Nous reproduisons ci-dessous les interventions de Laurent Indrusiak, secrétaire de l’Union Départementale CGT, et de Vincent Présumey, au nom de la FSU Allier, au meeting intersyndical contre les fascistes tenu à Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier) ce mercredi 14 janvier. Ce fut un plein succès (une bonne centaine de participants) ayant, les deux interventions le disent de façon non concertée, la signification d’un « 12 février 1934 départemental ». Sont également intervenus : Sophie Vénétitay responsable nationale du SNES-FSU, Laurence Dautraix responsable nationale du SNETAP-FSU (enseignement agricole). A noter que dans « Riposte laïque », un prétendu espion a écrit avoir du se déguiser en femme pour ne pas se faire repérer, et avoir beaucoup souffert en étant contraint d’acclamer les deux « agents trotskystes » !

Laurent Indrusiak.

Chers Camarades,

Chers amis,

Avant d’aller plus loin, permettez-moi de vous dire que je ne boude pas mon plaisir d’intervenir ici, dans cette ville. Une ville dont le maire n’est autre qu’Emmanuel Ferrand, ancien responsable de la FNSEA de l’Allier, mais surtout tristement connu comme l’élu qui a mis des enfants de maternelle au pain et à l’eau, au prétexte que leurs parents ne pouvaient pas payer la cantine.

Il y a des actes qui révèlent définitivement ce que sont les hommes et les femmes qui nous gouvernent. Celui-ci en dit long sur la conception de la solidarité et de la justice sociale de ce premier magistrat.

Cela nous a valu, il y a quelques années, d’être directement confronté à ce même maire lorsque, après avoir décidé d’expulser l’Union locale CGT de ses locaux, il a fait arracher portes et fenêtres. À l’époque, j’avais dit qu’Emmanuel Ferrand était un minable. Depuis, il n’a fait que confirmer ce jugement.

Nous remercions la FSU pour cette initiative. Elle est nécessaire, urgente et salutaire.

Si la CGT de l’Allier prend la parole aujourd’hui, ce n’est pas pour commenter l’actualité.

C’est pour alerter.

C’est pour dénoncer.

C’est pour combattre.

Ce qui se joue dans l’Allier n’a rien d’anecdotique.

Ce n’est ni culturel, ni folklorique, ni le fruit d’un malentendu.

C’est politique. C’est organisé. Et c’est dangereux.

Les faits sont là, et ils sont graves.

La montée des idées d’extrême droite dans notre pays n’est en rien une situation abstraite dans notre département. En 2022, puis à nouveau en 2024, un député du RN a été élu dans la deuxième circonscription de l’Allier. Lors des élections européennes, ce sont 314 communes sur 317 de notre département qui ont placé le candidat du RN en tête.

L’extrême droite progresse en France, ce n’est pas un hasard. Elle pousse sur le terreau des promesses trahies, des politiques qui ont abandonné le monde du travail et sacrifié nos territoires. Là où l’emploi industriel disparaît, la colère s’installe. Dans l’Allier, plus de 3 000 emplois industriels ont été détruits en quinze ans : des usines fermées, des familles frappées, des bassins de vie cassés. Et quand, en plus, les services publics ferment , hôpitaux, écoles, postes, transports ,l’abandon devient total. C’est dans ces déserts sociaux que le Rassemblement national avance, en se nourrissant de la détresse populaire tout en protégeant les mêmes intérêts patronaux qui ont détruit l’emploi et organisé ce recul. L’extrême droite ne défend pas les travailleurs : elle détourne leur colère

Face à ce constat, l’UD CGT s’est engagée avec détermination à travers une campagne de longue durée : affichages, distributions de cartes postale d’organisation de formation, organisation de conférences.

À cela s’ajoute, depuis l’été dernier notre implication dans le collectif Laïque et républicain de Moulins ,suite à l’arrivée et la promotion d’initiatives dites culturelles telles que « Les Murmures de la Cité », qui s’inscrivent pleinement dans cette offensive idéologique.

Cette activité dans le département n’est pas restée sans réaction de la part de nos ennemis de classe. Nous avons ainsi fait face à des dépôts de plainte du RN et d’Horizons contre nos campagnes d’affichage, ainsi qu’à une campagne continue de dénigrement et de menaces à l’encontre des représentants syndicaux de la CGT, mais aussi de la FSU. Cette offensive se traduit par une multitude d’articles publiés sur des sites d’extrême droite (Riposte Laïque, Résistance Républicaine, etc.),

À Moulins, un spectacle intitulé Murmures de la Cité a été massivement financé par de l’argent public. À ce financement s’ajoutent les fonds d’un milliardaire idéologue d’extrême droite, Pierre-Édouard Stérin, exilé fiscal en Belgique, qui ne cache ni ses convictions ni son objectif : l’« union des droites » et l’arrimage d’une partie de la droite dite républicaine au projet de l’extrême droite.

