Que va-t-il se passer mercredi 10 ? Cette question porte en elle le charme de l’inconnu, et cela pour tout le monde, du ministère de l’Intérieur à nous autres.
Voici toutefois une indication : dans un centre d’appel, en province, où travaillent en « open space » bruyant une soixantaine de salariés en CDD, très majoritairement des femmes et sans syndicat, un petit chef vient demander qui fera grève le 10, escomptant peut-être que 4-5 auront le culot de lever le bras et se feront ainsi repérer. Quelques instants de flottement silencieux … et une cinquantaine de bras se lèvent.
Loin des boucles Telegram, des sphères complotistes où bots russes et « pacifistes » répandent rumeurs et thématiques d’union sacrée avec Poutine et Trump, loin aussi des milieux militants habituels et des couches syndicalistes, une chose est sûre : des couches larges et profondes, dans les petites entreprises, dans la précarité, cherchent et espèrent une initiative qui les voient faire irruption sur le devant de la scène, pour apparaître comme les actrices et les acteurs et le socle de toute issue politique à la crise.
Du côté des syndicats, la liste des appels à la grève, qu’ils soient professionnels ou locaux et qui vont souvent au-delà de la CGT, de la FSU et de Solidaires, pour le 10 septembre continue de s’allonger et vient tempérer le choix de l’intersyndicale d’appeler à la date ultérieure du 18. A ce sujet, l’intersyndicale Fonction Publique va attendre le 11 pour communiquer sur le 18
Autre indication symptomatique mais cette fois-ci dans les couches militantes de gauche « informées » : à Châteaudun, le rassemblement commun à l’Après, Génération.s et Debout a vu une affluence supérieure aux attentes, à une date pas simple pour beaucoup (le dernier samedi d’août) : plus de 2500 participants, sur la journée, avec des forums (dont celui, bondé, sur l’extrême-droite, en présence notamment de Marine Tondelier et Raquel Garrido, où Vincent Présumey a pu intervenir sur l’affaire de « Murmures de la Cité »), avec un meeting final avec les représentants de ces trois organisations plus Lucie Castet, dont il s’est dit que « personne n’a cherché à tirer ostensiblement la couverture à lui », dans cette petite ville sinistrée de l’industrie militaire fermée et de la Beauce agricole.
Dans les sommets, nous avons le naufrage de Bayrou, qui sort une ou plusieurs énormités grotesques à chaque intervention, tout en poursuivant les attaques antisociales, et les spéculations sur la dissolution, et sur le gouvernement que Macron pourrait nommer, qui sont en train de déchirer LR en temps réel et en public.
Comprenons bien une chose : la division entre le PS et notamment les ailes droites du PS d’un côté, LFI de l’autre, redouble et doit redoubler précisément parce qu’elle constitue l’obstacle politique nécessaire à la survie du régime, et précisément parce que l’irruption des larges masses menace de faire sauter l’obstacle.
Chaque déclaration de Mélenchon, Chikirou ou autre à la gloire du régime capitaliste oligarchique chinois, traitant Zelensky de « président de rien », et autres saloperies, constitue une attaque directe contre le besoin d’unité du prolétariat, ici et maintenant, en France, au moment où la grève unie se cherche pour poser et résoudre la question du pouvoir.
Et symétriquement chaque « ouverture » de tel ou tel secteur du PS à la possibilité d’un gouvernement qui ne serait pas un gouvernement du NFP mais un gouvernement de coalition sous une forme ou une autre, est, elle aussi, une peau de banane contre les besoins profonds des plus larges masses, pratiquement calibrée pour permettre la fuite en avant désespérée de la direction de LFI dans la division.
Cela alors que le fait même que l’Elysée laisse filtrer des rumeurs sur la possibilité d’un premier ministre PS indique à nouveau l’insigne faiblesse de l’exécutif, qui devrait justifier l’exigence unitaire d’un gouvernement NFP ou soutenu par l’ensemble du NFP, et peu importe l’appartenance politique de la ou du premier ministre, l’important étant qu’elle ou il sera mandaté par les plus larges masses pour hausser les salaires, abroger la réforme des retraites et préserver les services publics – pour commencer.
Nous ne devons pas opposer l’exigence démocratique immédiate d’un gouvernement du NFP, la dissolution de l’Assemblée nationale et la démission de Macron. La question du gouvernement est la porte d’entrée : imposant l’unité, elle permet de battre et le RN, et l’union des droites, et Macron s’il y a des législatives, et d’aborder par le biais de la volonté d’en bas, par des primaires constituantes, une éventuelle présidentielle anticipée. Ce sont la mobilisation et l’affrontement social qui reconstitueront l’unité et ouvriront la crise finale du régime de la V° République, et qui seules imposeront une assemblée constituante et la démocratie.
Le 8 au soir, le 10 et au-delà, il y a de l’inconnu, mais nous savons ce qui est à faire : comités d’action, assemblées générales et cahiers de doléance donnant le contenu de ce que serait la politique d’un gouvernement démocratique au service de la majorité.
Débat public Aplutsoc sur la situation française
- Dimanche 21 septembre 2025 à 14H
- Au Maltais rouge – 40 rue de Malte, Paris 11° (Métro République ou Oberkampf) et possibilité par visio.