David Shishkan est mort au combat, près de Zaporijjia, ce 9 août 2025. Cet anarchiste ukrainien – « anti-autoritaire de gauche » plus précisément, adversaire de toute forme de domination, se réclamant de la tradition de Bakounine et Makhno, et pour cela même engagé dans l’armée ukrainienne – était un artiste reconnu très au-delà des milieux de gauche comme l’un des plus grands, sinon comme le plus grand, « performeur » d’Ukraine, et avait à ce titre affronté physiquement l’extrême-droite ukrainienne qu’il s’attachait à discréditer par son engagement militaire pour l’Ukraine, dont l’idée nationale était pour lui « un projet de gauche et anti-autoritaire ». Patrick Le Tréhondat l’avait interviewé en février 2024.

Anas Al-Sharif était un journaliste palestinien, originaire d’Ashkelon, dont le père avait été tué par l’armée israélienne. Resté à Gaza, il filmait, documentait et dénonçait la famine, lui-même affamé puisque resté à Gaza, organisée par l’Etat israélien, qui l’avait dénoncé comme « responsable d’une celle terroriste du Hamas » : très clairement, filmer la famine voulue par cet Etat est selon celui-ci du « terrorisme ». Anas Al-Sharif avait été primé par Amnesty International. Il a été assassiné sciemment, de manière assumée, par des tirs visant leur tente juste à côté d’un hôpital, avec trois de ses collègues, travaillant pour al-Jazeera, ce 10 août 2025.

Il n’y a strictement rien de fortuit dans ces deux assassinats de jeunes combattants pour la liberté. Et dans les deux cas, les assassins prétendent « combattre le nazisme » dans le cas de l’armée russe, « combattre le Hamas » dans le cas de l’armée israélienne, alors que ce sont eux les porteurs de la réaction héritière des fascismes du XX° siècle.
Rien de fortuit, surtout, dans le fait que ces deux morts de trop, parmi des milliers d’autres, le sont au compte de l’ordre mondial de Trump et Poutine dont Netanyahou est un parangon, lui qui l’a, avec le Hamas, alimenté et renforcé. Cet ordre/désordre mondial doit tuer pour se maintenir, car la résistance ukrainienne armée et non armée, la résistance palestinienne non armée de la population, et les soulèvements sociaux et démocratiques comme en Serbie, en menacent immédiatement toutes les fondations.
Engagé dans une course de vitesse avec la résistance démocratique du peuple américain, Trump après son faux ultimatum et ses gesticulations « nucléaires » – qui n’ont jamais menacé la Russie mais ont signifié que lui aussi veut faire savoir qu’il peut manier cette arme – a donc fait à Poutine le cadeau d’un sommet avec lui, en Alaska, le 15 août prochain, pour parler de l’Ukraine sans l’Ukraine.
Le jour même de l’annonce de ce « sommet », Netanyahou rendait public l’objectif de l’occupation militaire de la ville de Gaza, contre lequel ont eu lieu les plus grandes manifestations israéliennes depuis octobre 2023.
Les brigands impérialistes veulent sacrifier les peuples ukrainien et palestinien et asservir l’Europe. Pour ce faire, ils n’ont pas de meilleurs serviteurs que les campistes et les « pacifistes » pour qui la Russie combattrait l’OTAN – et les mêmes en se présentant comme les plus « propalestinien » contribuent en fait à isoler le peuple palestinien, dont la défense passe par la solidarité avec la cause du peuple ukrainien et de tous les peuples.
L’Europe est ainsi placée dans une situation de tenaille dans laquelle ses gouvernements capitalistes sont conduits à capituler, vers l’asservissement, comme l’a notifié Mme Van der Leyen en concluant un accord « commercial » et en fait politique avec Trump aux conditions de ce dernier.
Pour l’urgence sociale comme écologique, les peuples européens sont et seront conduits à affronter les pouvoirs en place et à sauver l’Europe, ses acquis culturels, sociaux et démocratiques, contre l’axe impérialiste Trump/Poutine. La Serbie n’est pas marginale, elle montre la voie. Et l’affrontement social qui s’annonce en France de même.