Ce spectacle n’est pas neutre.

Il est la vitrine d’un cercle idéologique, Sophia-Polis, qui se revendique lui-même comme un espace de rencontre entre catholiques intégristes et néo-païens identitaires.

Ce n’est pas de la culture.

C’est de l’idéologie réactionnaire.

Ce n’est pas de la liberté artistique.

C’est un projet politique.

« Dites-moi qui vous soutient, je vous dirai qui vous êtes. »

Cette formule s’applique parfaitement à Monsieur Guillaume Senet petit bourgeois du bourbonnais , initiateur de Murmures de la Cité. Autour de lui gravitent les relais bien connus de la fachosphère : Riposte Laïque, Riposte Républicaine et consorts, toujours prompts à se poser en victimes tout en diffusant insultes, diffamations et appels à la haine.

Lorsque des syndicalistes, des enseignants, des militants laïques ont contesté l’utilisation de l’argent public pour ce projet, la réponse a été immédiate :

la haine,

la diffamation,

les menaces.

Des menaces nominatives, répétées, allant jusqu’à des menaces de mort.

Je cite :

« Les responsables CGT vont devoir se protéger et protéger leur famille. Ils veulent la guerre, dans une guerre il y a toujours des morts. »

Ces menaces ont conduit à des dépôts de plainte. Porter plainte n’a jamais été un réflexe de confort. C’était une nécessité : pour nous protéger, pour protéger nos familles, et pour rendre publiques des menaces qui prospèrent trop souvent dans l’ombre.

Même lorsque les responsables CGT ne sont pas nommément cités, chacun comprend qui est visé, surtout lorsque des articles antérieurs exposent photos, noms et fonctions syndicales. La menace est globale. Elle vise nos organisations, nos militants, nos proches.

Nous le disons solennellement :

ceux qui menacent des syndicalistes portent une responsabilité politique majeure.

Car ces mots ne tombent jamais du ciel. Ils sont nourris, encouragés, légitimés par le climat que l’extrême droite installe.

L’extrême droite ne débat pas.

Elle intimide.

Elle ne convainc pas.

Elle terrorise.

Mais notre présence ici ne se limite pas à une riposte défensive. Ce combat dépasse nos organisations. Il engage l’avenir des libertés publiques, de la démocratie et du syndicalisme.

L’histoire est claire et implacable.

À chaque fois que l’extrême droite avance, les libertés reculent.

À chaque fois qu’elle progresse, les syndicats sont attaqués.

À chaque fois qu’elle se rapproche du pouvoir, les droits sociaux sont piétinés.

La CGT le sait. Elle l’a vécu. Elle l’a combattu.

En 1934 face aux ligues fascistes.

À la Libération en construisant la République sociale.

En 1958 contre le coup de force institutionnel.

En 1968 en portant les aspirations démocratiques du monde du travail.

En 2024 en prenant ses responsabilités pour faire barrage à l’extrême droite.

Pourquoi ?

Parce qu’il n’y a pas de droits sociaux sans démocratie.

Pas de justice sociale sans libertés publiques.

Pas d’émancipation dans le racisme, l’autoritarisme et la haine.

Dans l’Allier, nous refusons la banalisation.

Nous refusons que l’argent public finance des réseaux idéologiques réactionnaires.

Nous refusons que la culture serve de cheval de Troie à l’extrême droite.

Nous refusons que certains élus ferment les yeux, minimisent ou justifient.

À la veille des élections municipales, cette vigilance est cruciale.

Quand des figures identitaires sont invitées, quand la culture est instrumentalisée, quand les services publics sont affaiblis, le terrain est préparé. Et nous savons où cela mène.

Face à l’extrême droite, l’unité est une obligation.

Ce combat ne se gagnera ni dans le silence ni dans l’ambiguïté.

Il se gagnera par la clarté politique, le débat et la mobilisation.

L’extrême droite prospère sur la peur : nous opposons la solidarité.

Sur la division : nous opposons l’unité.

Sur la résignation : nous opposons la lutte.

Il y quelque année dans l’euphorie d’un discours de manif contre la réforme des retraites j’avais hurlé que c’était un combat à la vie à la mort pour la défense de nos retraites , certains m »avaient dit que j’étais peut être excessif , je le dit ici la froide c’est une lutte à la vie à la mort pour notre modèle de société , entre le rejet des autres , la division , le racisme ou le vivre ensemble , la sororité et la fraternité .

Nous le disons clairement :

Pas un centimètre de terrain cédé à l’extrême droite.

Pas une menace laissée sans réponse.

La CGT de l’Allier sera au rendez-vous. Aujourd’hui, demain, et aussi longtemps qu’il le faudra.

Parce que l’histoire nous regarde.

