Hier, mercredi 7 janvier, le DHS, (Department of Home Security, Département de la Sureté Intérieure des Etats-Unis), a organisé la « plus grande opération » de ICE (Immigration and Customs Enforcement), consistant à lâcher 2000 agents armés et masqués sur les villes de Minneapolis et Saint-Paul. Les nervis de l’armée raciste et trumpiste qu’est ICE ont assassiné une femme au volant de sa voiture, qui tentait de faire demi-tour quand ils ont surgi, en lui tirant dessus à travers le pare-brise.

Comme lors de l’assassinat raciste de Georges Floyd, en 2020, à Minneapolis aussi, qui avait déclenché la vague de manifestations à l’origine de la défaite électorale de Trump cette année-là, tout est filmé et la vidéo circule partout. On sait maintenant que la victime, Renée Nicole Good, était une femme – blanche- de 37 ans, maman d’un petit garçon de 6 ans qu’elle allait chercher à l’école, dont le papa était décédé, qui vivait avec une compagne qui a assisté au meurtre, et qu’elle était active dans la « community » du quartier et à ce titre effectuait une surveillance sur les opérations de ICE dans sa rue. Elle publiait également des poèmes.

Tout est filmé, y compris les cris de sa compagne et les insultes des nervis de ICE empêchant par la force un médecin d’intervenir.

Ce n’est pas le premier meurtre de ICE, mais probablement le 9° en quatre mois. Mais la publicité totale de celui-ci et le contexte politique local – Minneapolis est une ville « démocrate », avec un syndicalisme présent – ainsi que la situation générale, 4 jours après le coup de force sur le Venezuela, donnent à cet odieux assassinat un relief particulier.

Immédiatement, des manifestations spontanées, massives, ont éclaté dans tous les Etats-Unis, et les réseaux No Kings se sont mobilisés.

Mais immédiatement aussi, le DHS, sa cheffe Christie Noem depuis le Texas en arborant un costume de cow-boy, et, avec sa vulgarité habituelle, Donald Trump lui-même, ont présenté un récit mensonger doublé d’une innovation langagière : Renée Nicole Good était selon eux une « terroriste domestique ». Ainsi aux « terroristes étrangers » et aux « gauchistes radicaux », s’ajoute cette catégorie universelle : les « terroristes domestiques ». C’est très simple : vous êtes chez vous, ou devant chez vous, et ICE vient vous tuer, et ce meurtre est la preuve que vous étiez une ou un « terroriste domestique ».

Le maire de Saint-Paul (le meurtre a eu lieu à la limite de Minneapolis et Saint-Paul, côté Saint-Paul), Jacob Frey, a exigé que ICE « foute le camp de notre ville ». Mais attention : dès le tout premier communiqué local du DHS, qualifiant leur victime de terroriste, les nervis ont écrit que ce « terrorisme » est « la conséquence de la diabolisation de nos agents par les politiciens des villes sanctuaires » (une « ville sanctuaire » accueille des migrants). Ainsi, ils désignent non seulement n’importe qui comme « terroriste domestique », mais ils accusent les élus démocrates de terrorisme.

A l’aune des discours et des actes de guerre civile et de terreur du pouvoir trumpien, les réactions démocrates sont du pipi de chat car aucun de ces élus, au-delà des discours, n’a entrepris de mettre en œuvre ce dont des millions de femmes et d’hommes ont besoin : l’autodéfense organisée armée, qui, sans aucun doute, serait victorieuse, car c’est la majorité qui ainsi se défendrait.

Ces évènements sont, d’un point de vue mondial, nous disons bien mondial, centraux. L’affrontement principal se déroule aux Etats-Unis mais la résistance ukrainienne, le soulèvement iranien, et la solidarité internationale, vont dans le même sens : celui de la lutte pour résister et pour renverser les tyrans.

Que quelques jours à peine après le coup de force au Venezuela cette nouvelle étape de l’affrontement social et démocratique aux Etats-Unis s’engage est le fait central.

Précisons bien une chose par rapport aux réflexes et commentaires gauchistes habituels, pour qui toute l’opposition à Trump serait marquée par la trouille et la tendance à capituler des chefs Démocrates, et pour qui ce mouvement ne serait pas « révolutionnaire » : il l’est. Il est révolutionnaire, précisément parce qu’il n’a pas de rhétorique « révolutionnaire » héritée du XX° siècle et de ses mensonges staliniens et caudillistes, mais qu’il est pleinement démocratique et même constitutionnel. Là réside son contenu politique et donc social révolutionnaire. La démocratie est la ligne de classe, la ligne de cassure et de bascule sociale autour de laquelle se nouent les affrontements, de l’Ukraine et de la Cisjordanie à Minneapolis en passant par l’Iran.

