifasciste St-Pauli place Carnot
  • 7 juillet 2024 : attaque du rassemblement de gauche suite au résultat des législatives
  • 8 janvier 2026 : meurtre d’Ismaïl Aali après un traquenard organisé à Lyon
  • 5 février 2026 : agression d’étudiant-es à l’entrée de Lyon 3 par des militant-es de la Cocarde accompagnés par des militants NR et identitaires

Liste reprise du site Rebellyon : https://rebellyon.info/L-antifascisme-et-la-violence-retour-sur-34308