Parce que reculer n’a jamais protégé personne.

Face à l’extrême droite, nous ne plierons pas.

Merci.

Vincent Présumey.

Chers camarades, chers amis, chers collègues, je me dois et je vous dois de commencer cette intervention en vous disant merci, car votre présence ensemble, ici, à Saint-Pourçain, rassénère, fait chaud au cœur, conforte et encourage.

Merci aux camarades de la CGT de s’être laissés, pour ainsi dire, entrainés, de très bon cœur, par la FSU, et d’être là en nombre et d’apporter leur force collective,

Merci bien sûr aux militantes et aux militants de la FSU qui ont construit, discuté et préparé notre regroupement,

Merci à Sophie Vénétitay, secrétaire nationale de mon syndicat, le SNES-FSU, et qui incarne, comme je le disais hier à Radio Coquelicot, cette victoire syndicale qu’est le démantèlement du dispositif du « choc des savoirs » au collège voulu par Macron et Attal sous la pression et l’appui du RN,

Merci à Laurence Dautraix et aux camarades du SNETAP-FSU de l’enseignement agricole et du lycée de Neuvy,

Merci aux habitants de Saint-Pourçain qui sont là, car ils savent fort bien pour quoi ils sont là.

Et merci à mes collègues du lycée Banville, y compris à celles et ceux qui n’ont pu être là, enseignants ou non enseignants, qui m’ont exprimé leur soutien. Car ce meeting a bien sûr pour moi une dimension personnelle, je sais que vous êtes là aussi pour ma protection et celles des miens.

A ce meeting se sont associés Solidaires, l’UNSA-Education et la Confédération paysanne, matérialisant ainsi l’unité nécessaire. Il est soutenu par le Parti Socialiste, le Parti Communiste Français, les Ecologistes de l’Allier, l’APRES, et le Collectif laïque et républicain de Moulins dont sont également membres, sur Moulins, ATTAC, la FGR, RESF, le MRAP, le Mouvement de la Paix, la Ligue de l’Enseignement, LFI, Place publique, Génération.s.

Il faut aussi que vous sachiez que la CFDT, dans les instances de l’Education nationale et par une lettre au maire de Saint-Pourçain, s’est solidarisée contre les menaces et calomnies dont je suis l’objet. Le maire de Saint-Pourçain a en effet publié, en tant que valeureux défenseur de « Murmures de la Cité », que je n’aurai jamais enseigné de ma vie et que je fricoterai, voyez-vous cela, avec l’islamisme !

La première de ces calembredaines provient sans doute du souvenir de mes années d’enseignement, bien réel, au lycée de Saint-Pourçain, marquées par au moins trois manifestations dans cette belle bourgade, avec les collègues et les élèves, pour préserver un lycée qui, je m’en félicite, est toujours là.

La seconde puise dans les lectures et les contacts d’extrême-droite de Monsieur l’actuel maire, qui imagine manifestement que je participe à un grand complot avec des musulmans. Ces délires racistes sont en particulier diffusés par l’officine « Riposte Laïque », très mal nommée, dont un contributeur local n’est autre que Guillaume Senet, le petit chef de Murmures de la Cité, et de la cité qui véritablement murmure, Sophia-Polis, club de rencontres entre cathos tradis et néo-païens, c’est-à-dire nazis.

Plonger dans la lecture de ces officines est un exercice que je ne vous conseille pas : c’est, il faut dire les choses, s’enfoncer dans la merde, et une merde qui n’est pas bio, mais bien polluée. Je me trouve caricaturé en un porteur obèse de djellaba léchant une babouche : le dessin, même aidé par l’IA, est terriblement mauvais, car une bonne caricature suppose qu’on se moque par empathie humaine et pas par haine. C’est ce que faisait Cabu, assassiné par l’extrême droite islamiste : son Beauf et son adjudant Kronenbourg étaient malgré tout encore sympathiques. Là, juste de la merde, et pas bio, je le répète !

Voici, et ce n’est qu’un exemple, ce qu’ils ont écrit lundi matin, sur le meeting d’aujourd’hui et juste après, voyez-vous, sur ma maison :

« Certes, nous n’irons pas jusqu’à proposer une manifestation devant la maison bourgeoise de Vincent Présumey, située en bord d’Allier (bien sûr, nous avons l’adresse), et encore moins de la taguer, cela n’est pas notre culture, même si, en face, ils ne se gênent pas pour le faire. Certes, nous n’allons pas appeler à vandaliser la salle, à la taguer, à la détruire, comme le font fréquemment les gauchistes quand une mairie ou un restaurant accordent une salle à leurs adversaires politiques. »

Il est vrai que je ne mène pas la vie de château, et que cette maison, ici menacée de vandalisation, provient d’une famille d’ouvriers communistes de chez Potain, qui m’ont choisi pour me la vendre parce qu’ils m’avaient entendu causer dans les manifs de 1995. Plus généralement, je n’ai pas compté mais je dois en être au trentième article en six mois affirmant, parfois en titre, qu’ils ne veulent pas me tuer. Curieuse insistance !

