Jeudi soir 12 février à Lyon, un jeune homme militant d’extrême droite, Quentin D., a été battu et plongé dans un coma cérébral, dont il n’est pas sorti à cette heure. Ce samedi matin 14 février, les autorités judiciaires restent très prudentes quant à l’établissement des faits.

La version, qui circule et que reprennent la plupart des médias, est en effet la suivante : à Science-Po Lyon se tenait une réunion publique de LFI avec Rima Hassan ; l’organisation Némésis est venue faire de la provocation sous le slogan « islamo-gauchos dehors » ; un affrontement se serait produit avec des « Antifas » et Quentin D. serait resté à terre. Toutefois, les dernières informations font apparaître que Quentin D. a été secouru sur un trottoir très éloigné des lieux supposés de l’action, à une bonne demi-heure de marche. 

Extrême droite et droite unie avec elle n’ont pourtant pas de doutes sur le story-telling :  une meute de « gauchistes » aurait lynché Quentin D., et la Jeune Garde Antifasciste (JGA) serait compromise, ainsi que le SO de LFI. En fait, il n’est pas certain, à cette heure, que la JGA ait été de la partie, et il est certain que le SO de LFI qui protégeait directement la réunion de Rima Hassan n’est pas concerné.

Dans la journée de vendredi, la presse Bolloré, du Figaro au JDD, a commencé à appeler à la dissolution et l’arrestation des « Antifas », le RN s’est porté en première ligne de cette campagne, précisément calibrée politiquement : les « milices d’extrême gauche » doivent être dissoutes en tant qu’organisations « terroristes ».

De manière coordonnée, Radio Courtoisie, les égouts de la fachosphère et les SA de réseaux sociaux diffusent des photos du collaborateur parlementaire de Raphaël Arnaud (député LFI d’Avignon et dirigeant de La Jeune Garde Antifasciste, organisation dissoute par le ministre de l’Intérieur Retailleau en mai dernier et en pleine procédure de recours contre cette dissolution), Jacque-Elie Favrot, désigné comme le « meurtrier de Quentin », avec appels à peine voilés à s’emparer de lui et le lyncher.

Quatre points sont clairs et doivent être expliqués, car les situations de provocations demandent la clarté politique.

D’abord, la campagne qui s’amorce a pour cible l’État de droit : la criminalisation de l’antifascisme comme « terrorisme », c’est ce que préconisent et mettent en œuvre Trump et Vance.

Si les faits sont survenus par suite de la provocation de Nemesis, alors c’est une provocation d’extrême droite qui en est à l’origine. Nemesis (à ne pas confondre avec « Nous Vivrons » avec qui bien des courants l’amalgament) est un groupe « identitaire » raciste spécialisé dans la provocation soi-disant « féministe », consistant à présenter musulmans, migrants et OQTF comme le principal danger envers les femmes, et tentant de se faire agresser par des manifestants hommes dans le but de photographier la scène. Quentin D., selon toute probabilité, faisait partie du SO bien masculin accompagnant ces prétendues « féministes », dont la provocation a cette fois-ci plus que bien marché, conduisant à le mettre entre la vie et la mort…

Si le groupe qui s’est affronté avec le SO de Némésis était composé d’ « Antifas », alors le dérapage grave qu’il aurait commis pose  la question politique de l’auto-proclamation et de la spécialisation de groupes « antifas ». De jeunes militants, et militantes, veulent sincèrement protéger la masse des jeunes et des organisations ouvrières des attaques de l’extrême droite, mais l’auto-proclamation et la spécialisation auto-attribuées d’organisations, qui ne sont pas des organisations de masse, non dans l’antifascisme en général qui nous appartient à toutes et à tous, mais dans la protection et l’affrontement physiques, voire le « sport » antifa, sont porteuses de dérives.

Cependant, ces jeunes et ces groupes n’en sont pas les premiers responsables et ils auraient toute leur place dans un mouvement de masse et à son service. C’est la responsabilité du mouvement ouvrier et des organisations démocratiques et féministes dans leur ensemble, d’organiser des Services d’ordre de masse, féminisés, maîtrisés et fermes. Cette culture de SO sérieux est à reconstruire ou à construire, et ceci fait partie de l’action politique plus générale réalisant l’unité pour gagner contre la V° République, Macron, le RN et l’union des droites.