La situation internationale connait une accélération, selon des lignes visibles depuis des années et plus particulièrement depuis l’avènement du second Trump à la présidence des Etats-Unis.
Le fait le plus important est l’explosion révolutionnaire en Iran. Mais depuis une semaine, c’est la semaine sanglante. Les masses iraniennes sont de toute façon irréconciliables avec un régime et des institutions – mosquées comprises – dont elles veulent la destruction. Mais le massacre est de l’ordre de dizaines de milliers de morts. C’est la méthode syrienne : à défaut de calmer les masses, on les tue.
Trump a soi-disant menacé d’intervenir, les bases américaines au Qatar ont connu un début d’évacuation, puis il a annoncé que les tueries avaient cessé. De toute évidence, quel que soit le degré de conscience de Trump qui n’est pas un sujet, ses menaces, comme la mise en avant du prince héritier, ont couvert la répression en créant un effet d’attente sur une éventuelle intervention. Mais kidnapper Khamenei le motivait moins que kidnapper Maduro.
Dans les deux cas, Iran et Venezuela, ce qui l’inquiète, ce sont les masses. Alors, bien entendu, les milieux internationalistes veulent affirmer leur solidarité tout en s’opposant à ces « ingérences » dont ils perçoivent le caractère contre-productif.
Il faut soutenir à fond leurs initiatives. Mais il y a quelque chose à leur dire. Comment être efficace dans le soutien tout en rejetant ces ingérences que certains perçoivent parfois comme la seule bouée de sauvetage ?
Il y a une réponse à cette question. Elle suppose que l’on s’oriente vers les questions centrales de la force dans l’ordre social, la question du pouvoir et la question des armes.
Ce sont DES ARMES qu’il faut TOUT DE SUITE aux peuples d’Iran. Des armes, et pas Trump !
Bien entendu, les mêmes qui disent vouloir intervenir, mais à cette heure ne l’ont pas fait et n’ont fait en réalité qu’aider Khamenei, ne veulent surtout pas fournir des armes aux insurgés. C’est donc bien là la revendication que la solidarité internationaliste doit mettre en avant, les armes ne seront pas données, elles seront arrachées.
Si l’on objecte qu’il n’y a pas en Iran de structures organisées aptes à s’armer, trois remarques s’imposent. D’abord, cette objection est abstraite : le problème de dizaines de millions d’iraniens est de ne pas se faire tuer et d’être vainqueurs et pas morts. Ensuite, ce n’est pas complétement vrai : le conseil ouvrier d’Arak ou les syndicats indépendants à Téhéran, parmi les chauffeurs de bus ou les enseignants, existent. Mais surtout, dans notre période historique de crise totale, les choses ne se conforment pas à l’ordre théorique dans lequel elles sont censées se produire. Quand une grève de masse s’étend, les ateliers et les bureaux partent en grève avant d’avoir défini leurs revendications. La grève parfois précède le syndicat. A Minneapolis, la question de l’autodéfense armée est posée contre ICE, dans un mouvement de masse de défense de la démocratie et même de la constitution. Faut-il attendre qu’il y ait des soviets ou des conseils pour s’armer quand les armes deviennent la condition d’existence de toute action de masse ?
C’est là le caractère de notre époque. Bien sûr, poser la question des armes n’est pas y répondre d’un coup. Mais elle se pose et ne pas le dire n’apportera d’autre réponse que les cimetières, et même pas les cimetières, mais les bâches en plastiques pour cadavres défigurés.
Cette question s’est posée en Syrie au printemps 2011 et ceci a déterminé toute la suite terrible des évènements. L’Ukraine a elle aussi besoin d’armes, et les Palestiniens aussi alors que le Hamas les a expropriés de leur propre combat, les a désarmés en fait, et les expose aux coups.
Le second fait central de ces derniers jours est le Groenland. Trump et Vance, qui font les divas et les biches à propos de l’emploi de la force en Iran, font les taureaux et les forts des Halles s’agissant du Groenland.
Menace russo-chinoise ? Foutaise.
Terres rares ? Pas l’essentiel.
Bouclier anti-missile ? S’ils l’exigeaient gentiment, l’OTAN et le Danemark leur offriraient son implantation au Groenland.
Mais qu’est-ce qu’ils ont donc avec le Groenland ?
Réponse : attaquer le Groenland c’est amorcer l’attaque militaire contre l’Europe.
Depuis un an, la guerre sur deux fronts menace l’Europe. Elle vient. Et quand Poutine déclare « hausser le ton » à propos de la « présence de l’OTAN » au Groenland, ce ne sont pas les Etats-Unis qu’il menace. C’est l’Europe. De concert avec les Etats-Unis.
La France (qui avait commencé discrètement depuis des mois), l’Allemagne, la Suède, la Norvège, envoient des soldats au Groenland, officiellement pour assurer sa protection contre la prétendue menace russo-chinoise, quasi ouvertement dans l’espoir que cette petite présence militaire dissuadera l’agression étatsunienne.
Aussi dérisoire et biaisé que cela paraisse, le fait est là : les puissances européennes ont amorcé des opérations militaires, à reculons et en tremblant, dirigées en réalité contre l’attaque américaine qui vient.
Les questions militaires sont les questions politiques centrales du monde parce que la force armée définit le pouvoir d’Etat. Armer les Ukrainiens pour qu’ils repoussent les armées russes, envoyer des armes aux insurgés iraniens pour qu’ils se défendent, ce qui suffirait à faire tomber la République islamique, combattre en Europe pour des gouvernements démocratiques prenant en compte les besoins sociaux de la majorité et donc le besoin de défense populaire et armée contre Trump et Poutine, donner ainsi l’impulsion de la victoire à la résistance démocratique majoritaire du peuple américain contre Trump, tout cela fait sens et bloc.
Et tout cela ne conduit pas à la guerre mondiale, c’est au contraire la condition nécessaire pour l’éviter, en prenant l’autre voie, celle de la démocratie, de l’écologie, de la révolution.
VP, le15/01/26.