Curieux aussi, il faut le dire, le fait que le procureur de Moulins ait estimé qu’une phrase telle que celle affirmant que les responsables CGT et moi-même « vont devoir se protéger, eux et leurs familles. Ils veulent la guerre. Dans une guerre, il y a toujours des morts. », une telle phrase, donc, ne constituerait pas une menace de mort justifiant une plainte : vraiment curieux, n’est-ce pas ?

Bien entendu, la plainte va être redéposée, avec tout ce qui s’est rajouté depuis. Nous rendrons coup pour coup, politiquement et judiciairement s’entend. Mais comprenons bien à qui, et à quoi, nous avons affaire. Fascisme et nazisme sont les mots appropriés. Pas exactement ceux du XX° siècle, mais leurs héritiers du XXI° : quand Elon Musk ou Steve Bannon font le salut nazi, c’est pour dire ce dont ils sont les héritiers, eux qui veulent faire plus grand, plus dur, plus gros, plus fort, eux qui veulent faire pire et contre lesquels nous avons, nous, à sauver l’avenir humain pour que nos enfants aient un monde vivable.

La doctrine de Guillaume Senet distingue les soi-disant enracinés comme lui, des êtres supérieurs qui seuls sont beaux, vrais, purs et bons, la masse déracinée bonne pour l’esclavage, et les déracineurs, c’est-à-dire nous, les syndicalistes, les professeurs laïques, les « wokistes » comme ils disent. Dans leurs fantasmes excrémentiels, les radoteurs tarés de Riposte soi-disant laïque sont rendus fous par les musulmans et les arabes, mais accusent les mêmes « wokistes » et syndicalistes de vouloir remplacer les blancs par les arabes. Les déracineurs et les agents du « grand remplacement » que nous sommes tenons très exactement, dans leurs fantasmes, la place que tenaient les Juifs chez les nazis. Et l’antisémitisme sous-jacent le plus crasse affleure dans leur prose.

On nous dit parfois : « vous avez raison de vous défendre, mais ne donnez pas trop d’importance à quelques tarés. » C’est vrai qu’il s’agit de quelques tarés.

Mais ces quelques tarés sont à l’intersection du RN, de l’UDR ciottiste, de Reconquête, des Identitaires, et ont des antennes évidentes dans LR, de Saint-Pourçain à Montluçon. Dans l’Allier, ce qu’il reste de droite républicaine, pour s’appeler républicaine, doit rompre toute antenne avec ce boulet, ce grelot, cette macule, et non se vautrer avec, via Murmures et compagnie !

Et ce qu’ils portent, c’est l’offensive de l’internationale fasciste du XXI° siècle, celle de Trump et de Poutine, dont l’Europe, non en tant que groupement de puissances, mais en tant que civilisation, est la cible.

Cette civilisation pluraliste est celle des services publics, de la Sécurité sociale et du droit du travail. Le syndicalisme indépendant a besoin de la démocratie et de l’Etat de droit. L’Etat de droit, dont la laïcité est un élément central, est la cible que les Trump et les Poutine veulent tuer.

Les Le Pen, Bardella, Zemmour et à leur suite les Stérin, Bolloré, Retailleau et autres sont leurs relais français. L’extrême droite chauvine qui ne veut pas d’étrangers, c’est elle, le parti de l’étranger. Cela remonte à loin, ça a commencé quand ils ont émigré, en 1789. Ils sont le parti de Trump et de Poutine : le refus de la pluralité, la haine des migrants et des musulmans, c’est l’abaissement national !

Nous sommes donc nous, ici le parti du redressement, de la solidarité, de l’empathie. Le syndicalisme est indépendant et politique. Il est politique car la lutte des classes l’est et c’est pour cela que, dans l’Allier, nous devons donner à notre regroupement de ce soir la signification qui fut celle, en France, du 12 février 1934, origine du front unique prolétarien puis du front populaire.

L’empathie, la cordialité, l’amour oui, la solidarité humaine, portent la chaleur qui peut regagner les pauvres gens perdus qui votent RN. Cette chaleur est celle de la lutte. Et pour lutter, il faut savoir pour quoi on lutte. Bien sûr, syndicalistes, nous luttons pour l’émancipation sociale, pour l’émancipation humaine. C’est pour cela que nous savons que sa condition, ce sont la démocratie, l’Etat de droit et la laïcité, et que l’humanité émancipée sera plurielle, animée de débats contradictoires, argumentés, démocratiques.

Ils ne passeront pas, et si au final nous gagnerons la guerre, c’est parce que nous portons cela tous ensemble !