La journée d’hier à l’Assemblée Nationale aura eu une saveur particulière : côté cour, la Fédération CGT du Commerce organisait ce 22 janvier au matin un rassemblement à proximité de celle-ci pour protester contre le vote, prévu ce jour, de la proposition de loi remettant en cause le caractère universel du 1er Mai, seul jour férié, chômé et payé de notre calendrier.

Ce sont plus de 200 militant-es qui se sont rassemblées, CGT mais aussi également de la FO, de la FSU et de SUD appuyés par des député-es communistes, écologistes et insoumis, pour écouter entre autre Sophie Binet, la Secrétaire Générale du syndicat, marteler que nous ne laisserons pas dépouiller de ce conquis.

Côté jardin, les mal nommés Les Républicains, qui ont oublié que la République est aussi sociale, commençaient à dérouler l’examen de la dizaine de textes islamophobes, sécuritaires et réactionnaires dans la niche parlementaire qui leur était réservé.

Peine perdue : la pugnacité de parlementaires de gauche, en particulier du groupe La France Insoumise, aura permis, tel Cendrillon aux douze coups de minuit, que ce texte honni s’évapore faute tout simplement de temps restant pour le discuter.

Qu’on se rassure, les braves artisans boulangers et fleuristes pourront continuer à travailler le 1er Mai prochain qui aura cependant pour le plus grand nombre un goût particulier, celui de la victoire : en effet, selon le Ministère du Travail, plus d’un million et demi de salarié-es du commerce, particulièrement de l’alimentaire, auraient été concernés par cette dérogation si elle avait vu le jour.

Et ce n’est pas l’argument du volontariat mis en avant pour accepter de travailler ce jour-là qui nous convaincra : les exemples ne manquent pas dans les permanences syndicales de salarié-es de ces secteurs sommés d’accepter dès l’embauche des conditions de travail au rabais pour prétendre à une maigre rémunération.

Cette situation, Émile Pouget, un des fondateurs de la CGT, l’a résumé dès 1895 :  » Donc, entre patrons et ouvriers, il ne peut se conclure d’engagements qui méritent le qualificatif de contrats. Ce qu’on est convenu de désigner sous le nom de « contrat de travail » n’a pas les caractères spécifiques et bilatéraux du contrat ; c’est, au sens strict, un contrat unilatéral, favorable seulement à l’un des contractants, — un contrat léonin. « 

Hier soir, c’est un succès de la lutte qui vient s’ajouter à celui de la suspension de la réforme des retraites ainsi qu’aux renoncements à diverses mesures rétrogrades dans le budget à venir.

On aurait tort de minimiser la portée de cette série de reculs, elle doit au contraire inspirer confiance à notre camp social et le convaincre que, comme l’expliquait Trotsky,  » Celui qui se défend bien là où il faut se défendre, qui attaque là où il faut attaquer, est le vainqueur. « 

LD, 23/01/2026.

* Le chou blanc, expression populaire, est aussi ironiquement une disposition de la convention collective de la boulangerie qui prévoit le paiement de la journée de travail pour le salarié qui se déplacerait pour rien sur son lieu de travail faute de farine pour pétrir le pain par exemple.