Samedi 3 janvier, 12h.
Quelques jours après avoir donné crédit aux affabulations russes selon lesquelles l’Ukraine aurait bombardé l’un des palais de Poutine, Trump a opéré un coup d’Etat et un coup de force. Le coup d’Etat, il faut le souligner, vise le Congrès des Etats-Unis, à nouveau non consulté ni prévenu pour une opération de guerre. Le coup de force vise le Venezuela.
A l’heure où sont écrites ces lignes, Maduro aurait été embarqué par les forces spéciales US.
Les sommets de l’Etat vénézuélien, après avoir proclamé la « fusion parfaite entre le peuple, l’armée et la police » (sic), implorent Washington – ou plutôt Mar-a-Lago, car la capitale des Etats-Unis dans cette affaire se trouve là – de leur donner des nouvelles de leur président.
C’est au peuple vénézuélien qu’il appartenait de renverser et de juger Maduro, qui serait, si c’est confirmé, désormais prisonnier personnel de Trump. L’opération de brigandage, appelée comme celle de Poutine en Ukraine « opération militaire spéciale », est dirigée contre les peuples de l’Amérique indo-afro-latine, dans le cadre du « corollaire Trump à la doctrine Monroe », c’est-à-dire de la brutalité impérialiste réaffirmée sur tout un continent.
Maduro et son régime n’auront en rien servi à la défense de la souveraineté nationale et à la lutte anti-impérialiste, bien au contraire. Quel contraste avec Chavez, qui, lui, car malgré les contradictions de sa politique le peuple le soutenait, a déjoué deux coups de force victorieusement ; et quel contraste aussi, bien sûr, avec Zelensky, choisissant de se faire leader national en refusant l’exfiltration le 24 février 2022, échappant à la mort ou à l’humiliation par le soutien du peuple malgré les contradictions de sa politique, lui aussi !
Nul doute que cette agression de bandits va soulever la révolte populaire dans tout le continent à commencer par la région caraïbe. Mais la défense du peuple vénézuélien requiert la rupture avec les fétiches de la gauche campiste qui en ayant un fil à la patte avec Poutine, l’a du coup aussi avec Trump, particulièrement en Amérique latine.
Les régimes autoritaires « anti-impérialistes » ne sont bons qu’à réprimer les peuples. La défense du Vénézuela requiert l’indépendance envers les pouvoirs cubain ou nicaraguayen, mais aussi envers le programme de Lula au Brésil d’une multipolarité impérialiste intégrant Brésil et Mexique aux côtés de la Russie, la Chine, l’Inde et les Etats-Unis, alors que l’administration Trump a choisi, comme l’explique son document de « sécurité nationale » de début décembre, une multipolarité à 5 – Etats-Unis, Russie, Chine, Inde, Japon- excluant l’Europe continentale, qui doit être soumise et prise en tenaille depuis l’Ukraine et le Groenland, et excluant toute l’Amérique qui doit être soumise, conformément au « corollaire Trump à la doctrine Monroe » actuellement mis en œuvre. Du point de vue des exploités et de la démocratie, il n’y a pas à choisir entre ces deux multipolarités impérialistes.
Les deux choses les plus urgentes dans l’immédiat sont les suivantes.
D’abord le soutien au peuple vénézuélien. Les chances de succès de la mobilisation sont fonction de leur degré d’indépendance envers les régimes en place, et de leur convergence avec la mobilisation du peuple nord-américain, les migrants latinos formant la large masse de contact entre les uns et les autres. La mobilisation contre Trump aux Etats-Unis, qui est aussi la cible du coup d’Etat/coup de force de Mar-a-Lago, est la toute première aide aux peuples du continent.
Ensuite, d’expliquer, expliquer et encore expliquer, clarifier, clarifier et encore clarifier, la nature réelle de ce qui se passe : l’agression étatusienne contre le Venezuela prépare d’autres agressions, contre l’Europe en particulier, des Etats-Unis et de la Russie. Elle n’est pas une « invasion de l’OTAN » et s’il y a bien une institution qui n’y est pour rien, quoi que l’on pense d’elle, c’est l’Union Européenne. Elle fournit en outre le contexte à Xi Jinping pour une éventuelle agression directe, ou blocus total, de Taiwan, et, s’ajoutant aux bombardements absurdes du Sokoto au Nigéria, elle renforce indirectement les dictatures néocoloniales prorusses du Sahel.
Cela veut dire que la prochaine cible est l’Europe, à la suite de l’Ukraine, l’Europe, que ses gouvernants comme Macron ont désarmés en refusant d’aider l’Ukraine au niveau nécessaire pour qu’elle ne fasse pas que résister, et en couvrant la destruction génocidaire de Gaza et l’épuration ethnique engagée en Cisjordanie. Ce que Trump propose à Xi et à Poutine, c’est, avant une éventuelle guerre contre la Chine, de se partager le monde et de s’entendre contre l’Europe.
