Photo illustrant cet article : notre camarade avant et après ses trois ans et 5 mois dans les geôles de Loukashenko.
Ce sont 51 prisonniers politiques qui ont été « libérés », en fait expulsés contre leur gré en Lituanie, mais qui se retrouvent libres, depuis la Bélarus (Biélorussie).
Loukashenko a présenté – sur un média d’information lié à la Chine, China Media Corporation – qu’il les lâchait suite à une demande téléphonique faite par Trump le 15 août, pour s’en débarrasser et les rendre à l’ « Occident collectif » dont ils sont les agents.
En fait, la résistance de ces militants héroïques dans ses geôles était une épine dans le pied. Ils n’ont pas eu, pour lui, la politesse de crever en prison, ce qui se serait produit à la longue mais qui tardait trop. Iarashuk en particulier représente une alternative au régime en place, depuis la fondation du BKDP lors des grandes grèves de 1990-1993.
Parmi les prisonniers sortis de leurs cellules et emmenés à la frontière, séparément et groupés seulement une fois à Vilnius, Mikola Statkevitch, social-démocrate, dont on n’avait pas la certitude qu’il était emprisonné depuis sa « disparition » début 2023, a refusé de quitter son pays, s’est débattu et barricadé et a été rembarqué par les gardes-frontières biélorusses.
Cette opération indique en fait la fragilité du pouvoir dans cette effroyable dictature qu’est la Biélorussie. Elle s’inscrit dans de sombres manœuvres géopolitiques : les Etats-Unis vont rétablir les relations diplomatiques et aériennes et lever les sanctions.
Cette annonce a été faite exactement juste après l’envoi de 19 drones, depuis la Russie mais par dessus la Biélorussie, sur la Pologne, et précède les grands exercices militaires Zapad 2025, russo-biélorusses, les premiers depuis Zapad 2021 qui préparaient l’invasion généralisée de l’Ukraine.
En tentant un bombardement de la Pologne par des drones, Poutine a bien entendu « testé » les pays de l’OTAN en matière de défense aérienne anti-drones – le résultat est clair : à la différence de l’Ukraine, pour l’heure, ils sont nuls, n’ayant abattu que 5 drones russes sur 19. L’un d’eux a frappé une habitation.
Et la Russie a vérifié qu’en cas d’offensive militaire sur l’Europe centrale, les Etats-Unis ne bougeraient pas.
Que la libération des 51 opposants (le 52°, Mikola Statkévitch, a été repris) s’inscrive dans ces grandes manœuvres ne change pas le fait que Loukachenko les craignait et n’a pu les tuer, à commencer par A. Iarashuk, et que maintenant libres, ils parlent et agissent – et là, cet imbécile de Loukachenko se trompe évidemment quand il dit qu’à l’étranger, « son peuple » ne les entendra plus.
Voici la traduction du bélarusse en français – grand merci au camarade Jean-Charles – de la première déclaration d’A. Iarashuk :
Le président du Congrès biélorusse des syndicats démocratiques, Aliakasandr Iarachouk (Yarashuk) : « Je voudrais tout d’abord m’incliner devant le peuple biélorusse qui nous a donné la force de persévérer dans des conditions inhumaines.
« Nous étions parfaitement conscients de perpétuer l’histoire séculaire du peuple biélorusse. Aujourd’hui, le Chœur Libre a entonné le chant « Dieu Puissant » 1 et il était impossible de ne pas se sentir lié à notre histoire !
Aujourd’hui, j’ai vu une photo de mon plus jeune fils, vêtu avec les habits de son père.
La colonie pénitentiaire de Chkloù est une véritable usine à tortures, dirigée par le policier Karnienka. Là-bas, on m’a tout simplement « abattu ». La première nuit passée en cellule punitive d’isolement à régime sévère, j’ai cru que je n’y survivrais pas, et j’avais 72 ans à l’époque. Mais en y survivant, j’ai compris que plus personne ne pourrait me vaincre.
À ma sortie, j’ai dit : « Vous êtes allé très loin ! » et je me suis mis à chanter. Je m’attendais à une réaction, mais les policiers sont restés silencieux.
Hier j’ai vu, comme nous ont rassemblés les agents du KGB, non pas des visages mais juste des masques, seulement des masques. Mais de quoi ont-ils peur ?
En fait, ils savent qu’ils devront rendre des comptes. Ils pensent nous avoir trompés, nous et Trump, mais je tiens à vous assurer que nous retournerons en Biélorussie, parce que nous sommes les véritables maîtres de notre pays, et nous n’épargnerons pas nos vies pour cela. »
1 NdT : Chant de la diaspora biélorusse en exil. Voir sur Wikipedia le lien
Et nous reviendrons aussi, bien sûr, sur l’ensemble de la situation internationale, très prochainement.