Les trumpiens l’ont compris à leur façon qui ne prétendent plus du tout restaurer la démocratie dans leurs interventions militaires, et qui se préparent des lendemains difficiles au Venezuela en misant tout sur Delcy Rodriguez et le chavo-madurisme dictatorial et corrompu dont ils veulent faire leur pantin. Pour l’instant, la mainmise simple et directe sur le pétrole n’a pas eu lieu, et encore moins l’élimination du narcotrafic dont tout indique qu’en fait Trump entend non pas l’éradiquer, mais prendre part à ses bénéfices. Car les tyrans fascistes 2.0 sont aussi, bien entendu, des bandits.

L’explosion de protestations démocratiques aux Etats-Unis est aussi le facteur n°1 qui rend difficile la mainmise sur le Groenland, bien avant les réactions apeurées des chefs d’Etat européens. Au Groenland, se construit un sentiment national intégrant la conscience Inuit et y associant les habitants d’origine européenne. L’appel de la chanteuse islandaise Björk à l’indépendance, contre Trump, se situe dans ce cadre et indique quelles évolutions se déroulent dans la conscience collective des pays scandinaves, menacés en même temps par la Russie.

Les arraisonnements par l’armée US de deux bateaux des « flottes fantômes » pétrolières russes en provenance du Venezuela, ainsi que les menaces d’intervention en Iran, peuvent sembler périlleuses pour la Russie. Mais sur l’essentiel – l’Ukraine – Trump aide Poutine. La pression sur la Russie vise à la détacher de la Chine, qui n’a pu réagir à la mise en cause de ses intérêts au Venezuela et qui les voit menacés en Iran.

En Iran, c’est le soulèvement populaire qui est le moteur, et c’est la crainte de la révolution qui suscite les menaces d’intervention US visant à prendre les devants. Des dizaines de manifestants tués n’ont pas stoppé la montée du mouvement marqué ce jour par la libération de plusieurs villes du Sud-Ouest (Nord du Khûzistân) et par la grève générale kurde. L’effondrement de la République islamique ébranlerait tous les tyrans et les hégémons, Trump compris.

Nous avons donc, depuis quelques jours, une combinaison entre l’accentuation de l’affrontement aux Etats-Unis et la fuite en avant de la bande de Mar-a-Lago dans des interventions extérieures : Nigéria, Venezuela, menaces sur Cuba, la Colombie, le Groenland, l’Iran, pression pour que l’Ukraine capitule (ça, ce n’est pas nouveau) et pour séparer la Russie de la Chine (qui ont peu de chances d’aboutir).

Répétons-le, c’est le climat intérieur aux Etats-Unis qui constitue le principal facteur rendant difficile une OPA armée sur le Groenland, rejetée massivement aux Etats-Unis comme au Canada. Le sens de la pression contre le Groenland, c’est l’asservissement de l’Europe. Comme la première ministre social-démocrate du Danemark l’a déclaré, une agression du Groenland serait la mort de l’OTAN. Mais la bande trumpiste mise sur le désarroi, les divisions et les complicités européennes. OTAN et UE seraient cassés en tant qu’institutions ayant tant soi peu de sens et d’efficacité, et Poutine pourrait intervenir en Arctique et en Baltique. Si l’on prend en considération ces paramètres-là, de nouvelles provocations armées visant l’Europe sont logiques et vraisemblables.

Une « anecdote » de réseaux sociaux montre d’ailleurs comment le régime russe, pourtant sans doute brusqué par certaines opérations US, entend en profiter. Un « même » circule depuis des jours, censé représenter le partage du monde selon Trump. Il y a trois zones : « Me » (moi) en Amérique, Poutine en Russie, Europe et Afrique occidentale, Xi en Asie-Pacifique. Exit l’Europe (et le Canada), exit l’Inde, exit le Japon, exit l’Amérique latine. Mais il s’avère que cette carte, censée se moquer de Trump et exhiber l’impuissance européenne, a pour auteur Kyrill Dmitriev, proche de Poutine, président du principal fond souverain russe, partenaire de Musk dans le projet invraisemblable de pont-tunnel dans le détroit de Behring, actif en politique étrangère. Il a fait un découpage « à la hache » sur la mappemonde, mais pas n’importe comment : toute l’Europe est dans la zone russe, y compris l’Europe nord-atlantique (Royaume-Uni, Scandinavie sauf l’Islande en toute limite). Cette carte revendique l’Europe si la Russie doit perdre Caracas, la Havane et quelques autres points d’ancrage !

Mais la mobilisation démocratique du peuple américain, la perspective de la révolution iranienne , la résistance ukrainienne, sont au moment présent les trois points chauds qui ont l’entière capacité de faire entièrement trébucher les plans concurrents d’asservissement du monde, et qui triompheront si les peuples de toute l’Europe, à l’image de la résistance ukrainienne et de la jeunesse serbe, entrent dans la danse. Soyons clairs : ils y seront, de toute façon, contraints.

VP, le 08/01/26.