A cette heure, la Russie et la Chine ont très faiblement réagi à l’agression au Venezuela. Si la Russie parle bien sûr de « violation du droit international », elle a surtout souligné que son ambassade et ses ressortissants n’ont subi aucun dommage !
Très clairement, Trump leur propose un deal, et la victime du deal doit être l’Ukraine tout de suite et, dans l’année qui vient, l’Europe. Les dirigeants européens sont bouche bée et n’ont toujours rien dit à cette heure, sauf une pathétique offre espagnole de « médiation ». Et remarquons qu’à cette heure, malgré la demande colombienne, aucune réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU n’est annoncée !
Or, c’est bien l’Europe qui est menacée par les prochaines « opérations militaires spéciales » soit directes, soit visant indirectement à imposer, par l’extrême droite au pouvoir, des régimes à la botte de Moscou et de Washington.
De ce point de vue, l’ingérence consistant à menacer les juges qui condamneraient Marine Le Pen, sans avoir la même échelle, est bien de même nature que le coup de force contre le Venezuela et l’Amérique, et que les interventions russes en Ukraine et en Géorgie. La question d’un régime et d’un gouvernement démocratique en France, capable de mener la lutte européenne contre Trump et Poutine, devient brûlante.
Comment Trump fait d’une pierre trois coups :
– en attendant les suivants, les Etats-Unis comptent de fait ce soir un 51ème Etat ;
– sous couvert de lutte contre le narcotrafic, il ouvre une crise constitutionnelle avec le Congrès comme il s’agit bien d’une guerre alors que les élections de mi-mandat menaçaient pour lui de tourner au fiasco ;
– la Pax Americana, qui s’exerce désormais absolument sans filtre, atteint certes son paroxysme mais comment ne pas voir au contraire dans cette fuite en avant un signe de son déclin là où celui qui devient trop puissant prépare sa ruine.
Bienvenue en 2026, l’année de tous les dangers… mais de tous les espoirs aussi !
J’aimeJ’aime
Quatre point s’imposent pour réfléchir et agir ce soir après le coup de force de Trump :
– contre Maduro, c’était d’une facilité déconcertante. Les matamores corrompus sont de bonnes cibles.
– les intentions de Trump, pris de la pulsion infantile de toute-puissance qui le caractérise, ne visent à aucune souveraineté populaire, aucune « transition démocratique », et il souhaite contrôler le gouvernement, ce qui annonce des suites beaucoup plus compliquées que le kidnapping facile de Maduro.
– les réactions internationales sont à la fois consternées et capitulardes ou cautionnant l’opération. Seules oppositions sincères, mais impuissantes et n’osant pas elles-mêmes aller jusqu’au bout, la Colombie, le Brésil, le Mexique. Seuls soutiens francs : Netanyahou, Milei, Meloni, Bukele, ce qui n’est pas brillant. Les condamnations obligées de la Russie et de la Chine cachent mal le deal : le pétrole vénézuélien ira toujours en Russie (pour ce qui est de Cuba, c’est une autre affaire : c’est la suite du deal), l’accord donné par Poutine et Xi à Trump pour qu’il kidnappe Maduro implique le pire pour l’Ukraine, la Baltique, Taiwan, le Myanmar. Restent donc les Etats européens dirigeants traditionnels de l’UE, plus le Royaume-Uni : consternés, effarés, et exhibant leur volonté de ne rien faire. Alors que tout converge vers une menace liguée des hégémons mondiaux contre l’Europe, avec l’extrême droite comme cheval de Troie.
– ce que tous les commentaires sous-estiment ou ignorent : l’arène principale de ce qui se passe au Venezuela, ce sont les Etats-Unis. Le coup de force est aussi la reprise du coup d’Etat en difficulté de Trump. La ligne de la démocratie est la plus efficace contre Trump. De ce point de vue, les premiers mots de la déclaration de Bernie Sanders méritent d’être connus :
« Donald Trump a, une fois de plus, fait preuve de mépris pour la Constitution et l’État de droit. Le président des États-Unis n’a pas le droit d’entraîner unilatéralement le pays dans une guerre, même contre un dictateur corrompu et brutal comme Maduro. Les États-Unis n’ont pas le droit, comme l’a déclaré Trump ce matin, de « diriger » le Venezuela. Le Congrès doit immédiatement adopter une résolution sur les pouvoirs de guerre pour mettre fin à cette opération militaire illégale et réaffirmer ses responsabilités constitutionnelles. »
VP.
J’aimeJ’aime